Biographies

Samedi 19 mai 2007 6 19 /05 /2007 11:30
Thomas John Barnardo
1845- 1905
« La Mission des Jeunes de l'East End »


Le développement de l'œuvre


En quatre ans, de 1866, année de son arrivée à Londres à 1870, que de travail déjà accompli !

Recettes
Jusqu’en 1867, Barnardo ne fit aucun appel de fonds
Ensuite chaque année il donne un rapport financier
Du 15 juillet  1867 au 15 juillet 1868, les recettes s’élevèrent à 214 livres et 15 shillings
Elles triplèrent l’année suivante
Après l’ouverture du home, elles atteignirent 7 000 livres
Entre le 31 mars 1876 et le 31 mars 1877, le chiffre de 30 000 livres fut atteint (Bready, p. 105)
En 1874 , il dote son œuvre d’un département de photographie. Chaque enfant de la rue qui arrivait était photographié, puis quelque temps après à nouveau… ces convaincantes images de « l’avant » et de « l’après » étaient vendues sous forme de lot de cartes postales servant de publicité pour l’œuvre ( 5 shilling les 20 ou 6 pennies l’unité). Ces photos vont par la suite être source de critique contre Barnardo.
 

 
Organisation
Au début, naïveté de l’inexpérience étant, Thomas Barnardo gèra seules les finances de la mission.
Dans son Premier Jubilé, il déclare : « Les chrétiens désireux d'aider l'oeuvre missionnaire doivent se rappeler, avant de le faire, que leurs dons ou leurs souscriptions parviendront à un simple particulier - que je n'ai ni comité, ni trésorier, ni secrétaire, autre que moi-même dans la direction financière de la Mission - que leurs noms ne seront jamais imprimés, mais que je leur répondrai moi-même et leur accuserai réception de leur souscription ».
Dans un autre paragraphe, il insiste sur ce fait, qu'il désire éviter tout ce qui « peut ressembler aux louanges humaines » ; et il continue en ces termes : « C'est à cette fin, que les noms des donateurs ne seront pas imprimés ; les initiales seules seront données. Je crois qu'il est juste de dénoncer l'habitude répandue de publier en entier les noms et adresses des donateurs, comme contraire à l'Écriture, parce qu'elle conduit aux aumônes faites « pour être vues des hommes », et à désobéir à cette exhortation : « Mais quand tu fais l'aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta main droite, afin que ton aumône se fasse en secret et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra ». (Bready, p. 106).

Un principe : Ne pas refuser d’enfants
Un jeune surnommé par ses camarades « carotte »  vint un jour demander asile auprès de Barnardo. Il n’y avait plus de place et pas de prochains départ envisager dans l’immédiat. Après quelques aides matérielles ce jeune retourna à la rue. Quelque temps plus tard il fut retrouvé mort d’épuisement et de froid.
Bouleversé par ce tragique événement, Barnardo résolut, avec l'aide de Dieu, de ne plus jamais renvoyer un enfant abandonné. Il suspendit donc, au quartier général, un grand écriteau : «AUCUN ENFANT ABANDONNE NE SERA REFUSÉ».  (Bready, p. 108)


Objectifs, moyens et principes généraux de Barnardo :

Les objectifs:

1. Sauver, éduquer, donner un enseignement professionnel et placer les Orphelins et les Enfants indigents.
2. Évangéliser les masses de l' « East-End ».
3 Soigner les malades et soulager les pauvres qui en sont dignes.

Les moyens :

1. Types d’aides
a) Agences de Recherche pour découvrir les enfants abandonnés.
b) Des logements gratuits.
c) De grands « Homes » industriels.
d) De petits « Homes ».
e) Mises en pension dans des familles.
f) Émigration.

2. Communauté d’accueil et d’éducation
a) Salles missionnaires.
b) Maison de diaconesses.
c) Groupes de Tempérance.
d) Écoles du Dimanche et « Ragged Schools ».

3.Secours matériel
a) Missions médicales.
b) Repas gratuits.
c) Secours général.
d) Émigration et expatriement.

Les principes
On reçoit les Enfants indigents :
1. Sans aucune limite d'âge, de sexe, de foi ou de nationalité ;
2. Sans prendre garde à aucune sorte d'infirmité physique les enfants boiteux, aveugles, sourds et muets, incurables et même ceux qui ont été abandonnés comme morts, peuvent être admis, s'ils sont réellement indigents ;
3. À toute heure du jour ou de la nuit ;
4. Uniquement selon leurs mérites, sans choix et en dehors de toute intervention de riches protecteurs.

Aussi, un des points essentiels du plan de Barnardo était de ne jamais laisser partir dans le monde des jeunes gens ou des jeunes filles, sans leur avoir enseigné un métier.
Enquêtes sur les causes de la pauvreté
L’alcoolisme cause principal de la pauvreté
Fin 1871, Lord Shaftesbury demanda à Barnardo une enquête sur les causes du dénuement extrême des enfants recueillis. Résultat de l’enquête : le dénuement pour 85 % des enfants interrogés était en lien direct avec l’alcoolisme fléau qui avait atteint au moins un membre proche de leur famille.
 
La vie à Londres, George Cruikshank (1821)

Jusque vers le milieu du XVIIIe siècle, on pouvait voir se balancer au-dessus des portes de centaines de cabarets des enseignes comme celle-ci : « Ici on s'enivre pour deux sous ; on tombe ivre-mort pour quatre ». Quelques-uns ajoutaient : « Paille gratuite ». L'expression : ivre comme un lord, avait un sens littéral, beaucoup de grands seigneurs se vantaient d'être des « hommes de quatre, cinq ou six bouteilles ». Dans certaines demeures, on trouvait des « coups d'oeil » ; on désignait ainsi des salles ou des galeries d'où, après les dîners, les dames pouvaient surveiller les hommes et échanger des paris sur la rapidité avec laquelle leurs maris ou leurs amants tomberaient de leurs chaises. L'ivrognerie était reçue comme une marque de bonne éducation ; et lorsque un noble évêque s'enivrait, il expliquait que c'était en tant que noble et non en tant qu'évêque, qu'il s'était ainsi laissé aller.


L’enquête menée auprès des enfants fréquentant les écoles du dimanche, les « Ragged School » de la Mission a montré que:

« 30 % d'entre eux, un certain matin, étaient venus à l'école [rue Copperfield] sans avoir déjeuner 30 % n'avaient eu qu'un morceau de pain sec avant de quitter leur maison et 60 % n'attendaient pas de dîner ! ». Cependant de tous ces élèves que la Mission avait largement nourris, en 1877 cette école présenta à des examens du Gouvernement 455 enfants, et 402 - soit 88,4 % -, réussirent dans toutes les branches.


Réactions directes à l’enquête :
- Barnardo devint membre d’une société de Tempérance afin qu’ « aucun de ces petits ne se perde ».
- Il organise pour 1872 une évangélisation sous tente. La tente qui pouvait rassembler 3 000 personnes fur monter face au « Gin palace » un des plus réputés « royaumes » de la boisson de l’époque.
Barnardo décrit ainsi les impressions que lui avaient laissées la visite de ce lieu:

« Le spectacle qui se déroulait sous nos yeux s'imprima profondément dans notre mémoire. Le bar, de même que le music-hall, étaient surpeuplés, on voyait surtout des jeunes gens et des jeunes femmes. Le commerce bruyant de l'alcool allait bon train et les chansons les plus applaudies étaient celles qui contenaient surtout des termes sales et des gestes équivoques. Autour de la salle se trouvaient des statues de nu qui, je suppose, devaient être d’autant plus artistiques qu'elles répugnaient aux gens convenables... Nous nous trouvions en présence d'une agence de démoralisation de la pire espère. » (Bready, p.110)


Résultats :

- Nombreux sont ceux qui vinrent à la foi à l’occasion de cette action, plus nombreux encore furent ceux qui s’engagèrent à ne plus boire et rejoignirent une société de Tempérance.

- La désaffection du « Gin Palace » fut tel que ses propriétaires mirent la clé sous la porte et le palace fut mis en vente. Deux bars voisins mirent aussi la clé sous la porte.
Conséquences inattendues : achat et transformation du Gin Palace en Café Palace


Gin Palace, un dimanche après-midi,
Charles Green, gravure de 1879 
 

La générosité de beaucoup de personnes permit à ma Mission de se porter acquéreuse par adjudication privée du lieu, pour 4 200 livres... sans qu’aucune dette n’eut été contractée, les derniers 110 livres arrivant le matin même de la vente.
Le Palais du Gin juste défaits de ses décorations vraiment inconvenantes est alors transformé en « Palais du café ». … toutes sortes de boissons non-alcoolisées y étaient vendues, on pouvait aussi manger à prix raisonnable sur place.

Le 14 février 1873, le palais fut solennellement inauguré en présence de Lord Shaftesbury, qui avait été à l’initiative d’une loi mettant un terme à la coutume de payer les ouvriers en bons de boisson !

 

La salle de Music-Hall devint une Eglise : l' «Église de la Mission Populaire», avec des diacres et des anciens ; Barnardo fut « élu » pasteur du troupeau à l'unanimité. Cette église comptait, à sa première réunion, deux cent cinquante membres et cinquante personnes désireuses de le devenir.
Transformé en 1884, ce lieu pouvait contenir 3 200 personnes.

Outre Joshna et Mary Poole les évangélistes de la première mission sous-tente, l’œuvre était aussi redevable aux prédications de Moody et de Sankey en 1874 et 1883, qui apportèrent eux aussi leur contribution à l’œuvre.


Autres œuvres

Village pour filles (première pierre posée le 9 juin 1876)
    
Le 9 juin 1975, la prière pierre de la maison myrte est posée, le 9 juillet 1876, les 14 premières maisons sont ouvertes. Chacune porte un nom de fleur, et a coûté 520 livres.
Le terrain d’une superficie de 15ha  dont 10,50ha d’espaces verts
À la différence des internats pour garçons, les filles sont réparties dans des maisons par groupe d’une vingtaine. Elles vivent là avec une adulte, les repas sont pris dans chaque maison et non en commun dans une grande salle commune, comme c’est le cas pour les garçons.

 
Plan du « village » des filles à partir de 1876 photo © Barnardo archive


Accueil des enfants handicapés
Sa fille handicapée, rend Barnardo particulièrement sensible aux besoins ses enfants.

Accueil des bébés
L’exigence de personnels dûment qualifiés est une des marques de l’organisation de cette œuvre.




Formation professionnelle : école technique et école navale


L’école technique de William Baker (1922)

Un ancien manoir cédé à prix modique est transformé pour pouvoir loger 300 élèves.
Des ateliers permettaient d’enseigner une douzaine de métiers différents comme : cordonnier, menuiserie, forgeron, imprimeur…
Chaque semaine, 250 paires de chaussures étaient produites, 500 réparées. Les meubles des homes,les marmites etc… étaient fabriqués dans ces ateliers



L’école porte le nom d’un ami juriste de Barnardo, Irlandais comme lui, qui après la mort de Barnado quitta sa situation professionnelle lucrative pour diriger les homes.
 



   


L’école Navale Watts Naval School (1874)
La première pierre de l’Ecole est posée le lundi de Pâques 1873 en présence du Prince de Gales. L’Ecole ouvre en 1874. Elle fonctionne dans sa première mouture jusqu’en 1895 pour être restructurée par E.H. Watts, puis réouverte en 1901.

       

L’Ecole Navale est créé dans les locaux de l’école du conté de Norfolk que le Prebendary Joseph Lloyd Brereton avait fondé pour la formation des enfants d’agriculteurs. En 1884, l’école était directement reliée au réseau ferroviaire. La crise de l’agriculture ne permis pas à l’école agricole de tourner à son plein régime, elle fut alors réaménagée plus spécifiquement en école de préparation aux métiers de la marine : Watts Naval Training School.





 
Accusations, comité d’arbitrage, verdict (1875-1877)

Cela fait 8 ans que Barnardo est à Londres et depuis 4 ans que la Mission a commencé. En 1874, les différentes branches de la mission sont opérationnelles : les « Ragged Schools » du jour et du soir, les Écoles du Dimanche, les Groupes de tempérance, le Palais du Café d' «Edinburgh Castle», les «Homes», les plans d'écoles professionnelles, les brigades de cireurs et de commissionnaires. Le revenu annuel de la Mission s’élève à présent à 23 500 livres sterling par an.

Qui étaient les calomniateurs ?
Parmi les diffamateurs se trouvait essentiellement deux groupes de personnes : un premier groupe était constitué d’anciens employés renvoyés que cherchaient ainsi à se venger. Un autre groupe était constitué de parents qui voyant leurs enfants en bonne forme et ayant à présent un métier cherchaient à les « récupérer » pour soutenir les «besoins» de la famille.

Après les lettres anonymes envoyées à M. comme à Mme Barnardo accusant leur conjoint de toutes sortes de calomnies, la goutte d’eau déborda en 1875, lorsque fut publiée une attaque impitoyable signée « un protestant dissident ».

Accusations et Réponses
De caractère entier, Barnardo n’écouta pas les conseils de prudence de certains de ses amis l’encourageant à laisser passer l’orage. Barnardo eu la mauvaise idée de confier à un de ses amis (un docteur en théologie Irlandais) encore plus « chaud » que lui de répondre, ce qu’il fit en signant « Clerical Junius » 2 lettres vives elles aussi.
Suite à cela les passions furent ravivées et le « protestant dissident » repris ses invectives de plus belles, accusant Barnardo d’être lui-même « Clerical Junius ».
Voyant comment le vent tournait, pour encore essayer de désamorcer la bombe, Barnardo fit publier le 2 octobre dans The East London Observer un article désavouant Clerical Junius.

