Samedi 12 avril 2008
1.2. Laurent Cadoret (1770-1861), Que sait-on de lui ?

1.2.1. État civil

Celui que Frank Puaux , ancien élève de l’École du Dimanche de Luneray, n’hésite pas à surnommer « l’Apôtre des Églises de Normandie » : le pasteur Laurent Cadoret  , est un breton, fils d’un armateur de Saint-Brieuc, sa mère était Isrlandaise. Il est le toisième de trois jumeaux . Il est né le 30 juin 1770 à la Havane (Cuba) au sein d’une famille catholique, meurt en 1861 à Mens en Isère (38) ou son fils est pasteur (de 1831-1865).
Laurent Cadoret a sept ans lorsqu’il arrive à Nantes pour ses études. Très vite il apprend le décès de son père. A quatorze ans il entre dans la marine.  Lelièvre décrit la suite en ces termes :
Fait prisonnier par un navire Anglais, il fut conduit à Plymouth et interné dans le cantonnement d’Ashburton. Ayant l’autorisation de se promener par la ville, il entra dans une chapelle dissidente et fut tellement frappé de ce qu’il entendit qu’il continua à la fréquenter. Une dame pieuse, remarquant son assiduité, l’invita chez elle, et lui donna le Nouveau Testament et des livres religieux, dont la lecture acheva de l’éclairer. Un peu plus tard, il fit la connaissance de David Bogue, fondateur et directeur de l’École de théologie de Gosport, qui fut pour lui un guide spirituel, plein de sagesse et d’affection.
Marié avant 1802  à Perinne Sorrel (née avant 1789), pendant un bref séjour en France avant de retourner à Gosport pour trois années d’études chez Bogue,  ils ont eux plusieurs enfants : Élisa Aglaé, née le 2 mars 1801 à Saint-Malo (35) et Laurent Samuel  né le 26 novembre 1802 à Gosport en Grande-Bretagne où son père a fait ses études de théologie. Daniel Benoit , dans sa notice introductive aux « lettres inédites de Pierre du Pontavice  à Laurent Cadoret », en remerciant Louise Cadoret de Montmeran et son frère Arthur Cadoret, professeur d’agriculture à Tournon pour les lettres transmises, nous informe de l’identité de deux des petits enfants de Laurent Cadoret. Il évoque aussi cinq lettres écrite par Laurent Cadoret à sa fille Chloé. Lelièvre  désigne Paul Cadoret comme le plus jeune fils de Laurent Cadoret.
Laurent Samuel exercera à son tour le ministère pastoral, consacré en 1829 à Saint-Etienne, il occupe le poste à Mens (Isère) jusqu’à sa mort en 1865.

Dans les « lettres inédites » de Pierre du Pontavice, il ressort une profonde estime pour Mme Cadoret et la vie de famille qui a sans doute servit de mod èle au célibataire du Pontavice en quête d’épouse . La salutation de sa lettre du 16 août laisse entendre une famille aux relations saines et bonne. Nous en livrons un extrait significatif et de l’amitié que du Pontavice portait à Cadoret et de la façon donc il appréciait cette famille :
J’espère que la paix règne toujours, comme disent les Anglais, in your borders et que votre indisposition à ce sujet produit beaucoup de bien ; il me tarde bien d’apprendre que vous êtes aussi entièrement gaillard et bien dispos au milieu de votre petite famille et de votre petit troupeau ; passez-moi ces expressions, cher frère, je ne les dis qu’avec l’effusion de l’amitié et dans le meilleur sens possible.  Car je ne vous souhaite pas la légèreté et la frivolité du siècle, mes souhaits seraient perdus, je sais que vous les rejetteriez avec dédain. Mais je vous souhaite du contentement, de la joie au milieu de votre troupeau et je ne dirai point au milieu de votre petite famille, puisqu’on ne peut pas souhaiter à son ami ce qu’il possède, déjà. Vous ferez, je vous prie, bien mes complients à Mme Cadoret. Embrassez de ma part vos petits enfants et dites à M. Samuel qu’il m’a beaucoup édifié par sa sage conduite. Rappelez-moi au souvenir de votre bonne Manette ; si vous voyez son frère, dites-lui que je suis bien aise qu’il soit arrivé chez lui en bonne santé et que la bidette [la jument qu’il lui a vendue] est excellente .
Cadoret exerce le ministère pastoral jusqu’à l’âge de 78 ans puis se retire à Mens ou se trouvent trois de ses enfants et ou il meurt en 1861.

1.2.2. De la marine marchande au ministère pastorale
C’est après avoir été officier de la marine marchande, qu’il devient pasteur et dans ce cadre l’initiateur du mouvement des écoles du Dimanche en France (Le Ministère de l’éducation Nationale, Fath, Wemyss, Encrevé, Léonard, Vray, Robert) .
Cadoret a cependant un parcours atypique au sein de protestantisme français de son époque.
Léonard rapporte qu’il « avait songé à se faire moine, mais le caractère superficiel du culte tel qu’il le connut, à La Havane le fit s’écrier : Mon Dieu, quand trouverais-je un lieu où l’on te serve, où il n’y ait que quatre murs ? » »
  
  Capturé pendant la Révolution française, il jouit d’une assez grande liberté en Angleterre ou il est interné. Se rendant un dimanche matin à Gosport dans la chapelle du pasteur non-conformiste David Bogue (1750-1825) , il y fut d’abord touché par l’accueil qui lui fut réservé.

C’est là qu’il se convertit et qu’il sera formé au séminaire missionnaire de Bogue , comme l’ont été Robert Morrison (1782-1834), William Milne (1785-1822), missionnaires en Chine. Ce séminaire était à l’époque la filiale de formation privilégiée de la London Missionary Society.
Il a 32 ans lorsqu’il est consacré au ministère à Londres en 1802 . Admis par la suite, sans nouvelle consécration  au sein du collège des pasteurs Réformés Français  en même temps que « quelques hommes d’âge mûr qui n’avaient pas fait d’études régulières [comprendre à Montauban] »  son ministère connu plusieurs difficultés.
Cadoret est d’abord envoyé en France comme agent de la Société Missionnaire de Londres. Toute sa vie durant, secrètement, la LMS  le soutiendra financièrement .





Il a ensuite servi trois Églises Réformées  : en 1804 son premier poste est à Condé-sur-Noireau (Calvados), puis en 1805 il sert l’Église de Luneray (Seine-Maritine) jusqu’à sa démission en 1819, il accepte en 1820 ou 1822  un poste à Amien (Somme) qu’il occupera qu’en 1854 date à laquelle il démissionne, à 84 ans.
Vincent Huyghues-Belrose  rapporte qu’avec Gilles Guillaume Portier, Cadoret a contribué à la finalisation de la Bible en Français et  à la rédaction de l’introduction au nouveau Testament largement diffusé dès 1800 par la Religious Tract Society auprès des prisonnier français et des marinniers.
Frank Puaux, élève de son École du Dimanche, parle de lui comme « d’un chrétien d’un grand zèle, qui avait subi, dès les premières années du siècle, l’influence du réveil anglais. Il a laissé un souvenir vivant dans l’Église qui se réveilla sous l’action de son ministère qui fut en bénédiction à un grand nombre. » . Ses liens avec les « non-conformistes » anglais, associé à son origine non huguenote, vont parfois contribuer à faire de son pastorat un ministère contesté , bien que « beau ministère » selon Émile Léonard .
Si Pierre du Pontavice (1770-1806) et Armand de Kerperdron (1772-1854) étaient devenus wesleyens, Cadoret est qualifié de pasteur à la tendance whitefieldienne . Dans sa prise de défense de Cadoret contre les pétitionnaires qui demandent sa révocation de son poste à Luneray le consistoire récuse que l’on puisse le soupçonner « méthodisme » . L’expression doit être ici comprise non comme « membre de l’Église Wesleyenne », mais comme un sobriquet désignant une forme de piété au prosélytisme et affirmations plus marqués que le l’étaient ceux de la tradition huguenote, ayant eu à vivre sa foi plus familialement, de façon « souterraine » et discrète que cela ne fut imposés aux protestants anglais. On se souvient de Wesley qui prêchait sur les places publiques, et aux appels vibrants à la « conversion ».

1.2.3. Le ministère de Cadoret en France
1.2.3.1. Comme agent de la LMS
Sa première tâche en France, comme agent de la LMS, fut de dresser un état des lieux du protestantisme français. Il met en lumière le manque de pasteur.Bogue décide alors d’envoyer six jeunes anglais pour travailler en France, confiant à Cadoret de les intégrer à ce champ missionnaire. Mais comme le rappelle Alice Wemyss , les Articles organiques promulgués le 18 germinal an X (8 avril 1802), interdisent le pastorat aux étrangers. L’article premier stipule : « ART. Ier Nul ne pourra exercer les fonctions du culte, s'il n'est Français » .
Aussi, la France est atteinte d’une aigue anglophobie. Le Journal des Débats accuse la Mission de Londres ainsi que d’autres sociétés évangéliques de « travailler pour le compte du gouvernement anglais dans le but d’introduire son système politique et… d’établir son influence à l’étranger » .
Une lettre de Clément Perrot datée de 1820 que cite Wemyss  montre l’hostilité des Français pour les Anglais :
J’ai pris beaucoup de soins pour masquer mes rapports avec la Société [de Londres], et je vous supplie de vous montrer extrêmement prudent à cet égard. Sur le continent, les missionnaires étrangers sont toujours pris pour des agents politiques et le clergé romain ne perd pas une occasion pour jeter le discrédit sur les protestants.

1.2.3.2. Pasteur Réformé à Luneray
a. Luneray : le lieu et son rôle historique dans la propagation du protestantisme
Luneray comptait 180 élèves (2e après le Havre : 550, puis suivie par Bolbec : 125, puis  Rouen : 100)
L’Église de Condé fit appel à Laurent Cadoret le 10 juin 1804, alors recommandé par le pasteur de Caen  (Jean-Scipion Sabonadière est à Caen de 1803-1815 ), mais à peine arrivé, en septembre 1805 il accepta l’appel de l’Église de Luneray.

Luneray comptait 1 310 habitants en 1806, 1 588 en 1821 , 2 200 en 1859 , (2 097 en 2004 :). Dans son mémoire « Communauté protestante de Luneray, au XVIIIe siècle de 1623 à 1710 » rédigé en 1995 Isabelle MICHALKIEWICZ  parvient à dresser à partir des actes de baptême, mariage et de décès, une liste de métiers exercés à l’époque à Luneray. Si nous faisons la moyenne des chiffres obtenus à partir de ces trois sources  : plus de la moitié de la population (55, 5%) travaille dans les corps de métier du textile 19, 5% se déclarent cultivateur. Pierre Lheureux voit dans l’agriculture et l’industrie textile « deux sœurs jumelles que l’on ne peut impunément séparer » , les luneraisiens partageant souvent leur temps entre le travail des champs et dans l’industrie textile.Avec 10 % artisan, 9 % commerçant, 3% profession intellectuelle  (médecin, pharmacien, instituteur, ministre), 2 % assure des charges comme celle d’avocat, greffier, militaire, archer au gabelle, capitaine, pilote, arpenteur royal, conseiller du roi… le dernier pourcent restant occupe une fonction de domestique, une large palette de métier est représentée.

Bien que situé plutôt dans l’actuel « pays de Caux », c’est du village de Luneray que s’est répandue la Réforme dans le « petit Caux ». Un rapport du curé Gérard de Hautos, doyen de la doyenneté de Brachy, daté du 24 août 1699 dit ceci :
Le calvinisme qui a commencé dans le petit Caux par les habitants de Luneray sis audit  doyenné, qui trafiquait à Genève du vivant de Calvin, et de là s’est répandu dans tous les bourgs et paroisses voisines, et dans la ville de Dieppe, est partout icy maintenu dans une opiniatreté qui va jusques à inculquer la Religion et l’Etat par des maitres gyromagnes et travestis, qui passent et repassent continuellement, baptisent, marient, et font la cène dans des maisons particulières pù ils ont leurs rendez-vous à certains dimanches, en sorte qu’il n’y a  pas six qui soient rentrés dans l’obéissance de l’Église et du Roy et que tous les dimanches les religionnaires chantent à pleine voix dans leurs assemblées comme s’il étaient encore libres  de leur Prétendue Religion .
Paul Collen nous rend utilement attentive : 15 ans après la Révocation de l’Édit de Nantes, et 150 ans après le début de la Réforme, le rapport qui peut être soupçonné d’être partisan comprend certaines erreurs ou omissions, en particulier la prédication de Jean Venale () dès 1557 à Dieppe, est passée sous silence.

Les premières assemblées clandestines dateraient de 1715, selon le témoignage rapporté par Berthe dont MICHALKIEWICZ  fait l’échos :
Il serait impossible de limiter exactement le temps qui s’écoula entre la révocation de l’Édit de Nantes et les premières réunions des débris de l’ancienne Église de Luneray, mais ce fut certainement avant la mort de Louis XIV, arrivé en 1715, qu’elles eurent lieu. Le grand père d’une femme de quatre-vingt-trois ans, encore existante, et dont la mémoire est aussi sûre que ses idées sont lucides, assistait déjà aux réunions de nuit dans les carrières et dans les bois, et rien ne dit qu’elles fussent les premières. Abraham Vautier, c’était le nom de ce courageux martyr, fut accusé d’avoir assisté à une réunion de ce genre dans un bois, au vallon de Potay, situé dans la plaine de la Gaillarde, et dénoncé à la justice. Deux gendarmes vinrent, à dix heure du soir, le prendre dans son lit et le conduisirent dans la prison de Dieppe, où il mourut .
En 1681, selon MICHALKIEWICZ , « le temple attire sur un rayon d’une dizaine de kilomètres : les 2/3 des protestants qui viennent au temple sont étrangers à la paroisse. »  Entre 1644 et 1653, seulement un habitant sur quatre se déclare catholique.Après la révocation de l’Édit de Nantes le catholicisme gagne du terrain sans devenir majoritaire Entre 1685 et 1710 : 38% de luneraisiens se déclarent catholiques, 62 % nouveaux catholiques (protestants ayant dû abjurer). Bien que 12 % de protestants émigrent durant cette période, « ces départ sont comblés par l’arrivée de nouveaux non catholique pour lesquels Luneray « prend valeur de refuge ».
Martin Bucer (1491-1551), Réformateur de Strasbourg, ne surnommait-il pas la Normandie comme la « Petite Allemagne » « In quadam Normandiae regione adeo multi iam euangelium profitentur hostes coeperint eam vocare paruam Alemaniam »  dans une de ces lettres à Luther datée du 25 août 1530, tant le protestantisme y fut fougueux et militant ?
Robert  nous dépeint les membres de ces Églises de Haute- Normandie surtout composées à l’époque de manufacturiers et de cultivateurs aisés.

b. Cadoret mis en difficulté à Luneray
  Après avoir exercé le ministère pastoral à Condé-sur-Noireau (14) ou il fait connaissance de Pierre de Pontavice  (1770-1806), en 1810,   il accepte la charge de l’Église de Luneray, qui avec les communes avoisinantes comptait alors plus de mille Réformés .
C’est à l’époque de son ministère à Luneray que le temple est reconstruit et inauguré.
Daniel Robert , rapporte trois documents (n° 90 : une pétition contre Cadoret ; n° 91 : la réponse de Cadoret ; n° 92 : la réponse du Consistoire de Rouen) relatifs aux accusations auxquelles Cadoret  du faire face en 1812, soit juste deux ans après la création de la première école du dimanche, à Luneray :
Le 7 juin 1812 , vingt-quatre réformés de Luneray signent une pétition contre le pasteur Cadoret, et l’envoie au Ministre Bigot. L’attache rédigée par les signataires et non les services des Cultes dit ceci :
On demande la destitution de Laurent Cadoret, ministre de l’Église Réformée de Luneray, sectaire anglais, qui par sa conduite scandaleuse, indigne de son ministère, et par ses menées, porte le trouble dans les familles et cherche à altérer la bonne harmonie qui règne entre les Catholique et les Réformés.

La lettre de Bigot concervé à la SHPF dit ceci : :
Paria, le 20 juin 1812
A M. le Président de l’Église Consistoriale de Blosseville à Rouen

 le Président, j’ai reçu une plainte signée de plusieurs habitants de Luneray,- professant le culte Réformé, contre Mr. Laurent Cadoret leur pasteur qu’ils accusent de semer la division et le trouble dans cette commune.
Je vous transmets cette plainte pour que vous preniez connaissance des faits. Vous voudrez bien en me la renvoyant me donner communication des renseignements que vous aurez recyukki et me faire part des mesures que vousaurez cru devoir prendre.
Recevez Monsieur le président, l’assurance de ma considération distinguée.
Le ministre des cultes Le Cte Bigot deprearneuen

Le consistoire de Rouen défend Cadoret dans une lettre signée du pasteur Mordant et du secrétaire du consistoire Brière (avocat général à la Cour Impériale) datée du 9 août 1812  :
Le consistoire juge « absurdes » les imputations de trahison […] cela doit être assimilé à ces grosses injures que des gens mal élevés s’adressent en se querellant. […] Les vrais scissionnaires ne sont réellement que cinq ou six […] enflé d’orgueil, du sentiment de leur richesse relatives.
L’affaire sera classée suite à l’envoie de deux lettre du Préfet ou il exprimait toute l’estime qu’il avait pour Cadoret « homme de bien, père de famille estimable »
Les « chefs d’accusation » de la pétition signée par vingt-quatre signataires :
il [Cadoret] aurait le 10 janvier 1811 fait rencontre du vénérable curé de la paroisse de Lammerville , homme vraiment pieux et d’une conduite rare, dans un carrefour de cette commune, et … se serait permis de le provoquer à toute outrance, et de lui tenir des propos les plus injurieux et les plus calomnieux de tout genre […] il y aurait eu beaucoup à craindre pour la sûreté des Réformés.
dans le courant du mois d’octobre suivant, ce Ministre s’étant introduit dans la maison d’une respectable veuve octogénaire, femme charitable…, il lui proposa de renoncer aux principes religieux qu’elle a reçus de ses pères et des ministres français, … que n’ayant pu la disposer selon ses vues, il se permit de jeter l’épouvante dans son âme, en lui déclarant que si elle n’adoptait ses principes, elles ne pouvait être sauvée, etc. […]
considérant que Sr Cadoret, étant (sic) d’une secte différente de celle des ministres français, et que comme (sic) l’agent d’une nation ennemie jurée de la nôtre, ils se croiraient coupables envers le gouvernement s’ils ne lui donnaient connaissance d’une conduite aussi dangereuse que répréhensible… et attendu que la nomination du Sr Cadoret… est une infraction aux lois du Concordat, ordonner telles mesures que S. Exc. jugera dans sa sagesse nécessaires…
Si Cadoret quitte Luneray en 1822 pour Amiens à cause des tensions entre « évangéliques et libéraux » , ici les accusations si elles évoquent sans doute en toile de fond les orientations « évangéliques » de Cadoret et la piété plus « accommodante » des pétitionnaires, le Consistoire trouvant du reste les prédications de Cadoret  trop dogmatique, mais ce n’est pas cette question qui est mise en avant. S’adressant au Ministre, l’accusation est plus politique : le lien avec l’ennemi anglais , le trouble à l’ordre public.
Dans sa réponse sous serment, Cadoret réaffirme sa foi en conformité à la confession de foi Réformée, et ses choix de croyants non Réformé de naissance. Il replace dans son juste contexte le courtois échange qu’il a eu avec le curé , et explique comment Mme Poulard est venu semé le trouble lorsqu’il visitait l’octogénaire sur demande de ses filles.
Le « baiser de paix » signe de la réconciliation qu’il offrait fut refusée part les plaignants .
Il pourrait peut-être fructueux de chercher à savoir si l’attitude de ces quelques protestants riches de la ville, a un lien avec quelques mécontentement ayant entouré la construction puis l’inauguration du nouveau Temple, le 6 septembre 1812 .

c. Ministère pastoral à Amiens
En 1822, Laurent Cadoret accepte l’appel à servur la communauté d’Amiens. Mais remarquant plus de protestants à l’est d’Amiens qu’à Amiens même, il s’installe d’abord à Vadencourt . Ce n’est qu’en 1840 qu’il se fixe à Amiens .

c. Circonstance de création de la première école du dimanche
C’est d’Angleterre que Cadoret revint avec l’idée de fonder des Écoles du Dimanche, ce qui montre les liens qu’ils continuait toujours à cultiver avec les dissidents anglais. Wemyss précise : « En mai 1814, Cadoret participa à la sainte semaine [ces conventions des différentes sociétés avaient lieu en mai, et étaient dénommées de la sorte], d’où il revint en compagnie de Durell [Henri Le Vasseur, dit Durell (1790-1861], prosélyte comme lui, qui devait l’assister dans son ministère et introduire les écoles du Dimanche encore inconnues en France » .
Robert  ajoute : « La première école du dimanche en France semble avoir été celle du pasteur L. Cadoret à Luneray (Seine-Maritime), ouverte en aût 1814, après un voyage de Cadoret en Angleterre ; du moins Cadoret était bien convaincu d’ouvrir la première […] il était assisté de Durell, plus tard missionnaire, puis pasteur, dans le Hainaut »
Wilfred Monod , suite à un questionnaire envoyé aux pasteurs des Églises Réformées de Normande au tout début du XXe siècles dresse ce tableau statisque :
Il se trouve en Normandue : 28 écoles : 1621 élèves (197 pour la Basse Normandie et 1 424 pour la Haute-Normandie)

1.2.4.Texte fondateurs
1.2.4.1.  La première École du Dimanche à Luneray

L’attestation de la première École du Dimanche en France, fondée par Cadoret à Luneray  , école initiant le mouvement français, est fondée par cette lettre de Cadoret, datée du 23 août 1814 et destinée au pasteur Mordant, président du Consistoire de Rouen, lettre précédent d’autres adressées à la LMS entre le 9 et le 16 août 1814 .
L’institution d’une École du Dimanche pour l’instruction chrétienne des enfants a commencé à se former, mais son organisation n’est pas encore achevée. Le succès même n’est pas certain, quoique le pasteur et les enfants surtout montrent la meilleure volonté. L’École est divisée par classe. Il faudra un comité dont le président sera pris dans le consistoire, des maîtres en proportion du nombre des enfants, des règlements simples et uniformes. Cela n’est pas encore fait. L’ami qui  a été ici deux dimanches, le seul temps qu’il avait à nous donner, s’est principalement employé, les enfants réunis, à nous faire connaître une marche à suivre pour la prospérité d’une telle institution et des procédés d’enseignement à mettre en usage éprouvés depuis dix ans et qui ont obtenu le plus grand succès parmi nos frères en Angleterre. Devant naturellement lui donner notre attention nous n’avons pas encore eu le temps de choisir des maîtres et de former des règlements. Il faudra du zèle et du dévouement de la part de mon consistoire et des personnes les plus capables de mon Église pour que cette entreprise puisse réussir.
N’ayant qu’un petit nombre d’exemplaires de chaque catéchisme, nous nous sommes cependant avancés jusqu’à faire imprimer à Dieppe 200 exemplaires du premier, avec de petites cartes contenant un passage de l’Écriture ou des sentences morales qui seront données pour récompenses, que les enfants devront apprendre et dont la rentrée obtiendra de ceux qui les possèderont le don d’un livre religieux de plus ou moins de valeur selon leur nombre

1.2.4.2. Le Baron de STAEL (1790-1827), Henri LUTTEROTH :
Texte fondateur du comité pour l’encouragement aux Écoles du Dimanche
 
Le baron August de Stael    Le baron August Staël-Holstein, fils aîné de « Mme de Staël » femme de lettre et fille du banquier protestant suisse, deveni ministre des finances en France : Jacques Neker
Lutteroth était éditeur et publiciste.