Des conciliateurs firent leur œuvre et pendant deux ans le calme semblait être revenu lorsque fut publié un petit volume à un franc, intitulé : Les « Homes » du docteur Barnardo, Révélations surprenantes. Soixante-deux pages chargeant Barnardo et montrant qu’il n’était qu’un escroc, dénonçant :
1. Le type de direction de caractère autocratique de Barnardo.
2. Les appels fondés sur de fausses expositions de faits de Barnardo.
3. Les photographies trompeuses publiés par Barnardo.
4. Barnardo de détournement de fonds destinés à d'autres oeuvres.
5. Barnardo d’être l'auteur de lettres écrites sous un pseudonyme.
6. Barnardo de porter le titre de Docteur sans Diplôme ni autorisation. (Bready, p.142)

Barnardo du porter plainte pour diffamation, afin de mettre un terme à ces accusations ayant mis la Mission de Barnardo sur la Liste d'Avertissement, par la Société d'organisation de Charité : Barnardo était accusé devant le monde entier.

En juin 1877 les juges commencèrent d’instruire le dossier, les deux parties étant représentées par leur avocat. Le jugement fut prononcé le 15 octobre 1877, légitimant le travail et la personne de Barnardo.

Le Comité d'Arbitrage déclara :
« Les Institutions Barnardo sont des oeuvres de charité réelle et de grande valeur, dignes de la confiance et de l'appui du public ». L'accusation principale, de détournement de fonds fut trouvée sans fondement aucun. Les comptables agréés déclarèrent que les finances de la Mission étaient d'une entière loyauté, et le tribunal ne put trouver aucune trace de mauvais emploi des fonds. La direction générale fut proclamée « judicieuse, tout bien considéré », tandis que les accusations de cruauté, de surmenage et de nourriture tout à fait insuffisante, furent reconnues n'avoir aucun fondement. Quant à l'accusation d'élever les enfants comme des païens sans aucune éducation religieuse, elle fut trouvée totalement absurde. Les arbitres se déclarèrent « satisfaits » de l'instruction morale et religieuse donnée. De plus, les écoles en général, le système de discipline et d'éducation professionnelle fut jugé efficace, produisant de bons résultats ; tandis que les attaques contre le caractère moral de Barnardo furent qualifiées de bavardages de la pire espèce…


           
Au sujet des « photos trompeuses » Barnardo reconnut franchement qu'en de rares occasions il avait « déguisé » des enfants pour des photographies « arrangées » ; mais il affirmait que les résultats étaient parfaitement ressemblants au type véritable et n'exagéraient en rien les caractères en question. Presque toutes les photographies dont il se servait pour illustrer son oeuvre étaient celles des enfants tels qu'ils étaient à leur arrivée aux « Homes » ; mais il faut se rappeler qu'un grand nombre d'enfants pitoyables arrivaient de nuit et ne pouvaient donc pas être photographiés; et parfois dans certains cas désespérés, il fallait vêtir les enfants avant de les amener jusqu'au «Home». Les arbitres reconnurent pleinement ces faits ; mais ils déclarèrent que toute photographie « arrangée » laissait une porte ouverte à l'accusation de « fiction artistique » lancée contre Barnardo ; et ils recommandèrent de cesser, par la suite, de tels procédés…

Quant aux écoles de la Mission, les arbitres conseillèrent de les placer sous le contrôle du Gouvernement et de recevoir ainsi une subvention. Ils trouvèrent l'accusation des châtiments brutaux si exagérée et imprégnée de méchanceté, qu'elle en perdait tout rapport avec la réalité. Pendant un certain temps les « Homes » avaient eu recours à un système de réclusion pour punir les fautes les plus graves ; mais ce système n'avait aucun rapport avec les accusations lancées par le demandeur. Le cas unique où une porte avait été clouée sur un garçon enfermé avait eu lieu pendant une demi-heure, au cours de la réparation de la serrure, et toutes les autres accusations de « châtiments brutaux » furent trouvées également fausses. Mais les arbitres, comprenant combien les « Homes » étaient sujets à la critique du public, conseillèrent d'avoir, à l'avenir, des punitions moins sévères…
L'histoire du titre de « docteur » fut jugée semblable à un orage dans une tasse de thé. Barnardo, comme la plupart des étudiants en médecine, était connu sous le nom de « Docteur » bien avant qu'il eût obtenu ses diplômes et naturellement, le souci de sa Mission retarda considérablement la date de ses derniers examens. Pourtant. il avait obtenu son diplôme de médecine à l'Université d'Edimbourg plus d'un an avant l'établissement du tribunal d'arbitrage ; il avait été enregistré comme médecin de Londres et avait obtenu auparavant un diplôme allemand. Cette accusation n'avait donc aucun fondement. (Bready, p. 147ss)


Le travail de Barnardo et de ses collaborateurs
S’il a administré de façon autocratique l’œuvre à ses débuts, Barnardo dû par la suite s’entourer de collaborateurs ayant toutes sortes de compétences. Pour sa correspondance, 120 secrétaires  et auteurs l’aide à remercier les donateurs et à faire la correspondance courante soit… jusqu’à 150 lettres par jour. En 1895 on a compté 158 030 lettres et colis arrivés à Stepney.
Suite à l’achat du Edinburgh Caste et de la création du village des filles, la gestion est remise entre les mains d’une équipe d’administrateurs.
Un mois après les délibérations du comité d’arbitrage rendues le 15 octobre 1877, un comité de gestion de 16 membres est nommé pour administrer la Mission. Les 16 étaient des notables engagés dans la foi évangélique et d’anciens membres de comités locaux s’étant mis en place après la première mission de Moody et Sankey en Angleterre.

En 1888 Barnardo résume ainsi l’action d’assistance et d’éducation qu’il mène avec sa mission :
J
e me destine tout d'abord au sauvetage de l'enfance et, grâce à Dieu, les « Homes » ont, par mes soins travaillé sur une base plus vaste que tout autre institution dans le monde... Mais, en outre, notre Mission de l' « East-End » a, dès le début, entrepris la tâche d'évangéliser les adultes pauvres. Elle comprend des agences pour les visites aux malades, aux personnes âgées et aux déchus ; des sections pour soulager et soigner les malades, à la fois à la mission médicale et chez eux ; pour enseigner la Bible aux enfants des ouvriers pauvres, pour distribuer des repas gratuits ou de la nourriture à un prix très bas pour les affamés (enfants et adultes) ; pour distribuer des vêtements de toutes sortes, chaussures, etc... Pour fournir aux mères nécessiteuses le berceau et la layette à la naissance ; pour envoyer les convalescents indigents à la mer ou à la campagne ; pour payer une rente aux vieillards et aux infirmes ; pour retirer du Mont-de-piété les outils et instruments nécessaires à l'ouvrier qui cherche une place ; pour permettre aux personnes sans travail, en particulier aux jeunes filles, d'obtenir une situation ; pour aider les femmes pauvres par des prêts de machines à coudre et à repasser, etc... En un mot, tout un système méthodique de secours appliqué avec soin, dont le but est de relever les tombés, de réjouir les abattus, de redonner du courage aux découragés de la lutte pour la vie ». (Bready, p. à préciser)


L’œuvre pris encore plus d’envergure et dès 1877, Barnardo se trouva devant un dilemme : revenir sur son engagement de ne jamais refuser d’enfant, ou accepter dans certaines conditions de faire un prêt. Il opta pour la deuxième solution mais limita cette possibilité aux seuls frais de constructions de bâtiments.
 
L’extension de l’œuvre allant croissant, en 1894 les administrateurs durent prendre des mesures draconienne contre l’avis de Barnardo, pour résober progressivement d’une dette importante :

1. N'admettre aucun cas nouveau si ce n'est ceux d'extrême urgence.

2. Réduire les mises en pension jusqu'à ce qu'elles soient inférieures à 500. Elles ne seront pas augmentées sans une autorisation spéciale des administrateurs.

3. Une somme moyenne de 1.000 livres sera payée chaque mois pour éteindre les anciennes dettes.

4. Les commerçants et autres personnes qui acceptent des billets doivent signer un papier indiquant que les fonds seuls de l'Institution sont responsables et les créanciers n'ont aucune réclamation à faire à quelque personne présente que ce soit, en dehors du docteur Barnardo.

5. Une assurance de 20.000 livres sera prise aussitôt que possible sur la vie du docteur Barnardo.

Au jour de la mort de Barnardo le montant de la dette à éponger s'élevait encore à un total de 250.000 livres

La « loi Barnardo » en 1890

L’œuvre de Barnardo a toujours été vue comme une œuvre missionnaire protestante.
« Aucun enfant indigent ne sera refusé » signifiait qu'aucune distinction ne serait faite quant à la couleur, la race ou la foi. Si personne n’était prêt à prendre en charge l’enfant, il serait éduqué dans la foi protestante dans les maisons d’accueil de Barnardo.

En 1887, lorsque le chanoine St-John est nommé par l’Eglise catholique « pour s'occuper des vagabonds et des perdus du quartier sud de Londres », il déclara la guerre aux maisons d’accueil de Barnardo.
Barnardo au tempérament chaud, publie en décembre 1889, «  La conscience du Cardinal », ou « la preuve donnée de la négligence systématique par le clergé catholique romain de leurs propres vagabonds jusqu'à ce que ceux-ci aient été sauvés du péril de la rue par des agences chrétiennes ».
Les correspondances qui suivirent entre Barnardo et le Cardinal Manning furent vives.

Une série de procès intentés par des mères peu recommandables soutenues semble-t-il par le clerger catholique essayèrent de récupérer leurs enfants sous prétexte de vouloir les élever dans la foi catholique, alors qu’elles avaient livré à l’abandon, l’enfant  qui parfois avait été adopté ou avait emmigré. Légalement la volonté des parents, fussent-ils indigne était décisif.

Deux lois furent édictées en 1890 suite à ces procès :
1° l’une sur la protection de l'enfance et la prévention de la cruauté contre l'enfance, en certains cas, transférait tous les droits paternels des parents vicieux à des tuteurs dignes de cette charge.
2° l'autre était l'acte de l'Assistance publique, qui, dans le cas des enfants abandonnés, transférait aux « tuteurs de la paroisse qui avaient entretenus de tels enfants, les droits et l'autorité normale des parents ».


La « la loi Barnardo » ou plus formellement « Loi sur la Garde de l'Enfance de 1891 ». disait ceci :

I. - Les pouvoirs de la Cour pour refuser une assignation d'habeas corpus étaient renforcés et augmentés.
Il. - La Cour était autorisée, à sa discrétion, à ordonner le remboursement soit en entier, soit en partie, des frais nécessités par l'éducation de l'enfant.
III. - Dans le cas de parents qui abandonnaient, délaissaient ou négligeaient un enfant d'une manière flagrante, il était établi qu'un ordre d'habeas corpus pouvait être refusé, « la Cour, en rendant cet arrêt, devait s'inquiéter de la conduite des parents ».
IV. - Dans chaque cas, la Cour devait « consulter les désirs de l'enfant ».
V. - Dans la loi, le terme « parent » s'appliquait à quiconque était, devant la loi, susceptible d'entretenir un enfant.
VI. - Cette loi serait intitulée : « Loi sur la Garde de l'Enfance de 1891 ».


Les obsèques de Thomas Barnardo mort le 19 septembre 1905
Barnardo meurt à l'âge de 60 ans, d'une angine de poitrine, après une journée de travail. Une foule nombreuse assistera à  ses obsèques, le 27 septembre 1905. Il faudra attendre un siècle plus tard, les obsèques de Winston Churchill, pour voir autant de monde dans les rues pour des funerailles.

 




L’œuvre après Barnardo

Sources :





voir site de l'œuvre

voir le site de l’œuvre actuelle : http://www.barnardos.org.uk/

Public cible :
Les enfants, les jeunes et leurs familles, mais aussi les jeunes adultes ayant charge de parents malades ou handicapés.

Objectifs :
Venir en aide aux enfants les
plus vulnérables afin de contribuer à leur accorder:
- une famille qui puisse faire face à leurs besoins
- les protéger du mal
- coopérer à une saine santé émotive, physique et mentale
- leur donner le sens d’appartenance à la communauté
- leur donner l’occasion de s’instruire

Actions actuelles
Ce ne sont plus les orphelinats les pièces centrales de l’œuvre, mais le soutien direct à 110 000 enfants vulnérables ou jeunes en difficulté et leur famille. 383 projets visent :
- l’accompagnement des familles en difficulté
- aide à l’obtention de logements provisoires
- services d’adoption
- appuie aux enfants handicapés et leur famille et aux enfants ayant des parents handicapés
- soutien face aux mal-traitance et abus




texte pdf  18,5MB

    Webo-bibliographie

BARNARDO Syrie Louise Elmsie, Marchant, James, 1867-1956, Nicoll, W. Robertson 1851-1923, Memoirs of the late Dr. Barnardo, London, Hodder and Stoughton, 1907, 404p.
BARNARDO Thomas John, 1845-1905, Kidnapped! A narrative of fact, London, J. F. Shaw & co. [etc., 1885], 24p.
Barnardo. - Jourdan, D , Le Dr Barnardo Et Son Œuvre, in-8°. brochure originale illustrée, Paris - Neuchâtel, Attinger, 1915, 189 p
BREADY J. Wesley, La Vie et l'œuvre du Docteur Barnardo (4 juillet 1845 - 19 Septembre 1905), (Traduit de l'Anglais), Dieulefit (Drôme), Nouvelle société d’éditions de Toulouse, 1939.
Bready, John Wesley, 1887-, Doctor Barnardo, London, G. Allen & Unwin, ltd. [1931], 271p.
CHARLES Wyndham, Dr. Barnardo: the man with the lantern, London, Blackie, 1969, 14p
CORBETT Gail H. 1941-, Barnardo Children in Canada, Peterborough, [Ont.] : Woodland Pub., c1981, 133p.
CORBETT Gail H. 1941-, Nation builders : Barnardo children in Canada, Toronto : Dundurn Press, c2002, 133p.
EAGLE G. Barnardo, Barnardo's hand book of magic, Plymouth, J. Thomas, printer [18-?], 36p.
FORD Donald, 1924- , Dr. Barnardo, London, A. & C. Black,1958, 50p.
FRIZ Immanuel, 1872-, Dr. Barnardo, der Vater der "Niemandskinder", Basel, F. Reinhardt, 1949, 211p.
HITCHMAN Janet, 1916-1980, They carried the sword, London, Gollancz, 1966, 160p.
MONTAGUE, C. J., Sixty Years in Waifdom. Or, the Ragged School Movement in English history, London, Charles Murray and Co, 1904.
MUCHER Werner, Thomas  John Barnardo,– der Mann mit der Laterne http://www.bibelbrunnen.de/Dokumente/BioThomasJohnBarnardo.php [consulté le 21 avril 2007]
POWELL Jessie, The man who didn't go to China, the story of Thomas John Barnardo, London, Lutterworth Press, 1947, 95p.
ROSE June, 1926-, For the sake of the children : inside Dr Barnardo's, 120 years of caring for children, London, Hodder & Stoughton, 1987, 335p.
SCOTT Carolyn, Ever open door: the story of Dr. Barnardo, London, Lutterworth Press, 1972, 96p.
SEYMOUR Claire, Ragged Schools, Ragged Children, Londres, Ragged School Museum,
STUCKi Alfred, 1894-, Dr. Barnardo, der Vater der Niemandskinder, Basel, H. Majer 1948, 109p.
WAGNER Gillian, Barnardo, London, Weidenfeld and Nicolson, 1979, 344p.
Walton, John. Six Reformers: William Wilberforce, Sir Robert Peel, Elizabeth Fry, Lord Shaftesbury, Florence Nightingale, Dr. Barnardon, Oxford University Press, 1941
WEBB-PEPLOE, M. M., The challenge of medical education, London, [Christian Medical Fellowship], 1976.
WILLIAMS A. E., Barnardo of Stepney, the father of nobody's children, London, G. Allen & Unwin Ltd, 1943, 236p.
WYMER Norman, Father of nobody's children: a portrait of Dr. Barnardo.(44th thousand.) (Tiptree,) Hutchinson,(1955). 189+[3]p. 7".
WYMER Norman, Dr. Barnardo, London, Longmans, 1962, 150p.
WYMER Norman, Father of nobody's children, London, Hutchinson, 1954, 254p.


Site retraçant l’histoire de l’œuvre de 1876 à 1986,
Site de l’œuvre actuelle
Site du musée des "ragged school" à Londres
à compléter…




Sommaire



1. Thomas Barnardo : sa personne
    1.1. Résumé
        Thomas Barnardo
        Mariage de Barnardo
        Famille
        Brève chronologie
    1.2. Le jeune Thomas Barnardo
        Ses « ancêtres »
        L’enfance de Thomas
        La foi de Thomas Barnardo : de l’agnosticisme à Christ
        Les débuts de la vie chrétienne

2. Thomas Barnardo : Appel, formation et ministère précisé (1886-1867)
    2.1. Appel et formation de Barnardo
        Rencontre avec Hudson Taylor à Dublin
        Formation missionnaire à Londres
            Arrivée à Londres et engagement auprès des enfants
            Engagement comme prédicateur de rue
            Engagement comme colporteur
            Formation médicale et l’épidémie de choléra en 1866
    2.2. La Découverte des enfants des rues à Londres
        L’époque victorienne
        Jim Jarvis à la « Donkey Shed Ragged School »
    2.3. Les éléments décisifs de la vocation de Barnardo
        Une « réunion missionnaire » improvisée
        Le repas chez Lord Shaftesbury

3. Thomas Barnardo et son œuvre auprès des enfants des rues (1867-1905)
    3.1. Les premiers pas de l’œuvre
        Présentation du projet de Mission parmi les jeunes des taudis de l’est londonien
            Moyens de communication avec les chrétiens de Londres
            Public cible
            Inauguration : grand thé offert
            Les dimanches après-midi : réunions régulières
            Premières initiatives
            Premières clarifications
        Ouverture des « Assembly Rooms »
            Le 5 novembre 1867 : le thé inaugural rassemble 2 347 convives
            Les réunions dominicales pendant 6 mois
        Évaluation
    3.2. La reprise plus modeste et l’affermissement de l’œuvre
        La période tampon
        La Mission des Jeunes de l’East End ; le 2 mars 1868
    3.3. Le développement de l’œuvre
        Mission à Hope Place, une « chrysalide » prette à éclater
        Premiers émigrés volontaires au Canada
        Premier « home » pour jeunes garçons
        Le principe de l’internat
        Le public cible
        L’aménagement des lieux
        Ouverture du home : septembre 1870
        Vie quotidienne au home
    Développement et organisation de l’œuvre
        Recettes
        Organisation
        Un principe : Ne pas refuser d’enfants
    Objectifs, moyens et principes de Barnardo :
        Les objectifs :
        Les moyens :
        Les principes
    Enquêtes sur les causes de la pauvreté
        L’alcoolisme cause principal de la pauvreté
        Réactions directes à l’enquête :
        Conséquences inattendues : achat et transformation du Gin Palace en Café Palace
    Village pour filles (première pierre posée le 9 juin 1876)
    Accueil des enfants handicapés
    Accueil des bébés
    Formation professionnelle : école technique et école navale
    L’école technique de William Baker (1922)
    L’école Navale Watts Naval School (1874)

4. Thomas Barnardo contesté, « loi Barnardo » (1875-1891)
    4.1. Accusations, comité d’arbitrage, verdict (1875-1877)
        Qui étaient les calomniateurs ?
        Accusations et Réponses
        Le travail de Barnardo et de ses collaborateurs
    4.2. La « loi Barnardo » en 1890

5. Les obsèques de Thomas Barnardo mort le 19 septembre 1905

6. L’œuvre après Barnardo
    6.1. Sources :
    6.2. Public cible :
    6.3. Objectifs :
    6.4. Actions actuelles

Par A R - Publié dans : Biographies
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Samedi 19 mai 2007 6 19 /05 /2007 15:08
Charles-Haddon Spurgeon
1834-1892

« prince des prédicateurs »


La mise en page illustrée de l'artcle suivra prochainement
vous pouvez déjà télécharger le fichier en cliquant ici

1. La jeunesse de Spurgeon


1.1. Photos de famille

1.2. De 1 à 6 ans : à Stambourne, chez ses grands-parents paternels

Charles-Haddon Spurgeon est l’aîné de 17 enfants.
James, son père, et John, son grand-père paternel, étaient pasteurs. L’un de ses frères le deviendra également. Charles est âgé d’à peine quatorze mois lorsque qu’il est emmené chez ses grands-parents, James et Sarah, auprès desquels il passera ses cinq premières années dans le presbytère de l’Église presbytérienne de Stambourne. Arnold Dallimore (p 4) explique ce départ de Charles chez ses grands-parents par la venue d’un deuxième bébé dans la famille, l’année juste après sa naissance.

Dans son récit autobiographique, Spurgeon parle avec beaucoup de bonheur de ce temps chez ses grands-parents paternels, où il jouit, en plus de toutes les attentions, de l’affection de sa jeune tante de 18 ans, Anne, qui vit encore chez ses parents.
Dallimore décrit ainsi le cadre familial : « Les critères bibliques étaient acceptés avec joie et l’on repoussait promptement toute malhonnêteté ou malice. La famille vivait une vie sérieuse, qu’agrémentaient l’humour et le bonheur : « la piété avec le contentement [qui] est un grand gain » caractérisaient le travail et les loisirs des Spurgeon, tant les jeunes que les moins jeunes ». (p. 6)

Son grand-père, qui a 60 ans, s’attache beaucoup à son petit-fils qui l’accompagne aux réunions à caractère théologique ou qu’il garde auprès de lui lorsque des paroissiens viennent lui demander conseil. Les sujets d’intérêts des aînés vont très tôt l’imprégner. Enfant solitaire, il disparaît de temps à autre pour ne réapparaître que lorsqu’il est rassasié de ses rêveries. Pendant longtemps, nul n’a su où il disparaissait. Ce n’est que très longtemps après qu’il dévoila le mystère de ses cachettes à sa tante : au temps où les feuilles des tilleuls étaient nombreuses, le sacristain les entassait sous un « élevoir », espèce d’escalier près du temple, servant aux dames pour monter plus facilement sur leurs chevaux ; c’est là qu’il se cachait. Et à l’époque ou les feuilles faisaient défaut, c’est un tombeau qui lui servait de refuge, ou plutôt une espèce d’autel qui se trouvait sur une tombe : il se glissait dessous, tirant une sorte de pierre derrière lui. Nul ne risquait d’aller le chercher dans cette espèce de « boîte » (Brunel, p.22)

Il va très vite affectionner la bibliothèque de son grand-père. Avant de savoir lire, ce sont les images du « voyage du pèlerin » de John Bunyan qui le marquent. Un autre livre, populaire à l’époque, l’intéresse aussi beaucoup, c’est le livre illustré libre des martyrs de Foxe. Mais très vite, vers 5-6 ans, il apprend à lire avec sa tante, et lit en public lors des cultes de famille. Dallimore rapporte ce qu’a écrit l’un de ses contemporains : « même à l’âge de six ans, où beaucoup d’enfants ne peuvent épeler que des mots d’une syllabe, il était capable de lire avec une ponctuation et une intonation vraiment merveilleuses chez un enfant si jeune. » (Dallimore, p.7)
Très tôt, il fait sienne l’une des maximes de son grand-père : « Faire toujours ce qu’on croit être bien, sans avoir égard aux opinions d’autrui ». Et Brunel d’ajouter : « Le petit garçon n’arrivera que difficilement à comprendre que l’opinion des parents était une respectable exception à cette règle, et qu’il devait en tenir compte (Brunel, p.23)

À côté de qualités remarquables «  de droiture, de véracité, d’originalité, de bon sens, de dons exceptionnels d’intelligence, de logique et de raison ; à côté de cet amour de la solitude et d’indépendance… il faut aussi enregistrer un tempérament volontaire, ne pliant jamais, ce qui ne fut pas sans causer quelque inquiétude aux parents ». Par exemple, lisant dans l’Apocalypse que les méchants seront jetés dans l’abîme, dans un puits sans fond, Charles s’arrête tout net pour demander à son grand-père où se trouve ce puits. Le grand-père tente de « noyer le poisson », mais le lendemain, Charles choisit le même texte et repose la même question, jusqu’au moment où son grand-père lui promet de lui parler du sujet hors culte de famille ! (Brunel 26 et 27)

Dallimore cite un autre exemple pour souligner la force de caractère du jeune enfant : apprenant que la conduite de l’un des membres de l’Église, qui s’est mis à fréquenter assidûment la taverne locale, attriste son grand-père, il y entre résolûment et affronte cet homme. Ce dernier, Thomas Roads, raconte l’événement de la façon suivante : Quand je pense qu’un vieil homme comme moi a pu être remis à sa place par un petit bonhomme comme ça ! Figurez-vous que le voilà qui pointe son doigt vers moi, et me dit : Que fais-tu ici, assis avec les impies ! Toi qui es membre d’une Église et qui brises le cœur de ton pasteur. J’ai honte pour toi ! Moi, je ne voudrais pas briser le coeur de mon pasteur, c’est sûr. Et là-dessus il s’en va…Je savais que c’était vrai et que j’étais coupable ; alors j’ai rangé ma pipe, je n’ai pas touché à ma bière, mais j’ai couru vers un lieu solitaire, pour me jeter aux pieds du Seigneur, confesser mon péché et implorer son pardon » (Dallimore, p. 7, Brunel, p. 40)

1.3. De 7 ans à 15 ans : à Colchester chez ses parents et à Maidstone chez un oncle
C’est vers l’âge de 7 ans que Charles va rejoindre ses parents, tout en revenant chaque été visiter ses grands-parents.
Entre-temps, John et Eliza Spurgeon, ont déménagé à Colchester. Son père, employé en semaine chez un marchand de charbon, fait fonction de pasteur de l’Église congrégationaliste de Tollesbury, à 15km de chez eux. Un petit frère (James Archer ) et deux petites sœurs (Eliza et Emily) sont venus enrichir le foyer. Par son caractère, Charles s’impose rapidement comme le chef de cette petite tribu.
Les parents scolarisent leurs enfants, ce qui est un privilège particulier. Charles s’avère être un excellent élève sauf… durant une semaine lors d’un hiver rigoureux : car Charles a remarqué que les mauvais élèves jouissent d’une place près du poêle… Quand l’instituteur comprend le stratagème, il met les bons élèves près du poêle, et Charles reprend rapidement la tête de la classe ! (Dallimore, p. 11)
En 1844, Charles a 10 ans. Il est en visite à Stambourne chez ses grands-parents quand un certain pasteur Richard Knill, ancien missionnaire en Inde et en Russie alors en service près de Londres, vient au presbytère pour des conférences missionnaires. Cet homme est très impressionné par Charles et par ses facilités à lire la Bible en public lors des cultes familiaux. Il prend Charles en affection et chaque matin, prend du temps pour lui parler du salut, priant avec ferveur pour sa conversion. À l’occasion d’un culte de famille, l’ancien missionnaire prend l’enfant sur ses genoux et fait ce qui s’avèrera être une inconsciente prophétie prédictive : « Je ne sais comment il se fait, mais j’ai le solennel pressentiment que cet enfant prêchera un jour l’Évangile à des multitudes, et que par la grâce de Dieu, il sera en bénédiction a beaucoup d’âmes. J’en suis tellement certain que je demande à mon petit homme, le jour où il prêchera à « Rowland Hill » d’indiquer comme premier cantique : « God moves in a mysterious way, his wonders to perform » (Dieu travaille de façon mystérieuse, pour l’accomplissement de ses desseins merveilleux) (Brunel, p.43). Rowland Hill Chaêl était alors le plus grand et le plus réputé lieu de culte « dissident », sorte de cathédrale des assemblées non-conformistes d’alors ; y prêcher était un rare privilège.