Circulaire nominative

COMITÉ
pour
L’ENCOURAGEMENT DES ECOLES
DU DIMANCHE

Paris le 1er mai 1826
M

On ne saurais se dissimuler que l’enseignement élémentaire est encore loin d’être devenu général en France, et que, par cela même, l’instruction religieuse n’a pu jusqu’à présent, recevoir parmi nous toute l’extension désirable. La population protestante n’est point étrangère à ces inconvéniens qui se font sentir dans la plupart des départemens. Il s’en faut de beaucoup que la jeunesse de nos églises soit instruite comme il serait utile qu’elle le fût : quoique le zèle des pasteurs ait opéré à cet égard quelque amélioration, ce qui a eu lieu ne peut suffire, et des mesures sérieuses doivent être prises pour éviter de plus grands maux. La prédication de l’Évangile est le grand moyen indiqué par la Sagesse éternelle pour la conversion et le salut du monde ; elle produit journellement d’admirables effets sur les hommes en état de la comprendre ; mais comme les discours de nos pasteurs ne sauraient être proportionnés à l’intelligence de tous les âges, ils ne peuvent avoir sur les enfants la même influence que sur les adultes ; cependant les agneaux du troupeau demandent aussi les soins du berger, et c’est pourquoi, dans les premiers siècles chrétiens, des catéchistes étaient chargés de les instruire. Cet exemple mérite d’être suivi et il nous semble essentiel de diriger d’une manière particulière l’attention des pasteurs et des fidèles vers les écoles du dimanche, qui ne sont encore que peu connues, et qui n’existent qu’en petit nombre en France. Ces institutions sont très répandues en Écosses, en Angleterre, aux Etats-Unis et dans diverses contrées où les missionnaires chrétiens ont introduit l’Évangile et formé des Églises. Partout elles ont produit un grand bien : non seulement une multitude d’enfans doivent leurs premières impressions religieuses à l’instruction qu’ils ont reçue dans ces écoles, mais encore c’est là qu’ont commencé leur carrière, d’abord comme élèves, puis comme instituteurs, tant de fidèles ministres de la Parole et de zélés missionnaires, qui maintenant travaillent avec succès dans une sphère plus étendue.
Les leçons qui se donnent le dimanche doivent nécessairement, tant par le choix des sujets que par la manière dont ils sont traités, être aussi religieuses que possible ; il ne faut pas que, comme celles des autres jour de la semaine, elles se rapportent à des intérêts passagers et temporels, mais que, participant à la sainteté du jour du Seigneur, elles soient uniquement relatives à des intérêts spirituels et éternels. Elles seront pour les enfans ce que le culte public est pour les hommes faits ; la religion de l’Évangile en sera la base : on s’occupera de la Parole de Dieu, des divines vérités qu’elle enseigne, des préceptes admirables qu’elle contient, de l’influence régénératrice qu’elle exerce ; on exhortera les élèves à la lire ; on la lira avec eux, et c’est de cette manière que seront surtout remplies les heures des leçons. Mais il est beaucoup d’enfans qui ne savent pas lire, et que les travaux auxquels leur pauvreté les assujettit durant la semaine, empêchant de fréquenter les écoles primaires, en sorte que le Livre Saint, qu’il s’agit surtout de faire connaître aux hommes, resterait fermé pour eux si l’on ne se hâtait d’y pourvoir.Il sera donc nécessaire de former dans chaque école une division séparée des enfans de cette classe, afin de leur enseigner à lire, et de les mettre à même d’étudier la Révélation de leur Dieu : ce sera seconder efficacement la plupart des Sociétés religieuse de France, dont l’influence est extrêmement circonscrite par l’ignorance qui règne dans les campagnes. La Société Biblique et la Société des Traités ne peuvent agir que proportionnellement au nombre de lecteurs. Ce sera augmenter l’influence de ces Sociétés que de former dans les écoles du dimanche des personnes capables de profiter de leurs publications Faciles à établir, modeste dans leurs prétentions, ces écoles ont cependant des obstacles à vaincre, quelquefois leurs organisation est arrêtée, parce qu’on ignore la manière de les diriger, ou qu’on ne possède pas les livres nécessaires ; quelquefois aussi parce que le loyer ou la disposition d’un local convenable exigerait des frais auxquels on ne peut pourvoir ; plus souvent encore parce que l’on ne se sent pas secondé, et qu’on aurait besoin d’être excité par des conseils ou des exemples. De nombreuses communications nous sont parvenues à cet égard ; et ceux d’entre nous qui ont visité les églises des départemens, ont pu se convaincre que l’on y désirait vivement qu’il se formât à Paris un Comité central, d’où pussent partir des directions et des encouragements. Un Comité de ce genre vient de se former, et il a arrêté que ses travaux reposeraient sur les bases suivantes :
1°. Le but du Comité est de provoquer et d’encourager, dans les Églises réformées de France, avec l’assistance divine, la formation d’écoles du dimanche ; à cet effet, il correspondra avec les personnes qui désireront s’occuper de cette œuvre ; il imprimera et vendra à prix réduits les alphabets, les manuels et les livres de tout genre, nécessaires à ces écoles ; il donnera, lorsque ses ressources le lui permettront, des secours pécuniaires à celles qui ne pourraient subsister par elles-mêmes.
2°. Le Comité recueillera des enseignemens sur les écoles du dimanche déjà existantes ; il reconnaîtra quelles sont les localités où il en manque encore, et il avisera aux moyens d’en former.
3°. Le Comité donnera à son plan toute la publicité nécessaire pour le faire réussir ; il accueillera avec reconnaissance les dons qui lui seront faits, et sans lesquels il ne pourrait atteindre le but qu’il se propose, ni se livrer aux travaux indiqués dans l’articles 1er, qui exigent des fonds assez considérables.
Ne doutant pas de l’intérêt que vous prenez à l’instruction religieuse et élémentaire, qui est si intimement liée avec le bonheur des individus et la prospérité des peuples, nous nous empressons de vous communiquer ces projets et de solliciter en leur faveur votre généreuse et active coopération.

Nous avons l’honneur, M.                   , de vous saluer.

                AU NOM DU COMIÉ

            Le Baron de STAEL, Président provisoire ;
            Henri LUTTEROTH, Secrétaire provisoire.


P.S. Les Réponses doivent porter l’adresse suivante : A M. Le Président du Comité pour l’Encouragement des Écoles du Dimanche,  rue de l’Oratoire, n°6, à Paris.


à suivre...
Par A R - Publié dans : Ecoles du Dimanche
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Dimanche 6 janvier 2008
ED-Lane.jpg
DOWLING, Robert (1827 - 1886), 
Origine des Écoles du Dimanche, Quartier Hare LANE, Gloucester 1780,
National Gallery of Australia

La gravure dépeint une scène de rue, d’un quartier populaire de Gloucester à l’époque victorienne. Thomas Stock  y avait établi des écoles du dimanche. Ce quartier, jouxtait celui d’une des premières écoles fondée par Raikes.

Deux groupes de personnes se distinguent : sur toile de fond d’enfants, l’image met en scène des adultes vivants dans « un autre monde », que celui des enfants livrés à eux-mêmes.

Les enfants en toile de fond ; ils font la loi ou désespèrent !
Les uns sont déguenillés : l’un, esseulé à l’extrême gauche du cadre, incarne par son regard vide et son repliement sur lui-même, un profond désespoir, alors que d’autres assis presqu’aux pieds des deux gentlemen suivent leurs échanges, sans sembler les importuner. A droite, à l’écart du premier groupe d’enfants, deux d’entre eux sont assis paisiblement à même le sol, sans activité particulière.
Deux autres gamins parlementent, fomentent-ils un mauvais coup ?
Au centre plus insouciants, un trio joue aux osselets. Derrière eux d’autres jouent à saute-mouton, alors qu’au-dessus d’eux, deux s’affrontent, un pot de fleur vol en éclat.
A l’extrême droite peut-être la seule fille du tableau, se dirige vers le couple de bonne famille, et fait l’aumône.

Les adultes : dans un monde ou les enfants font la loi
Le couple importuné par la petite mendiante fuit : Monsieur regarde droit devant feignant d’ignorer le spectacle. A sa gauche, Madame jette un regard terrorisé vers la jeune fille. Pour apaiser ses craintes, elle s’agrippe au bras de son mari.
Dans l’entrebâillement de la porte, une femme plus âgée regarde impuissante, d’un air résigné l’agitation à laquelle elle a bien du s’habituer, tant ce spectacle lui est devenu quotidien…
La jeune femme seule, simplement vêtue, sans couvre-chef, passant derrière les deux messieurs, était-elle une jeune veuve, ou une femme dont le mari irresponsable dépense son maigre salaire d’ouvrier à la taverne, ou une femme « légère » ? Son regard se dirige vers les deux gentlemen. Que pense-t-elle d’eux ? Vis-à-vis des enfants, aucune expression n’émane de sa personne.

Qui représentent les deux gentlemen centraux ?
S’agit-il de deux hommes au-dessus de la mêlée, comme dans un autre monde, étant tout à leurs affaires, figés au milieu de la place, sans croiser les regards des enfants ?
Si telle est la juste interprétation, le tableau met l’accent sur la fuite des adultes, et en particulier des hommes, qui ne se sentent aucune responsabilité vis-à-vis des enfants. Seul les enfants cherchent la présence des adultes, et plus particulièrement des hommes.

Ou est-ce que ces deux gentlemen nr représenteraient-il pas Raikes et Stock, discutant, sur le terrain des écoles du dimanche comme moyen de mettre ces enfants livrés à eux-mêmes en relation avec des adultes pour un apprentissage de base... De la même façon que Raikes est placé sur la gravure du centenaire avec en toile de fond des enfants se battant dans la rue, l’artiste aurait-il cherché à mettre les figures de Stock et de Raikes en surimpression à une scène typique de la vie de ces quartiers ?


stock-thomas-HARRIS.jpg centenaire-Raikes-suppl--ment-Londres.jpg raikes-gravure1.jpg















Portrait de Stock: Raikes illustration du Centenaire; portrait Raikes



A Ruolt

Par A R - Publié dans : Ecoles du Dimanche
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Lundi 24 décembre 2007
1849-Caricature-mauvais-garnements.jpg
"Die unartigen Kinder"
Différents types de châtiments pour mauvais garnements (1848)

-Philippe, dis-moi, je te prie,
Où tu vas d’un air si joyeux ?
Vas-tu sauter dans la prairie
Avec nos compagnons de jeux ?
- Non, Charles, je vais à l’école

- Le Dimanche !... Plaisantes-tu ?
- Nullement ; crois-m’en sur parole ;
Viens-y plutôt !

- Est-on battu ?
- Oh ! jamais.

- Ah ! pour quel usage ce livre que ta main soutient ?
- J’apprends, pour devenir bien sage,
Les bonnes leçons qu’il contient.

- Que dit-il ?
- Il dit qu’il faut vivre
Pour aimer Dieu d’un pur amour ;
Il trace le chemin à suivre
Pour arriver au ciel un jour.

- Vraiment ?
- Vraiment !

- Ah ! pour quel usage ce livre que ta main soutient ?
- J’apprends, pour devenir bien sage,
Les bonnes leçons qu’il contient

- Que dit-il ?
- Il dit qu’il faut vivre
Pour aimer Dieu d’un pur amour ;
Il trace le chemin à suivre
Pour arriver au ciel un jour.

- Vraiment ?
- Vraiment !

- Mais à l’école, A quoi donc vous occupez-vous ?
- Nous lisons la sainte Parole,
Et le maître prie avec nous ;
Après, nous chantons un cantique
Si tu savais qu’on est content !

- Cela me plait ! Eh bien, Philippe,
Partons, je te suis à l’instant !


Enfants, imitez cet exemple !
Quand vient le saint jour du Seigneur,
Joyeux, rendez-vous dans son temple,
Pour l’adorer avec ferveur,
Jésus, votre ami, voire maître,
Vous tend les bras du haut des cieux ;
Allez à le connaître !
Allez, et vous serez heureux !

P.T., GONTARD, Poésie « l’École du Dimanche », in MagED, Paris, Meyrueis, 1856, p. 159-160


mise en ligne A Ruolt
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Vendredi 21 décembre 2007
Préambule

Témoignages

ruben-saillens-vers-1890-rittmeyer-1.jpg Ruben Saillens (1855-1942), témoignage de 1871
En 1871, dans le cadre de l’UCJG, le futur pasteur baptiste Ruben Saillens s’implique dans la création « d’École du Dimanche » dans la région Lyonnaise. Fin 1872, ces écoles touchaient plus de 600 enfants de 7 à 15 ans
« presque tous venant de familles de libres-penseurs  Aussi, nos écoles du dimanche étaient bien différentes de celles d’aujourd’hui. Les deux sexes avaient des locaux à part : nous, jeunes gens, donnions à nos garçons des leçons de lecture, d’écriture, de calcul, pendant une heure. Nous consacrions les heures suivantes à une instruction religieuse basée sur le Nouveau Testament […] les jeunes filles chrétiennes, stimulées par l’exemple de leurs frères fondèrent à leur tour des écoles semblables pour les filles. » (M. WARGENAU-SAILLENS, p.25)
Ruben Saillens a été formé à Londres de 1873 à 1874 à l’institut de Henry Grattan Guinness (1835-1910). C’est là qu’il entra en contact avec les enfants des rues de la capitale et avec le travail du Dr Barnardo (1845-1900), lui-même étudiant puis intendant chez Guinness.
« Le Dr Barnardo m’a donné dernièrement une place de moniteur dans ses Ecoles du Dimanche [rapporte-il]. Je croyais nos gamins bien mauvais et nos écoles bien mal organisées [à Lyon], mais ce n’est rien en comparaison de l’East End Juvenile Mission. Le docteur racontait l’autre jour qu’à ses débuts, les élèves l’avaient jeté par la fenêtre. Dimanche dernier, il s’en est fallu de peu que les gamins ne nous en fissent autant. » (M WARGENAU-SAILLENS, p.60)

Joseph-Marie, Baron de Gérando (1772-1842) témoignage de 1839
Ferdinand Buisson (Ferdinand, BUISSON, « Gérando (De)», Dictionnaire de Pédagogie, 1911, Lyon, INRP ) rapporte que la Société pour l’instruction élémentaire, fut constituée le 17 juin 1815, suite à la lecture du rapport du 29 mars 1815 (Journal d’éducation puis de l’éducation populaire 1817 Avr-sept (T. 4), p.54,) sur les Nouvelles Écoles pour les pauvres récemment fondées en Angleterre, fait par le Baron Joseph-Marie de Gérando (1772-1842). Dans son ouvrage De la Bienfaisance Publique  publié en 1839, Gérando présente la fonction des Ecoles du dimanche en France en ces termes :
"L’heureuse idée d’instituer les écoles du dimanche a été conçue dans la vue de continuer ainsi, pour l’enfance et l’adolescence, une protection sage et éclairée, aussi longtemps qu’elle est nécessaire, pour conserver, développer et faire fructifier les semences que les premiers enseignements de l’école ont déposé dans le cœur et l’esprit des enfants.
Le dimanche, les enfants au-dessus de douze ans, qui ont déjà quitté l’école ordinaire, se réunissent après l’office divin ; ils chantent en commun des hymnes, font des lectures dans les livres saints, répètent ou récitent certaines leçons ou certains traits d’histoire, exécutent quelques compositions écrites, quelques opérations de calcul. On leur remet quelques sujets ou problèmes qu’ils emportent chez eux, pour les étudier ou les résoudre : on saisit cette occasion pour étendre leurs connaissances sur des objets d’une utilité générale pour leur donner de sages conseils, pour avoir avec eux des entretiens paternels. On les détourne par là des plaisirs grossiers qui pourraient les entraîner et leur faire contracter de bonne heure des habitudes vicieuses. L’Instituteur préside à ces réunions et ne peut s’y faire suppléer. Quelquefois ces réunions sont suivies de promenades, d’exercices où l’instruction se réunit encore à l’amusement et se déguise sous les formes de la gaîté." (Joseph-Marie Baron De, GERANDO, De la Bienfaisance Publique : des institutions à prévenir l’Indigence, 1839, T2, p. 508)
Joseph-Marie De Gérando est reconnu comme philosophe, précurseur de l’anthropologie, sociologue, homme de lettres, baron d’empire... maître des requêtes et conseiller d’État sous l’Empire, sous la Restauration, mais aussi professeur à la faculté de droit. Il sort de l’ombre en 1799 (15 germinal, an VII), en remportant un concours lancé par L’Institut National sur le thème : « Déterminer quelle a été l’influence des signes sur la formation des idées ».

Joseph-Marie de Gérando fut aussi un des fondateurs de la Société de la morale chrétienne(créée en 1821), Société largement assise sur les piliers protestants comme le baptiste Jean-Casimir Rostan (1774-1833).
Avec Jean Frédéric Oberlin, il entretient une correspondance. Le pasteur du Ban de la Roche le charge de le représenter à Paris, à la Société royale d’agriculture, à la cérémonie ou devait lui être décerné une médaille d’or pour le récompenser de ses travaux agricoles au Ban de la Roche.( Noë, RICHTER, « Aux origines de la lecture publique Naissance des bibliothèques populaires », Bulletin des Bibliothèques de France, t.23, n°04, Paris, 1978, p.221-249.)

Bien qu’issu d’une famille catholique aisée de Lyon, renonçant à entrer dans les ordres en apprenant qu’un de ses camarades ainsi que le supérieur du séminaire qu’il comptait rejoindre venait de périr dans un des massacres des 2-5 septembre 1792 de la fin de la Législative, Joseph-Marie de Gérando a très souvent été en relation avec des protestants et leur influence (Pour un aperçu de l’influence que les protestants ont pu avoir en France à l’époque de la Révolution, voir GAUTHIER Jacques, Protestants  et Révolution, Genève, Labor et Fides, 1989, p.43-68.).
Il épouse Annette de Rathsamhausen (1774-1824), qu’il rencontre chez Gottfried Pfeffel (1736-1809) à Colmar. Pfeffel avait été à l’initiative de la création en 1773 d’une école française : l’Académie militaire destinée à donner aux jeunes alsaciens protestants une culture française. L’influence des idées de Rousseau et de Pestalozzi marquait l’école. Il est l’ami de : Camille Jordan, de Jacques Necker le financier de Genève, de la famille Fritz De Dietrich d’Alsace, de la Baronne de Stein,… Se rendant à Rome M. et Mme De Gérando laisse leur petit Gustave âgé de 6 ans dans la famille d’Étienne Gautier-Delessert à Passy, Banquier à Paris, Président Caisse d’Épargne, une famille protestante de Lyon, qui après s’être exilée de France après la révocation de l’édit de Nantes vers 1685 était revenus en France en 1735.

Trois dates clées des débuts du mouvement en France
1814 : première école ( ?) à Luneray (Seine-Maritime) (Laurent Cadoret)
1826-1828 : création du Comité d’encouragement des écoles du Dimanche (Baron de Stael)
1852-2002 : création de la Société des Écoles du Dimanche (Jean-Paul Cook)

Principales étapes de développement du mouvement en France, avant les lois de séparations de l'Église et de l'État (1905)
Henry Paumier (« Sociétés des Écoles du dimanche », in, Frank, PUAUX, Exposition Universelle de Chicago, Les œuvres du protestantisme Français au XIXe siècle, Paris Comité Protestant Français 1893), alors Président de la SED, présente l’histoire de ses débuts en quatre périodes auxquelles nous ajoutons une génèse et signalons une cinquière étape :

Genèse du mouvement français : à partir de 1814 avec Laurent Cadoret
Difficiles débuts en lien avec l’Angleterre, avec plusieurs initiatives régionales.
C'est aussi une période tendue, ou l'aile libéral prend l'ascendant sur les pasteurs issus de l'aile proche des mouvements de Réveil.
Encrevé situe dès 1830 le début des tensions entre théologiens adoptant la théologie libérale et l’aile évangélique soucieuse de maintenir ferme la doctrine de l’inérance biblique André, ENCREVE, « La vie religieuse 1815-1914 », in La France au XIXe siècle, 1814-1914, Paris, FUF, 2006 (1ère ed 1995), p. 291. Daniel Robert, situe le tournant à la Faculté de Théologie de Montauban en 1824-1825, bien que la théologie à sensibilité du « Réveil » soit encore restée vigoureuse, le remplacement du doyen Pradel et la nommination de Nazon à la chair de théologie systématique, marque un indéniable tournant. Daniel, Robert, Les Église Réformées en France (1800-1830), Paris, PUF, 1961, p. 394ss.

Première période de la SED 1852 à 1862 : Les débuts avec Jn-P. Cook, Moutandon et Paumier
Montandon-Paumier-Cookp.11.jpg
Cook début avec la sympathie mais peu de soutien :
« Je me vois encore arrivant à Paris [écrit Cook]. Dieu m’avait mis au cœur de publier un petit journal sous le titre de : Magasin des Écoles du Dimanche. Je fis une tournée chez tous les pasteurs pour avoir leur avis à ce sujet. Tous me dirent que mon idée était bonne, mais qu’elle ne pouvait être réalisée, en France. L’imprimeur même, comme je lui parlais d’un tirage de quatre cents numéros, me dit : « Consentez, monsieur, à n’en tirer que deux cents. ».
C’est le 23 avril 1853, qu’avait lieu la première assemblée publique, à l’lOratoire….
MM. Montandon, pasteur, président ; Henry Paumier, pasteur ; secrétaire ; Paul Cook, pasteur, trésorier ; trois assesseurs : MM Favey, Renckhoff, et Louis Vernes, pasteur, sont les premiers membre du Comité.

Outre Le Magasin des ED, fondé et dirigé par M. Cook de 1852 à 1857, puis repris par le comité jusqu’en 1863, est destinés aux instructeurs afin de les aider dans leur tâche d’enseignants.
En 1856, la SED fonde une Bibliothèque « pour fournir de bons livres à répandre dans les écoles de semaine ». De 1857 à 1863, 156 000 volumes sont venus.
Paumier évoque aussi la « fête essayée timidement à l’Oratoire, grâce à l’initiative d’un ami américain, M. Albert Woodruff, a si bien réussi, que l’on organise ces fêtes annuelles du Cirque, qui, pendant plusieurs années, on été l’une de nos réunions les plus intéressantes et les mieux suivies, et pour parler le langage du jour « le clou » de la semaine de nos Assemblées religieuses. »

1852    13 Écoles à Paris    130 Écoles en France    Budget : 1 216 fr
1862    34 Écoles à Paris    327 Écoles en France    Budget : 26 000 fr

Deuxième période de la SED de 1862 à 1872 : Malgré les difficultés l’œuvre progresse lentement
L’Œuvre passe un cap important en engageant un agent (M. Hutton), en étant présent 6 mois à l’Éxposition Universelle de 1867, la même année (les 27-29 juin 1867) la SED accueille le Congrès internationale des délégés des Écoles du Dimanche, mais essuie aussi des résistances.
Paumier exprime cele en ces terme : « Notre œuvre rencontre encore bien des préventions. Les uns la repousse comme une importation de l’étranger ; les autres redoutent l’influence de moniteurs laïques et préfèrent le catéchisme exclusivement dirigé par le pasteur. Cependant le progrès, bien que lent, s’accentue. » ? La période se termine avec la mort de l’agent missionnaire.

1872    50 Écoles à Paris :
5 419 enfants
et 494 instructeurs    913 ED, en France.     Dans 9 départements, il n’existe pas encore d’École de ce genre

Troisième prériode de la SED de 1872 à 1881 : Les Écoles du Dimanche populaires se développent
Durant cette période (à partir de 1873) la Mission Mac All développe les Écoles populaires.
Paumier  omet de parmer du Musée des Enfants, il n’évoque que : « deux journaux ; l’un mensuel, les Leçons bibliques, qui a remplacé le Magasin des Écoles du Dimanche, en est à sa quatrième année et continue d’être bien accueilli ; l’autre hebdomadaire ; la feuille du dimanche, qui est à sa huitième année, et compte environ 2 500 abonnés. Depuis 1857, nous avons publié 440 000 volumes, sue lesquels 300 411 ont été vendus. »

Fin 1882    101 Écoles à Paris :
7 384 enfants,
823 instructeurs    1 113 écoles ED, en France.     seuls 2 départements, la Corse et le Cantal, n’ont pas encore d’Écoles du Dimanche


Quatrième période de la SED de 1882 à 1892 ; consolidation et développement de l’œuvre avec Matthieu Lelièvre
C’est la période Lelièvre, qui édite Journal des Écoles du Dimanche
A partir de 1881, durant l’hiver, des Conférences était données, pour les moniteurs. En 1882 des appareils de projection font leur appiritions et peuvent être loué à la SED. C’est aussi l’année où sont crées les Écoles du Jeudi.
Le Cirque étant devenu trop petit, les fêtes se déroule la Salle des Fêtes du Trocadéro tous les deux ans. Elle rassemblent plus de 3 000 enfants, avec les adultes présents l’ensemble des iparticippants s’élève à plus de 5 000 personnes

En 40 ans
1 200 écoles sont fondées
100 Écoles populaires (Mac All) au lieu de 6 en 1873
182 Écoles du Jeudi ouvertes depuis 1882


Cinquièle étape de la SED de après 1902, Wilfred Monod au synode du Havre: l'École du dimanche comme prérequis ou  "passeport" pour entrer sans examen  d'admission au catéchisme.
Zorn affirme « On sent chez Monod l’influence de l’école publique et l’admiration qu’il portait aux instituteurs. C’est le modèle qu’il voulait voir appliquer aux moniteurs. »

Les vœux  qu’il parvient à faire adopter lors du synode officieux de Normandie, sont les suivants :
1.- Le Synode émet le vœu que sa Commission scolaire élabore, le plus tôt possible, le modèle d’un carnet de correspondance, un projet de bulletin trimestriel, et une liste des livres nécessaires à toute bibliothèque paroissiale pour faciliter l’instruction technique des moniteurs.
2.- Le Synode émet le vœu que des réunions régulières de préparation pour moniteur soient établies dans toutes les églises où les circonstances le permettent, et qu’on adjoigne aux écoles du dimanche une classe normale, pépinière des futurs instructeurs de la jeunesse.
3.- Le Synode émet le vœu que la Commission scolaire élabore, de concert avec les églises de la région, un programme gradué d’instruction religieuse élémentaire, qui sera envoyé aux familles dont les enfants ne fréquentent pas l’école du dimanche, et qui servira de base à l’examen d’admission au catéchuménat.
4. Le synode émet le vœu qu’un rapport lui soit présenté, l’année prochaine, sur l’adoption d’un manuel d’histoire sainte.
5.- Le Synode inscrit au budget une somme de 100 francs pour couvrir les frais d’impression ; de correspondance, d’achats divers, etc. qui incomberont à la Commission scolaire
Monod  cherche bien à calquer les Écodes du Dimanche sur les pratiques de l’École primaire, avec : des programmes distincts par groupe d’âge ; des manuels plutôt que des listes, l’utilisation des carnets de correspondance, des bulletins trimestriel.
Il souhaite une formation de moniteurs certifiés ai sein de classe normale.
Et il voit l’Institution résoluement comme une étape pé-catéchuménale nécessaire à l’admission au catéchisme.
La formation religieuse induit une pratique formelle de la religion sans nécessaire liens avec une foi vivante. Comme l'école tendait à former de "bons citoyens" sans visée nécessairement pratique liée au monde du travail, de même l'école du dimanche et le catéchisme deviennent les voies de passage obligatoires pour "faire de nouveaux paroissiens".