A 14 ans, Charles est envoyé dans un collège agricole à Maldstone, près de Londres, où son frère James étudie aussi. Doué d’une mémoire exceptionnelle, il parvient à développer une culture livresque étonnante pour quelqu’un de son âge. Les théologiens puritains étaient son sucre d’orge !
Son frère James dit de lui : « Charles ne faisait jamais rien d’autres qu’étudier. Quand je m’occupais de lapins, de poulets, de cochons et d’un cheval, lui se plongeait dans les livres. Tandis que je me mêlais un peu à tout ce qui peut intéresser les garçons, il se rivait aux livres et rien n’aurait pu l’empêcher d’étudier. Mais bien qu’il ne s’intéressât pas aux autres activités, il aurait pu vous en parler en détail, parce qu’il lisait sur tous les sujets avec une mémoire aussi tenace qu’un vice, et aussi remplie qu’un grenier » (Dallimore, p.11)

Cependant, c’est une période rude pour Spurgeon qui passe par une période sombre : la pensée amère du péché l’accable, il n’arrive pas à s’en défaire. A 3 ans déjà, il était marqué par l’image du Pèlerin de Bunyan, chargé de son ballot de péché. Il décrira plus tard son tourment de façon fort imagée : « J’aurais préféré à cette époque être une grenouille ou un crapaud plutôt qu’un homme. J’estime même la créature la plus basse meilleure que moi, car j’avais péché contre le Dieu Tout-Puissant. »( Dallimore, p.17)

2. Conversion, convictions baptistes et premiers pas dans la prédication et le pastorat

La conversion de Spurgeon
À la rentrée 1849, Charles a 15 ans et devient étudiant et répétiteur à Newmarket. En décembre, il rentre chez ses parents à Clochester pour les fêtes de Noël. C’est à cette époque qu’il situe sa conversion :

"Il m'arrive quelquefois de penser que j'aurais pu rester dans l'obscurité et le désespoir jusqu'à aujourd'hui,   si Dieu, dans sa bonté, n'avait envoyé une tempête de neige, un certain dimanche matin, tandis que je me rendais à  un certain lieu de culte. Je bifurquai dans une petite rue obscure, et  entrai dans une petite Église méthodiste. Il y avait dans cette  chapelle peut-être douze ou quinze personnes. J'avais entendu parler  de ces Méthodistes Primitifs, qui chantaient si fort qu'ils vous donnaient mal à la tête. Cela n'avait pas d'importance pour  moi. Je voulais seulement savoir comment je pouvais être sauvé.
Le prédicateur ne put venir ce matin-là, bloqué par la neige, je suppose. Finalement, un homme d'une grande  maigreur, un cordonnier ou un tailleur, ou quelque chose de cette sorte,  monta en chaire pour prêcher. Il faut, bien sûr, que les prédicateurs soient instruits, mais cet homme, lui, était vraiment primaire.  Il ne pouvait pas sortir de son texte pour la simple raison qu'il n'avait pratiquement rien d'autre à dire. Le texte disait: "Regardez à  moi et vous serez sauvés, vous tous qui êtes aux extrémités  de la terre! "(Esaïe 45,22).
Il ne prononçait même pas les mots correctement,  mais cela n'avait pas d'importance. Il me semblait qu'il y avait, dans  ce texte, une lueur d'espoir pour moi.

Le prédicateur improvisé commença ainsi:
"C'est vraiment un texte tout simple. Il dit, "Regardez". C'est  pas trop compliqué de regarder. C'est pas comme de lever le pied  ou le doigt; c'est juste: "Regardez". C'est pas la peine d'avoir fait des  études pour apprendre à regarder. Même si vous êtes le plus grand idiot du monde, vous pouvez regarder. Pas la peine de gagner des millions pour regarder. N'importe qui le peut, même un enfant. Mais voilà que le texte dit, "Regardez à  moi." Hé ! dit-il avec son accent de l'Essex, beaucoup d'entre vous regardez à vous-mêmes. Mais ça sert à rien de regarder là. Vous n’trouverez jamais aucun réconfort en  vous-mêmes. Certains disent « Regardez à Dieu le Père ». Non, regardez à lui plus tard. Jésus-Christ dit, "Regardez  à moi". Certains d'entre vous disent, "Nous devons attendre que  l'Esprit fasse son oeuvre". Vous occupez pas de ça pour l'instant;  regardez à Christ. Le texte dit, "Regardez à moi".
Ce brave homme poursuivit alors de la façon suivante: 
"Regardez à moi! Voyez les grumeaux de sang. Regardez à moi! Je suis pendu au bois. Regardez à moi! Je suis mort, enseveli. Regardez à moi! Je suis ressuscité. Regardez à moi! Je monte au ciel. Regardez à moi! Je suis assis à la droite du Père. Oh! pauvre pécheur, regarde à moi! Regarde à moi! 
Quand il eut réussi à délayer son discours pendant environ dix minutes, il arriva au bout de ses ressources.
M'apercevant alors dans l'assistance, et je dois dire qu'avec si peu de gens dans la salle, il devina aisément que j'étais étranger, et fixant son regard sur moi comme s il connaissait la tragédie de mon coeur, il dit: "Jeune homme, tu as l'air très malheureux". C'était vrai, mais je n'avais pas été habitué jusque-là à ce qu'on me fasse, depuis la chaire,  des remarques sur mon apparence. Quoiqu'il en soit, il s'agissait d'un coup bien envoyé que je reçus en plein coeur. "Et, continua-t-il, tu seras toujours malheureux -malheureux dans la vie, et malheureux dans  la mort -si tu n'obéis pas à mon texte. Mais si tu le fais aujourd'hui, au moment même, tu seras sauvé."
Puis, levant les mains en l'air, il cria comme seul un Méthodiste Primitif pouvait le faire: «Jeune homme, regarde  à Jésus-Christ. Regarde! Regarde! Regarde! Tu n'as rien d'autre  à faire qu'à regarder et vivre !"
Je vis tout de suite le chemin du salut. Je ne sais pas ce qu'il dit ensuite -je n'y prêtais guère attention -tant  j'étais possédé par cette unique pensée. Je m'étais attendu à devoir faire trente-six choses mais, lorsque  j'entendis ce mot, "Regarde !", comme il me parut charmant! Oh ! Je regardai, et je regardai presque jusqu'à en perdre les yeux.
En cet endroit, et à cet instant précis,  le nuage disparut, l'obscurité s'enfuit, et à ce moment-là je vis le soleil. J'aurais pu me lever à l'instant même et  chanter, avec le plus enthousiaste d'entre eux, le précieux sang de Christ et la simple foi qui porte les regards sur lui seul. Oh, si quelqu'un  m'avait dit auparavant: "Confie-toi en Christ, et tu seras sauvé". Pourtant, tout était sans aucun doute sagement ordonné, et je puis le dire maintenant:
"Depuis que par la foi je vis le flot
Qui coule de tes blessures,
Je parle de l'amour rédempteur,
Et j'en parlerai jusqu'à ce que je meure... "


Cet heureux jour où je trouvai le Sauveur et appris à me cramponner à ses pieds adorés, jamais  je ne l'oublierai. J'écoutai la Parole de Dieu, et ce texte précieux me conduisit à la croix de Christ. Je peux affirmer que je connus ce jour-là une joie absolument indescriptible. J'aurais pu sauter,  j'aurais pu danser; aucune extériorisation, même fanatique, n'aurait pu dépasser la joie de ce moment-là. Depuis, mon  expérience chrétienne s'étale sur de nombreuses années, mais pas un seul jour ne m'a donné la plénitude de joie, le délice étincelant, de ce premier jour.
J'aurais pu sauter de mon siège et crier avec  le plus fanatique de ces frères méthodistes: "Je suis pardonné!  Je suis pardonné! Quel monument de grâce! Un pécheur  sauvé par le sang !" Mon esprit vit ses chaînes brisées  en mille morceaux. Je me sentis une âme affranchie, un héritier  du ciel, pardonné, accepté en Jésus-Christ, arraché de la fosse de destruction et du bourbier, mes pieds ancrés sur  un roc et mon devenir bien établi.
Dans les deux heures entre mon entrée dans ce  temple et mon retour à la maison, quel changement s'était  produit en moi! En regardant simplement vers Jésus, j'avais été  délivré du désespoir et amené dans une telle  joie que lorsque la famille me vit rentrer, ils me dirent: "Quelque chose  de merveilleux t'est arrivé", et je brûlais de tout leur raconter. Oh! quelle joie ce jour-là chez nous, quand tous entendirent que  le fils aîné avait trouvé le Sauveur et se savait pardonné  !"

La conversion de Spurgeon fut le grand tournant de sa  vie. II était véritablement "une nouvelle création".  Ce terrible fardeau oppressant qui, si longtemps, avait pesé sur lui, avait disparu, et maintenant, tout était nouveau devant lui.
La souffrance par laquelle il passa eut, toutefois, un effet durable sur lui. Une prise de conscience de l'extrême horreur du péché s'enracina profondément dans son esprit  et lui fit haïr l'iniquité et aimer de tout son coeur la sainteté. L'incapacité des prédicateurs qu'il avait entendus à présenter l'Évangile, et cela d'une manière simple et directe, le poussa durant tout son ministère à expliquer aux pécheurs, dans chaque sermon, et de la manière la plus directe et la plus compréhensible possible, comment être sauvé (Dallimore p. 18, Brunel p. 54, , http://www.croixsens.net/meditations/spurgeon.php).


2.1. Le témoignage chrétien et le baptême
Dès son retour à Newmarquert, la foi de Spurgeon va se développer.
Il se joint d’abord à une Église presbytérienne, où deux services particuliers lui tiennent à cœur :
- les visites le dimanche après-midi, de 33 à 70 par dimanche !
- la diffusion de traités qu’il met sous enveloppe afin de les donner de façon ciblée et nominative.

Une cuisinière du collège lui fait office de professeur de théologie « Bien des fois, ensemble, nous avons parlé de l’alliance de grâce, de l’élection personnelle des saints, de leur union au Christ, de leur persévérance et de ce qu’il faut entendre par la sainteté de la vie » (Brunel, p.57)

La question du baptême le travaille aussi. Il a été baptisé comme nourrisson dans l’Église presbytérienne, mais à 16 ans, il prend conscience que le baptême chrétien est un signe qui fait suite à la conversion, le croyant témoignant de sa foi en passant par les eaux du baptême.
Mais comment avoir l’assentiment de son père ? Pour son grand-père, c’est plus simple : l’amitié qui le lie à son petit-fils l’amènerait presque à tout lui accorder. Son père résiste d’abord, puis s’étant assuré que son Fils dissocie pleinement le salut du baptême, il consent à lui donner son accord.

« À sa mère qui lui disait : j’ai souvent demandé à Dieu qu’Il te sauve, mais jamais que tu deviennes baptiste », le jeune garçon répondit : ‘Et Dieu a exaucé ta prière avec sa bonté habituelle, et il t’a donné plus que tu ne lui demandais. » (Brunel, p.58, Dallimore, p.26).
Aussitôt l’accord de ses parents reçu, Charles va trouver le pasteur baptiste Cantlow à Iseham, à douze km de Newmarket, et le baptême a lieu le 3 mai 1850, dans la rivière Lark (Brunel, p.60, Dallimore, p.26).
Charles s’implique ensuite de plus en plus dans les classes d’école du dimanche.

2.2. Première prédication à 16 ans
Charles continue ses études à Cambridge où il arrive l’été 1850. Il se rattache à l’Église baptiste de la rue Saint- André et devient membre de « l’association des prédicateurs laïques » fondée par Robert Hill. (Brunel, p.66). C’est dans cette structure qu’il fait ses premiers pas de prédicateurs.
A l’Église, Spurgeon est surpris, personne ne lui adresse la parole dans la chapelle. Un dimanche, après le service de Sainte Cène, Charles prend les devants et s’adresse à son voisin :« J’espère que vous vous portez bien Monsieur » . Et son voisin de répondre : « Je ne vous connais pas Monsieur ». Spurgeon rétorque, étonné : « Pourtant nous sommes frères ; lorsque j’ai pris le pain et le vin, symboles de notre fraternité en Christ, je l’ai fait avec sincérité. Et vous ? ». L’échange se poursuit alors autour d’un thé : une profonde amitié vient de naître.

M. Vinter, ancien de l’Église, remarque bien vite le potentiel de Spurgeon. Il lui demande donc, un samedi soir, d’accompagner un autre membre de l’Église « peu habitué à la prédication » le dimanche, au village de Teversham. En route, Spurgeon dit à celui qu’il accompagne qu’il prie pour que Dieu bénisse sa prédication… et, oh ! surprise, son compagnon lui répond : « Je n’ai jamais rien fait de pareil dans ma vie ! C’est toi qui dois prêcher ! Je suis venu pour t’accompagner. » Quand Spurgeon lui explique qu’il n’a lui-même jamais prêché, l’autre lui conseille de reprendre un sujet qu’il a déjà enseigné à l’École du dimanche.
Charles utilise le reste du voyage à se remémorer une étude déjà apportée et comprend de quel stratagème Vinet a usé pour le pousser à se « lancer » malgré son jeune âge, pas tout à fait 16 ans ! (Dallimore, p.33)
Le culte se déroule dans une chaumière où se sont réuni les fermiers et leurs épouses. C’est en constatant qu’il n’y a personne pour nourrir les fidèles réunis, que Spurgeon se jette à l’eau : sa prédication sur 1 Pi.2.7  suscite l’intérêt, porte du fruit, et il est lui-même  surpris par son éloquence et l’à propos de son message.

Tout en donnant des leçons particulières, le jeune étudiant en théologie va ensuite régulièrement dans l’un des treize villages visités par les prédicateurs de l’Église et prêche, tantôt « dans la cuisine d’une ferme, dans une chaumière ou une grange ! ». Ses études nourrissent sa prédication et il médite beaucoup en chemin, ayant chaque soir de longues heures de marche pour rejoindre son lieu de prédication.


2.3. Jeune pasteur à Waterbeach, de 1851 à 1853
En octobre 1851, Spurgeon a 17ans, et l’Église baptiste de Waterbeach lui demande non seulement de revenir prêcher, mais de devenir leur pasteur. Quelques temps après, il décide de démissionner de son poste de précepteur pour devenir le pasteur de cette Église, tout en continuant à vivre à Cambridge et à visiter d’autres lieux de culte. Il restera pasteur de cette paroisse pendant deux ans, jusqu’en novembre 1853.

L’Eglise compte une quarantaine de membres à son arrivée. Sa réputation se fait vite dans le village et aux alentours. L’assistance au culte grandit jusqu’à atteindre 400 personnes et plus : on laisse alors les portes et les fenêtres ouvertes pour que tous puissent entendre, tous ne pouvant entrer dans le temple. (Dallimore, p.35).
Ses messages sont travaillés, rédigés, et quand il prêche, il a devant lui deux ou trois pages de notes. De cette époque, il subsiste plus de 200 sermons sous forme de notes.
En plus de la prédication, Spurgeon visite les familles : il connaît bien vite le nom de chacun des membres et sait mettre chacun devant l’oeuvre accomplie par Christ pour lui.

Le père de Charles, devant les aptitudes de son fils, l’encourage à s’inscrire à l’École baptiste de Stepney. Charles prend rendez-vous avec le directeur, qu’il attend deux heures dans la pièce où un domestique l’a introduit. Mais le directeur, qui l’attend dans une autre pièce de l’autre côté de la maison, finit par s’impatienter et part car il a un train à prendre. Suite à ce malheureux incident, Charles, sur le chemin du retour, décide de ne pas s’inscrire dans cette école.

Son jeune âge est l’occasion de bien des brimades, mais il ne se laisse jamais démonter !
Il quitte Waterbeach pour l’Église baptiste de New Park Strett, à Londres, où son ministère de prédication aux foules commence.


à suivre
Par A R - Publié dans : Biographies
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Samedi 19 mai 2007 6 19 /05 /2007 15:32
Charles-Haddon Spurgeon
1834-1892

« prince des prédicateurs »


La mise en page illustrée de l'article suivra prochainement
vous pouvez déjà télécharger le fichier en cliquant ici
(15MB)


3. L’essor du ministère de Spurgeon depuis Londres

3.1. Pasteur à Londres au « New-Park Street chapel » à partir de 1853
En 1853, Spurgeon est appelé à intervenir à Cambridge, lors de l’Assemblée Générale des Écoles du Dimanche. Il est de nouveau brillant, ce qui gêne certains ministres ordonnés. Deux d’entre eux attaquent ouvertement Spurgeon, par prédication interposée, et tentent de jeter le discrédit sur le jeune et talentueux prédicateur, s’appuyant sur une exégèse allégorique du récit de 2 Sam 10.5 : « Ne conviendrait-il pas que les jeunes gens allassent à Jéricho pour y attendre que leur barbe poussât ?… » Avec l’autorisation du Président de séance, Spurgeon répond, rappelant que ce texte ne s’applique pas à des jeunes gens : David donne l'ordre à ses émissaires d’âge mûr d’attendre à Jéricho le temps que repousse leur barbe, barbe rasée à moitié par le roi Hanun qui les accusait injustement d’être venu espionner la ville et non le consoler de la mort de son père ! (Brunel, p.83)

Son éloquence et sa façon de répondre aux faux accusateurs avec respect, tact et à propos frappe un certain M. Gould, qui va parler de ce prédicateur à son ami M. Olney, diacre à la chapelle de New-Park Street, à Londres, communauté sans pasteur, en perte de vitesse après des années « glorieuses ». C’est une Église qui a jadis bénéficié des ministères de serviteurs de Dieu imminents.

Spurgeon croit donc à une erreur lorsqu’il reçoit l’invitation d'Olney à venir y apporter le message un dimanche. Mais l'un des diacres de Waterbeach, sa petite Église de campagne, s'exclame en apprenant l'invitation : « cela devait arriver !», témoignant par là qu’il pressentait que leur pasteur serait tôt ou tard appelé à un ministère dans une plus grande Église. (Brunel, p.84).

L’imposante bâtisse impressionne beaucoup Spurgeon, qui redoute ces gens  cultivés qui se réunissent en ce lieu illustre.
Arrivé à Londres le samedi, Spurgeon loge dans une modeste pension de famille dont les habitants, informés du motif de sa venue à Londres, « passèrent la soirée à chanter les hauts-faits, le genre, et les manières des prédicateurs en vogue » (Brunel, p.84). Arrivé avant l’heure à la chapelle, il se rend vite compte que l’auditoire qui commence à se constituer est loin de ce qu’il s’est imaginé ! Il est rassuré et prêche sur Jcq 1.17, comme s'il était à Waterbeach. Ceux qui sont venus à la réunion du matin sont si enthousiastes qu’ils réussissent à convaincre plusieurs de venir au service du soir.
L’invitation à venir travailler dans cette Église ne se fait pas longtemps attendre…

Spurgeon est heureux à Waterbeach, mais la communauté réunit des personnes peu fortunées et elle ne parvient pas à accorder un soutien suffisant à son pasteur. Spurgeon a donc dû proposer ses services comme répétiteur à des parents à la recherche d' un professeur pour aider leurs enfants.

L’Église de New-Park Street lui propose 6 mois d’essai. Spurgeon répond en demandant plutôt un essai de 3 mois, suivis de 3 autres mois si les premiers s'avèrent concluants pour les deux parties. Sa seule demande expresse est que l’Eglise s’engage à prier régulièrement pour lui, afin que Dieu lui donne les moyens d’accomplir sa tâche.  Il témoigne à cette occasion d’une grande maturité pour un jeune de 19 ans.

C’est donc en février 1854 que débute le ministère londonien de Spurgeon. En l’espace d’un mois, le temple est plein à craquer… Les anciens de l’Église proposent rapidement à leur pasteur d’être ordonné en bonne et due forme, mais Spurgeon, qui n’en a que faire, refuse aussi le titre de « révérend », trop catholicisant selon lui. Il demande qu'on le nomme simplement « pasteur Spurgeon », signe de sa profonde humilité (Dallimore, p.48).

Prenant conscience du manque d’air dans la chapelle, Spurgeon demande aux diacres d'ôter les petites vitres du haut des fenêtres pour permettre une meilleure circulation de l’air. Mais ces derniers s'entêtent dans leur refus, et un beau matin, les petites fenêtres sont retrouvées cassées. Spurgeon, ravi, propose « qu’une récompense de 5 livres soit offerte à quiconque découvrirait le coupable, et que celui-ci, une fois découvert, reçoive cette somme en cadeau » (Dallimore, p.50). Le « casseur » n’était autre que le pasteur lui-même !

Dès 1856, Spurgeon livre à l'imprimeur, le lundi, son message réajusté à 8 pages, afin qu'il puisse être distribué à ses lecteurs dès le jeudi matin. C’est ainsi que sa prédication va influencer les croyants dans tout le monde anglo-saxon, en particulier  aux États-Unis et en Australie. Un sermon atteint des dizaines de milliers de personnes, au près comme au loin, et ce bien avant l’internet !

Lorrimer, ancien acteur devenu après sa conversion professeur de diction dans une école de théologie, dit à ses élèves après avoir entendu Spurgeon prêcher : « Avez-vous entendu le gars de Cambridge ? Allez-y tout de suite, si vous voulez savoir comment il faut prêcher ! Il n’a rien à apprendre de personne. Il est parfait. Il sait tout. Il peut tout faire. Il fait rire les gens, il les fait pleurer, et rire et pleurer encore en cinq minutes de temps » (Brunel, p.103). Spurgeon parle vite, environ 140 mots/mn, soit 20 de plus qu’un orateur habituel . Mais ce style, parfois taxé de vulgaire, ne plaît pas à tous, et les les caricaturistes en rajoutent.

Il est décidé d'agrandir la chapelle, et pendant les travaux, la communauté se réunit à Exeter, dans un grand auditorium dont les 5 000 places ne suffisent pas toujours  à contenir l’auditoire.
Faire un culte dans une salle de spectacle est une première ! Cela ne plaît pas à tout le monde, en particulier à ceux qui sont jaloux du succès de Spurgeon et qui lui font grief de son jeune âge, de ses origines provinciales et de son absence de diplôme d’institut biblique et d’ordination. Il se fait taxer par plusieurs  de « charlatan », de « manipulateur » de foule, et la presse s’acharne également contre ce jeune prédicateur hors norme.

Suite à une épidémie de choléra, les grands rassemblements publics sont suspendus. Spurgeon visite les malades, prie avec eux et leur famille, préside presque chaque jour à un enterrement. Il en subit le contre-coup et traverse une période de profond épuisement et de découragement.

3.2. Vie familiale
Spurgeon se marie le 8 janvier 1856 avec l'une de ses paroissiennes, Suzanne Tompson (Dallimore, p.55ss). Suzanne raconte qu’en 1852, lorsqu’elle voit Spurgeon pour la première fois, elle le trouve plus déconcertant que remarquable : c’est un provincial original qui n’a rien du « look » ecclésiastique classique ! Pendant leurs fiançailles, Spurgeon  prêche déjà 12 à 13 fois par semaine !

Le jour du mariage, il faut le déploiement d’un détachement de police dans l’Église pour contenir la foule restée au dehors. Les jeunes mariés passent ensuite dix jours à Paris. Suzanne connaît déjà la France dont elle parle avec aisance la langue.

Des jumeaux, Charles et Thomas, leur sont donnés le 29 septembre 1856. Ils seront baptisés à 18 ans, le 21 septembre 1874, par leur père. Thomas fera un apprentissage chez un graveur, Charles sera pasteur de l’Église de Greenwich.

Suzanne est gravement atteinte dans sa santé, ce qui l’oblige à garder la chambre sans pouvoir même se rendre au culte. Son mari est plein d’attention pour elle.
Doué d'une grande puissance de travail, Spurgeon a cependant, lui aussi, une santé fragile. Sensible à la dépression, il est souvent obligé, à partir de 1860, de renoncer à sa tâche. Affligé en outre de rhumatismes, de goutte et de néphrite, il fait de fréquents séjours dans le sud de la France, à Menton, pour récupérer. C'est là qu'il s'éteindra en 1892.

3.3. Réunions au music-hall le dimanche matin, de 1856 à 1859 ;  le plus grand choc de sa vie

Si Wesley prêchait aux foules sur les places publiques, Spurgeon, lui, prêche dans des salles fermées.
Tous les dimanches matin, il prêche devant environ 8 000 personnes dans la salle du Surrey Hall ; le soir et en semaine, c'est à l’Église de New-Park qu'il prêche devant « seulement » 1 500 paroissiens.

Le 19 octobre 1856, Spurgeon a 22 ans et il prend pour la première fois la parole dans le music-hall des Surrey Royal Garden. Il prêche sur Ma 3.10 : « Mettez-moi à l’épreuve ».
Au moment de la prière, des personnes malveillantes sèment un vent de panique meurtrier en criant : « Au feu ! au feu ! les galeries croulent ». Bilan : 7 morts et 27 personnes grièvement blessées.
C'est un choc profond pour Spurgeon, qui est évacué de la salle évanoui et qui demeure prostré pendant plusieurs jours (Brunel, p.121ss) Les anciens de l’Église ont la sagesse de le mettre en lieu sûr et à l'abri de la curiosité, le temps pour lui de reprendre des forces. Il ne sera absent qu’un seul dimanche.