1. Qui a créé la première école du Dimanche en France ?
undefined 1.1. Premières tentatives en France à partir de 1787 et figure fondatrice discutée.
Déterminer avec précision « le » nom du père fondateur des Écoles du Dimanche en France n’est pas chose aisée. La configuration géographique de la France rurale, les tensions politiques internes mais aussi avec l’Angleterre voisin, le petit nombre de Protestants, le manque d’organisation des Églises Réformées après la Révolution… peuvent expliquer qu’aucune figure ne se détache très nettement. A la suite de Luther et des pré-réformateurs (John Wycliff (1320-1384), Jean Huss (1369-1373) etc), nombreux étaient à l’époque les pasteurs soucieux d’éduquer leurs ouailles dans l’apprentissage de la lecture de la Bible dans la langue du peuple, et ce, qu’ils aient été ou non touchés par les Réveils de Genève ou anglais.
D’après une lettre de Raikes datée de 1787 rapportée par Pray, nous avons une première attestation d’un projet de développement d’écoles du dimanche en France.
Quelques gentlemen français, membres de l’Académie royale, étaient avec moi la semaine dernière. Ils ont été fortement impressionnés les conséquences sociales prometteuses du dispositif ; qu’ils m’ont pris toutes les brochures imprimé à ce sujet, afin de proposer la fondation de telles écoles dans certaines de leurs paroisses de province. Mais ils connurent beaucoup de difficultés dans leur tentative. (PRAY, p. 178)
L’enquête menée plus tard par le comité de la SED et publiée en 1863 dans le Magasin des Écoles du Dimanche (MagED, 1863, p. 9-10.), situe vers 1790 cette initiative de Raikes
Le contexte socio-politique troublé en France n’a pas permis que cette visite soit l’occasion de l’amorce réelle du mouvement en France. Pray ne fait ensuite pas mention de Cadoret, il signale directement l’existence d’une école du Dimanche à Paris en 1825, rassemblant 200 enfants (PRAY, p. 178). Jean-Paul Cook, parle quant à lui, d’une première école du dimanche ouverte à Paris en 1818(MagED, Paris, SED, 1851, p. 259), cependant les Archives du Christianisme au XIXe siècle (Archives du Christianisme au Dix-Neuvième siècle, 1822, p. 499-500), parlent d’ouverture d’une première école à l’Oratoire en 1822, la désignant comme de la première fondée à Paris, sous la direction de M. le pasteur Frédéric Monod, alors pasteur-adjoint de l’Église réformée de Paris.
C’est à une lettre datée du 3 avril 1851 du pasteur Auguste Laurent Montandon (1803-1876) et publiée par le Magasin des Écoles du dimanche (MagED, 1851, p. 97-105 et 129-133) que l’on doit plus de précision sur l’histoire et le fonctionnement des premières Écoles du Dimanche à Paris. Il situe l’acte fondateur de la première École du Dimanche Réformée de Paris en 1820, et l’ouverture de la première en 1822.
Ce fut le 21 avril 1820 […], que dans la séance du consistoire où fut lue la confirmation, par ordonnance royale, de la nomination de M. Frédéric Monod, comme pasteur-adjoint, une motion fut faite tout aussitôt d’utiliser les services du nouveau pasteur pour l’établissement et la direction d’une école du dimanche. Mais ce ne fut qu’en septembre 1822 que l’école fut ouverte, dans la salle supérieure du temple de l’Oratoire. Bientôt celle salle fut trop petite. Après avoir épuisé tous les moyens de l’agrandir, on dût prendre le parti de transférer l’école du dimanche dans le temple même ; où elle occupera d’abord tout le chœur, momentanément séparé de la nef par un vaste rideau tendu dans toute la largueur du temple […] Enfin, il y a quelques annes seulement, la salle supérieure du temple fut reprise pour l’instruction des plus jeunes enfants de l’école du dimanche ; il y eut donc et il y a maintenant au temple de l’Oratoire deux écoles tenues aux mêmes heures et exigeant un double personnel de maîtres enseignants, et de surveillants et auxiliaires bénévoles, dont le nombre doit être toujours assez considérable pour la bonne tenue de l’école, et pour les travaux et les soins divers qu’elle exige. […]
L’école du dimanche, au temple de Sainte Marie (rue Saint-Antoine) fut ouverte en 1823, moins d’un an après celle de l’Oratoire. Le consistoire, dérogeant au principe qu’il avait adopté précédemment, d’exiger que l’école du dimanche fût toujours faite par un pasteur ou un ministre du saint Évangile, permit qu’un instituteur se chargeât de cette nouvelle école.[…]
Plus récemment, une école du dimanche a été ouverte par le consistoire de l’Église réformée au quartier des Champs-Elysés, (rue de la Réforme n°3). […] Ce nouveau service religieux pour la jeunesse n’a pu d’abord subsister que d’emprunt faits aux autres écoles du dimanche ; c’était les directeurs de ces deux autres écoles qui, successivement, pourvoyaient par eux-mêmes à l’enseignement et à la direction de l’école des Champs-Elysées. Un autre ministre du saint Évangile, M. Amphoux, libre provisoirement de consacrer ses soins à cette bonne œuvre, a consenti à en devenir le conducteur bénévole, mais non moins assidu que s’il remplissait cette tâche à titre obligatoire.
Ce soulagement donné aux pasteurs leur a permis de songer à ouvrir une nouvelle école du dimanche dans le troisième temple, Pentemont, (rue de Grenelles-saint-Germain).
Dans la présentation « revue et augmentée »( JED, 1890, p. 364-367 et p. 405-409) du discours prononcé par Matthieu Lelièvre à Londres à l’occasion de l’anniversaire de la France-School Union de Londres, nous trouvons un rapport nuancé des débuts qui souligne bien les questions qui restent ouvertes. Ce large extrait en témoigne de façon lucide :
L’école du dimanche proprement dite, ce fruit excellent du réveil anglais du siècle dernier, fut en France un article d’importation britannique ; mais ce ne fut que tardivement que le contre-coup de ce réveil se fit sentir sur le continent. L’affaiblissement de la vie religieuse au sein des Églises huguenotes sépara la France et l’Angleterre au commencement du XIXe, expliquent suffisamment ce fait étrange, que le Réveil mit infiniment plus de temps à franchir la Manche qu’à traverser l’Atlantique et qu’il avait presque fait le tour du monde avant d’avoir atteint la France. Deux ou trois timides tentatives d’évangélisation par des chrétiens anglais en France, pendant la seconde moitié du dernier siècle, doivent être mentionnées : l’une par les Moraves anglais et l’autre par les Quakers , dans le midi, et une troisième par les Wesleyens en Normandie, durant la Révolution. Mais je ne sache pas qu’aucun essai d’école du dimanche ait alors été tenté.
Il faut arriver jusqu’aux dernières années du premier empire, pour assister à un effort sérieux tenté dans cette direction par des pasteurs qui avaient subi l’influence de chrétiens anglais. En 1813, deux étudiants en théologie, Guers et Empeytaz, qui devinrent plus tard d’éminents ministres de l’Évangile, ouvrirent une école du dimanche à Genève, qui faisait alors partie de l’Empire français. L’année suivante, un pieux pasteur de l’Église réformée de France, Laurent Cadoret, inaugurait à son tour l’une de ces écoles dans sa paroisse de Luneray en Normandie (Voir sa lettre au consistoire de Rouen ci-après ). […]
Il serait intéressant de connaître le nom de l’ami, probablement un chrétien anglais, qui aida Laurent Cadoret à fonder l’école du dimanche de Luneray et de savoir s’il réussit à en fonder d’autres. Cet inconnu fut peut-être l’importateur des écoles du dimanche en France. Le réveil religieux qui se propagea dans les Églises de France, au commencement de la Restauration et dont les premiers symptômes était déjà sensibles pendant les dernières années de l’Empire, donna naissance à de nombreuse écoles du dimanche. […]
Les Archives du christianisme dès leur première année, parlent de « ces écoles religieuses et gratuites, autrement appelées écoles du dimanche, qui se multiplient dans les Églises réformées de France avec une édifiante rapidité (Archives du Christianisme au Dix-Neuvième siècle, 1818, p. 210)
Quelques mois plus tard, ce même journal annonçait la mort d’un jeune pasteur, M. Fleury Petzi, décédé en novembre 1817, pasteur à Lagarde, près de Montauban, « le premier, d’après ce recueil, qui ait établi en France une école du dimanche. » Les Archives ajoutaient les intéressants détails qui suivent : « M. Chabrand, pasteur Toulouse, a publié une notice intéressante sur l’importance de ces écoles et sur la manière de les diriger. Bientôt on en a vu s’élever dans la plupart des Églises réformées du midi de la France. La petite Église des Vans, département de l’Ardèche, en doit une depuis quelque temps au zèle de son pasteur, M. Pascal, dans laquelle on compte environ vingt-cinq jeunes garçons et autant de jeunes-filles, divisés en deux classes, et qui par leurs heureux progrès dans l’instruction élémentaire et dans la religion, répondent aux soins assidus et aux pieuses espérances de leur pasteur. Cette école est une source d’instruction et d’édification pour les fidèles de tout âge et de tout sexe qui en suivent les leçons avec un vif intérêt »( Archives du Christianisme au Dix-Neuvième siècle, 1818, p. 360)
L’école du dimanche de Bordeaux, fondé par le pasteur F. Martin, fut aussi l’une des plus anciennes, et remonterait à 1815, d’après un renseignement fourni à M. J.-P. Cook par son fondateur, devenu pasteur français à Londres. Cette école reçut à l’origine une allocation de 250 francs de la part de la France-School Union de Londres.


Mlle Marie Colombier (1812),  Guers et Empeytaz (1813), un inconnu et Cadoret (1814), Fleury Petzi (1817), F. Martin (1815) initiateurs du mouvement en France ?

Guers et Empeytaz à Genève en 1813
La mention de Guers et Empeytaz, par Matthieu Lelièvre est selon nous plus significative pour la Suisse, bien que ces deux étudiants ouvrirent une École du Dimanche à Genève, ville qui fut française après le Traité de Réunion du 15 avril 1798. Mais la défaite de l’armée Napoléonienne rend à la ville son indépendance et le 30 décembre 1813 la garnison française quitte la ville cédant la place à Ferdinand von Bubna, général de l’armée autrichienne.

Fleury Petzi à l’origine des Écoles du Dimanche dans le Midi avant 1817
En 1818, le premier tome de ces mêmes Archives ( Archives du Christianisme au Dix-Neuvième siècle, 1818, p. 360, repris par Louis, BERNARD, « Correspondance : A quelle époque et par qui a été fondée en France la première école du dimanche ? », in MagED, 1863, p. 46) attribuent à M. Fleury Petzi, pasteur à la Garde, près de Montauban, d’avoir été le fondateur de la première École du Dimanche en France. Mais, mort jeune en 1817, ce sont d’autres (MagED, 1851, p. 258) qui reprirent le flambeau et développèrent ces Écoles du Dimanche dans les Églises Réformée du Midi. Cette indication ne permet pas de fixer la date de fondation de la première école, tout au juste peut-on dire que Petzi est à l’origine d’un déploiement régional d’Écoles dans le Midi, avant 1817.
Cependant, Jean-Paul Cook récuse formellement la paternité de la première École à Petzi dans son mémoire présenté à l’Alliance Évangélique le 27 août 1851 :
D’après les Archives du Christianisme (année 1818, p. 360), la première école du dimanche établit en France serait celle que fonda, en 1717, M. Petzi, pasteur de l’église réformée, à la Garde, près de Montauban. Mais j’ai appris de M. F. Martin, aujourd’hui de l’église française de Londres, que deux ans auparavant, c’est-à-dire en 1815, il en fonda une à, Bordeaux, à la demande de l’Union des écoles de Londres, qui lui envoya 250 francs pour la maintenir. Madame Martin s’en occupa, et elle est la première personne en France qui ait tenu une classe dans une école du dimanche. (MagED, 1851, p. 258.).
Louis Bernard (MagED, 1863, p. 47.) en 1863 France « qu’à cette époque là on s’occupait beaucoup, dans le midi de la France, des écoles du dimanche » n’excluant pas qu’il puissent en avoir eu d’autres ailleurs bien qu’affirmant que ses recherches ne lui permirent pas d’en découvrir dans le nord de la France.
François Martin fondateur de la première École à Bordeaux en 1815  ou 1817
En 1853 Jean-Paul Cook reprend cette thèse dans son article « À propos de nos Écoles du Dimanche, Origine, but et point de départ » (MagED, 1852, p. 103.). Il situe de nouveau à Bordeaux et en 1815, la fondation de la première École du Dimanche en France, référence que reprend à son compte Matthieu Lelièvre désignant François Martin comme père fondateur (1757-1838).
En introduction à cet article nous relevons les excuses que présente Cook aux directeurs d’Écoles du Dimanche, Cook ne se présente pas comme l’historien le plus scrupuleux dans la précision et la vérification de ses sources :
comme les détails que je possède sont généralement fort courts, il est possible que je me trompe quelquefois dans mes conclusions, soit en généralisant trop, soit en affirmant lorsque je devrais hasarder qu’une supposition . [Plus loin il ajoute :] « j’espère plutôt qu’il y a beaucoup plus d’écoles du dimanche dans ce pays qu’on ne se le figure généralement ; mais qu’on en ignore l’existence, parce que, dans plusieurs cas, leurs directeurs sont trop modestes pour nous dire ce qu’ils ont essayé, comment ils ont réussi, et par quels moyens ils ont surmonté les difficultés. » (MagED, 1852, p. 104)
Dans la suite de l’article, Cook affirme sans nuances qu’à l’époque de Raikes  personne en Angleterre ne s’était occupé activement de l’éducation des pauvres. Cela nous semble faire preuve de jugement un peu à l’emporte pièces. Nous avons eu l’occasion plus haut de faire d’autres remarques dans ce sens à propos de cet article, l’époque Victorienne mettant l’enfant plus en vue dans les familles. Ce manque de fiabilité avouée, associée au poids des autres témoins, n’exclue pourtant pas de considérer Laurent Cadoret comme le fondateur de la première école du dimanche, avant François Martin.
Mlle Marie Colombier à Aulas en 1812 ?
En 1892, dans ses notes de voyages, Auguste Schaffner (JED, 1892, p. 451), évoque son passage à Aulas comme nécessaire pour ne pas manquer « d’égards pour une vieille aïeule […] visiter cette paroisse et cette école était donc pour nous comme un devoir historique » et d’ajouter « Voici : la première école du dimanche qui fut crée en France, le fut à Aulas en 1812, par Mlle Marie Colombier. »
M. Paul Bianquis résidant au Vigan, écrivait cette même année à la rédaction du Journal des Écoles du dimanche, pour revendiquer cette antériorité, contre l’attribution à Martin d’avoir fondé la première école du dimanche à Bordeaux
Citant un rapport de Mlle Fanny Colombier, écrit en 1867, s’il confirme bien l’initiative de Martin, il la situe plutôt en 1817, et situe l’origine de la première école du dimanche non à Bordeaux mais à Aulas et au Vigan.
« En 1817 [écrit Mlle Colombier], M. Martin, de Bordeaux, vint passer quelques jours à Aulas ; il revenait d’Angleterre, et était vivement désireux d’établir des écoles du dimanche dans nos localités. on y prêta attention ; toutes les dames d’Aulas voulurent y prendre part. Une école se créa dans ce village ; nous nous y rendions souvent ; les demoiselles d’Aulas et de Bréau étant élève de mon père, nous y allions toutes les semaines. En 1818, une école du dimanche fut ouverte au Vigan ; on y apprenait à lire ; c’était un enseignement mutuel ; cercles, tableaux, baguettes furent fournis par le Consistoire ». (Paul, BIANQUIS, « Les Écoles du Vigan et d’Aulas, à propos de la fondation de l’école de Bordeaux » Le Vigan, 17 juin 1892, in Matthieu LELIEVRE, JED, Paris, SED, 1892, p. 298.)
Bien qu’ensuite Paul Bianquis  hésite à qualifier d’école du dimanche ce que Martin a du aussi fonder à cette époque à Bordeaux ou son père était pasteur, (la description faite par Mlle Colombier, il s’agirait plus d’une école primaire qu’une école du dimanche selon lui, preuve en étant selon lui qu’en 1825 cette école fut remise à l’école consistoriale), il n’hésite pas à remonter au père de Mlle Colombier qui, voyant en lui le fondateur de la première école du dimanche, en 1812 !
« déjà en 1812, M. Colombier père établit une instruction le dimanche après-midi, chez lui, pour les catéchumènes d’élite, accompagnées de leurs parents et de leurs amies ; le salon était souvent trop petit ; on chantait des cantiques ; le pasteur exhortait et priait » et Mlle Colombier n’hésite pas à donner à cette instruction le nom d’école du dimanche.(JED, Paris, 1892, p 299-300.)
Nous comprenons que M. Bianquis ait eut à cœur de revendiquer pour sa partie un héritage d’une institution qui lui était chère. Cependant, nous ne pouvons le suivre dans l’analyse qu’il nous propose des faits qu’il décrit. D’un côté, l’école mutuelle est bien associée à l’école du dimanche, il n’y a pas lieu d’associer ce modèle d’enseignement à l’instruction de semaine. L’exemple de ce que Woodruff propose pour les Écoles du dimanche en est une illustration patente. Aussi, nous ne saurions associer les réunions du dimanche après-midi chez M. Colombier aux écoles du dimanche. Selon nous, elles relèvent plus des réunions d’édifications piétistes, telles qu’elles se sont développées au sein de ce mouvement de Réveil que d’une « classe » d’école du dimanche. Ces dernières n’ont pas cherché premièrement à rassembler les élites protestantes pour les former. Il n’y a pas lieu de forcer l’héritage historique.


Laurent Cadoret à l’initiative d’une École du Dimanche en Normandie en 1814


La thèse « Cadoréenne » et se que montrent ses difficultés


Les tenants de cette thèse et leurs sources
Les historiens récents (Encrevé, Fath ; Wemyss, Robert)  attribuent sans conteste au pasteur Laurent Cadoret (1770-1861), d’avoir initié le mouvement des écoles du Dimanche français, en 1814,  à Luneray en Seine-Martime. Alfred GREGORY, dont s’inspire Matthieu Lelièvre dans le Journal des Écoles du Dimanche sans le citer, fixe aussi à l’année 1814, les débuts du développement du mouvement français, avec comme figure de proue le pasteur Laurent Cadoret instituant une école du Dimanche à Luneray, sous l’influence d’un frère anglais.
Le texte attestant la paternité du mouvement à Cadoret, est une lettre qu’il avait écrite  le 23 août 1814 au pasteur Mordant, alors président du Consistoire de Rouen. C’est Frank Puaux (JED, Juillet à Décembre 1888, p. 209), ancien élève de l’École du Dimanche de Luneray, qui fait part de cette lettre à Matthieu Lelièvre, en 1888.
L’institution d’une École du Dimanche pour l’instruction chrétienne des enfants a commencé à se former, mais son organisation n’est pas encore achevée. Le succès même n’est pas certain, quoique le pasteur et les enfants surtout montrent la meilleure volonté. L’École est divisée par classe. Il faudra un comité dont le président sera pris dans le consistoire, des maîtres en proportion du nombre des enfants, des règlements simples et uniformes. Cela n’est pas encore fait. L’ami qui  a été ici deux dimanches, le seul temps qu’il avait à nous donner, s’est principalement employé, les enfants réunis, à nous faire connaître une marche à suivre pour la prospérité d’une telle institution et des procédés d’enseignement à mettre en usage éprouvés depuis dix ans et qui ont obtenu le plus grand succès parmi nos frères en Angleterre. Devant naturellement lui donner notre attention nous n’avons pas encore eu le temps de choisir des maîtres et de former des règlements. Il faudra du zèle et du dévouement de la part de mon consistoire et des personnes les plus capables de mon Église pour que cette entreprise puisse réussir.
N’ayant qu’un petit nombre d’exemplaires de chaque catéchisme, nous nous sommes cependant avancés jusqu’à faire imprimer à Dieppe 200 exemplaires du premier, avec de petites cartes contenant un passage de l’Écriture ou des sentences morales qui seront données pour récompenses, que les enfants devront apprendre et dont la rentrée obtiendra de ceux qui les possèderont le don d’un livre religieux de plus ou moins de valeur selon leur nombre
Selon Daniel Robert, cette lettre a été précédée d’autres lettres datées du 9 au16 août 1814 adressée par Cadoret à la LMS (Société Missionnaire de Londres) dont il a été toute sa vie durant secrètement  l’agent (la LMS le soutiendra financièrement) (Daniel, ROBERT, PUF, 1961, p. 244, note n° 4).
Ces courriers attestent l’antériorité de l’initiative du pasteur de Luneray.
Comment comprendre l’absence de Cadoret lors de la fondation de la SED ?

Première curiosité
Cependant, il est étonnant de ne pas trouver le nom de Cadoret associé en 1852, à ceux des membres fondateurs de la Société des Écoles du Dimanche. Jean-Paul Cook, fer de lance de la SED ne cite jamais Cadoret. Il donne bien l’impression d’ignorer son existence. En effet, dans un premier essai de statistique, daté 1854, Cook ne cite pas d’école en Seine-Maritime, Luneray lui est inconnue, alors que le Gard, la Drôme et Paris remportent la palme des régions au plus grand nombre d’écoles du dimanche. Cela dit, Cook  omet au moins les Vosges, alors qu’un article sur l’école du dimanche de Rothau était publié en 1852 !
Mais là encore Cook  est conscient de ne pas publier un catalogue exhaustif des écoles. Par la publication de ces statistiques il lance plutôt un appel au peuple pour compléter et corriger cette première liste :
Nous allons publier les noms des localités où elles se trouvent, dans l’espérance que nos lecteurs voudront bien nous faire connaître les erreurs ou les omissions qui se trouvent dans ce catalogue, et nous espérons pouvoir ainsi arriver peu à peu à une estimation approximative, sinon tout à fait exacte, du nombre des écoles du dimanche en France, et de leur répartition sur tout le territoire. (Jean-Paul, COOK, « Nos Écoles du Dimanche, premier essai de statistique », in MagED, Paris, Meyrueis, 1854, p. 148)
Les silences de Cook ne sont pas nécessairement des indices sûrs.

Deuxième curiosité
Une autre curiosité est à signaler : le fils du pasteur Louis Daniel Paumier (1789-1865), Louis Henry (1820-1899) n’évoque pas la figure de Cadoret. Louis-Henry né à Rouen ou son père Louis-Daniel était pasteur à Saint-Antoine dès 1813, à Rouen. Dès 1816 il assurait la présidence du consistoire. Louis Henry fut secrétaire du Comité de la Société des Écoles du Dimanche française qu’il représente en 1862 à la Conférence de Londres. Il a été pasteur à Mantes (1847-1850) et à Plaisance (1850-1899) et il est cité en référence par Laurent Samuel Cadoret dans sa thèse soutenue à la Faculté de théologie de Montauban. Nous n’avons jusque-là par exemple pas même trouvé d’article de nécrologique dans les publications de la SED concernant le décès de Cadoret dans les publications de la Société des Écoles du Dimanche ou Louis Henry Paumier était engagé.

Troisième curiosité
Une autre curiosité est à relever : lorsque Cook fonde la Société des Écoles du Dimanche, il a pour soutien le pasteur Auguste Laurent MONTANDON (1803-1876). La carrière pastoral de celui-ci l’a conduit en 1828 à exercer le ministère à Luneray. N’y avait-il alors plus de trâce du travail de Cadoret ? D’après le répertoire statistique des activités des Églises Réformées en France, édité en 1828 par le pasteur Alexandre SOULIER, si l’on dénombrait deux Écoles du Dimanche à cette époque à Rouen, il n’y en à pas à Luneray, ou est en revanche signalée « une école primaire, ancienne méthode »( Alexandre, SOULIER Statistique des Églises réformées de France, Paris, Servier, 1828, p. 138).

Quatrième curiosité
Le pasteur Daniel Lardans dans « La Réforme à Luneray : 1557-1957 Conférence prononcée au Temple de Luneray le 15 Juin 1957, lors du IVe Centenaire de la fondation de l’Église » (SHPF n° 24320, p. 24) ne cite Cadoret qu’en épilogue, pour lui emprunter un paragraphe de son discours prononcé à l’occasion de l’inauguration du temple le 6 Septembre 1812. Pas un mot des écoles du dimanche, pas un mot signalant l’Église de Luneray comme pionnière en ce domaine. L’accent porte en revanche sur les persécutions les actes héroïques des premiers Réformés.

Tentatives d’explications
• La mémoire de Cadoret a-t-elle été oubliée, pour cause de tensions théologiques ?
Selon Daniel Robert, Cadoret quitte Luneray en 1819 laissant la charge pastoral « avec regret » au fils d’un ancien pasteur de Luneray : Jean Réville qui « avait acquis à Genève des idées différentes des siennes ». MONTANDON est qualifié de pasteur libéral , par Roland Gennerat, sur son site consacré aux pasteurs de l’église réformée de France. Or Cadoret est qualifié de pasteur à la tendance whitefieldienne (Daniel, ROBERT, PUF, 1961, p. 41, note n° 3). Il va être un ami très proche du missionnaire méthodiste, puis pasteur Réformé à Bolbec Pierre du Pontavice  (1770-1806).
Les tensions (c’est en 1818, lors de la nommination du successeur de D. Encontre à la chaire de dogmatique à la faculté de théologue Protestante de Montauban, qu’un premier conflit sérieux éclata où les partisans de la « théologie du Réveil » essuyèrent un « sérieux échec ». Daniel, ROBERT, Les Églises Réformées en France (1800-1830), Paris, PUF, 1961, p. 387ss.) entre pasteurs du Réveil et pasteurs libéraux ont-elles pu contribuer à faire oublier Cadoret voir réduire les premiers débuts de son travail à néant ? Déjà en son temps, Cadoret dût essuyer l’opposition de protestants de sa communauté, peu favorable à une prédication trop directe.
Cependant, Jean-Paul Cook (1828-1886) qui initie la première revue des Écoles du dimanche en France, surnommé par Surnomé par Henry Paumier « l’ami le plus dévoué, le plus infatigable de notre œuvre, celui qui n’a cessé jusqu ‘à sa mort de la servir, par sa plume, par sa parole, par ses visites aux Églises comme agent missionnaire » (JED, Paris, SED, 1893, p. 467.), était pasteur Méthodiste, formé en Angleterre et à Lausanne. En outre il était le fils aîné du missionnaire anglais Charles Cook (1787-1858), venu en France en 1818 à Caen (Charles, BOST, Histoire des Protestants de France, Carrières-sous-Poissy, 1996, p.213ss), d’une part pour évaluer les progrès du Réveil en France et en Suisse (Alice, WEMYSS, Histoire du Réveil 1790-1849, Paris/Lausanne, Les Bergers et les Mages/Ale, 1977, p. 130.), d’autre part non pas pour implanter le méthodisme wesleyiens dans le Midi de la France comme l’affirme Alice Wemyss, mais pour comme l’atteste Bost, pour « vivifier » l’Eglise Réformée.