La dernière prédication au Surrey Music Hall a lieu le 11 décembre 1859. Les propriétaires des lieux, désireux de rentabiliser leurs bâtiments, ont décidé d’ouvrir les salles et les jardins en soirée, pour des divertissements et des représentations théâtrales. N’acceptant pas d’être assimilé aux acteurs et divertissements, Spurgeon retourne à Exeter Hall jusqu’à ce que le Tabernacle Métropolitain soit opérationnel.
Le 7 octobre 1857, il prêche devant 24 000 personnes au « Cristal Palace » de Londres. À cette occasion, il dépense tant d’énergie qu’il s’endort le mercredi soir pour ne se réveiller que le vendredi matin ! (Brunel, p.140)

C'est au cours de cette réunion qu'il dénonce l’attitude de l’Angleterre dans sa colonie des Indes. Sa prise de position et ses propos très directs contre les chrétiens qui soutiennent  l’esclavage lui vaudront aussi quelques ennemis !

Spurgeon fonde le journal l’Epée et la truelle, sous-titrée « Annales du combat contre le péché et du travail pour le Seigneur », en 1865. Son premier volume en explique très directement l’objet :
« Notre revue désire rendre compte des efforts des Églises et associations plus ou moins intimement liées à l’oeuvre du Seigneur au Tabernacle Métropolitain, et de se faire l’avocat des vues sur la doctrine et la vie de l’Église que nous acceptons avec la plus grande certitude…. Nous fournirons de la lecture intéressante sur des sujets généraux. Mais notre but principal sera de stimuler les croyants à l’action, et de leur suggérer des projets qui permettront d’avancer le royaume de Jésus. Nous voulons sonner la trompette et conduire nos camarades au combat. Nous voulons manier la truelle d’une main infatigable pour reconstruire les murs délabrés de Jérusalem et tenir l’épée avec vigueur et courage contre les ennemis de la vérité. » (Dallimore, p.108)

Il fait également paraître dix volumes de commentaires, dont sept sur les Psaumes. La collection complète de ses oeuvres compte 240 volumes ! (Brunel, p.141, 157). En 1865 est aussi éditée « la manne du matin ».
Ses sermons seront traduits en français, en grec, en danois, en allemand, en gallois, en gaélique, en russe, en lituanien, en serbe, en hongrois, en maori, en arabe, en telugou, en urdu, en karen, en syriaque (Brunel, p.165).
En dépit des calomnies et des critiques dont il a été l'objet, on s'accorde à reconnaître chez Spurgeon le juste fondement de sa prédication, à l'origine d'un réveil dans toutes les Églises de Londres.

3.4. Le Métropolitain Tabernacle

3.4.1. Construction du Tabernacle
Les bâtiments de l'Église demeurent trop petits en dépit des travaux d’agrandissement : la construction d’un bâtiment de 6 000 places est donc décidée. 
Le 16 août 1856,  on pose la première pierre de l’édifice que Spurgeon désire convenablement aéré, éclairé et chauffé, sans plus. Pas de chaire « intolérable prison », mais une tribune spacieuse, meublée d’une table et d’un fauteuil. Pas d’orgues non plus : celles-ci tuent le chant  (Brunel, p.142).
Spurgeon accepte de nombreuses invitations avec pour principe de partager la collecte en deux : une partie pour les organisateurs, l’autre pour la construction du nouveau temple. Des appels et des souscriptions permettent de recueillir en moyenne entre 7 et  8 000 Francs/mois. 112 500 Francs sont ainsi rassemblés en moins d’un an. Le principe de Spurgeon est en effet de ne jamais contracter de dettes, même pour un projet de cette envergure. Cependant, juste avant l’ouverture, il reste encore des factures à payer… Spurgeon décide alors d’organiser une « vente de charité », en dépit de l'opposition de certains. Les sommes recueillies à cette occasion permettent de payer les factures et de solder les comptes.

C'est un bâtiment parfaitement adapté au ministère de Spurgeon. En revanche,  une fois le ministère exceptionnel de Spurgeon achevé, cette énorme bâtisse s’avèrera  beaucoup moins bien adaptée à un usage « courant ».

L’architecture emprunte au style grec, pour rappeler que le Nouveau Testament   a été écrit en grec (Dallimore, p.88).
« Deux galeries surplombaient la salle du bas. Le tout contenait à peu près 3 600 places assises. Au bout de chaque banc se trouvaient des strapontins qui, une fois mis en place, pouvaient recevoir encore 1 000 personnes. Quelques 1 000 autres pouvaient se tenir debout…Derrière l’auditorium, au niveau de la première galerie, se trouvaient 3 bureaux ; celui du centre pour le pasteur et les autres pour les diacres et les anciens. Au-dessus, parallèlement à la seconde galerie, se trouvait un petit salon pour les dames, et des pièces d’entrepôt pour les Bibles et les livres préparés pour la distribution….En dessous de la tribune réservée à la prédication, se situait une estrade de taille similaire, où l’on avait encastré un baptistère de marbre, parfaitement visible de tous, selon le désir de Spurgeon. Un plancher amovible recouvrait le baptistère sur lequel on plaçait la table de communion et les chaises à l’occasion de la Sainte Cène. » (Dallimore, p.92).
« À une extrémité du baptistère avaient été construites deux fosses, une de chaque côté, où se tenaient deux diacres prêts à aider les candidats quand ils descendaient dans l’eau. D’autres diacres conduisaient les gens au baptistère et les en ramenaient et Mme Spurgeon faisait de même pour les dames… » (Dallimore, p.94).

Le Tabernacle est achevé et complètement payé en mars 1861.
La première réunion qui inaugue le bâtiment, le lundi 8 mars 1861 à 7h du matin, est une réunion de prières : un millier de personnes y assistent !
Le premier sermon y est prêché le lundi 25 mars et porte sur Ac 5.42.
Le premier service public du mardi 26 mars est réservé aux souscripteurs ; le service du mercredi 27 mars est destiné aux pasteurs des Églises voisines.

77 personnes sont baptisées le premier mois après l'ouverture du Tabernacle,  72 le deuxième, 121 le troisième.
En 1860, l’Église compte plus de 3500 membres, chiffre qui passe à 5 000 quelques temps après.

L'une des principales sources de revenus de l’Église était… la location des bancs ! Ceux qui payaient un siège pouvaient entrer avec leur carte au Temple. Dix minutes  avant le début du culte, on ouvrait les portes pour que les autres personnes puissent entrer, selon la place encore disponible. Il valait donc mieux arriver avant l’heure au culte… même avec une carte ! ☺

3.4.2. Une semaine « type » de Charles Spurgeon
Dimanche    1h30 avant le début du culte,  Spurgeon arrive au Tabernacle pour y choisir les cantiques et prier avec les anciens et les diacres.
Le 2e dimanche du mois, service de Sainte Cène.
Chaque dimanche,  au moins trente minutes d’échanges fraternels suivent le culte
Westwood étant un peu loin, Spurgeon déjeune le midi dans la famille d’un paroissien, puis visite les malades jusque vers 16h, moment où il se prépare pour la réunion du soir.
17h est l’heure du thé (on est en Angleterre !), suivi de la réunion d’évangélisation au Tabernacle (1 fois par trimestre, les membres de l’Église s’abstiennent d'y assister pour laisser les 6 000 places aux personnes de l’extérieur).
Spurgeon s’entretient ensuite avec ceux qui désirent se convertir ou être baptisés.
De retour le soir chez lui, à Westwood, il corrige le texte sténographié du sermon du matin s’il doit partir le lendemain en province.
Lundi    Fin de révision des  8 pages du sermon et relecture par  un secrétaire. Le texte est ensuite apporté à l’imprimeur.
M. Harrald, le secrétaire particulier, remet les lettres importantes et censure les injurieuses.
Après la correspondance, rédaction du journal l’Epée et la truelle. D’autres tâches d'écriture ou de comptabilité précèdent parfois une promenade.
17h 30 au Tabernacle, réunions habituelles : conseil, réunion d’Église etc…
19h est l’heure de la réunion de prière à l'Église, présidée par Spurgeon .
Spurgeon est ensuite disponible pour du conseil pastoral.
De retour chez lui à Westwood, relecture de la deuxième épreuve du sermon revenu de chez l’imprimeur.
Mardi    2h sont consacrées à la correspondance.
L’après-midi est réservé à l’examen officiel des candidats au baptême :
jusqu’à 40 candidats sont parfois interrogés par Spurgeon.
En soirée, différentes réunions liées aux œuvres, ou une prédication dans un lieu où il est invité.
Mercredi    Jour de repos avec des amis, parfois à la campagne.
Jeudi    Correspondance toute la matinée.
L’après-midi, Spurgeon prépare le sermon du soir.
De 18h à 19h, réunion de prière au Tabernacle, puis culte suivi d’entretiens.
Vendredi    Après la correspondance, Surgeon termine la matinée en préparant sa conférence  de deux heures aux étudiants de lÉcole pastorale.
Le soir, nouvelle réunion dans une salle populaire.
Samedi    Après le courrier, travail de rédaction du journal, réponses aux demandes d'admission des orphelinats, examen des questions financières et des œuvres en général.
L’après-midi est réservé à de modestes réceptions, où les étudiants sont invités à tour de rôle. Des missionnaires de passage sont reçus etc…
À 18h, Spurgeon se met à la préparation du dimanche, choisissant le texte de sa prédication du matin. Il rédige avec soin son sermon qui doit tenir sur une feuille de papier à lettre. Il choisis le texte pour la prédication du soir et se contente d’en préciser les grandes lignes.
Si, durant ses congés, Spurgeon s'est rendu en Hollande et en Suisse, il a toujours  refusé de se rendre en Amérique pour des tournées. La diffusion de ses sermons suffisait à faire résonner le message de l’Évangile et à toucher beaucoup de personnes outre-atlantique, sans qu’il ait  à se déplacer !

Il entretint en revanche une grande correspondance avec des personnes de différents pays.

L’Église du Tabernacle du 163bis rue Belliard, tient son nom de celui de Londres !
C’est aussi du Tabernacle londonien que « notre » Tabernacle a reçu la table qui se trouve sur l’estrade.
Le Métropolitain Tabernacle a soutenu l’oeuvre de Ruben Saillens jusqu’à la dernière guerre et s’est financièrement directement impliqué dans l’implantation de notre Église et dans le soutien financier du pasteur A Blocher.
Plusieurs éléments principaux de l’architecture du Métropolitain Tabernacle ne sont sans doute pas étrangers aux choix qui furent retenus pour le Tabernacle de la rue Belliard à Paris.



Spurgeon ne peut suffire seul à la tâche, malgré l’aide des anciens et des diacres et sa capacité à savoir déléguer bien des services. Il s’adjoint donc l’aide de son frère James, lui aussi pasteur, et celle de Pierson, bien que presbytérien pédobaptiste et dispensationaliste, deux approches combattues par Spurgeon. Pierson servira ensuite en Amérique. Il se sépare de son ami et collaborateur le pasteur pédobaptiste George Rogers ainsi que du jeune M. Medhurst.

3.5. Les œuvres

3.5.1. L’école pastorale
L’idée de créer une école pastorale est née en 1854, d’une rencontre de Charles Spurgeon avec Thomas Medhurst, jeune homme de son âge et converti par son intermédiaire. Doué pour le ministère, Medhurst n’a cependant pas le niveau académique requis pour suivre une formation théologique. Les collèges de l'époque, coûteux et à dominante classique, font qu'à plus de 20 ans, il est en effet difficile de commencer une formation de ce type.

Surgeon confie le jeune homme aux bons soins de son ami et grand pédagogue, le pasteur George Rogers, de conviction pédobaptiste. Bien qu'amis, ils seront toujours en désaccord sur ce point doctrinal. Spurgeon le compare à « une poule qui a couvé des œufs de cane et regarde ses canetons se jeter dans l’eau, avec des craintes bien compréhensibles (Brunel, p.169). D’ autres jeunes vont suivre, et  l'École pastorale est fondée.

Financièrement, l’école subsiste grâce aux revenus tirés de la vente des sermons. Mais la prise de position de Spurgeon contre l’esclavage fait chuter les ventes en Amérique. Spurgeon décide alors de vendre son cheval pour assainir la trésorerie, mais Rogers s’y oppose fortement, préférant renoncer au solde que l’école lui verse pour ses services. C’est à ce moment critique que le banquier les informe qu’un important don vient d'arriver pour la formation des pasteurs… (Brunel, p.170).
Les élèves sont logés par deux ou trois chez des amis de l’Église qui offrent un toit contre une pension modique. Les étudiants vivent donc au sein des familles plutôt qu'en internat, ce qui leur permet de se rendre compte des réalités vécues par les membres de l’Église (Brunel, p.172).
La formation dure deux ans. Pour ceux qui n’en ont pas les moyens, l’écolage, la pension, les vêtements, les livres et l'argent de poche sont assurés. Aucun examen ni diplôme ne sanctionnent les cours, et la formation dépend directement de l’Église.
A la théologie calviniste et non dispensationaliste, les cours correspondaient à ceux qui sont dispensés dans les autres séminaires. Mais Rogers ajoute aussi d’autres matières au programme pour assurer aux pasteurs une meilleure culture générale des pasteurs :  mathématiques, logique, composition anglaise, grec, hébreu, et, bien sûr, un cours d’homilétique et de théologie pastorale.  Plus de 200 élèves fréquentent aussi les cours du soir. (Dallimore, p.102).

L’école se développe et forme de nombreux pasteurs, des évangélistes – fondation d'une Société des Evangélistes - , des missionnaires – création d'une association missionnaire -. On crée aussi une œuvre des Pionniers, dont la mission est l'implantation d'Églises baptistes.