• Faut-il pencher vers une prééminence des pasteurs parisiens sur les provinciaux ?
Remarquons que les pasteurs engagés dans le comité qui dirige la Société des Écoles du Dimanche sont essentiellement parisiens, les pasteurs de provinces sont moins en point de mire, or, il faut rappeler qu’après la rurale Luneray, Cadoret accepte un poste dans la Somme en 1820, puis rejoint l’Isère ou son fils est pasteur. C’est là qu’il passe ses dernières années après avoir démissionné en 1854 de ses fonctions pastorales.
Il est nécessaire de rappeler ici qu’à l’époque ou se développent les Écoles du dimanche en France, après 1814, les articles organiques promulgués en 1802 par Napoléon Bonaparte, contraignent les Églises Réformées à s’organiser au niveau régional. Leur champ de compétence est limité à la zone géographique du consistoire, c’est-à-dire une région ou l’on dénombre jusqu’à 6 000 protestants. Les rapports des Assemblées Générales de la SED font essentiellement mention de représentant pariens. Si Cook ne manque pas de préciser que l’organe reliant les Écoles entre elles n’était pas les Églises locales mais la Société des Écoles du Dimanche, tout en affirmant l’attachement aux Églises protestantes, c’est entre autre de pouvoir justifuer d’une organisation de coordination nationales qui ne soient pas soumises aux prérogatives des articles organiques qui aussi ne reconnaissaient que les Églises Réformées et Luthériennes de la Confession d’Augsbourg.

• Le facteur de l’âge entre-t-il en compte ?
Lorsque Jean-Paul Cook vint au monde en 1828, Cadoret a déjà 58 ans (âge auquel meurt Cook 1828-1886 !), cela fait 14 ans qu’il a fondé une première École du dimanche à Luneray.
Lorque la Société des Écoles du Dimanche est créée en 1852, Cadoret né en 1770 est un vénérable octogénaire. Il a alors 82 ans et est à deux ans de démissionner de son poste à Amiens. Il décède neuf ans plus tard à l’âge de 91 ans.
Si ce facteur est à considérer, il est cependant légitime de s’interroger, pourquoi Laurent Cadoret n’a-t-il pas fait de grands efforts pour cultiver les liens et encourager la SED par ses écrits ?
Une pièce utile au dossier est versée par Jean-François Zorn. Celui-ci en évoque aux débuts du mouvement la méfiance qui a été nourie vis-à-vis des influences étrangères, le styles de cantiques anglosaxon en particulier, mais aussi l’engagement des femmes dans ce dispositif. Il discerne là les raisons principales qui ont pu contribuer à presque faire avorter le jeune mouvement en 1828 (Jean-François, ZORN, « Un mouvement catéchétique contemporain : les Écoles du Dimanche », ETR, 71e année, 1996/3, p. 384), et considère l’action de Cook presque comme une renaissance du mouvement qui allait s’éteindre.

• Le contexte social difficile en France.
La révolution de 1830, « les trois glorieuses », n’a pas contribué à faciliter les relations !

Conclusion
Ces constats nous permettent de conclure que si Cadoret a probablement été le premier à chercher à fonder une École du Dimanche en France, son initiative à Luneray a été de courte durée et n’a pas été l’origine d’un large déploiement du mouvement en France.
Tout en affirmant que Cadoret était convaincu d’ouvrir la première école du Dimanche de France, Daniel Robert propose à partir de la source méridionale, la création d’écoles du dimanche dans le midi, de façon parallèle et sans liens directes avec celle fondée en Seine-Maritime. Le contexte géographique et communicationnel bien différent du notre aujourd’hui dans cette grande France rurale (et la communauté de Lunarey était rurale ) ou les protestants étaient fort disséminés, rend cela crédible. Quant aux liens avec l’Angleterre (Martin et Cadoret en avaient), pour des raisons politiques , la discrétion s’imposait
Par contre [dit Robert], une tradition méridionale (Arch. du Christ., t.I, (1818), p.360, ignorant Cadoret, cite comme la première école du dimanche celle de Petzi aux environs de Montoban (Petzi mourut à la fin de 1817), puis celle de Pascal aux Vans, Ardèche. Dès 1818, il existait une notice donnant des conseils, due au pasteur Chabrand (Toulouse) (Daniel, ROBERT, PUF, 1961,p. 436, note n° 3).
Cook  plus familier du Midi, aurait donc pu ignorer ce que vivaient les Église du pays de Caux. Les incessants appels aux lecteurs des publications de la SED, montrent à la fois un souhait d’unifier les informations les plus exhaustives possibles et la difficulté que cela représentait à l’époque. Mais à l’époque ou Cook cherche à donner un nouvel élan au mouvement, que restait-il des toutes premières initiatives ?
Qu’il y ait eu une fondation d’Écoles quasi simultanément dans le midi et en Normandie, sans stratégie d’implantation très structurée, paraît fort vraisemblable. Cependant parmi ces précurseurs : ni François Martin fils (le père est déjà mort lors de la création de la SED), ni Cadoret ne sont engagés dans les débuts de la Société des Écoles du Dimanche, qui furent plutôt Coocksienne puis Parisienne avec Auguste Laurent Montandon, Louis Henry Paumier, Matthieu Lelièvre, Monod…
La fondation et le développement des premières Écoles du Dimanche en France n’a sans doute pas suivi un itinéraire aussi « linéaire » et structuré, que ce que l’Angleterre a pu connaître à la suite de Raikes et de ces coéquipiers. Les pasteurs français ont peut-être trop travaillé en solitaire, imprégnés de leur culture individualiste, de psychologie de groupe minoritaire et persécuté mais surtout évoluant sur un territoire très vaste et rural, aux communications difficiles, et aux méfiances nourries vis-à-vis de l’Angleterre. Au-delà des conflits personnels régionaux, les tensions théologiques aussi pu générer des difficultés relationnelles ne facilitant pas, les communications déjà techniquement complexes, bien qu’au tout début, l’aile « orthodoxe » ait été majoritaire jusqu’à la Faculté de Montauban, ou Haldane s’était rendu.

Par A R - Publié dans : Ecoles du Dimanche
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Samedi 23 juin 2007
En cours de rédaction...

Le Baron Joseph-Marie De Gérando
Lyon 29 février 1772- Paris 10 novembre 1842






Brefs repères biographiques du Gérando

MOREL Octavie, Essai sur la vie et les travaux de Marie-Joseph, baron de Gérando, Paris, Jules Renouard, 1846, 105p
Et BERLIA G, Gérando, sa vie, son oeuvre, Paris, L.G.D.J., 1942, 64 p.
Emile GOSSO, "Gérando", dictionnaire de Pédagogie, F. Buisson, 1910


Présentation générale de l'homme

L'homme de plume

Joseph-Marie De Gérando a été maire de Nogent-sur-Marne de 1816 à 1819  reconnu comme philosophe, précurseur de l’anthropologie, sociologue, homme de lettres, baron d'empire... maître des requêtes et conseiller d’État sous l’Empire, sous la Restauration, il était professeur à la faculté de droit.

Il entretient une correspondance avec J F Oberlin qu'il représente à Paris pour la cérémonie de remise de la médaille de l'agriculture qui lui est attribuée.

Il sort de l’ombre en 1799 (15 germinal, an VII), en participant au concours lancé par L’Institut National sur le thème : « Déterminer quelle a été l'influence des signes sur la formation des idées » (
[1799-1800], 4 V), concours qu’il remporta !

De nombreux et volumineux ouvrages du prolixe auteur sont aujourd'hui disponibles en ligne:

Ouvrages Philosophiques
« Déterminer quelle a été l'influence des signes sur la formation des idées » ([1799-1800], 4 V)
histoire comparée des systèmes de philosophie, relativement aux principes des connaissances humaines (1822,  4 vol)
Histoire de la philosophie moderne, à partir de la renaissance des lettres jusqu'à la fin du XVIIIe siècle. (1772-1842/ 1847),
De la génération des connaissances humaines (1802)

Ouvrages sur l'éducation
l’Education des sourds-muets de naissance (1827, 2 vol)
Du perfectionnement moral, ou de l'éducation de soi-même
(1824)
Cours normal des instituteurs primaires (1832)
Institut du droit administratif français (1830)


Ouvrages sur l'assistance auprès des indigents
 Le visiteur du pauvre (1816)
De la bienfaisance publique (1839, 4 vol)

Le visiteur du pauvre est un ouvrage de 546p, est écrit suite au concours lancé en 1816 par l’académie de Lyon sur le thème : « Indiquer les moyens de reconnaître la véritable indigence, et de rendre l’aumône utile à ceux qui la donnent comme à ceux qui la reçoivent ». Joseph-Marie Gérando remporte le prix avec Le Visiteur du pauvre, primé comme « l’ouvrage le plus utile aux mœurs ».
A l’origine le volume n’était destiné qu’aux responsables de la ville de Lyon, il n’était pas destiné à une publication plus large.


Ses liens avec des protestants

Joseph-Marie de Gérando est un catholique originaire de Lyon mais qui a souvent été en relation avec des protestants et leur influence :
il épouse Annette Rathsamhausen, famille Protestante,
fréquente Gottfried Konrad Pfeffel (1736-1809) à Colmar,
est ami de :
Camille Jordan (1771-1821) Lyonnais de famille Protestante,
de Jacques Necker (1732-1804) le financier de Genève,
de la famille Fritz De Dietrich d’Alsace,
de la Baronne de Staël (1766-1817),…

Se rendant à Rome M. et Mme De Gérando laisse leur petit Gustave  âgé de 6 ans chez les Etienne Gautier Delessert (1735-1816) à Passy, Banquier à Paris, Président Caisse d’Epargne , une famille protestante de Lyon, qui après s’être exilée de France après la révocation de l’édit de Nantes vers 1685 sont revenus en France en 1735.


Joseph-Marie de Gérando fut un des fondateurs en 1821 de la Société de la morale chrétienne, Société largement assise sur les piliers protestants comme le baptiste Jean-Casimir Rostan (1774-1833)



Mme Gérando a des liens avec Barbara Juliane von Krüdener , dite Barbara de Krüdener (1764-1824) écrivaine russe d’expression française. En 1806, elle vit une conversion spirituelle qui l’amène à prêcher en Allemagne puis en Suisse, suivie de milliers de disciples. Expulsée de partout, elle se retire en Crimée en 1824 où elle mourra.


1.    La jeunesse de Joseph-Marie de Gérando

1.1.Son enfance, sa formation

Joseph-Marie né à Lyon le 29 février 1772, 17 ans avant la prise de la Bastille dans une famille catholique aisé.
Octavie Morel nous apprend que son père était un architecte talentueux reconnu, quant à sa mère « d’une vertu austère, conserva jusqu’à un âge très avancé une force de caractère et une lucidité d’esprit remarquables » .
Il le décrit comme un enfant « réfléchi, timide, peu enclin aux espiègleries des enfants de son âge. Ses parents le jugeaient sévèrement… considéré comme un enfant sans intelligence, le jeune de Gerando s’abandonnait à sa propre réflexion. » 
Plusieurs précepteurs essayèrent en vain de l’initier aux études pour jeter l’éponge déclarant ce jeune « incapable d’études sérieuses ».
C’est au collège des Oratoriens où il fut ensuite envoyé qu’un « déclic » se produisit, bien que ses parents mirent d’abord en doute que la réussite de leur petit soit le fruit de ses propres capacités !... ils durent ensuite reconnaître leur méprise, et même une fois louer une voiture pour transporter les livres que leur fils avait obtenu lors de la distribution des prix !!!
Il fit ensuite des études de philosophie au séminaire des Sulpiciens, à Saint-Irénée. Là il se lie d’une profonde amitié avec un de ses condisciples l’abbé Montagnier.


1.2. Sa vocation au service

Très stimulé par toutes les réflexions philosophique et théologique, il forma là le projet d’embrasser la vie ecclesiastique et devenir missionnaire.
Il devait rejoindre le séminaire catholique de Saint-Magloire à Paris lorsqu’il apprend qu’un de ses camarades ainsi que le supérieur du séminaire venait de périr dans un des massacres des 2-5 septembre 1792 de la fin de la Législative, une des périodes les plus tragiques de la Révolution Française (les historiens évaluent entre 1000 et 1400 victimes dont la moitié des prisonniers parisiens  dont 116 prêtres et trois évêques détenus dans l'ancien monastère des Carmes à Paris (qui avaient refusé de prêter serment à la Constitution civile du clergé).
Si ces événements mettent un terme à ses projets de carrière ecclésiastique, cela n’altéra pas son vœu d’être au service des autres. Cela s’accomplira cependant d’une autre façon : « ne fut-il pas missionnaire sur la terre, celui dont la vie entière fut consacrée au bien de l’humanité, dont toutes les actions, toutes les pensées, eurent pour but constant d’instruire les hommes, de les rendre meilleurs, de les soulager dans tous leurs maux ? »


2.    L’engagement contre la Convention et l’exil

2.1.Son engagement dans l’armée

En mai 1793, Lyon se dote d’un maire girondin, les mois suivant ce sont les montagnards qui prennent le dessus et gouvernent la nation… les tensions sont fortes, aux frontières c’est l’invasion, à l’intérieur l’insurrection d’étend : soixante départements s’insurgent contre la proscription des Girondins… Progressivement, le gouvernement révolutionnaire, codifié par la Convention le 4 décembre 1793, se met en place.

L’assemblée décide de faire le siège de la ville. Plus de 50000 hommes l’encerclent. La cité résiste quasi seule. Quelques troupes et des armes viennent du Forez. Après deux mois de résistance, les troupes qui ont défendu Lyon (6 à 7000 hommes) estiment la défense impossible. Dans la nuit du 8 au 9 octobre, sous la conduite de leur général, le Comte de Précy, elles sortent et se dirigent vers le nord .
Le patriotisme de Gérando le pousse alors à s’engager avec d’autres jeunes lyonnais pour défendre la ville contre les partisans de la convention. Il a alors 21 ans. Le détachement commandé par Précy est vite décimé. Blessé à la jambe Gérando s’attendait à vivre ses derniers instants lorsque le chef de la troupe adverse s’est avancé vers lui deux pistolets à la main… A sa plus grande surprise il s’entend dire de ce chef adverse : « je viens pour te sauver. ». Gérando se laisse alors emmener comme prisonnier. Ne pouvant marcher à allure normale à cause de sa blessure, il fut attaché sous un cheval et « regretta plus d’une fois de n’avoir pas trouvé sur le champ de bataille la fin de tous ces maux » .

Après quelques jours de cachot, il comparut devant un tribunal militaire qui avait à juger les prisonnier lyonnais. La procédure était simple : le Président demandait si le prisonnier avait été pris les armes à la main, si oui c’était la condamnation à mort de prononcé immédiatement.
Gérando ne se faisait donc aucune illusion sur son sort. Il fut donc le premier surpris d’entendre quelqu’un répondre « Non ! » au président lorsque la question fut posée pour son cas… il fut absout sur la parole du chef ennemis qui en le faisant prisonnier lui avait dit venir pour le sauver !...
Sa famille avait de son côté déjà fait célébrer un service funèbre pour « le repos de son âme » n’imaginant pas d’autre sort possible que la mort au combat ou par exécution de leur fils.

2.2. L’exil

Gerando s’engagea dans un régiment de chasseurs, l’armée étant à l’époque souvent un refuge, mais comme son régiment fut envoyé à Lyon, il dût fuir en Suisse puis en Italie. A Naple il tiendra les comptes d’un parent banquier à la cour. Ses soirées il les passait à méditer, et faire travailler ses neurones. « Trop pauvre pour pouvoir s’acheter des livres, il les composa lui-même. Toutes les questions de philosophie, les phénomènes naturels, les problèmes de mathématiques, qu’il eût voulu étudier dans les auteurs qui les ont traités, il les approfondit dans sa pensée. Plus tard il aima à se rappeler la joie qu’il avait éprouvée, lorsqu’il lui fut donné de se procurer ces livres tant enviés, et qu’il vit que ses propres découvertes dans les sciences étaient conformes à celles des savants, et que plus d’une fois il avait été plus exact qu’eux » .

L’amnistie du 9 thermidor, permet aux exilés lyonnais de rentrer chez eux. Géerando rentre dans sa famille se préparant à reprendre du service dans l’armée, lorsque son ami Camille Jordan , aussi revenu d’exil, est élu député en 1797 et demande à son ami de l’accompagner pour une mission délicate. Le 18 fructidor c’est le coup d’état. Gérando avait prévu un lieu de rapide retraite, mais il eut beaucoup de peine à persuader Jordan de le suivre la nuit du 17 au 18 dans cette cache, avant de fuir en Allemagne. En 1798 Jordan rejoint l’Angleterre, Gérando reprend du service dans l’armée, et se trouve en garnison à Colmar.

2.3. Reprise de la vie militaire et mariage

 
Théophile Conrad Pfeffel (1736-1809)
Il a 2 ans lorsque ce fils d’avocat du Wurtemberg, perd son père. Il étudiera à Halle (fief piétiste) la jurisprudence dans le but de devenir diplomate. Suite à une opération manquée à un oeil, en 1754, il perd la vue et interrompt ses études. Malgré son handicape, il fonde en 1760 «la société de lecture de Colmar »…    Gérando possède l’Allemand et en homme de culture il se rendit à Colmar avec Camille Jordan auprès du poète  et pédagogue protestant Gottlieb Konrad Pfeffel  (28.06.1736-01.05.1809) le « La Fontaine de la littérature allemande » selon Morel . L’élite des jeunes nobles d’Alsace se retrouvait là.

Pfeffel avait été à l’initiative de la création en 1773 d’une école française : l’Académie militaire destinée à donner aux jeunes alsaciens protestants une culture française. L’influence des idées de Rousseau et de Pestalozzi marquait l’école.

Parmi cette jeunesse qui fréquentait le cercle Pfeffel se trouvait Mlle Annette de Rathsamhausen  (24.06.1774-14.07.1824), que Gérando épousa  le 31 décembre 1799. Mme de Staël disait ne connaître que deux femmes qui avaient une plume plus agile qu’elle : Mme Gérando et Mme Necker de Saussure.
Trois enfants naîtront de cette union : Fanny meurt en très bas âge, Auguste laissera à son tour des écrits disponibles, et Camille.

Il partage avec les autres « philosophes des lumières » un très grand optimisme quant aux capacités qu’à l’homme à se perfectionner de lui-même : En 1800 il écrit ;
« l’homme est égoïste, il cherche à se satisfaire et non à se perfectionner, son espèce n’est rien pour lui ». La vraie philosophie, toujours d’accord avec la morale, nous tient un autre langage. La source des utiles lumières, nous dit-elle, comme celle du solide bonheur, est en nous-mêmes. Nos lumières, dépendent surtout de l’état de nos facultés :mais comment perfectionner nos facultés, si nous n’en connaissons la nature et les lois ? Les éléments de la félicité sont les sentiments moraux, mais comment développer ces sentiments, si nous n’examinons le principe de nos affections et les moyens de les diriger ? C’est en s’étudiant qu’on s’améliore ».

Dans ses textes, comme dans les lettres écrites par sa femme et qui ont aussi été publiées, le thème de la Providence divine revient très fréquemment. Si la grâce commune permet à l’homme de se perfectionner par l’instruction, on sait que malheureusement l’instruction ne suffit pas à rendre les gens forcément bons. La régénération doit encore libérer l’homme de l’esclavage du péché. Dans le cas des Gérando, cette dimension n’est me semble-t-il pas absente de leur vie, même s’ils ne l’expriment pas forcément avec le patois de Canaan qui serait aujourd’hui celui de plusieurs.
 
3. La carrière Parisienne des Gérando

3.1. Le concours de l’Institut de France

L’Institut de France avait lancé un concours sur le thème : « Déterminer quelle a été l’influence des signes sur la formation des idées ». Le prix était décerné le 15 germinal, an VII (1799) mais Joseph-Marie n’avait eu que très tardivement connaissance de ce concours.
Il parvient juste dans les temps à faire parvenir le manuscrit que Mlles Rathsamhausen, de Berckheim, Pfeffel… s’était hâtés de recopier au fur et à mesure… les photocopieuses en ce temps-là n’existant pas encore. Gérando remporta le concours « contre » Saint-Martin qui manifestera beaucoup d’estime pour Gérando « Il aime en lui le savant, apprécie cette âme affectueuse et charitable, unissant de grandes lumières philosophiques à de fortes habitudes chrétiennes. »

L’Institut mis tout en œuvre pour que le soldat philosophe soit exempté de service militaire et puisse être nommé à Paris, ou il occupa le poste de « secrétaire du bureau consultatif des arts et du commerce, en l’an VIII .
Cette année Gérando étoffe sa copie et publie en 4 volumes « des Signes et de l’art de penser, considérés dans leurs rapports mutuels ».


A suivre...

A Ruolt
Par A R - Publié dans : Biographies
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Dimanche 20 mai 2007
Sommaire de quelques présentations bibliographiques
présentes et à venir

Ces notes sont tirées des présentations faites
au groupe n°3 dit "d'Institut Biblique"
à l'Eglise baptiste du Tabernacle
Paris XVIIIe




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Figures baptistes (40 MB)
William Carey (33 MB)
Raikes, Fox (16,6 MB)
SED (17MB)
Thomas Bernardo (19,5 MB)
Gorge Muller (1MB)
Hudson Taylor (11,1 MB)
Robert Morison (6 MB)
William Knibb et George Liele (9,4 MB)
Charles Studd (2,8 MB)
Charles Spurgeon (15,8 MB)
Roger Williams (2 MB)
John Smyth et Robert Williams (5,3 MB)
Thomas Cook (6,2 MB)
Johann Gerhard Oncken (1,6 MB)
Moody & Sankey (1,9 MB)
Albert Schweitzer (6,7 MB)
Jean Frédéric Oberlin (1,4 MB)
Armée du Salut (66,4 MB)
Robert Estienne (15 MB)
Martin Luther (12,5 MB)


d'autres présentations figurent en ligne sur le
site http://eglisedutabernacle.org sous "études"

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Samedi 19 mai 2007
Charles-Haddon Spurgeon
1834-1892

« prince des prédicateurs »


La mise en page illustrée de l'article suivra prochainement
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3. L’essor du ministère de Spurgeon depuis Londres

3.1. Pasteur à Londres au « New-Park Street chapel » à partir de 1853
En 1853, Spurgeon est appelé à intervenir à Cambridge, lors de l’Assemblée Générale des Écoles du Dimanche. Il est de nouveau brillant, ce qui gêne certains ministres ordonnés. Deux d’entre eux attaquent ouvertement Spurgeon, par prédication interposée, et tentent de jeter le discrédit sur le jeune et talentueux prédicateur, s’appuyant sur une exégèse allégorique du récit de 2 Sam 10.5 : « Ne conviendrait-il pas que les jeunes gens allassent à Jéricho pour y attendre que leur barbe poussât ?… » Avec l’autorisation du Président de séance, Spurgeon répond, rappelant que ce texte ne s’applique pas à des jeunes gens : David donne l'ordre à ses émissaires d’âge mûr d’attendre à Jéricho le temps que repousse leur barbe, barbe rasée à moitié par le roi Hanun qui les accusait injustement d’être venu espionner la ville et non le consoler de la mort de son père ! (Brunel, p.83)

Son éloquence et sa façon de répondre aux faux accusateurs avec respect, tact et à propos frappe un certain M. Gould, qui va parler de ce prédicateur à son ami M. Olney, diacre à la chapelle de New-Park Street, à Londres, communauté sans pasteur, en perte de vitesse après des années « glorieuses ». C’est une Église qui a jadis bénéficié des ministères de serviteurs de Dieu imminents.

Spurgeon croit donc à une erreur lorsqu’il reçoit l’invitation d'Olney à venir y apporter le message un dimanche. Mais l'un des diacres de Waterbeach, sa petite Église de campagne, s'exclame en apprenant l'invitation : « cela devait arriver !», témoignant par là qu’il pressentait que leur pasteur serait tôt ou tard appelé à un ministère dans une plus grande Église. (Brunel, p.84).

L’imposante bâtisse impressionne beaucoup Spurgeon, qui redoute ces gens  cultivés qui se réunissent en ce lieu illustre.
Arrivé à Londres le samedi, Spurgeon loge dans une modeste pension de famille dont les habitants, informés du motif de sa venue à Londres, « passèrent la soirée à chanter les hauts-faits, le genre, et les manières des prédicateurs en vogue » (Brunel, p.84). Arrivé avant l’heure à la chapelle, il se rend vite compte que l’auditoire qui commence à se constituer est loin de ce qu’il s’est imaginé ! Il est rassuré et prêche sur Jcq 1.17, comme s'il était à Waterbeach. Ceux qui sont venus à la réunion du matin sont si enthousiastes qu’ils réussissent à convaincre plusieurs de venir au service du soir.
L’invitation à venir travailler dans cette Église ne se fait pas longtemps attendre…

Spurgeon est heureux à Waterbeach, mais la communauté réunit des personnes peu fortunées et elle ne parvient pas à accorder un soutien suffisant à son pasteur. Spurgeon a donc dû proposer ses services comme répétiteur à des parents à la recherche d' un professeur pour aider leurs enfants.