    3.5.2. L’association des colporteurs
Pour diffuser la Bible et l’enseignement biblique, Spurgeon fonde en 1866 l’association des colporteurs pour distribuer des traités, visiter les pauvres et les malades, vendre des livres, prêcher l’Évangile dans une salle, et,s’il le faut, faire de la controverse.
Cette association est supervisée par un comité, et chaque colporteur a « son » territoire. Le nombre de colporteurs finit par atteindre la centaine, et il devient parfois difficile de trouver les bénéfices suffisants pour allouer à chacun les 40 livres nécessaires au travail.

Associés à eux, près de 600 moniteurs et monitrices d’école du dimanche s’occupent de plus de 8 000 enfants chaque dimanche, dans différents quartiers de la ville de Londres. La seule école du dimanche du Tabernacle compte 1500 enfants et 100  moniteurs et monitrices.

    3.5.3. Les orphelinats

À l’occasion d’une réunion de prière pendant l’été 1866, Spurgeon demande à l’Église de prier pour que Dieu montre vers quel domaine s'orienter afin de s'impliquer davantage dans l’action sociale de la ville. Quelques jours plus tard, la réponse arrive par courrier postal, mais la mise en place sera un peu plus longue.
La veuve d’un notable de l’Église anglicane, Mme Hillyard, est à l’origine du premier orphelinat de Stockwell. Elle souhaite consacrer une partie de sa fortune, 20  000  livres, à un orphelinat pour garçons, et encourager ceux qui se convertiraient à devenir pasteurs ou missionnaires. Mais la personne sollicitée pour mettre le projet en œuvre renonce, et bien qu'opposée aux « dissidents »,   elle suggère de contacter Spurgeon pour mener à bien cette tâche.

Accompagné d'un diacre, Spurgeon rend visite à cette veuve et, après s’être assuré de la justesse du montant indiqué et du fait qu'aucun membre de la famille n'était lésé par ce don, il parle de l’œuvre de George Muller à Bristol. Mais Mme Hillyard campe sur son idée, et un terrain d’un peu plus d’un hectare est acquis à Stockwell, non loin du Tabernacle.

Une fois construits, les bâtiments n’ont rien des « casernes » habituelles dans lesquelles s'entassent les orphelins. Plusieurs maisons individuelles accueillent chacune quatorze enfants et sont placées sous la responsabilité d’une intendante qui remplit auprès des enfants un rôle maternel.

Il convient de noter qu’à cette époque, en Grande-Bretagne, des associations de libres-penseurs et d’agnostiques se développent, mais que celles-ci ne mènent aucune action envers les nécessiteux. À l’origine du grand mouvement de création des orphelinats, il faut rappeler le rôle important joué par le piétiste Francke (1668-1727), à Halle, et son influence sur George Müller à Bristol ; George Whitefield, lui, s’est occupé d’orphelins en Amérique… En Afrique, ce sont souvent les chrétiens qui ont fondé les œuvres recueillant en particulier les enfants de mère décédée à l’accouchement, enfants que la tradition tient souvent pour responsables de la mort de la mère.


Spurgeon ne peut suffire seul à la tâche, malgré l’aide des anciens et des diacres et sa capacité à savoir déléguer bien des services. Il s’adjoint donc l’aide de son frère James, lui aussi pasteur, et celle de Pierson, bien que presbytérien pédobaptiste et dispensationaliste, deux approches combattues par Spurgeon. Pierson servira ensuite en Amérique. Il se sépare de son ami et collaborateur le pasteur pédobaptiste George Rogers ainsi que du jeune M. Medhurst.


3.5.4. Une maison de retraite
La construction d’une maison de retraite prolonge, en la restructurant, l’initiative prise par John Rippon à New Park Street. Spurgeon fait construire dix-sept petites maisons où les pensionnaires sont logés, nourris et blanchis.

3.5.5. Une école
À côté de la maison de retraite ouvre une école d'une capacité de 400 élèves.

3.5.6. L’œuvre des livres et le fonds de secours
C’est une œuvre créée par Mme Spurgeon, qui commence avec la diffusion du livre Conférences à mes étudiants dans les presbytères les plus pauvres. Un fonds de secours se greffe sur cette œuvre.
Autres œuvres créées par Mme Spurgeon : la Mission des fleurs - cette mission s’occupait d’acheter des fleurs pour les distribuer aux malades des hôpitaux -, la Société de bienfaisance de dames, la Société des layettes, la Société des prêts de traités, la Mission Intérieure, la Société des lectrices de la Bible, la Société pour les mères.

3.5.7. Quelques traits saillants de la pensée de Spurgeon marquant aussi les œuvres
La ponctualité était de rigueur. Au général Booth qui arriva un jour en retard à un rendez-vous chez Spurgeon se fit entendre dite : « Ah ! général ! les militaires doivent être ponctuels ! » (Brunel p.247). Pour lutter contre les conséquences dramatiques de l’alcoolisme en Angleterre à l’époque, Suprgeon était abstinent et avait fondé une société de tempérance dans son église. Spurgeon était convaincu que le théâtre était l’ennemi des bonnes mœurs et de la religion. (Brunel, p.248). Il insistait sur l’importance pour le chrétien d’accomplir ses devoirs civiques. L’aération des salles et le chauffage en hiver étaient primordiales pour Suprgeon qui disait : « Le Saint-Esprit n’aime guère les réunions de prière où l’on a froid aux pieds… la plus grande bénédiction pour le prédicateur, après l’Esprit de Dieu, c’est l’oxygène »

3.6. Fin du ministère de Charles Spurgeon
Le dernier rapport d'assemblée générale de l'Église à laquelle Spurgeon participe donne les chiffres suivants : 
5 328 membres
127 prédicateurs laïques exerçant en région londonienne
23 antennes missionnaires comptant 4 000 places
27 écoles du dimanche
600 moniteurs/trices d’école du dimanche
8 000 élèves à l’école du dimanche
Départ pour la partie céleste
Dieu met fin au pèlerinage terrestre de Spurgeon le 31 janvier 1892 à Menton. .
Après un bref service à l’Église réformée de Menton, le cercueil est rapatrié à Londres. L’église ne pouvant contenir tous ceux qui veulent assister aux obsèques, 4 services sont organisés (Dallimore, p . 224) :
Mercredi matin : pour les membres de l’Église
Mercredi 15h : pour les pasteurs et étudiants
Mercredi 19h : pour les travailleurs chrétiens
Mercredi 20h : pour « le public »

Au cimetière, c’est essentiellement Archibald Brown qui prend la parole :
« Président bien-aimé, pasteur fidèle, prince des prédicateurs, frère bien-aimé, cher Spurgeon, nous ne te disons pas Adieu, mais juste pour un petit moment Bonne nuit. Tu te lèveras bientôt, à l’aurore du jour de la résurrection des rachetés. En vérité, ce n’est pas à nous à te souhaiter bonne nuit, mais à toi, car nous demeurons dans l’obscurité. Toi, tu es dans la sainte lumière de Dieu. Notre nuit passera bientôt, et avec elle toutes nos larmes. Alors, avec toi, nos chants célébreront le matin d’un jour qui ne connaît ni nuages, ni fin ; car là il n’y aura pas de nuit. » (Dallimore, p.229).

3.7.    L'oeuvre après Charles Spurgeon

Après le départ de Charles Spurgeon, plus de 2 000 membres du Tabernacle demandent à Thomas Spurgeon, son fils, de revenir de Nouvelle-Zélande pour reprendre la charge pastorale à la suite de son père. L’Église continue de compter plusieurs milliers de membres et ses institutions poursuivent leur travail.

En 1898, un incendie détruit les bâtiments de l’Église, qui sont reconstruits 3 ans plus tard avec une capacité d’accueil plus réduite. Entre temps, la communauté se réunit dans des locaux temporaires, et certains membres fréquentent d’autres communautés de Londres.

En 1907, Thomas se retire pour raisons de santé et Archibald Brown prend sa suite. Son profil est « spurgeonien » quant à la doctrine, aux méthodes et au style de prédications. Mais il doit lui aussi se retirer au bout de trois ans pour raisons de santé.

C’est un pasteur venu d’Amérique qui lui succède, le pasteur Dixon : recommandé par Pierson, il a un profil en décalage avec celui de Spurgeon sur plusieurs plans. Pierson décrit les cultes au Tabernacle ainsi : « Il n’y a ici rien pour distraire l’esprit de simplicité de l’adoration et de l’Évangile. Un chef de chœur dirige le chant de l’assemblée, sans aucune aide instrumentale. La prière et la louange, la lecture de la Parole de Dieu, ainsi que la simple exposition de la vérité de l’Évangile, tels ont été les moyens de grâces de Spurgeon pendant toute sa vie » (Dallimore, p.233). Dixon, lui, change de style : il introduit le piano et met l’accent sur une expression de piété moins sobre. Selon Dallimore, « son ministère produisit de nombreuses professions de foi, mais la fréquentation et le zèle de l’Église déclinèrent » (Dalliomore, p.234). Dixon quitte l’Église en 1919.

Après lui, H. Tydeman Chilvers trouve une Église bien différente de ce qu'elle était du temps de Spurgeon. Chilvers, « spurgeonnien », redonne à l’Église un caractère plus sobre et plus calvinien. Il introduit l’orgue, lutte contre le libéralisme théologique et maintient un enseignement ferme en matière d’éthique. En 1935, à la fin de son ministère, la communauté est fortifiée.
La mise à disposition d’une propriété en périphérie de Londres amorce la dissociation structurelle entre l'Église et l’école pastorale.

En 1938, Graham Scroggie devient pasteur du Tabernacle et vit, avec la seconde guerre mondiale, la destruction de l’église lors d’une attaque aérienne en 1941. Les cultes ont alors lieu au sous-sol, sous les décombres.
Scroggie se retire en 1943, pour raisons d'âge et de santé.
C’est lors de la seconde guerre mondiale, avec l’évacuation des orphelins de Londres, que l'école pastorale s’installe dans le Kent. Les administrateurs n’ont plus dès lors besoin d’être membres du Tabernacle.

Les deux pastorats suivants sont difficiles, et l’assemblée diminue en nombre. l’Église devient membre de la Fédération baptiste.

C’est à partir de 1954, avec Eric Hayden,  qu’un progressif travail de reconstruction de l’Église commence. Une substantielle aide financière de l’État permet de reconstruire le bâtiment, prévu pour contenir 1 800 places. Mais ce choix stratégique s’avère inadapté  au contexte de l'époque. Un auditorium de 300 ou 400 places et des locaux fonctionnels pour l’école du dimanche auraient été un choix plus judicieux.
La vie de l’Église peine, l’épée et la truelle cesse de paraître.

En 1965, le pasteur Dennis Pascoe dit : « On peut maintenant loger nos membres sur quelques bancs ».
En 1970, un pasteur « spurgeonien » reprend le flambeau. Peter Masters  relance la parution de l’épée et la truelle, utilise des bus pour amener les enfants à l’école du dimanche ; l’Église quitte la Fédération Baptiste -un pasteur de cette fédération en Angleterre avait publiquement mis en doute la divinité de Christ sans que nul ne sanctionne ses propos – et ce retour a une identité plus proche de l'identité d'origine est bénéfique à sa stabilisation et à son rayonnement..
La taille de l’auditorium est également réajustée pour s'adapter à une communauté de 300 membres. Masters fonde une Ecole de Théologie qui touche 350 élèves. Plusieurs intervenants contribuent à cette formation qui répond toujours a un besoin réel, dans un pays qui ne vit certes plus au temps de Wesley ou de Spurgeon, mais où les besoins profonds de l’Église ne sont pas si différents. Si la diffusion des messages se fait aujourd’hui par internet ou par DVD, le fond du message reste le même, on ne refait pas le monde !

                                            A. RUOLT
Webographie :
http://www.whatsaiththescripture.com/Voice/Life.and.Works.of.Spurgeon/Life.and.Works.1.html
http://www.spurgeon.org
http://members.aol.com/pilgrimpub/spurgeon.htm
Autobiographie http://www.cblibrary.org/biography/spurgeon/spurg_v1/spau1_toc.htm

Bibliographie
DALLIMORE ARNOLD, CHARLES SPURGEON : UNE BIOGRAPHIE, Chalon-sur-Saone, Europresse, 1988, 238p
BRUNEL G, Spurgeon : sa vie et son œuvre 1834-1892, Chahors, Coueslant, SD, 293p.
SPURGEON CHARLES, JE VOUS FERAI PECHEURS D'HOMMES
 CAUSERIE A MES ETUDIANTS
SPURGEON CHARLES, COURANTS D'EAU POUR MON AME, Chalon-sur-Saone, Europresse,
SPURGEON CHARLES, GRACE AUX 1000 FACETTES, Chalon-sur-Saone, Europresse,
SPURGEON CHARLES, DANS LE CALME DU SOIR, Chalon-sur-Saone, Europresse,
SPURGEON CHARLES, LE BUTIN DU ROI MEDITATIONS QUOTIDIENNES SUR LES, Chalon-sur-Saone, Europresse,
SPURGEON CHARLES, LE CHOIX EST DEVANT TOI, LA MORT OU LA VIE, , Chalon-sur-Saone, Europresse,
SPURGEON CHARLES, POURQUOI NE PAS ENTRER ?, Chalon-sur-Saone, Europresse,
SPURGEON CHARLES, TRESORS DE FOI (LES), ,
Par A R - Publié dans : Biographies
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Samedi 23 juin 2007 6 23 /06 /2007 17:35
En cours de rédaction...