L’Église de New-Park Street lui propose 6 mois d’essai. Spurgeon répond en demandant plutôt un essai de 3 mois, suivis de 3 autres mois si les premiers s'avèrent concluants pour les deux parties. Sa seule demande expresse est que l’Eglise s’engage à prier régulièrement pour lui, afin que Dieu lui donne les moyens d’accomplir sa tâche.  Il témoigne à cette occasion d’une grande maturité pour un jeune de 19 ans.

C’est donc en février 1854 que débute le ministère londonien de Spurgeon. En l’espace d’un mois, le temple est plein à craquer… Les anciens de l’Église proposent rapidement à leur pasteur d’être ordonné en bonne et due forme, mais Spurgeon, qui n’en a que faire, refuse aussi le titre de « révérend », trop catholicisant selon lui. Il demande qu'on le nomme simplement « pasteur Spurgeon », signe de sa profonde humilité (Dallimore, p.48).

Prenant conscience du manque d’air dans la chapelle, Spurgeon demande aux diacres d'ôter les petites vitres du haut des fenêtres pour permettre une meilleure circulation de l’air. Mais ces derniers s'entêtent dans leur refus, et un beau matin, les petites fenêtres sont retrouvées cassées. Spurgeon, ravi, propose « qu’une récompense de 5 livres soit offerte à quiconque découvrirait le coupable, et que celui-ci, une fois découvert, reçoive cette somme en cadeau » (Dallimore, p.50). Le « casseur » n’était autre que le pasteur lui-même !

Dès 1856, Spurgeon livre à l'imprimeur, le lundi, son message réajusté à 8 pages, afin qu'il puisse être distribué à ses lecteurs dès le jeudi matin. C’est ainsi que sa prédication va influencer les croyants dans tout le monde anglo-saxon, en particulier  aux États-Unis et en Australie. Un sermon atteint des dizaines de milliers de personnes, au près comme au loin, et ce bien avant l’internet !

Lorrimer, ancien acteur devenu après sa conversion professeur de diction dans une école de théologie, dit à ses élèves après avoir entendu Spurgeon prêcher : « Avez-vous entendu le gars de Cambridge ? Allez-y tout de suite, si vous voulez savoir comment il faut prêcher ! Il n’a rien à apprendre de personne. Il est parfait. Il sait tout. Il peut tout faire. Il fait rire les gens, il les fait pleurer, et rire et pleurer encore en cinq minutes de temps » (Brunel, p.103). Spurgeon parle vite, environ 140 mots/mn, soit 20 de plus qu’un orateur habituel . Mais ce style, parfois taxé de vulgaire, ne plaît pas à tous, et les les caricaturistes en rajoutent.

Il est décidé d'agrandir la chapelle, et pendant les travaux, la communauté se réunit à Exeter, dans un grand auditorium dont les 5 000 places ne suffisent pas toujours  à contenir l’auditoire.
Faire un culte dans une salle de spectacle est une première ! Cela ne plaît pas à tout le monde, en particulier à ceux qui sont jaloux du succès de Spurgeon et qui lui font grief de son jeune âge, de ses origines provinciales et de son absence de diplôme d’institut biblique et d’ordination. Il se fait taxer par plusieurs  de « charlatan », de « manipulateur » de foule, et la presse s’acharne également contre ce jeune prédicateur hors norme.

Suite à une épidémie de choléra, les grands rassemblements publics sont suspendus. Spurgeon visite les malades, prie avec eux et leur famille, préside presque chaque jour à un enterrement. Il en subit le contre-coup et traverse une période de profond épuisement et de découragement.

3.2. Vie familiale
Spurgeon se marie le 8 janvier 1856 avec l'une de ses paroissiennes, Suzanne Tompson (Dallimore, p.55ss). Suzanne raconte qu’en 1852, lorsqu’elle voit Spurgeon pour la première fois, elle le trouve plus déconcertant que remarquable : c’est un provincial original qui n’a rien du « look » ecclésiastique classique ! Pendant leurs fiançailles, Spurgeon  prêche déjà 12 à 13 fois par semaine !

Le jour du mariage, il faut le déploiement d’un détachement de police dans l’Église pour contenir la foule restée au dehors. Les jeunes mariés passent ensuite dix jours à Paris. Suzanne connaît déjà la France dont elle parle avec aisance la langue.

Des jumeaux, Charles et Thomas, leur sont donnés le 29 septembre 1856. Ils seront baptisés à 18 ans, le 21 septembre 1874, par leur père. Thomas fera un apprentissage chez un graveur, Charles sera pasteur de l’Église de Greenwich.

Suzanne est gravement atteinte dans sa santé, ce qui l’oblige à garder la chambre sans pouvoir même se rendre au culte. Son mari est plein d’attention pour elle.
Doué d'une grande puissance de travail, Spurgeon a cependant, lui aussi, une santé fragile. Sensible à la dépression, il est souvent obligé, à partir de 1860, de renoncer à sa tâche. Affligé en outre de rhumatismes, de goutte et de néphrite, il fait de fréquents séjours dans le sud de la France, à Menton, pour récupérer. C'est là qu'il s'éteindra en 1892.

3.3. Réunions au music-hall le dimanche matin, de 1856 à 1859 ;  le plus grand choc de sa vie

Si Wesley prêchait aux foules sur les places publiques, Spurgeon, lui, prêche dans des salles fermées.
Tous les dimanches matin, il prêche devant environ 8 000 personnes dans la salle du Surrey Hall ; le soir et en semaine, c'est à l’Église de New-Park qu'il prêche devant « seulement » 1 500 paroissiens.

Le 19 octobre 1856, Spurgeon a 22 ans et il prend pour la première fois la parole dans le music-hall des Surrey Royal Garden. Il prêche sur Ma 3.10 : « Mettez-moi à l’épreuve ».
Au moment de la prière, des personnes malveillantes sèment un vent de panique meurtrier en criant : « Au feu ! au feu ! les galeries croulent ». Bilan : 7 morts et 27 personnes grièvement blessées.
C'est un choc profond pour Spurgeon, qui est évacué de la salle évanoui et qui demeure prostré pendant plusieurs jours (Brunel, p.121ss) Les anciens de l’Église ont la sagesse de le mettre en lieu sûr et à l'abri de la curiosité, le temps pour lui de reprendre des forces. Il ne sera absent qu’un seul dimanche.

La dernière prédication au Surrey Music Hall a lieu le 11 décembre 1859. Les propriétaires des lieux, désireux de rentabiliser leurs bâtiments, ont décidé d’ouvrir les salles et les jardins en soirée, pour des divertissements et des représentations théâtrales. N’acceptant pas d’être assimilé aux acteurs et divertissements, Spurgeon retourne à Exeter Hall jusqu’à ce que le Tabernacle Métropolitain soit opérationnel.
Le 7 octobre 1857, il prêche devant 24 000 personnes au « Cristal Palace » de Londres. À cette occasion, il dépense tant d’énergie qu’il s’endort le mercredi soir pour ne se réveiller que le vendredi matin ! (Brunel, p.140)

C'est au cours de cette réunion qu'il dénonce l’attitude de l’Angleterre dans sa colonie des Indes. Sa prise de position et ses propos très directs contre les chrétiens qui soutiennent  l’esclavage lui vaudront aussi quelques ennemis !

Spurgeon fonde le journal l’Epée et la truelle, sous-titrée « Annales du combat contre le péché et du travail pour le Seigneur », en 1865. Son premier volume en explique très directement l’objet :
« Notre revue désire rendre compte des efforts des Églises et associations plus ou moins intimement liées à l’oeuvre du Seigneur au Tabernacle Métropolitain, et de se faire l’avocat des vues sur la doctrine et la vie de l’Église que nous acceptons avec la plus grande certitude…. Nous fournirons de la lecture intéressante sur des sujets généraux. Mais notre but principal sera de stimuler les croyants à l’action, et de leur suggérer des projets qui permettront d’avancer le royaume de Jésus. Nous voulons sonner la trompette et conduire nos camarades au combat. Nous voulons manier la truelle d’une main infatigable pour reconstruire les murs délabrés de Jérusalem et tenir l’épée avec vigueur et courage contre les ennemis de la vérité. » (Dallimore, p.108)

Il fait également paraître dix volumes de commentaires, dont sept sur les Psaumes. La collection complète de ses oeuvres compte 240 volumes ! (Brunel, p.141, 157). En 1865 est aussi éditée « la manne du matin ».
Ses sermons seront traduits en français, en grec, en danois, en allemand, en gallois, en gaélique, en russe, en lituanien, en serbe, en hongrois, en maori, en arabe, en telugou, en urdu, en karen, en syriaque (Brunel, p.165).
En dépit des calomnies et des critiques dont il a été l'objet, on s'accorde à reconnaître chez Spurgeon le juste fondement de sa prédication, à l'origine d'un réveil dans toutes les Églises de Londres.

3.4. Le Métropolitain Tabernacle

3.4.1. Construction du Tabernacle
Les bâtiments de l'Église demeurent trop petits en dépit des travaux d’agrandissement : la construction d’un bâtiment de 6 000 places est donc décidée. 
Le 16 août 1856,  on pose la première pierre de l’édifice que Spurgeon désire convenablement aéré, éclairé et chauffé, sans plus. Pas de chaire « intolérable prison », mais une tribune spacieuse, meublée d’une table et d’un fauteuil. Pas d’orgues non plus : celles-ci tuent le chant  (Brunel, p.142).
Spurgeon accepte de nombreuses invitations avec pour principe de partager la collecte en deux : une partie pour les organisateurs, l’autre pour la construction du nouveau temple. Des appels et des souscriptions permettent de recueillir en moyenne entre 7 et  8 000 Francs/mois. 112 500 Francs sont ainsi rassemblés en moins d’un an. Le principe de Spurgeon est en effet de ne jamais contracter de dettes, même pour un projet de cette envergure. Cependant, juste avant l’ouverture, il reste encore des factures à payer… Spurgeon décide alors d’organiser une « vente de charité », en dépit de l'opposition de certains. Les sommes recueillies à cette occasion permettent de payer les factures et de solder les comptes.

C'est un bâtiment parfaitement adapté au ministère de Spurgeon. En revanche,  une fois le ministère exceptionnel de Spurgeon achevé, cette énorme bâtisse s’avèrera  beaucoup moins bien adaptée à un usage « courant ».

L’architecture emprunte au style grec, pour rappeler que le Nouveau Testament   a été écrit en grec (Dallimore, p.88).
« Deux galeries surplombaient la salle du bas. Le tout contenait à peu près 3 600 places assises. Au bout de chaque banc se trouvaient des strapontins qui, une fois mis en place, pouvaient recevoir encore 1 000 personnes. Quelques 1 000 autres pouvaient se tenir debout…Derrière l’auditorium, au niveau de la première galerie, se trouvaient 3 bureaux ; celui du centre pour le pasteur et les autres pour les diacres et les anciens. Au-dessus, parallèlement à la seconde galerie, se trouvait un petit salon pour les dames, et des pièces d’entrepôt pour les Bibles et les livres préparés pour la distribution….En dessous de la tribune réservée à la prédication, se situait une estrade de taille similaire, où l’on avait encastré un baptistère de marbre, parfaitement visible de tous, selon le désir de Spurgeon. Un plancher amovible recouvrait le baptistère sur lequel on plaçait la table de communion et les chaises à l’occasion de la Sainte Cène. » (Dallimore, p.92).
« À une extrémité du baptistère avaient été construites deux fosses, une de chaque côté, où se tenaient deux diacres prêts à aider les candidats quand ils descendaient dans l’eau. D’autres diacres conduisaient les gens au baptistère et les en ramenaient et Mme Spurgeon faisait de même pour les dames… » (Dallimore, p.94).

Le Tabernacle est achevé et complètement payé en mars 1861.
La première réunion qui inaugue le bâtiment, le lundi 8 mars 1861 à 7h du matin, est une réunion de prières : un millier de personnes y assistent !
Le premier sermon y est prêché le lundi 25 mars et porte sur Ac 5.42.
Le premier service public du mardi 26 mars est réservé aux souscripteurs ; le service du mercredi 27 mars est destiné aux pasteurs des Églises voisines.

77 personnes sont baptisées le premier mois après l'ouverture du Tabernacle,  72 le deuxième, 121 le troisième.
En 1860, l’Église compte plus de 3500 membres, chiffre qui passe à 5 000 quelques temps après.

L'une des principales sources de revenus de l’Église était… la location des bancs ! Ceux qui payaient un siège pouvaient entrer avec leur carte au Temple. Dix minutes  avant le début du culte, on ouvrait les portes pour que les autres personnes puissent entrer, selon la place encore disponible. Il valait donc mieux arriver avant l’heure au culte… même avec une carte ! ☺

3.4.2. Une semaine « type » de Charles Spurgeon
Dimanche    1h30 avant le début du culte,  Spurgeon arrive au Tabernacle pour y choisir les cantiques et prier avec les anciens et les diacres.
Le 2e dimanche du mois, service de Sainte Cène.
Chaque dimanche,  au moins trente minutes d’échanges fraternels suivent le culte
Westwood étant un peu loin, Spurgeon déjeune le midi dans la famille d’un paroissien, puis visite les malades jusque vers 16h, moment où il se prépare pour la réunion du soir.
17h est l’heure du thé (on est en Angleterre !), suivi de la réunion d’évangélisation au Tabernacle (1 fois par trimestre, les membres de l’Église s’abstiennent d'y assister pour laisser les 6 000 places aux personnes de l’extérieur).
Spurgeon s’entretient ensuite avec ceux qui désirent se convertir ou être baptisés.
De retour le soir chez lui, à Westwood, il corrige le texte sténographié du sermon du matin s’il doit partir le lendemain en province.
Lundi    Fin de révision des  8 pages du sermon et relecture par  un secrétaire. Le texte est ensuite apporté à l’imprimeur.
M. Harrald, le secrétaire particulier, remet les lettres importantes et censure les injurieuses.
Après la correspondance, rédaction du journal l’Epée et la truelle. D’autres tâches d'écriture ou de comptabilité précèdent parfois une promenade.
17h 30 au Tabernacle, réunions habituelles : conseil, réunion d’Église etc…
19h est l’heure de la réunion de prière à l'Église, présidée par Spurgeon .
Spurgeon est ensuite disponible pour du conseil pastoral.
De retour chez lui à Westwood, relecture de la deuxième épreuve du sermon revenu de chez l’imprimeur.
Mardi    2h sont consacrées à la correspondance.
L’après-midi est réservé à l’examen officiel des candidats au baptême :
jusqu’à 40 candidats sont parfois interrogés par Spurgeon.
En soirée, différentes réunions liées aux œuvres, ou une prédication dans un lieu où il est invité.
Mercredi    Jour de repos avec des amis, parfois à la campagne.
Jeudi    Correspondance toute la matinée.
L’après-midi, Spurgeon prépare le sermon du soir.
De 18h à 19h, réunion de prière au Tabernacle, puis culte suivi d’entretiens.
Vendredi    Après la correspondance, Surgeon termine la matinée en préparant sa conférence  de deux heures aux étudiants de lÉcole pastorale.
Le soir, nouvelle réunion dans une salle populaire.
Samedi    Après le courrier, travail de rédaction du journal, réponses aux demandes d'admission des orphelinats, examen des questions financières et des œuvres en général.
L’après-midi est réservé à de modestes réceptions, où les étudiants sont invités à tour de rôle. Des missionnaires de passage sont reçus etc…
À 18h, Spurgeon se met à la préparation du dimanche, choisissant le texte de sa prédication du matin. Il rédige avec soin son sermon qui doit tenir sur une feuille de papier à lettre. Il choisis le texte pour la prédication du soir et se contente d’en préciser les grandes lignes.
Si, durant ses congés, Spurgeon s'est rendu en Hollande et en Suisse, il a toujours  refusé de se rendre en Amérique pour des tournées. La diffusion de ses sermons suffisait à faire résonner le message de l’Évangile et à toucher beaucoup de personnes outre-atlantique, sans qu’il ait  à se déplacer !

Il entretint en revanche une grande correspondance avec des personnes de différents pays.

L’Église du Tabernacle du 163bis rue Belliard, tient son nom de celui de Londres !
C’est aussi du Tabernacle londonien que « notre » Tabernacle a reçu la table qui se trouve sur l’estrade.
Le Métropolitain Tabernacle a soutenu l’oeuvre de Ruben Saillens jusqu’à la dernière guerre et s’est financièrement directement impliqué dans l’implantation de notre Église et dans le soutien financier du pasteur A Blocher.
Plusieurs éléments principaux de l’architecture du Métropolitain Tabernacle ne sont sans doute pas étrangers aux choix qui furent retenus pour le Tabernacle de la rue Belliard à Paris.



Spurgeon ne peut suffire seul à la tâche, malgré l’aide des anciens et des diacres et sa capacité à savoir déléguer bien des services. Il s’adjoint donc l’aide de son frère James, lui aussi pasteur, et celle de Pierson, bien que presbytérien pédobaptiste et dispensationaliste, deux approches combattues par Spurgeon. Pierson servira ensuite en Amérique. Il se sépare de son ami et collaborateur le pasteur pédobaptiste George Rogers ainsi que du jeune M. Medhurst.

3.5. Les œuvres

3.5.1. L’école pastorale
L’idée de créer une école pastorale est née en 1854, d’une rencontre de Charles Spurgeon avec Thomas Medhurst, jeune homme de son âge et converti par son intermédiaire. Doué pour le ministère, Medhurst n’a cependant pas le niveau académique requis pour suivre une formation théologique. Les collèges de l'époque, coûteux et à dominante classique, font qu'à plus de 20 ans, il est en effet difficile de commencer une formation de ce type.

Surgeon confie le jeune homme aux bons soins de son ami et grand pédagogue, le pasteur George Rogers, de conviction pédobaptiste. Bien qu'amis, ils seront toujours en désaccord sur ce point doctrinal. Spurgeon le compare à « une poule qui a couvé des œufs de cane et regarde ses canetons se jeter dans l’eau, avec des craintes bien compréhensibles (Brunel, p.169). D’ autres jeunes vont suivre, et  l'École pastorale est fondée.

Financièrement, l’école subsiste grâce aux revenus tirés de la vente des sermons. Mais la prise de position de Spurgeon contre l’esclavage fait chuter les ventes en Amérique. Spurgeon décide alors de vendre son cheval pour assainir la trésorerie, mais Rogers s’y oppose fortement, préférant renoncer au solde que l’école lui verse pour ses services. C’est à ce moment critique que le banquier les informe qu’un important don vient d'arriver pour la formation des pasteurs… (Brunel, p.170).
Les élèves sont logés par deux ou trois chez des amis de l’Église qui offrent un toit contre une pension modique. Les étudiants vivent donc au sein des familles plutôt qu'en internat, ce qui leur permet de se rendre compte des réalités vécues par les membres de l’Église (Brunel, p.172).
La formation dure deux ans. Pour ceux qui n’en ont pas les moyens, l’écolage, la pension, les vêtements, les livres et l'argent de poche sont assurés. Aucun examen ni diplôme ne sanctionnent les cours, et la formation dépend directement de l’Église.
A la théologie calviniste et non dispensationaliste, les cours correspondaient à ceux qui sont dispensés dans les autres séminaires. Mais Rogers ajoute aussi d’autres matières au programme pour assurer aux pasteurs une meilleure culture générale des pasteurs :  mathématiques, logique, composition anglaise, grec, hébreu, et, bien sûr, un cours d’homilétique et de théologie pastorale.  Plus de 200 élèves fréquentent aussi les cours du soir. (Dallimore, p.102).

L’école se développe et forme de nombreux pasteurs, des évangélistes – fondation d'une Société des Evangélistes - , des missionnaires – création d'une association missionnaire -. On crée aussi une œuvre des Pionniers, dont la mission est l'implantation d'Églises baptistes.

    3.5.2. L’association des colporteurs
Pour diffuser la Bible et l’enseignement biblique, Spurgeon fonde en 1866 l’association des colporteurs pour distribuer des traités, visiter les pauvres et les malades, vendre des livres, prêcher l’Évangile dans une salle, et,s’il le faut, faire de la controverse.
Cette association est supervisée par un comité, et chaque colporteur a « son » territoire. Le nombre de colporteurs finit par atteindre la centaine, et il devient parfois difficile de trouver les bénéfices suffisants pour allouer à chacun les 40 livres nécessaires au travail.

Associés à eux, près de 600 moniteurs et monitrices d’école du dimanche s’occupent de plus de 8 000 enfants chaque dimanche, dans différents quartiers de la ville de Londres. La seule école du dimanche du Tabernacle compte 1500 enfants et 100  moniteurs et monitrices.

    3.5.3. Les orphelinats

À l’occasion d’une réunion de prière pendant l’été 1866, Spurgeon demande à l’Église de prier pour que Dieu montre vers quel domaine s'orienter afin de s'impliquer davantage dans l’action sociale de la ville. Quelques jours plus tard, la réponse arrive par courrier postal, mais la mise en place sera un peu plus longue.
La veuve d’un notable de l’Église anglicane, Mme Hillyard, est à l’origine du premier orphelinat de Stockwell. Elle souhaite consacrer une partie de sa fortune, 20  000  livres, à un orphelinat pour garçons, et encourager ceux qui se convertiraient à devenir pasteurs ou missionnaires. Mais la personne sollicitée pour mettre le projet en œuvre renonce, et bien qu'opposée aux « dissidents »,   elle suggère de contacter Spurgeon pour mener à bien cette tâche.

Accompagné d'un diacre, Spurgeon rend visite à cette veuve et, après s’être assuré de la justesse du montant indiqué et du fait qu'aucun membre de la famille n'était lésé par ce don, il parle de l’œuvre de George Muller à Bristol. Mais Mme Hillyard campe sur son idée, et un terrain d’un peu plus d’un hectare est acquis à Stockwell, non loin du Tabernacle.

Une fois construits, les bâtiments n’ont rien des « casernes » habituelles dans lesquelles s'entassent les orphelins. Plusieurs maisons individuelles accueillent chacune quatorze enfants et sont placées sous la responsabilité d’une intendante qui remplit auprès des enfants un rôle maternel.

Il convient de noter qu’à cette époque, en Grande-Bretagne, des associations de libres-penseurs et d’agnostiques se développent, mais que celles-ci ne mènent aucune action envers les nécessiteux. À l’origine du grand mouvement de création des orphelinats, il faut rappeler le rôle important joué par le piétiste Francke (1668-1727), à Halle, et son influence sur George Müller à Bristol ; George Whitefield, lui, s’est occupé d’orphelins en Amérique… En Afrique, ce sont souvent les chrétiens qui ont fondé les œuvres recueillant en particulier les enfants de mère décédée à l’accouchement, enfants que la tradition tient souvent pour responsables de la mort de la mère.


Spurgeon ne peut suffire seul à la tâche, malgré l’aide des anciens et des diacres et sa capacité à savoir déléguer bien des services. Il s’adjoint donc l’aide de son frère James, lui aussi pasteur, et celle de Pierson, bien que presbytérien pédobaptiste et dispensationaliste, deux approches combattues par Spurgeon. Pierson servira ensuite en Amérique. Il se sépare de son ami et collaborateur le pasteur pédobaptiste George Rogers ainsi que du jeune M. Medhurst.


3.5.4. Une maison de retraite
La construction d’une maison de retraite prolonge, en la restructurant, l’initiative prise par John Rippon à New Park Street. Spurgeon fait construire dix-sept petites maisons où les pensionnaires sont logés, nourris et blanchis.

3.5.5. Une école
À côté de la maison de retraite ouvre une école d'une capacité de 400 élèves.

3.5.6. L’œuvre des livres et le fonds de secours
C’est une œuvre créée par Mme Spurgeon, qui commence avec la diffusion du livre Conférences à mes étudiants dans les presbytères les plus pauvres. Un fonds de secours se greffe sur cette œuvre.
Autres œuvres créées par Mme Spurgeon : la Mission des fleurs - cette mission s’occupait d’acheter des fleurs pour les distribuer aux malades des hôpitaux -, la Société de bienfaisance de dames, la Société des layettes, la Société des prêts de traités, la Mission Intérieure, la Société des lectrices de la Bible, la Société pour les mères.

3.5.7. Quelques traits saillants de la pensée de Spurgeon marquant aussi les œuvres
La ponctualité était de rigueur. Au général Booth qui arriva un jour en retard à un rendez-vous chez Spurgeon se fit entendre dite : « Ah ! général ! les militaires doivent être ponctuels ! » (Brunel p.247). Pour lutter contre les conséquences dramatiques de l’alcoolisme en Angleterre à l’époque, Suprgeon était abstinent et avait fondé une société de tempérance dans son église. Spurgeon était convaincu que le théâtre était l’ennemi des bonnes mœurs et de la religion. (Brunel, p.248). Il insistait sur l’importance pour le chrétien d’accomplir ses devoirs civiques. L’aération des salles et le chauffage en hiver étaient primordiales pour Suprgeon qui disait : « Le Saint-Esprit n’aime guère les réunions de prière où l’on a froid aux pieds… la plus grande bénédiction pour le prédicateur, après l’Esprit de Dieu, c’est l’oxygène »

3.6. Fin du ministère de Charles Spurgeon
Le dernier rapport d'assemblée générale de l'Église à laquelle Spurgeon participe donne les chiffres suivants : 
5 328 membres
127 prédicateurs laïques exerçant en région londonienne
23 antennes missionnaires comptant 4 000 places
27 écoles du dimanche
600 moniteurs/trices d’école du dimanche
8 000 élèves à l’école du dimanche
Départ pour la partie céleste
Dieu met fin au pèlerinage terrestre de Spurgeon le 31 janvier 1892 à Menton. .
Après un bref service à l’Église réformée de Menton, le cercueil est rapatrié à Londres. L’église ne pouvant contenir tous ceux qui veulent assister aux obsèques, 4 services sont organisés (Dallimore, p . 224) :
Mercredi matin : pour les membres de l’Église
Mercredi 15h : pour les pasteurs et étudiants
Mercredi 19h : pour les travailleurs chrétiens
Mercredi 20h : pour « le public »

Au cimetière, c’est essentiellement Archibald Brown qui prend la parole :
« Président bien-aimé, pasteur fidèle, prince des prédicateurs, frère bien-aimé, cher Spurgeon, nous ne te disons pas Adieu, mais juste pour un petit moment Bonne nuit. Tu te lèveras bientôt, à l’aurore du jour de la résurrection des rachetés. En vérité, ce n’est pas à nous à te souhaiter bonne nuit, mais à toi, car nous demeurons dans l’obscurité. Toi, tu es dans la sainte lumière de Dieu. Notre nuit passera bientôt, et avec elle toutes nos larmes. Alors, avec toi, nos chants célébreront le matin d’un jour qui ne connaît ni nuages, ni fin ; car là il n’y aura pas de nuit. » (Dallimore, p.229).

3.7.    L'oeuvre après Charles Spurgeon

Après le départ de Charles Spurgeon, plus de 2 000 membres du Tabernacle demandent à Thomas Spurgeon, son fils, de revenir de Nouvelle-Zélande pour reprendre la charge pastorale à la suite de son père. L’Église continue de compter plusieurs milliers de membres et ses institutions poursuivent leur travail.

En 1898, un incendie détruit les bâtiments de l’Église, qui sont reconstruits 3 ans plus tard avec une capacité d’accueil plus réduite. Entre temps, la communauté se réunit dans des locaux temporaires, et certains membres fréquentent d’autres communautés de Londres.

En 1907, Thomas se retire pour raisons de santé et Archibald Brown prend sa suite. Son profil est « spurgeonien » quant à la doctrine, aux méthodes et au style de prédications. Mais il doit lui aussi se retirer au bout de trois ans pour raisons de santé.

C’est un pasteur venu d’Amérique qui lui succède, le pasteur Dixon : recommandé par Pierson, il a un profil en décalage avec celui de Spurgeon sur plusieurs plans. Pierson décrit les cultes au Tabernacle ainsi : « Il n’y a ici rien pour distraire l’esprit de simplicité de l’adoration et de l’Évangile. Un chef de chœur dirige le chant de l’assemblée, sans aucune aide instrumentale. La prière et la louange, la lecture de la Parole de Dieu, ainsi que la simple exposition de la vérité de l’Évangile, tels ont été les moyens de grâces de Spurgeon pendant toute sa vie » (Dallimore, p.233). Dixon, lui, change de style : il introduit le piano et met l’accent sur une expression de piété moins sobre. Selon Dallimore, « son ministère produisit de nombreuses professions de foi, mais la fréquentation et le zèle de l’Église déclinèrent » (Dalliomore, p.234). Dixon quitte l’Église en 1919.

Après lui, H. Tydeman Chilvers trouve une Église bien différente de ce qu'elle était du temps de Spurgeon. Chilvers, « spurgeonnien », redonne à l’Église un caractère plus sobre et plus calvinien. Il introduit l’orgue, lutte contre le libéralisme théologique et maintient un enseignement ferme en matière d’éthique. En 1935, à la fin de son ministère, la communauté est fortifiée.
La mise à disposition d’une propriété en périphérie de Londres amorce la dissociation structurelle entre l'Église et l’école pastorale.

En 1938, Graham Scroggie devient pasteur du Tabernacle et vit, avec la seconde guerre mondiale, la destruction de l’église lors d’une attaque aérienne en 1941. Les cultes ont alors lieu au sous-sol, sous les décombres.
Scroggie se retire en 1943, pour raisons d'âge et de santé.
C’est lors de la seconde guerre mondiale, avec l’évacuation des orphelins de Londres, que l'école pastorale s’installe dans le Kent. Les administrateurs n’ont plus dès lors besoin d’être membres du Tabernacle.

Les deux pastorats suivants sont difficiles, et l’assemblée diminue en nombre. l’Église devient membre de la Fédération baptiste.

C’est à partir de 1954, avec Eric Hayden,  qu’un progressif travail de reconstruction de l’Église commence. Une substantielle aide financière de l’État permet de reconstruire le bâtiment, prévu pour contenir 1 800 places. Mais ce choix stratégique s’avère inadapté  au contexte de l'époque. Un auditorium de 300 ou 400 places et des locaux fonctionnels pour l’école du dimanche auraient été un choix plus judicieux.
La vie de l’Église peine, l’épée et la truelle cesse de paraître.

En 1965, le pasteur Dennis Pascoe dit : « On peut maintenant loger nos membres sur quelques bancs ».
En 1970, un pasteur « spurgeonien » reprend le flambeau. Peter Masters  relance la parution de l’épée et la truelle, utilise des bus pour amener les enfants à l’école du dimanche ; l’Église quitte la Fédération Baptiste -un pasteur de cette fédération en Angleterre avait publiquement mis en doute la divinité de Christ sans que nul ne sanctionne ses propos – et ce retour a une identité plus proche de l'identité d'origine est bénéfique à sa stabilisation et à son rayonnement..
La taille de l’auditorium est également réajustée pour s'adapter à une communauté de 300 membres. Masters fonde une Ecole de Théologie qui touche 350 élèves. Plusieurs intervenants contribuent à cette formation qui répond toujours a un besoin réel, dans un pays qui ne vit certes plus au temps de Wesley ou de Spurgeon, mais où les besoins profonds de l’Église ne sont pas si différents. Si la diffusion des messages se fait aujourd’hui par internet ou par DVD, le fond du message reste le même, on ne refait pas le monde !

                                            A. RUOLT
Webographie :
http://www.whatsaiththescripture.com/Voice/Life.and.Works.of.Spurgeon/Life.and.Works.1.html
http://www.spurgeon.org
http://members.aol.com/pilgrimpub/spurgeon.htm
Autobiographie http://www.cblibrary.org/biography/spurgeon/spurg_v1/spau1_toc.htm

Bibliographie
DALLIMORE ARNOLD, CHARLES SPURGEON : UNE BIOGRAPHIE, Chalon-sur-Saone, Europresse, 1988, 238p
BRUNEL G, Spurgeon : sa vie et son œuvre 1834-1892, Chahors, Coueslant, SD, 293p.
SPURGEON CHARLES, JE VOUS FERAI PECHEURS D'HOMMES
 CAUSERIE A MES ETUDIANTS
SPURGEON CHARLES, COURANTS D'EAU POUR MON AME, Chalon-sur-Saone, Europresse,
SPURGEON CHARLES, GRACE AUX 1000 FACETTES, Chalon-sur-Saone, Europresse,
SPURGEON CHARLES, DANS LE CALME DU SOIR, Chalon-sur-Saone, Europresse,
SPURGEON CHARLES, LE BUTIN DU ROI MEDITATIONS QUOTIDIENNES SUR LES, Chalon-sur-Saone, Europresse,
SPURGEON CHARLES, LE CHOIX EST DEVANT TOI, LA MORT OU LA VIE, , Chalon-sur-Saone, Europresse,
SPURGEON CHARLES, POURQUOI NE PAS ENTRER ?, Chalon-sur-Saone, Europresse,
SPURGEON CHARLES, TRESORS DE FOI (LES), ,
Par A R - Publié dans : Biographies
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Samedi 19 mai 2007
Charles-Haddon Spurgeon
1834-1892

« prince des prédicateurs »


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1. La jeunesse de Spurgeon


1.1. Photos de famille

1.2. De 1 à 6 ans : à Stambourne, chez ses grands-parents paternels

Charles-Haddon Spurgeon est l’aîné de 17 enfants.
James, son père, et John, son grand-père paternel, étaient pasteurs. L’un de ses frères le deviendra également. Charles est âgé d’à peine quatorze mois lorsque qu’il est emmené chez ses grands-parents, James et Sarah, auprès desquels il passera ses cinq premières années dans le presbytère de l’Église presbytérienne de Stambourne. Arnold Dallimore (p 4) explique ce départ de Charles chez ses grands-parents par la venue d’un deuxième bébé dans la famille, l’année juste après sa naissance.

Dans son récit autobiographique, Spurgeon parle avec beaucoup de bonheur de ce temps chez ses grands-parents paternels, où il jouit, en plus de toutes les attentions, de l’affection de sa jeune tante de 18 ans, Anne, qui vit encore chez ses parents.
Dallimore décrit ainsi le cadre familial : « Les critères bibliques étaient acceptés avec joie et l’on repoussait promptement toute malhonnêteté ou malice. La famille vivait une vie sérieuse, qu’agrémentaient l’humour et le bonheur : « la piété avec le contentement [qui] est un grand gain » caractérisaient le travail et les loisirs des Spurgeon, tant les jeunes que les moins jeunes ». (p. 6)

Son grand-père, qui a 60 ans, s’attache beaucoup à son petit-fils qui l’accompagne aux réunions à caractère théologique ou qu’il garde auprès de lui lorsque des paroissiens viennent lui demander conseil. Les sujets d’intérêts des aînés vont très tôt l’imprégner. Enfant solitaire, il disparaît de temps à autre pour ne réapparaître que lorsqu’il est rassasié de ses rêveries. Pendant longtemps, nul n’a su où il disparaissait. Ce n’est que très longtemps après qu’il dévoila le mystère de ses cachettes à sa tante : au temps où les feuilles des tilleuls étaient nombreuses, le sacristain les entassait sous un « élevoir », espèce d’escalier près du temple, servant aux dames pour monter plus facilement sur leurs chevaux ; c’est là qu’il se cachait. Et à l’époque ou les feuilles faisaient défaut, c’est un tombeau qui lui servait de refuge, ou plutôt une espèce d’autel qui se trouvait sur une tombe : il se glissait dessous, tirant une sorte de pierre derrière lui. Nul ne risquait d’aller le chercher dans cette espèce de « boîte » (Brunel, p.22)

Il va très vite affectionner la bibliothèque de son grand-père. Avant de savoir lire, ce sont les images du « voyage du pèlerin » de John Bunyan qui le marquent. Un autre livre, populaire à l’époque, l’intéresse aussi beaucoup, c’est le livre illustré libre des martyrs de Foxe. Mais très vite, vers 5-6 ans, il apprend à lire avec sa tante, et lit en public lors des cultes de famille. Dallimore rapporte ce qu’a écrit l’un de ses contemporains : « même à l’âge de six ans, où beaucoup d’enfants ne peuvent épeler que des mots d’une syllabe, il était capable de lire avec une ponctuation et une intonation vraiment merveilleuses chez un enfant si jeune. » (Dallimore, p.7)
Très tôt, il fait sienne l’une des maximes de son grand-père : « Faire toujours ce qu’on croit être bien, sans avoir égard aux opinions d’autrui ». Et Brunel d’ajouter : « Le petit garçon n’arrivera que difficilement à comprendre que l’opinion des parents était une respectable exception à cette règle, et qu’il devait en tenir compte (Brunel, p.23)

À côté de qualités remarquables «  de droiture, de véracité, d’originalité, de bon sens, de dons exceptionnels d’intelligence, de logique et de raison ; à côté de cet amour de la solitude et d’indépendance… il faut aussi enregistrer un tempérament volontaire, ne pliant jamais, ce qui ne fut pas sans causer quelque inquiétude aux parents ». Par exemple, lisant dans l’Apocalypse que les méchants seront jetés dans l’abîme, dans un puits sans fond, Charles s’arrête tout net pour demander à son grand-père où se trouve ce puits. Le grand-père tente de « noyer le poisson », mais le lendemain, Charles choisit le même texte et repose la même question, jusqu’au moment où son grand-père lui promet de lui parler du sujet hors culte de famille ! (Brunel 26 et 27)

Dallimore cite un autre exemple pour souligner la force de caractère du jeune enfant : apprenant que la conduite de l’un des membres de l’Église, qui s’est mis à fréquenter assidûment la taverne locale, attriste son grand-père, il y entre résolûment et affronte cet homme. Ce dernier, Thomas Roads, raconte l’événement de la façon suivante : Quand je pense qu’un vieil homme comme moi a pu être remis à sa place par un petit bonhomme comme ça ! Figurez-vous que le voilà qui pointe son doigt vers moi, et me dit : Que fais-tu ici, assis avec les impies ! Toi qui es membre d’une Église et qui brises le cœur de ton pasteur. J’ai honte pour toi ! Moi, je ne voudrais pas briser le coeur de mon pasteur, c’est sûr. Et là-dessus il s’en va…Je savais que c’était vrai et que j’étais coupable ; alors j’ai rangé ma pipe, je n’ai pas touché à ma bière, mais j’ai couru vers un lieu solitaire, pour me jeter aux pieds du Seigneur, confesser mon péché et implorer son pardon » (Dallimore, p. 7, Brunel, p. 40)

1.3. De 7 ans à 15 ans : à Colchester chez ses parents et à Maidstone chez un oncle
C’est vers l’âge de 7 ans que Charles va rejoindre ses parents, tout en revenant chaque été visiter ses grands-parents.
Entre-temps, John et Eliza Spurgeon, ont déménagé à Colchester. Son père, employé en semaine chez un marchand de charbon, fait fonction de pasteur de l’Église congrégationaliste de Tollesbury, à 15km de chez eux. Un petit frère (James Archer ) et deux petites sœurs (Eliza et Emily) sont venus enrichir le foyer. Par son caractère, Charles s’impose rapidement comme le chef de cette petite tribu.
Les parents scolarisent leurs enfants, ce qui est un privilège particulier. Charles s’avère être un excellent élève sauf… durant une semaine lors d’un hiver rigoureux : car Charles a remarqué que les mauvais élèves jouissent d’une place près du poêle… Quand l’instituteur comprend le stratagème, il met les bons élèves près du poêle, et Charles reprend rapidement la tête de la classe ! (Dallimore, p. 11)
En 1844, Charles a 10 ans. Il est en visite à Stambourne chez ses grands-parents quand un certain pasteur Richard Knill, ancien missionnaire en Inde et en Russie alors en service près de Londres, vient au presbytère pour des conférences missionnaires. Cet homme est très impressionné par Charles et par ses facilités à lire la Bible en public lors des cultes familiaux. Il prend Charles en affection et chaque matin, prend du temps pour lui parler du salut, priant avec ferveur pour sa conversion. À l’occasion d’un culte de famille, l’ancien missionnaire prend l’enfant sur ses genoux et fait ce qui s’avèrera être une inconsciente prophétie prédictive : « Je ne sais comment il se fait, mais j’ai le solennel pressentiment que cet enfant prêchera un jour l’Évangile à des multitudes, et que par la grâce de Dieu, il sera en bénédiction a beaucoup d’âmes. J’en suis tellement certain que je demande à mon petit homme, le jour où il prêchera à « Rowland Hill » d’indiquer comme premier cantique : « God moves in a mysterious way, his wonders to perform » (Dieu travaille de façon mystérieuse, pour l’accomplissement de ses desseins merveilleux) (Brunel, p.43). Rowland Hill Chaêl était alors le plus grand et le plus réputé lieu de culte « dissident », sorte de cathédrale des assemblées non-conformistes d’alors ; y prêcher était un rare privilège.

A 14 ans, Charles est envoyé dans un collège agricole à Maldstone, près de Londres, où son frère James étudie aussi. Doué d’une mémoire exceptionnelle, il parvient à développer une culture livresque étonnante pour quelqu’un de son âge. Les théologiens puritains étaient son sucre d’orge !
Son frère James dit de lui : « Charles ne faisait jamais rien d’autres qu’étudier. Quand je m’occupais de lapins, de poulets, de cochons et d’un cheval, lui se plongeait dans les livres. Tandis que je me mêlais un peu à tout ce qui peut intéresser les garçons, il se rivait aux livres et rien n’aurait pu l’empêcher d’étudier. Mais bien qu’il ne s’intéressât pas aux autres activités, il aurait pu vous en parler en détail, parce qu’il lisait sur tous les sujets avec une mémoire aussi tenace qu’un vice, et aussi remplie qu’un grenier » (Dallimore, p.11)

Cependant, c’est une période rude pour Spurgeon qui passe par une période sombre : la pensée amère du péché l’accable, il n’arrive pas à s’en défaire. A 3 ans déjà, il était marqué par l’image du Pèlerin de Bunyan, chargé de son ballot de péché. Il décrira plus tard son tourment de façon fort imagée : « J’aurais préféré à cette époque être une grenouille ou un crapaud plutôt qu’un homme. J’estime même la créature la plus basse meilleure que moi, car j’avais péché contre le Dieu Tout-Puissant. »( Dallimore, p.17)

2. Conversion, convictions baptistes et premiers pas dans la prédication et le pastorat

La conversion de Spurgeon
À la rentrée 1849, Charles a 15 ans et devient étudiant et répétiteur à Newmarket. En décembre, il rentre chez ses parents à Clochester pour les fêtes de Noël. C’est à cette époque qu’il situe sa conversion :

"Il m'arrive quelquefois de penser que j'aurais pu rester dans l'obscurité et le désespoir jusqu'à aujourd'hui,   si Dieu, dans sa bonté, n'avait envoyé une tempête de neige, un certain dimanche matin, tandis que je me rendais à  un certain lieu de culte. Je bifurquai dans une petite rue obscure, et  entrai dans une petite Église méthodiste. Il y avait dans cette  chapelle peut-être douze ou quinze personnes. J'avais entendu parler  de ces Méthodistes Primitifs, qui chantaient si fort qu'ils vous donnaient mal à la tête. Cela n'avait pas d'importance pour  moi. Je voulais seulement savoir comment je pouvais être sauvé.
Le prédicateur ne put venir ce matin-là, bloqué par la neige, je suppose. Finalement, un homme d'une grande  maigreur, un cordonnier ou un tailleur, ou quelque chose de cette sorte,  monta en chaire pour prêcher. Il faut, bien sûr, que les prédicateurs soient instruits, mais cet homme, lui, était vraiment primaire.  Il ne pouvait pas sortir de son texte pour la simple raison qu'il n'avait pratiquement rien d'autre à dire. Le texte disait: "Regardez à  moi et vous serez sauvés, vous tous qui êtes aux extrémités  de la terre! "(Esaïe 45,22).
Il ne prononçait même pas les mots correctement,  mais cela n'avait pas d'importance. Il me semblait qu'il y avait, dans  ce texte, une lueur d'espoir pour moi.

Le prédicateur improvisé commença ainsi:
"C'est vraiment un texte tout simple. Il dit, "Regardez". C'est  pas trop compliqué de regarder. C'est pas comme de lever le pied  ou le doigt; c'est juste: "Regardez". C'est pas la peine d'avoir fait des  études pour apprendre à regarder. Même si vous êtes le plus grand idiot du monde, vous pouvez regarder. Pas la peine de gagner des millions pour regarder. N'importe qui le peut, même un enfant. Mais voilà que le texte dit, "Regardez à  moi." Hé ! dit-il avec son accent de l'Essex, beaucoup d'entre vous regardez à vous-mêmes. Mais ça sert à rien de regarder là. Vous n’trouverez jamais aucun réconfort en  vous-mêmes. Certains disent « Regardez à Dieu le Père ». Non, regardez à lui plus tard. Jésus-Christ dit, "Regardez  à moi". Certains d'entre vous disent, "Nous devons attendre que  l'Esprit fasse son oeuvre". Vous occupez pas de ça pour l'instant;  regardez à Christ. Le texte dit, "Regardez à moi".
Ce brave homme poursuivit alors de la façon suivante: 
"Regardez à moi! Voyez les grumeaux de sang. Regardez à moi! Je suis pendu au bois. Regardez à moi! Je suis mort, enseveli. Regardez à moi! Je suis ressuscité. Regardez à moi! Je monte au ciel. Regardez à moi! Je suis assis à la droite du Père. Oh! pauvre pécheur, regarde à moi! Regarde à moi! 
Quand il eut réussi à délayer son discours pendant environ dix minutes, il arriva au bout de ses ressources.
M'apercevant alors dans l'assistance, et je dois dire qu'avec si peu de gens dans la salle, il devina aisément que j'étais étranger, et fixant son regard sur moi comme s il connaissait la tragédie de mon coeur, il dit: "Jeune homme, tu as l'air très malheureux". C'était vrai, mais je n'avais pas été habitué jusque-là à ce qu'on me fasse, depuis la chaire,  des remarques sur mon apparence. Quoiqu'il en soit, il s'agissait d'un coup bien envoyé que je reçus en plein coeur. "Et, continua-t-il, tu seras toujours malheureux -malheureux dans la vie, et malheureux dans  la mort -si tu n'obéis pas à mon texte. Mais si tu le fais aujourd'hui, au moment même, tu seras sauvé."
Puis, levant les mains en l'air, il cria comme seul un Méthodiste Primitif pouvait le faire: «Jeune homme, regarde  à Jésus-Christ. Regarde! Regarde! Regarde! Tu n'as rien d'autre  à faire qu'à regarder et vivre !"
Je vis tout de suite le chemin du salut. Je ne sais pas ce qu'il dit ensuite -je n'y prêtais guère attention -tant  j'étais possédé par cette unique pensée. Je m'étais attendu à devoir faire trente-six choses mais, lorsque  j'entendis ce mot, "Regarde !", comme il me parut charmant! Oh ! Je regardai, et je regardai presque jusqu'à en perdre les yeux.
En cet endroit, et à cet instant précis,  le nuage disparut, l'obscurité s'enfuit, et à ce moment-là je vis le soleil. J'aurais pu me lever à l'instant même et  chanter, avec le plus enthousiaste d'entre eux, le précieux sang de Christ et la simple foi qui porte les regards sur lui seul. Oh, si quelqu'un  m'avait dit auparavant: "Confie-toi en Christ, et tu seras sauvé". Pourtant, tout était sans aucun doute sagement ordonné, et je puis le dire maintenant:
"Depuis que par la foi je vis le flot
Qui coule de tes blessures,
Je parle de l'amour rédempteur,
Et j'en parlerai jusqu'à ce que je meure... "


Cet heureux jour où je trouvai le Sauveur et appris à me cramponner à ses pieds adorés, jamais  je ne l'oublierai. J'écoutai la Parole de Dieu, et ce texte précieux me conduisit à la croix de Christ. Je peux affirmer que je connus ce jour-là une joie absolument indescriptible. J'aurais pu sauter,  j'aurais pu danser; aucune extériorisation, même fanatique, n'aurait pu dépasser la joie de ce moment-là. Depuis, mon  expérience chrétienne s'étale sur de nombreuses années, mais pas un seul jour ne m'a donné la plénitude de joie, le délice étincelant, de ce premier jour.
J'aurais pu sauter de mon siège et crier avec  le plus fanatique de ces frères méthodistes: "Je suis pardonné!  Je suis pardonné! Quel monument de grâce! Un pécheur  sauvé par le sang !" Mon esprit vit ses chaînes brisées  en mille morceaux. Je me sentis une âme affranchie, un héritier  du ciel, pardonné, accepté en Jésus-Christ, arraché de la fosse de destruction et du bourbier, mes pieds ancrés sur  un roc et mon devenir bien établi.
Dans les deux heures entre mon entrée dans ce  temple et mon retour à la maison, quel changement s'était  produit en moi! En regardant simplement vers Jésus, j'avais été  délivré du désespoir et amené dans une telle  joie que lorsque la famille me vit rentrer, ils me dirent: "Quelque chose  de merveilleux t'est arrivé", et je brûlais de tout leur raconter. Oh! quelle joie ce jour-là chez nous, quand tous entendirent que  le fils aîné avait trouvé le Sauveur et se savait pardonné  !"

La conversion de Spurgeon fut le grand tournant de sa  vie. II était véritablement "une nouvelle création".  Ce terrible fardeau oppressant qui, si longtemps, avait pesé sur lui, avait disparu, et maintenant, tout était nouveau devant lui.
La souffrance par laquelle il passa eut, toutefois, un effet durable sur lui. Une prise de conscience de l'extrême horreur du péché s'enracina profondément dans son esprit  et lui fit haïr l'iniquité et aimer de tout son coeur la sainteté. L'incapacité des prédicateurs qu'il avait entendus à présenter l'Évangile, et cela d'une manière simple et directe, le poussa durant tout son ministère à expliquer aux pécheurs, dans chaque sermon, et de la manière la plus directe et la plus compréhensible possible, comment être sauvé (Dallimore p. 18, Brunel p. 54, , http://www.croixsens.net/meditations/spurgeon.php).


2.1. Le témoignage chrétien et le baptême
Dès son retour à Newmarquert, la foi de Spurgeon va se développer.
Il se joint d’abord à une Église presbytérienne, où deux services particuliers lui tiennent à cœur :
- les visites le dimanche après-midi, de 33 à 70 par dimanche !
- la diffusion de traités qu’il met sous enveloppe afin de les donner de façon ciblée et nominative.

Une cuisinière du collège lui fait office de professeur de théologie « Bien des fois, ensemble, nous avons parlé de l’alliance de grâce, de l’élection personnelle des saints, de leur union au Christ, de leur persévérance et de ce qu’il faut entendre par la sainteté de la vie » (Brunel, p.57)

La question du baptême le travaille aussi. Il a été baptisé comme nourrisson dans l’Église presbytérienne, mais à 16 ans, il prend conscience que le baptême chrétien est un signe qui fait suite à la conversion, le croyant témoignant de sa foi en passant par les eaux du baptême.
Mais comment avoir l’assentiment de son père ? Pour son grand-père, c’est plus simple : l’amitié qui le lie à son petit-fils l’amènerait presque à tout lui accorder. Son père résiste d’abord, puis s’étant assuré que son Fils dissocie pleinement le salut du baptême, il consent à lui donner son accord.

« À sa mère qui lui disait : j’ai souvent demandé à Dieu qu’Il te sauve, mais jamais que tu deviennes baptiste », le jeune garçon répondit : ‘Et Dieu a exaucé ta prière avec sa bonté habituelle, et il t’a donné plus que tu ne lui demandais. » (Brunel, p.58, Dallimore, p.26).
Aussitôt l’accord de ses parents reçu, Charles va trouver le pasteur baptiste Cantlow à Iseham, à douze km de Newmarket, et le baptême a lieu le 3 mai 1850, dans la rivière Lark (Brunel, p.60, Dallimore, p.26).
Charles s’implique ensuite de plus en plus dans les classes d’école du dimanche.

2.2. Première prédication à 16 ans
Charles continue ses études à Cambridge où il arrive l’été 1850. Il se rattache à l’Église baptiste de la rue Saint- André et devient membre de « l’association des prédicateurs laïques » fondée par Robert Hill. (Brunel, p.66). C’est dans cette structure qu’il fait ses premiers pas de prédicateurs.
A l’Église, Spurgeon est surpris, personne ne lui adresse la parole dans la chapelle. Un dimanche, après le service de Sainte Cène, Charles prend les devants et s’adresse à son voisin :« J’espère que vous vous portez bien Monsieur » . Et son voisin de répondre : « Je ne vous connais pas Monsieur ». Spurgeon rétorque, étonné : « Pourtant nous sommes frères ; lorsque j’ai pris le pain et le vin, symboles de notre fraternité en Christ, je l’ai fait avec sincérité. Et vous ? ». L’échange se poursuit alors autour d’un thé : une profonde amitié vient de naître.

M. Vinter, ancien de l’Église, remarque bien vite le potentiel de Spurgeon. Il lui demande donc, un samedi soir, d’accompagner un autre membre de l’Église « peu habitué à la prédication » le dimanche, au village de Teversham. En route, Spurgeon dit à celui qu’il accompagne qu’il prie pour que Dieu bénisse sa prédication… et, oh ! surprise, son compagnon lui répond : « Je n’ai jamais rien fait de pareil dans ma vie ! C’est toi qui dois prêcher ! Je suis venu pour t’accompagner. » Quand Spurgeon lui explique qu’il n’a lui-même jamais prêché, l’autre lui conseille de reprendre un sujet qu’il a déjà enseigné à l’École du dimanche.
Charles utilise le reste du voyage à se remémorer une étude déjà apportée et comprend de quel stratagème Vinet a usé pour le pousser à se « lancer » malgré son jeune âge, pas tout à fait 16 ans ! (Dallimore, p.33)
Le culte se déroule dans une chaumière où se sont réuni les fermiers et leurs épouses. C’est en constatant qu’il n’y a personne pour nourrir les fidèles réunis, que Spurgeon se jette à l’eau : sa prédication sur 1 Pi.2.7  suscite l’intérêt, porte du fruit, et il est lui-même  surpris par son éloquence et l’à propos de son message.

Tout en donnant des leçons particulières, le jeune étudiant en théologie va ensuite régulièrement dans l’un des treize villages visités par les prédicateurs de l’Église et prêche, tantôt « dans la cuisine d’une ferme, dans une chaumière ou une grange ! ». Ses études nourrissent sa prédication et il médite beaucoup en chemin, ayant chaque soir de longues heures de marche pour rejoindre son lieu de prédication.


2.3. Jeune pasteur à Waterbeach, de 1851 à 1853
En octobre 1851, Spurgeon a 17ans, et l’Église baptiste de Waterbeach lui demande non seulement de revenir prêcher, mais de devenir leur pasteur. Quelques temps après, il décide de démissionner de son poste de précepteur pour devenir le pasteur de cette Église, tout en continuant à vivre à Cambridge et à visiter d’autres lieux de culte. Il restera pasteur de cette paroisse pendant deux ans, jusqu’en novembre 1853.

L’Eglise compte une quarantaine de membres à son arrivée. Sa réputation se fait vite dans le village et aux alentours. L’assistance au culte grandit jusqu’à atteindre 400 personnes et plus : on laisse alors les portes et les fenêtres ouvertes pour que tous puissent entendre, tous ne pouvant entrer dans le temple. (Dallimore, p.35).
Ses messages sont travaillés, rédigés, et quand il prêche, il a devant lui deux ou trois pages de notes. De cette époque, il subsiste plus de 200 sermons sous forme de notes.
En plus de la prédication, Spurgeon visite les familles : il connaît bien vite le nom de chacun des membres et sait mettre chacun devant l’oeuvre accomplie par Christ pour lui.

Le père de Charles, devant les aptitudes de son fils, l’encourage à s’inscrire à l’École baptiste de Stepney. Charles prend rendez-vous avec le directeur, qu’il attend deux heures dans la pièce où un domestique l’a introduit. Mais le directeur, qui l’attend dans une autre pièce de l’autre côté de la maison, finit par s’impatienter et part car il a un train à prendre. Suite à ce malheureux incident, Charles, sur le chemin du retour, décide de ne pas s’inscrire dans cette école.

Son jeune âge est l’occasion de bien des brimades, mais il ne se laisse jamais démonter !
Il quitte Waterbeach pour l’Église baptiste de New Park Strett, à Londres, où son ministère de prédication aux foules commence.


à suivre
Par A R - Publié dans : Biographies
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Samedi 19 mai 2007
Thomas John Barnardo
1845- 1905
« La Mission des Jeunes de l'East End »


Le développement de l'œuvre


En quatre ans, de 1866, année de son arrivée à Londres à 1870, que de travail déjà accompli !

Recettes
Jusqu’en 1867, Barnardo ne fit aucun appel de fonds
Ensuite chaque année il donne un rapport financier
Du 15 juillet  1867 au 15 juillet 1868, les recettes s’élevèrent à 214 livres et 15 shillings
Elles triplèrent l’année suivante
Après l’ouverture du home, elles atteignirent 7 000 livres
Entre le 31 mars 1876 et le 31 mars 1877, le chiffre de 30 000 livres fut atteint (Bready, p. 105)
En 1874 , il dote son œuvre d’un département de photographie. Chaque enfant de la rue qui arrivait était photographié, puis quelque temps après à nouveau… ces convaincantes images de « l’avant » et de « l’après » étaient vendues sous forme de lot de cartes postales servant de publicité pour l’œuvre ( 5 shilling les 20 ou 6 pennies l’unité). Ces photos vont par la suite être source de critique contre Barnardo.
 

 
Organisation
Au début, naïveté de l’inexpérience étant, Thomas Barnardo gèra seules les finances de la mission.
Dans son Premier Jubilé, il déclare : « Les chrétiens désireux d'aider l'oeuvre missionnaire doivent se rappeler, avant de le faire, que leurs dons ou leurs souscriptions parviendront à un simple particulier - que je n'ai ni comité, ni trésorier, ni secrétaire, autre que moi-même dans la direction financière de la Mission - que leurs noms ne seront jamais imprimés, mais que je leur répondrai moi-même et leur accuserai réception de leur souscription ».
Dans un autre paragraphe, il insiste sur ce fait, qu'il désire éviter tout ce qui « peut ressembler aux louanges humaines » ; et il continue en ces termes : « C'est à cette fin, que les noms des donateurs ne seront pas imprimés ; les initiales seules seront données. Je crois qu'il est juste de dénoncer l'habitude répandue de publier en entier les noms et adresses des donateurs, comme contraire à l'Écriture, parce qu'elle conduit aux aumônes faites « pour être vues des hommes », et à désobéir à cette exhortation : « Mais quand tu fais l'aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta main droite, afin que ton aumône se fasse en secret et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra ». (Bready, p. 106).

Un principe : Ne pas refuser d’enfants
Un jeune surnommé par ses camarades « carotte »  vint un jour demander asile auprès de Barnardo. Il n’y avait plus de place et pas de prochains départ envisager dans l’immédiat. Après quelques aides matérielles ce jeune retourna à la rue. Quelque temps plus tard il fut retrouvé mort d’épuisement et de froid.
Bouleversé par ce tragique événement, Barnardo résolut, avec l'aide de Dieu, de ne plus jamais renvoyer un enfant abandonné. Il suspendit donc, au quartier général, un grand écriteau : «AUCUN ENFANT ABANDONNE NE SERA REFUSÉ».  (Bready, p. 108)


Objectifs, moyens et principes généraux de Barnardo :

Les objectifs:

1. Sauver, éduquer, donner un enseignement professionnel et placer les Orphelins et les Enfants indigents.
2. Évangéliser les masses de l' « East-End ».
3 Soigner les malades et soulager les pauvres qui en sont dignes.

Les moyens :

1. Types d’aides
a) Agences de Recherche pour découvrir les enfants abandonnés.
b) Des logements gratuits.
c) De grands « Homes » industriels.
d) De petits « Homes ».
e) Mises en pension dans des familles.
f) Émigration.

2. Communauté d’accueil et d’éducation
a) Salles missionnaires.
b) Maison de diaconesses.
c) Groupes de Tempérance.
d) Écoles du Dimanche et « Ragged Schools ».

3.Secours matériel
a) Missions médicales.
b) Repas gratuits.
c) Secours général.
d) Émigration et expatriement.

Les principes
On reçoit les Enfants indigents :
1. Sans aucune limite d'âge, de sexe, de foi ou de nationalité ;
2. Sans prendre garde à aucune sorte d'infirmité physique les enfants boiteux, aveugles, sourds et muets, incurables et même ceux qui ont été abandonnés comme morts, peuvent être admis, s'ils sont réellement indigents ;
3. À toute heure du jour ou de la nuit ;
4. Uniquement selon leurs mérites, sans choix et en dehors de toute intervention de riches protecteurs.

Aussi, un des points essentiels du plan de Barnardo était de ne jamais laisser partir dans le monde des jeunes gens ou des jeunes filles, sans leur avoir enseigné un métier.
Enquêtes sur les causes de la pauvreté
L’alcoolisme cause principal de la pauvreté
Fin 1871, Lord Shaftesbury demanda à Barnardo une enquête sur les causes du dénuement extrême des enfants recueillis. Résultat de l’enquête : le dénuement pour 85 % des enfants interrogés était en lien direct avec l’alcoolisme fléau qui avait atteint au moins un membre proche de leur famille.
 
La vie à Londres, George Cruikshank (1821)

Jusque vers le milieu du XVIIIe siècle, on pouvait voir se balancer au-dessus des portes de centaines de cabarets des enseignes comme celle-ci : « Ici on s'enivre pour deux sous ; on tombe ivre-mort pour quatre ». Quelques-uns ajoutaient : « Paille gratuite ». L'expression : ivre comme un lord, avait un sens littéral, beaucoup de grands seigneurs se vantaient d'être des « hommes de quatre, cinq ou six bouteilles ». Dans certaines demeures, on trouvait des « coups d'oeil » ; on désignait ainsi des salles ou des galeries d'où, après les dîners, les dames pouvaient surveiller les hommes et échanger des paris sur la rapidité avec laquelle leurs maris ou leurs amants tomberaient de leurs chaises. L'ivrognerie était reçue comme une marque de bonne éducation ; et lorsque un noble évêque s'enivrait, il expliquait que c'était en tant que noble et non en tant qu'évêque, qu'il s'était ainsi laissé aller.


L’enquête menée auprès des enfants fréquentant les écoles du dimanche, les « Ragged School » de la Mission a montré que:

« 30 % d'entre eux, un certain matin, étaient venus à l'école [rue Copperfield] sans avoir déjeuner 30 % n'avaient eu qu'un morceau de pain sec avant de quitter leur maison et 60 % n'attendaient pas de dîner ! ». Cependant de tous ces élèves que la Mission avait largement nourris, en 1877 cette école présenta à des examens du Gouvernement 455 enfants, et 402 - soit 88,4 % -, réussirent dans toutes les branches.


Réactions directes à l’enquête :
- Barnardo devint membre d’une société de Tempérance afin qu’ « aucun de ces petits ne se perde ».
- Il organise pour 1872 une évangélisation sous tente. La tente qui pouvait rassembler 3 000 personnes fur monter face au « Gin palace » un des plus réputés « royaumes » de la boisson de l’époque.
Barnardo décrit ainsi les impressions que lui avaient laissées la visite de ce lieu:

« Le spectacle qui se déroulait sous nos yeux s'imprima profondément dans notre mémoire. Le bar, de même que le music-hall, étaient surpeuplés, on voyait surtout des jeunes gens et des jeunes femmes. Le commerce bruyant de l'alcool allait bon train et les chansons les plus applaudies étaient celles qui contenaient surtout des termes sales et des gestes équivoques. Autour de la salle se trouvaient des statues de nu qui, je suppose, devaient être d’autant plus artistiques qu'elles répugnaient aux gens convenables... Nous nous trouvions en présence d'une agence de démoralisation de la pire espère. » (Bready, p.110)


Résultats :

- Nombreux sont ceux qui vinrent à la foi à l’occasion de cette action, plus nombreux encore furent ceux qui s’engagèrent à ne plus boire et rejoignirent une société de Tempérance.

- La désaffection du « Gin Palace » fut tel que ses propriétaires mirent la clé sous la porte et le palace fut mis en vente. Deux bars voisins mirent aussi la clé sous la porte.
Conséquences inattendues : achat et transformation du Gin Palace en Café Palace


Gin Palace, un dimanche après-midi,
Charles Green, gravure de 1879 
 

La générosité de beaucoup de personnes permit à ma Mission de se porter acquéreuse par adjudication privée du lieu, pour 4 200 livres... sans qu’aucune dette n’eut été contractée, les derniers 110 livres arrivant le matin même de la vente.
Le Palais du Gin juste défaits de ses décorations vraiment inconvenantes est alors transformé en « Palais du café ». … toutes sortes de boissons non-alcoolisées y étaient vendues, on pouvait aussi manger à prix raisonnable sur place.

Le 14 février 1873, le palais fut solennellement inauguré en présence de Lord Shaftesbury, qui avait été à l’initiative d’une loi mettant un terme à la coutume de payer les ouvriers en bons de boisson !

 

La salle de Music-Hall devint une Eglise : l' «Église de la Mission Populaire», avec des diacres et des anciens ; Barnardo fut « élu » pasteur du troupeau à l'unanimité. Cette église comptait, à sa première réunion, deux cent cinquante membres et cinquante personnes désireuses de le devenir.
Transformé en 1884, ce lieu pouvait contenir 3 200 personnes.

Outre Joshna et Mary Poole les évangélistes de la première mission sous-tente, l’œuvre était aussi redevable aux prédications de Moody et de Sankey en 1874 et 1883, qui apportèrent eux aussi leur contribution à l’œuvre.


Autres œuvres

Village pour filles (première pierre posée le 9 juin 1876)
    
Le 9 juin 1975, la prière pierre de la maison myrte est posée, le 9 juillet 1876, les 14 premières maisons sont ouvertes. Chacune porte un nom de fleur, et a coûté 520 livres.
Le terrain d’une superficie de 15ha  dont 10,50ha d’espaces verts
À la différence des internats pour garçons, les filles sont réparties dans des maisons par groupe d’une vingtaine. Elles vivent là avec une adulte, les repas sont pris dans chaque maison et non en commun dans une grande salle commune, comme c’est le cas pour les garçons.

 
Plan du « village » des filles à partir de 1876 photo © Barnardo archive


Accueil des enfants handicapés
Sa fille handicapée, rend Barnardo particulièrement sensible aux besoins ses enfants.

Accueil des bébés
L’exigence de personnels dûment qualifiés est une des marques de l’organisation de cette œuvre.




Formation professionnelle : école technique et école navale


L’école technique de William Baker (1922)

Un ancien manoir cédé à prix modique est transformé pour pouvoir loger 300 élèves.
Des ateliers permettaient d’enseigner une douzaine de métiers différents comme : cordonnier, menuiserie, forgeron, imprimeur…
Chaque semaine, 250 paires de chaussures étaient produites, 500 réparées. Les meubles des homes,les marmites etc… étaient fabriqués dans ces ateliers



L’école porte le nom d’un ami juriste de Barnardo, Irlandais comme lui, qui après la mort de Barnado quitta sa situation professionnelle lucrative pour diriger les homes.
 



   


L’école Navale Watts Naval School (1874)
La première pierre de l’Ecole est posée le lundi de Pâques 1873 en présence du Prince de Gales. L’Ecole ouvre en 1874. Elle fonctionne dans sa première mouture jusqu’en 1895 pour être restructurée par E.H. Watts, puis réouverte en 1901.

       

L’Ecole Navale est créé dans les locaux de l’école du conté de Norfolk que le Prebendary Joseph Lloyd Brereton avait fondé pour la formation des enfants d’agriculteurs. En 1884, l’école était directement reliée au réseau ferroviaire. La crise de l’agriculture ne permis pas à l’école agricole de tourner à son plein régime, elle fut alors réaménagée plus spécifiquement en école de préparation aux métiers de la marine : Watts Naval Training School.





 
Accusations, comité d’arbitrage, verdict (1875-1877)

Cela fait 8 ans que Barnardo est à Londres et depuis 4 ans que la Mission a commencé. En 1874, les différentes branches de la mission sont opérationnelles : les « Ragged Schools » du jour et du soir, les Écoles du Dimanche, les Groupes de tempérance, le Palais du Café d' «Edinburgh Castle», les «Homes», les plans d'écoles professionnelles, les brigades de cireurs et de commissionnaires. Le revenu annuel de la Mission s’élève à présent à 23 500 livres sterling par an.

Qui étaient les calomniateurs ?
Parmi les diffamateurs se trouvait essentiellement deux groupes de personnes : un premier groupe était constitué d’anciens employés renvoyés que cherchaient ainsi à se venger. Un autre groupe était constitué de parents qui voyant leurs enfants en bonne forme et ayant à présent un métier cherchaient à les « récupérer » pour soutenir les «besoins» de la famille.

Après les lettres anonymes envoyées à M. comme à Mme Barnardo accusant leur conjoint de toutes sortes de calomnies, la goutte d’eau déborda en 1875, lorsque fut publiée une attaque impitoyable signée « un protestant dissident ».

Accusations et Réponses
De caractère entier, Barnardo n’écouta pas les conseils de prudence de certains de ses amis l’encourageant à laisser passer l’orage. Barnardo eu la mauvaise idée de confier à un de ses amis (un docteur en théologie Irlandais) encore plus « chaud » que lui de répondre, ce qu’il fit en signant « Clerical Junius » 2 lettres vives elles aussi.
Suite à cela les passions furent ravivées et le « protestant dissident » repris ses invectives de plus belles, accusant Barnardo d’être lui-même « Clerical Junius ».
Voyant comment le vent tournait, pour encore essayer de désamorcer la bombe, Barnardo fit publier le 2 octobre dans The East London Observer un article désavouant Clerical Junius.

Des conciliateurs firent leur œuvre et pendant deux ans le calme semblait être revenu lorsque fut publié un petit volume à un franc, intitulé : Les « Homes » du docteur Barnardo, Révélations surprenantes. Soixante-deux pages chargeant Barnardo et montrant qu’il n’était qu’un escroc, dénonçant :
1. Le type de direction de caractère autocratique de Barnardo.
2. Les appels fondés sur de fausses expositions de faits de Barnardo.
3. Les photographies trompeuses publiés par Barnardo.
4. Barnardo de détournement de fonds destinés à d'autres oeuvres.
5. Barnardo d’être l'auteur de lettres écrites sous un pseudonyme.
6. Barnardo de porter le titre de Docteur sans Diplôme ni autorisation. (Bready, p.142)

Barnardo du porter plainte pour diffamation, afin de mettre un terme à ces accusations ayant mis la Mission de Barnardo sur la Liste d'Avertissement, par la Société d'organisation de Charité : Barnardo était accusé devant le monde entier.

En juin 1877 les juges commencèrent d’instruire le dossier, les deux parties étant représentées par leur avocat. Le jugement fut prononcé le 15 octobre 1877, légitimant le travail et la personne de Barnardo.

Le Comité d'Arbitrage déclara :
« Les Institutions Barnardo sont des oeuvres de charité réelle et de grande valeur, dignes de la confiance et de l'appui du public ». L'accusation principale, de détournement de fonds fut trouvée sans fondement aucun. Les comptables agréés déclarèrent que les finances de la Mission étaient d'une entière loyauté, et le tribunal ne put trouver aucune trace de mauvais emploi des fonds. La direction générale fut proclamée « judicieuse, tout bien considéré », tandis que les accusations de cruauté, de surmenage et de nourriture tout à fait insuffisante, furent reconnues n'avoir aucun fondement. Quant à l'accusation d'élever les enfants comme des païens sans aucune éducation religieuse, elle fut trouvée totalement absurde. Les arbitres se déclarèrent « satisfaits » de l'instruction morale et religieuse donnée. De plus, les écoles en général, le système de discipline et d'éducation professionnelle fut jugé efficace, produisant de bons résultats ; tandis que les attaques contre le caractère moral de Barnardo furent qualifiées de bavardages de la pire espèce…


           
Au sujet des « photos trompeuses » Barnardo reconnut franchement qu'en de rares occasions il avait « déguisé » des enfants pour des photographies « arrangées » ; mais il affirmait que les résultats étaient parfaitement ressemblants au type véritable et n'exagéraient en rien les caractères en question. Presque toutes les photographies dont il se servait pour illustrer son oeuvre étaient celles des enfants tels qu'ils étaient à leur arrivée aux « Homes » ; mais il faut se rappeler qu'un grand nombre d'enfants pitoyables arrivaient de nuit et ne pouvaient donc pas être photographiés; et parfois dans certains cas désespérés, il fallait vêtir les enfants avant de les amener jusqu'au «Home». Les arbitres reconnurent pleinement ces faits ; mais ils déclarèrent que toute photographie « arrangée » laissait une porte ouverte à l'accusation de « fiction artistique » lancée contre Barnardo ; et ils recommandèrent de cesser, par la suite, de tels procédés…

Quant aux écoles de la Mission, les arbitres conseillèrent de les placer sous le contrôle du Gouvernement et de recevoir ainsi une subvention. Ils trouvèrent l'accusation des châtiments brutaux si exagérée et imprégnée de méchanceté, qu'elle en perdait tout rapport avec la réalité. Pendant un certain temps les « Homes » avaient eu recours à un système de réclusion pour punir les fautes les plus graves ; mais ce système n'avait aucun rapport avec les accusations lancées par le demandeur. Le cas unique où une porte avait été clouée sur un garçon enfermé avait eu lieu pendant une demi-heure, au cours de la réparation de la serrure, et toutes les autres accusations de « châtiments brutaux » furent trouvées également fausses. Mais les arbitres, comprenant combien les « Homes » étaient sujets à la critique du public, conseillèrent d'avoir, à l'avenir, des punitions moins sévères…
L'histoire du titre de « docteur » fut jugée semblable à un orage dans une tasse de thé. Barnardo, comme la plupart des étudiants en médecine, était connu sous le nom de « Docteur » bien avant qu'il eût obtenu ses diplômes et naturellement, le souci de sa Mission retarda considérablement la date de ses derniers examens. Pourtant. il avait obtenu son diplôme de médecine à l'Université d'Edimbourg plus d'un an avant l'établissement du tribunal d'arbitrage ; il avait été enregistré comme médecin de Londres et avait obtenu auparavant un diplôme allemand. Cette accusation n'avait donc aucun fondement. (Bready, p. 147ss)


Le travail de Barnardo et de ses collaborateurs
S’il a administré de façon autocratique l’œuvre à ses débuts, Barnardo dû par la suite s’entourer de collaborateurs ayant toutes sortes de compétences. Pour sa correspondance, 120 secrétaires  et auteurs l’aide à remercier les donateurs et à faire la correspondance courante soit… jusqu’à 150 lettres par jour. En 1895 on a compté 158 030 lettres et colis arrivés à Stepney.
Suite à l’achat du Edinburgh Caste et de la création du village des filles, la gestion est remise entre les mains d’une équipe d’administrateurs.
Un mois après les délibérations du comité d’arbitrage rendues le 15 octobre 1877, un comité de gestion de 16 membres est nommé pour administrer la Mission. Les 16 étaient des notables engagés dans la foi évangélique et d’anciens membres de comités locaux s’étant mis en place après la première mission de Moody et Sankey en Angleterre.

En 1888 Barnardo résume ainsi l’action d’assistance et d’éducation qu’il mène avec sa mission :
J
e me destine tout d'abord au sauvetage de l'enfance et, grâce à Dieu, les « Homes » ont, par mes soins travaillé sur une base plus vaste que tout autre institution dans le monde... Mais, en outre, notre Mission de l' « East-End » a, dès le début, entrepris la tâche d'évangéliser les adultes pauvres. Elle comprend des agences pour les visites aux malades, aux personnes âgées et aux déchus ; des sections pour soulager et soigner les malades, à la fois à la mission médicale et chez eux ; pour enseigner la Bible aux enfants des ouvriers pauvres, pour distribuer des repas gratuits ou de la nourriture à un prix très bas pour les affamés (enfants et adultes) ; pour distribuer des vêtements de toutes sortes, chaussures, etc... Pour fournir aux mères nécessiteuses le berceau et la layette à la naissance ; pour envoyer les convalescents indigents à la mer ou à la campagne ; pour payer une rente aux vieillards et aux infirmes ; pour retirer du Mont-de-piété les outils et instruments nécessaires à l'ouvrier qui cherche une place ; pour permettre aux personnes sans travail, en particulier aux jeunes filles, d'obtenir une situation ; pour aider les femmes pauvres par des prêts de machines à coudre et à repasser, etc... En un mot, tout un système méthodique de secours appliqué avec soin, dont le but est de relever les tombés, de réjouir les abattus, de redonner du courage aux découragés de la lutte pour la vie ». (Bready, p. à préciser)


L’œuvre pris encore plus d’envergure et dès 1877, Barnardo se trouva devant un dilemme : revenir sur son engagement de ne jamais refuser d’enfant, ou accepter dans certaines conditions de faire un prêt. Il opta pour la deuxième solution mais limita cette possibilité aux seuls frais de constructions de bâtiments.
 
L’extension de l’œuvre allant croissant, en 1894 les administrateurs durent prendre des mesures draconienne contre l’avis de Barnardo, pour résober progressivement d’une dette importante :

1. N'admettre aucun cas nouveau si ce n'est ceux d'extrême urgence.

2. Réduire les mises en pension jusqu'à ce qu'elles soient inférieures à 500. Elles ne seront pas augmentées sans une autorisation spéciale des administrateurs.

3. Une somme moyenne de 1.000 livres sera payée chaque mois pour éteindre les anciennes dettes.

4. Les commerçants et autres personnes qui acceptent des billets doivent signer un papier indiquant que les fonds seuls de l'Institution sont responsables et les créanciers n'ont aucune réclamation à faire à quelque personne présente que ce soit, en dehors du docteur Barnardo.

5. Une assurance de 20.000 livres sera prise aussitôt que possible sur la vie du docteur Barnardo.

Au jour de la mort de Barnardo le montant de la dette à éponger s'élevait encore à un total de 250.000 livres

La « loi Barnardo » en 1890

L’œuvre de Barnardo a toujours été vue comme une œuvre missionnaire protestante.
« Aucun enfant indigent ne sera refusé » signifiait qu'aucune distinction ne serait faite quant à la couleur, la race ou la foi. Si personne n’était prêt à prendre en charge l’enfant, il serait éduqué dans la foi protestante dans les maisons d’accueil de Barnardo.

En 1887, lorsque le chanoine St-John est nommé par l’Eglise catholique « pour s'occuper des vagabonds et des perdus du quartier sud de Londres », il déclara la guerre aux maisons d’accueil de Barnardo.
Barnardo au tempérament chaud, publie en décembre 1889, «  La conscience du Cardinal », ou « la preuve donnée de la négligence systématique par le clergé catholique romain de leurs propres vagabonds jusqu'à ce que ceux-ci aient été sauvés du péril de la rue par des agences chrétiennes ».
Les correspondances qui suivirent entre Barnardo et le Cardinal Manning furent vives.

Une série de procès intentés par des mères peu recommandables soutenues semble-t-il par le clerger catholique essayèrent de récupérer leurs enfants sous prétexte de vouloir les élever dans la foi catholique, alors qu’elles avaient livré à l’abandon, l’enfant  qui parfois avait été adopté ou avait emmigré. Légalement la volonté des parents, fussent-ils indigne était décisif.

Deux lois furent édictées en 1890 suite à ces procès :
1° l’une sur la protection de l'enfance et la prévention de la cruauté contre l'enfance, en certains cas, transférait tous les droits paternels des parents vicieux à des tuteurs dignes de cette charge.
2° l'autre était l'acte de l'Assistance publique, qui, dans le cas des enfants abandonnés, transférait aux « tuteurs de la paroisse qui avaient entretenus de tels enfants, les droits et l'autorité normale des parents ».


La « la loi Barnardo » ou plus formellement « Loi sur la Garde de l'Enfance de 1891 ». disait ceci :

I. - Les pouvoirs de la Cour pour refuser une assignation d'habeas corpus étaient renforcés et augmentés.
Il. - La Cour était autorisée, à sa discrétion, à ordonner le remboursement soit en entier, soit en partie, des frais nécessités par l'éducation de l'enfant.
III. - Dans le cas de parents qui abandonnaient, délaissaient ou négligeaient un enfant d'une manière flagrante, il était établi qu'un ordre d'habeas corpus pouvait être refusé, « la Cour, en rendant cet arrêt, devait s'inquiéter de la conduite des parents ».
IV. - Dans chaque cas, la Cour devait « consulter les désirs de l'enfant ».
V. - Dans la loi, le terme « parent » s'appliquait à quiconque était, devant la loi, susceptible d'entretenir un enfant.
VI. - Cette loi serait intitulée : « Loi sur la Garde de l'Enfance de 1891 ».


Les obsèques de Thomas Barnardo mort le 19 septembre 1905
Barnardo meurt à l'âge de 60 ans, d'une angine de poitrine, après une journée de travail. Une foule nombreuse assistera à  ses obsèques, le 27 septembre 1905. Il faudra attendre un siècle plus tard, les obsèques de Winston Churchill, pour voir autant de monde dans les rues pour des funerailles.

 




L’œuvre après Barnardo

Sources :





voir site de l'œuvre

voir le site de l’œuvre actuelle : http://www.barnardos.org.uk/

Public cible :
Les enfants, les jeunes et leurs familles, mais aussi les jeunes adultes ayant charge de parents malades ou handicapés.

Objectifs :
Venir en aide aux enfants les
plus vulnérables afin de contribuer à leur accorder:
- une famille qui puisse faire face à leurs besoins
- les protéger du mal
- coopérer à une saine santé émotive, physique et mentale
- leur donner le sens d’appartenance à la communauté
- leur donner l’occasion de s’instruire

Actions actuelles
Ce ne sont plus les orphelinats les pièces centrales de l’œuvre, mais le soutien direct à 110 000 enfants vulnérables ou jeunes en difficulté et leur famille. 383 projets visent :
- l’accompagnement des familles en difficulté
- aide à l’obtention de logements provisoires
- services d’adoption
- appuie aux enfants handicapés et leur famille et aux enfants ayant des parents handicapés
- soutien face aux mal-traitance et abus




texte pdf  18,5MB

    Webo-bibliographie

BARNARDO Syrie Louise Elmsie, Marchant, James, 1867-1956, Nicoll, W. Robertson 1851-1923, Memoirs of the late Dr. Barnardo, London, Hodder and Stoughton, 1907, 404p.
BARNARDO Thomas John, 1845-1905, Kidnapped! A narrative of fact, London, J. F. Shaw & co. [etc., 1885], 24p.
Barnardo. - Jourdan, D , Le Dr Barnardo Et Son Œuvre, in-8°. brochure originale illustrée, Paris - Neuchâtel, Attinger, 1915, 189 p
BREADY J. Wesley, La Vie et l'œuvre du Docteur Barnardo (4 juillet 1845 - 19 Septembre 1905), (Traduit de l'Anglais), Dieulefit (Drôme), Nouvelle société d’éditions de Toulouse, 1939.
Bready, John Wesley, 1887-, Doctor Barnardo, London, G. Allen & Unwin, ltd. [1931], 271p.
CHARLES Wyndham, Dr. Barnardo: the man with the lantern, London, Blackie, 1969, 14p
CORBETT Gail H. 1941-, Barnardo Children in Canada, Peterborough, [Ont.] : Woodland Pub., c1981, 133p.
CORBETT Gail H. 1941-, Nation builders : Barnardo children in Canada, Toronto : Dundurn Press, c2002, 133p.
EAGLE G. Barnardo, Barnardo's hand book of magic, Plymouth, J. Thomas, printer [18-?], 36p.
FORD Donald, 1924- , Dr. Barnardo, London, A. & C. Black,1958, 50p.
FRIZ Immanuel, 1872-, Dr. Barnardo, der Vater der "Niemandskinder", Basel, F. Reinhardt, 1949, 211p.
HITCHMAN Janet, 1916-1980, They carried the sword, London, Gollancz, 1966, 160p.
MONTAGUE, C. J., Sixty Years in Waifdom. Or, the Ragged School Movement in English history, London, Charles Murray and Co, 1904.
MUCHER Werner, Thomas  John Barnardo,– der Mann mit der Laterne http://www.bibelbrunnen.de/Dokumente/BioThomasJohnBarnardo.php [consulté le 21 avril 2007]
POWELL Jessie, The man who didn't go to China, the story of Thomas John Barnardo, London, Lutterworth Press, 1947, 95p.
ROSE June, 1926-, For the sake of the children : inside Dr Barnardo's, 120 years of caring for children, London, Hodder & Stoughton, 1987, 335p.
SCOTT Carolyn, Ever open door: the story of Dr. Barnardo, London, Lutterworth Press, 1972, 96p.
SEYMOUR Claire, Ragged Schools, Ragged Children, Londres, Ragged School Museum,
STUCKi Alfred, 1894-, Dr. Barnardo, der Vater der Niemandskinder, Basel, H. Majer 1948, 109p.
WAGNER Gillian, Barnardo, London, Weidenfeld and Nicolson, 1979, 344p.
Walton, John. Six Reformers: William Wilberforce, Sir Robert Peel, Elizabeth Fry, Lord Shaftesbury, Florence Nightingale, Dr. Barnardon, Oxford University Press, 1941
WEBB-PEPLOE, M. M., The challenge of medical education, London, [Christian Medical Fellowship], 1976.
WILLIAMS A. E., Barnardo of Stepney, the father of nobody's children, London, G. Allen & Unwin Ltd, 1943, 236p.
WYMER Norman, Father of nobody's children: a portrait of Dr. Barnardo.(44th thousand.) (Tiptree,) Hutchinson,(1955). 189+[3]p. 7".
WYMER Norman, Dr. Barnardo, London, Longmans, 1962, 150p.
WYMER Norman, Father of nobody's children, London, Hutchinson, 1954, 254p.


Site retraçant l’histoire de l’œuvre de 1876 à 1986,
Site de l’œuvre actuelle
Site du musée des "ragged school" à Londres
à compléter…




Sommaire



1. Thomas Barnardo : sa personne
    1.1. Résumé
        Thomas Barnardo
        Mariage de Barnardo
        Famille
        Brève chronologie
    1.2. Le jeune Thomas Barnardo
        Ses « ancêtres »
        L’enfance de Thomas
        La foi de Thomas Barnardo : de l’agnosticisme à Christ
        Les débuts de la vie chrétienne

2. Thomas Barnardo : Appel, formation et ministère précisé (1886-1867)
    2.1. Appel et formation de Barnardo
        Rencontre avec Hudson Taylor à Dublin
        Formation missionnaire à Londres
            Arrivée à Londres et engagement auprès des enfants
            Engagement comme prédicateur de rue
            Engagement comme colporteur
            Formation médicale et l’épidémie de choléra en 1866
    2.2. La Découverte des enfants des rues à Londres
        L’époque victorienne
        Jim Jarvis à la « Donkey Shed Ragged School »
    2.3. Les éléments décisifs de la vocation de Barnardo
        Une « réunion missionnaire » improvisée
        Le repas chez Lord Shaftesbury

3. Thomas Barnardo et son œuvre auprès des enfants des rues (1867-1905)
    3.1. Les premiers pas de l’œuvre
        Présentation du projet de Mission parmi les jeunes des taudis de l’est londonien
            Moyens de communication avec les chrétiens de Londres
            Public cible
            Inauguration : grand thé offert
            Les dimanches après-midi : réunions régulières
            Premières initiatives
            Premières clarifications
        Ouverture des « Assembly Rooms »
            Le 5 novembre 1867 : le thé inaugural rassemble 2 347 convives
            Les réunions dominicales pendant 6 mois
        Évaluation
    3.2. La reprise plus modeste et l’affermissement de l’œuvre
        La période tampon
        La Mission des Jeunes de l’East End ; le 2 mars 1868
    3.3. Le développement de l’œuvre
        Mission à Hope Place, une « chrysalide » prette à éclater
        Premiers émigrés volontaires au Canada
        Premier « home » pour jeunes garçons
        Le principe de l’internat
        Le public cible
        L’aménagement des lieux
        Ouverture du home : septembre 1870
        Vie quotidienne au home
    Développement et organisation de l’œuvre
        Recettes
        Organisation
        Un principe : Ne pas refuser d’enfants
    Objectifs, moyens et principes de Barnardo :
        Les objectifs :
        Les moyens :
        Les principes
    Enquêtes sur les causes de la pauvreté
        L’alcoolisme cause principal de la pauvreté
        Réactions directes à l’enquête :
        Conséquences inattendues : achat et transformation du Gin Palace en Café Palace
    Village pour filles (première pierre posée le 9 juin 1876)
    Accueil des enfants handicapés
    Accueil des bébés
    Formation professionnelle : école technique et école navale
    L’école technique de William Baker (1922)
    L’école Navale Watts Naval School (1874)

4. Thomas Barnardo contesté, « loi Barnardo » (1875-1891)
    4.1. Accusations, comité d’arbitrage, verdict (1875-1877)
        Qui étaient les calomniateurs ?
        Accusations et Réponses
        Le travail de Barnardo et de ses collaborateurs
    4.2. La « loi Barnardo » en 1890

5. Les obsèques de Thomas Barnardo mort le 19 septembre 1905

6. L’œuvre après Barnardo
    6.1. Sources :
    6.2. Public cible :
    6.3. Objectifs :
    6.4. Actions actuelles

Par A R - Publié dans : Biographies
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Lundi 23 avril 2007
Thomas John Barnardo
1845- 1905
« La Mission des Jeunes de l'East End »



Les premiers pas de l’œuvre

Présentation du projet de Mission parmi les jeunes des taudis de l’est londonien


Moyens de communication avec les chrétiens de Londres
Il publie dans the Revival du 25 juillet 1867, les projets tel qu’ils les imagine réalisables. Il s’agissait là d’un journal répandu et lu des chrétiens d’alors.
Cela fait juste 15 mois que Barnardo est à Londres. A part Lord Shaftesbury, personne ne le connaît dans les quartiers riches de la capitale.

Public cible
1° Barnardo s’oriente résolument vers les personnes qui n’auraient pas idée d’entrer dans une chapelle ou de s’inscrire dans une école déguenillée.
Inauguration : grand thé offert

2° Il imagine l’amorce de l’œuvre par le moyen d’un grand thé, où seraient uniquement invitées les personnes que l’on cherche à atteindre. Pour cela, il faudrait un bâtiment pouvant contenir 600 places, et obtenir l’aide volontaire d’une cinquantaine de frères et sœurs des différentes Eglises ou chapelles évangéliques des environs.
Les dimanches après-midi : réunions régulières

3° Ensuite ouvrir à heure fixe le dimanche cette salle pour des cultes d’évangélisation destinés aux jeunes. Pour inviter ces jeunes, il suffit d’envoyer les élèves des « Ragged School » dans la rue avec des calicots, chantant des cantiques et conduisant à l’heure prévue ceux qui le souhaitent à ces réunions, ou l’on veille à ce que se relayent des prédicateurs intéressés par ce type de réunions.

Premières initiatives
Suite à cette parution, on offre à Barnardo de louer « The Assembly Rooms » des locaux pouvant contenir un millier de personnes, pour commencer l’œuvre. Ces locaux étaient situés au-dessus d’un bar le « King's Arms ».
À la différence de George Muller (1805-1898), Barnardo fait connaître les besoins financiers :
« Serons-nous arrêtés, dès le début, par le manque d'aide financière, parce que de nombreux enfants de Dieu, qui liront cet article et « ont de quoi épargner », refuseraient à des milliers d'âmes, qui ne sont ni en Afrique ni aux Indes, la Parole de Vie, et ces âmes de l' « East-End » périraient maintenant faute de connaissance ? »
Mais il développe l’œuvre en fonction des ressources qui lui parviennent.

Premières clarifications
Une incompréhension quant au lien de cette nouvelle mission avec l’école de l’ « Ernest Street » et l’affectation des dons destinés à l’une et à l’autre des œuvres conduit Barnardo à démissionner de la direction de l’école pour ne se consacrer qu’à sa mission.

La « Donkey Shed Ragged School » l’école déguenillée du hangar d’âne, ne vit pas très longtemps.


Ouverture des « Assembly Rooms »
Le 5 novembre 1867 : le thé inaugural rassemble 2 347 convives

1° Le Thé à lieu le 5 novembre 1867,
il est offert à 2 347 jeunes gens et jeunes filles, hommes, femmes, enfants, pour les plus grands souvent des voleurs ou des jeunes filles de mauvaise vie. Il fallut plusieurs services pour satisfaire tout ce peuple !
L’ensemble du thé revint à 27 livres, 3 shillings et 11 pences, soit 3 pences / personne.
Le goûter avait été préparé par une main d’œuvre bénévole, les provisions acquises aux prix les plus bas.

Cela dit, Barnardo ne garde pas un souvenir très positif de cette première expérience :
Ce goûter était «peu satisfaisant ». Jamais pareille cohue, disait-il, ne s'était vue à Stepney. «Le bruit et le tumulte étaient terribles» ; aussi n'eut-il pas le loisir de dire tout ce qu'il voulait». Cependant, « il n'était pas découragé » ; « après le départ du plus grand nombre, plusieurs des plus âgés restèrent, cherchant le salut ».

Les réunions dominicales pendant 6 mois

2° les réunions du dimanche après-midi
Pendant six semaines le défilé dans les rues produit l’effet escompté, malgré bien sûr quelques projectiles et propos peu aimables…
Au bout de six mois, c’est le propriétaire du bar qui refusa l’accès à la salle… les réunions commençaient à produire de l’effet auprès des jeunes « clients » du bar… c’était une trop redoutable concurrence à tolérer…

Évaluation
Rétrospectivement Barnardo estime positif que l’oeuvre ait été stoppée à ce stade, et permette de avec des projets plus modestes, croissant progressivement sur des fondements éprouvés.
Par exemple, le coût de la salle ne permettait pas d’envisager des réunions en semaine, ce qu’il projetait. Aussi ce coup d’arrêt montrait à tous la fragilité de l’œuvre, et ôtait mettait aussi un frein au sentiment d’orgueil qui aurait pu rapidement se développer.
De plus, suite à cette fin brutale, mais sans liens de cause à effet avec elle, Barnardo tombait malade et personne n’aurait selon lui accepté de prendre la direction de l’œuvre telle qu’elle était lancée.

Cela dit le plus proche collaborateur de Barnardo se convertit suite à ce thé et ces premières réunions. Aussi l’œuvre et son but furent connus dans les quartiers.

Comme « l'école Donkey Shed » l'entreprise des « Assembly Rooms », a eu une courte vie, mais les deux ont servi de pont pour l’œuvre qui allait se développer.


La reprise plus modeste et l’affermissement de l’œuvre

La période tampon
Cependant durant cette période de malade, il eut la sagesse de louer une petite salle dans une rue pauvre : outre les cours du soir, la salle de lecture, la couture… différentes activités s’y déroulaient chaque soir pour éviter que l’œuvre ne cesse complètement, il aurait ensuite été plus difficile de redémarrer.
La santé recouvrée, en janvier 1868 un local plus important est loué.

La Mission des Jeunes de l’East End ; le 2 mars 1868
Suite à la croissance de l’œuvre, le 2 mars 1868 des locaux plus vastes sont loués et la mission baptisée de « Mission des Jeunes de L’east End » The East End Juvenile Mission.
Après 5 mois d’activités, le premier rapport de l’œuvre date du 15 juillet 1868, il occupe 56 pages de dense contenu, témoignage de la dynamique de l’œuvre :
Barnardo baptisa 30 nouveaux convertit
Une école du dimanche rassemble 300 enfants
Des réunions d’études bibliques pour jeunes étaient organisées, selon certaines tranches d’âges en séparant les garçons des filles.
Cours du soir, bibliothèque, cercle de lecture, réunion de couture
une « brigade » de cireurs, une des tracts,
de fréquentes et régulières réunions de prières

La Mission tout en se revendiquant des « Ragged school » s’en distingue sur quelques points :
- l’éducation y était moins scolaire, plus marquée par une dynamique « organique » que disciplinaire
- la mission n’était pas ouverte que certains soirs et le dimanche comme les « Ragged School »
- le rêve de Barnardo étant de pouvoir former ces jeunes en leur donnant accès à un métier pour les insérer dans la société comme dans l’Eglise comme d’honnêtes gens.
Intégrer les enfants vagabonds dans les familles posait beaucoup de problèmes, il imagine une autre forme d’encadrement pour ces jeunes très déstructurés par ce qu’ils avaient vécu.

Les cultes dominicaux, célébrés dans cette communauté étaient présidés selon par des frères, des Quakers, des Baptistes comme des Méthodistes. Bien que n’étant pas ministre ordonné, Thomas Barnardo y apportait aussi des messages, mais ils se sentaient plus évangéliste que pasteur.
Le banquier Robert Barclay accorde son soutien à Barnardo en 1868.
Barnardo, a alors 24 ans, il dirige cette œuvre tout en continuant ses études de médecine en parallèle.

La carte postale ci-dessous, montre que Barnardo n’a pas cherché à imposer une marque « frères larges »  à l’éducation religieuse qui était donnée aux jeunes.
 

Un jour écrivant à George Muller , il lui demande des conseils au sujet de la façon de retenir des personnes qui sont au bord du gouffre. La réponse de Müller le déçu beaucoup. Celui-ci lui répondit : « il suffit d’étudier la Bible en profondeur. »


Le développement de l’œuvre

Mission à Hope Place, une « chrysalide » prette à éclater
Les deux premières maisons du début furent vite trop petites. Début 1869, la mission ressemblait à une chrysalide, ou à un enfant qui a trop grandi dans ses vêtements (Bready, p.100) !
Les bâtiments que l’on ajoutait, ne suffisaient toujours pas pour permettre à tout ce « petit monde » d’être un peu à l’aise… au bout de 4 mois la salle pouvant accueillir 70 personnes était déjà surpeuplée. Un toit disposé entre les cours fut monté, 300 personnes pouvaient y être accueillies. Mais l’espace s’avéra vite trop petit.
Au printemps 1870, ce sont les voisins qui commencèrent à se plaindre… « de ne pouvoir rentrer chez eux, sans escalader des tables, des bancs, des chaises et des escabeaux. »(Bready, p.102)

Premiers émigrés volontaires au Canada
 
Photo of Norman Clark,
a boy from Dr. Barnardo's homes, ca. 1899.
National Archives of Canada, C-144541   



Jim Javis avec quelques amis fut un des premiers jeunes que Barnardo aida à émigrer au Canada.



La demande croissante de main d’œuvre dans les colonies avait condui la Quaker Annie Macpherson et d’autres, à organiser l’émigration de jeunes des orphelinats vers le Canada.

Barnardo dès 1868 considérait l’émigration de personnes qualifiées en particulier au Canada comme « le principal remède contre le chômage ». De 1882 à 1939, 30 000 enfants de la Mission s’installèrent au Canada.




Certains abus envers une jeune main d’œuvre émut l’opinion public canadienne. En 1925  une loi interdira l’émigration de jeunes de mois de 14 ans.

En 1939, suite à la crise économique et à un mouvement syndical, mais aussi par ce que les mentalités changèrent autant au Canada qu’en Angleterre. L’idée que des œuvres charitables séparent les enfants de leur pays où ils pouvaient avoir de la famille devint intolérable. Ce programme fut donc arrêté. 

L’encadrement des jeunes de Barnardo sur les paquebot était bien organisé. Une personne pour au plus 50 jeunes les empêchait d’être oisif pendant la traversée. En outre, une enquête canadienne de 1894, montre que sur 10 ans d’immigration 1,36/1000 des protégés de Barnardo avait été condamné pour délits au Canada contre 7,55/1000 parmi la population canadienne.

Le règlement mis en place par Barnardo en matière immigration peut expliquer sa réussite.
« a) L'élite seule du « troupeau » pourra émigrer au Canada
1° Ceux qui sont en pleine santé physique et mentale
2° Ceux qui sont parfaitement droits, honnêtes et vertueux ;
3° Ceux qui, jeunes gens, ont été instruits dans nos ateliers, ou jeunes filles ont reçu une bonne éducation ménagère.

« b) Une surveillance continuelle sera exercée sur tous ces émigrants, après qu'ils auront été placés dans des fermes canadiennes ; premièrement par des visites systématiques, secondement par une correspondance régulière...

« c) Dans le cas d'échec total de certains émigrants, les colonies n'auront pas à en souffrir car ils reviendront, à nos frais, dans la métropole, toutes les fois qu'il sera possible de le faire. »
 
Jeunes garçons des orphelinats du Dr. Barnardo en Angleterre
à leur arrivée à Belleville (Ontario), vers 1922.

 
Départ de filles au Canada


 

Cette affiche à été publiée dans le magazine Canada West, vers 1900-1920 : Construisez votre nid dans l'Ouest canadien.
Archives nationales du Canada (C 126302)    
Cette affiche a paru dans le magazine Canada West, vers 1900-1914. « L'Ouest canadien : le nouvel Eldorado. C'est votre chance, pourquoi ne pas en profiter? »
Archives nationales du Canada (C 85854)

Premier « home » pour jeunes garçons
  18 Causeway Stepney, ouvert en 1870, loué à 57 livres/an
Cette maison a été fermée en 1923    

Le principe de l’internat
Le placement de jeunes de la rue dans des familles n’allait pas sans poser de problèmes : les jeunes souvent très déstructurés nécessitaient un encadrement particulier pour lequel la bonne volonté de famille non préparées ne suffisait pas.
Barnardo pu louer une grande maison pour servir d’internat à des jeunes garçons. Il estimait que le meilleur pour eux était de les réunir pour être éduqué ensemble. Seulement comment financer un tel projet ?

Le public cible

1° les « véritables indigents ».
qu’il faut: « nourrir, loger et vêtir et à qui il faudrait apprendre un métier »
Ceux-ci ne peuvent pas contribuer financièrement à leurs besoins

2° les jeunes cherchant du travail
Chômeur temporaire, ils ont besoin d’aide jusqu’à trouver du travail
S’ils ne peuvent immédiatement contribuer aux frais de pension, ce seront des « donateurs potentiels »

3° des jeunes sérieux, bons et honorables qui travaillent, qui ont besoin d’un cadre chrétien
Eux pourraient contribuer aux frais de pension

L’aménagement des lieux
Ne voulant pas contracter de dettes, les travaux prirent plus de temps que prévu.
Il fallait aménager : 50 dortoirs pouvant contenir 60 enfants. Lavabos, salles de bains, cuisine, buanderie, appartement pour le « père et la mère » de famille… avec souhait d’un terrain de sport.

Ouverture du home : septembre 1870
L’inauguration de la maison fut plus que sobre, sans invités extérieurs, faute de moyens.

Vie quotidienne au home
Les activités : coupe du bois, cordonnerie, fabrication de brosses
Emploi du temps : levé 6h, extinction des feux 22h
prière matin et soir, 2h de classe, travail technique, 3 repas, exercices physiques, lecture, méditation et ménage (on apprenait aux garçons à faire leur lit, à balayer et à frotter les parquets, à laver leurs vêtements etc…)

Ce home devint rapidement le cœur de l’œuvre, et la première maison considérée comme une annexe.





Le développement de l'œuvre

à suivre...
texte pdf  18,5MB

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