Le Baron Joseph-Marie De Gérando
Lyon 29 février 1772- Paris 10 novembre 1842






Brefs repères biographiques du Gérando

MOREL Octavie, Essai sur la vie et les travaux de Marie-Joseph, baron de Gérando, Paris, Jules Renouard, 1846, 105p
Et BERLIA G, Gérando, sa vie, son oeuvre, Paris, L.G.D.J., 1942, 64 p.
Emile GOSSO, "Gérando", dictionnaire de Pédagogie, F. Buisson, 1910


Présentation générale de l'homme

L'homme de plume

Joseph-Marie De Gérando a été maire de Nogent-sur-Marne de 1816 à 1819  reconnu comme philosophe, précurseur de l’anthropologie, sociologue, homme de lettres, baron d'empire... maître des requêtes et conseiller d’État sous l’Empire, sous la Restauration, il était professeur à la faculté de droit.

Il entretient une correspondance avec J F Oberlin qu'il représente à Paris pour la cérémonie de remise de la médaille de l'agriculture qui lui est attribuée.

Il sort de l’ombre en 1799 (15 germinal, an VII), en participant au concours lancé par L’Institut National sur le thème : « Déterminer quelle a été l'influence des signes sur la formation des idées » (
[1799-1800], 4 V), concours qu’il remporta !

De nombreux et volumineux ouvrages du prolixe auteur sont aujourd'hui disponibles en ligne:

Ouvrages Philosophiques
« Déterminer quelle a été l'influence des signes sur la formation des idées » ([1799-1800], 4 V)
histoire comparée des systèmes de philosophie, relativement aux principes des connaissances humaines (1822,  4 vol)
Histoire de la philosophie moderne, à partir de la renaissance des lettres jusqu'à la fin du XVIIIe siècle. (1772-1842/ 1847),
De la génération des connaissances humaines (1802)

Ouvrages sur l'éducation
l’Education des sourds-muets de naissance (1827, 2 vol)
Du perfectionnement moral, ou de l'éducation de soi-même
(1824)
Cours normal des instituteurs primaires (1832)
Institut du droit administratif français (1830)


Ouvrages sur l'assistance auprès des indigents
 Le visiteur du pauvre (1816)
De la bienfaisance publique (1839, 4 vol)

Le visiteur du pauvre est un ouvrage de 546p, est écrit suite au concours lancé en 1816 par l’académie de Lyon sur le thème : « Indiquer les moyens de reconnaître la véritable indigence, et de rendre l’aumône utile à ceux qui la donnent comme à ceux qui la reçoivent ». Joseph-Marie Gérando remporte le prix avec Le Visiteur du pauvre, primé comme « l’ouvrage le plus utile aux mœurs ».
A l’origine le volume n’était destiné qu’aux responsables de la ville de Lyon, il n’était pas destiné à une publication plus large.


Ses liens avec des protestants

Joseph-Marie de Gérando est un catholique originaire de Lyon mais qui a souvent été en relation avec des protestants et leur influence :
il épouse Annette Rathsamhausen, famille Protestante,
fréquente Gottfried Konrad Pfeffel (1736-1809) à Colmar,
est ami de :
Camille Jordan (1771-1821) Lyonnais de famille Protestante,
de Jacques Necker (1732-1804) le financier de Genève,
de la famille Fritz De Dietrich d’Alsace,
de la Baronne de Staël (1766-1817),…

Se rendant à Rome M. et Mme De Gérando laisse leur petit Gustave  âgé de 6 ans chez les Etienne Gautier Delessert (1735-1816) à Passy, Banquier à Paris, Président Caisse d’Epargne , une famille protestante de Lyon, qui après s’être exilée de France après la révocation de l’édit de Nantes vers 1685 sont revenus en France en 1735.


Joseph-Marie de Gérando fut un des fondateurs en 1821 de la Société de la morale chrétienne, Société largement assise sur les piliers protestants comme le baptiste Jean-Casimir Rostan (1774-1833)



Mme Gérando a des liens avec Barbara Juliane von Krüdener , dite Barbara de Krüdener (1764-1824) écrivaine russe d’expression française. En 1806, elle vit une conversion spirituelle qui l’amène à prêcher en Allemagne puis en Suisse, suivie de milliers de disciples. Expulsée de partout, elle se retire en Crimée en 1824 où elle mourra.


1.    La jeunesse de Joseph-Marie de Gérando

1.1.Son enfance, sa formation

Joseph-Marie né à Lyon le 29 février 1772, 17 ans avant la prise de la Bastille dans une famille catholique aisé.
Octavie Morel nous apprend que son père était un architecte talentueux reconnu, quant à sa mère « d’une vertu austère, conserva jusqu’à un âge très avancé une force de caractère et une lucidité d’esprit remarquables » .
Il le décrit comme un enfant « réfléchi, timide, peu enclin aux espiègleries des enfants de son âge. Ses parents le jugeaient sévèrement… considéré comme un enfant sans intelligence, le jeune de Gerando s’abandonnait à sa propre réflexion. » 
Plusieurs précepteurs essayèrent en vain de l’initier aux études pour jeter l’éponge déclarant ce jeune « incapable d’études sérieuses ».
C’est au collège des Oratoriens où il fut ensuite envoyé qu’un « déclic » se produisit, bien que ses parents mirent d’abord en doute que la réussite de leur petit soit le fruit de ses propres capacités !... ils durent ensuite reconnaître leur méprise, et même une fois louer une voiture pour transporter les livres que leur fils avait obtenu lors de la distribution des prix !!!
Il fit ensuite des études de philosophie au séminaire des Sulpiciens, à Saint-Irénée. Là il se lie d’une profonde amitié avec un de ses condisciples l’abbé Montagnier.


1.2. Sa vocation au service

Très stimulé par toutes les réflexions philosophique et théologique, il forma là le projet d’embrasser la vie ecclesiastique et devenir missionnaire.
Il devait rejoindre le séminaire catholique de Saint-Magloire à Paris lorsqu’il apprend qu’un de ses camarades ainsi que le supérieur du séminaire venait de périr dans un des massacres des 2-5 septembre 1792 de la fin de la Législative, une des périodes les plus tragiques de la Révolution Française (les historiens évaluent entre 1000 et 1400 victimes dont la moitié des prisonniers parisiens  dont 116 prêtres et trois évêques détenus dans l'ancien monastère des Carmes à Paris (qui avaient refusé de prêter serment à la Constitution civile du clergé).
Si ces événements mettent un terme à ses projets de carrière ecclésiastique, cela n’altéra pas son vœu d’être au service des autres. Cela s’accomplira cependant d’une autre façon : « ne fut-il pas missionnaire sur la terre, celui dont la vie entière fut consacrée au bien de l’humanité, dont toutes les actions, toutes les pensées, eurent pour but constant d’instruire les hommes, de les rendre meilleurs, de les soulager dans tous leurs maux ? »


2.    L’engagement contre la Convention et l’exil

2.1.Son engagement dans l’armée

En mai 1793, Lyon se dote d’un maire girondin, les mois suivant ce sont les montagnards qui prennent le dessus et gouvernent la nation… les tensions sont fortes, aux frontières c’est l’invasion, à l’intérieur l’insurrection d’étend : soixante départements s’insurgent contre la proscription des Girondins… Progressivement, le gouvernement révolutionnaire, codifié par la Convention le 4 décembre 1793, se met en place.

L’assemblée décide de faire le siège de la ville. Plus de 50000 hommes l’encerclent. La cité résiste quasi seule. Quelques troupes et des armes viennent du Forez. Après deux mois de résistance, les troupes qui ont défendu Lyon (6 à 7000 hommes) estiment la défense impossible. Dans la nuit du 8 au 9 octobre, sous la conduite de leur général, le Comte de Précy, elles sortent et se dirigent vers le nord .
Le patriotisme de Gérando le pousse alors à s’engager avec d’autres jeunes lyonnais pour défendre la ville contre les partisans de la convention. Il a alors 21 ans. Le détachement commandé par Précy est vite décimé. Blessé à la jambe Gérando s’attendait à vivre ses derniers instants lorsque le chef de la troupe adverse s’est avancé vers lui deux pistolets à la main… A sa plus grande surprise il s’entend dire de ce chef adverse : « je viens pour te sauver. ». Gérando se laisse alors emmener comme prisonnier. Ne pouvant marcher à allure normale à cause de sa blessure, il fut attaché sous un cheval et « regretta plus d’une fois de n’avoir pas trouvé sur le champ de bataille la fin de tous ces maux » .

Après quelques jours de cachot, il comparut devant un tribunal militaire qui avait à juger les prisonnier lyonnais. La procédure était simple : le Président demandait si le prisonnier avait été pris les armes à la main, si oui c’était la condamnation à mort de prononcé immédiatement.
Gérando ne se faisait donc aucune illusion sur son sort. Il fut donc le premier surpris d’entendre quelqu’un répondre « Non ! » au président lorsque la question fut posée pour son cas… il fut absout sur la parole du chef ennemis qui en le faisant prisonnier lui avait dit venir pour le sauver !...
Sa famille avait de son côté déjà fait célébrer un service funèbre pour « le repos de son âme » n’imaginant pas d’autre sort possible que la mort au combat ou par exécution de leur fils.

2.2. L’exil

Gerando s’engagea dans un régiment de chasseurs, l’armée étant à l’époque souvent un refuge, mais comme son régiment fut envoyé à Lyon, il dût fuir en Suisse puis en Italie. A Naple il tiendra les comptes d’un parent banquier à la cour. Ses soirées il les passait à méditer, et faire travailler ses neurones. « Trop pauvre pour pouvoir s’acheter des livres, il les composa lui-même. Toutes les questions de philosophie, les phénomènes naturels, les problèmes de mathématiques, qu’il eût voulu étudier dans les auteurs qui les ont traités, il les approfondit dans sa pensée. Plus tard il aima à se rappeler la joie qu’il avait éprouvée, lorsqu’il lui fut donné de se procurer ces livres tant enviés, et qu’il vit que ses propres découvertes dans les sciences étaient conformes à celles des savants, et que plus d’une fois il avait été plus exact qu’eux » .

L’amnistie du 9 thermidor, permet aux exilés lyonnais de rentrer chez eux. Géerando rentre dans sa famille se préparant à reprendre du service dans l’armée, lorsque son ami Camille Jordan , aussi revenu d’exil, est élu député en 1797 et demande à son ami de l’accompagner pour une mission délicate. Le 18 fructidor c’est le coup d’état. Gérando avait prévu un lieu de rapide retraite, mais il eut beaucoup de peine à persuader Jordan de le suivre la nuit du 17 au 18 dans cette cache, avant de fuir en Allemagne. En 1798 Jordan rejoint l’Angleterre, Gérando reprend du service dans l’armée, et se trouve en garnison à Colmar.

2.3. Reprise de la vie militaire et mariage

 
Théophile Conrad Pfeffel (1736-1809)
Il a 2 ans lorsque ce fils d’avocat du Wurtemberg, perd son père. Il étudiera à Halle (fief piétiste) la jurisprudence dans le but de devenir diplomate. Suite à une opération manquée à un oeil, en 1754, il perd la vue et interrompt ses études. Malgré son handicape, il fonde en 1760 «la société de lecture de Colmar »…    Gérando possède l’Allemand et en homme de culture il se rendit à Colmar avec Camille Jordan auprès du poète  et pédagogue protestant Gottlieb Konrad Pfeffel  (28.06.1736-01.05.1809) le « La Fontaine de la littérature allemande » selon Morel . L’élite des jeunes nobles d’Alsace se retrouvait là.

Pfeffel avait été à l’initiative de la création en 1773 d’une école française : l’Académie militaire destinée à donner aux jeunes alsaciens protestants une culture française. L’influence des idées de Rousseau et de Pestalozzi marquait l’école.

Parmi cette jeunesse qui fréquentait le cercle Pfeffel se trouvait Mlle Annette de Rathsamhausen  (24.06.1774-14.07.1824), que Gérando épousa  le 31 décembre 1799. Mme de Staël disait ne connaître que deux femmes qui avaient une plume plus agile qu’elle : Mme Gérando et Mme Necker de Saussure.
Trois enfants naîtront de cette union : Fanny meurt en très bas âge, Auguste laissera à son tour des écrits disponibles, et Camille.

Il partage avec les autres « philosophes des lumières » un très grand optimisme quant aux capacités qu’à l’homme à se perfectionner de lui-même : En 1800 il écrit ;
« l’homme est égoïste, il cherche à se satisfaire et non à se perfectionner, son espèce n’est rien pour lui ». La vraie philosophie, toujours d’accord avec la morale, nous tient un autre langage. La source des utiles lumières, nous dit-elle, comme celle du solide bonheur, est en nous-mêmes. Nos lumières, dépendent surtout de l’état de nos facultés :mais comment perfectionner nos facultés, si nous n’en connaissons la nature et les lois ? Les éléments de la félicité sont les sentiments moraux, mais comment développer ces sentiments, si nous n’examinons le principe de nos affections et les moyens de les diriger ? C’est en s’étudiant qu’on s’améliore ».

Dans ses textes, comme dans les lettres écrites par sa femme et qui ont aussi été publiées, le thème de la Providence divine revient très fréquemment. Si la grâce commune permet à l’homme de se perfectionner par l’instruction, on sait que malheureusement l’instruction ne suffit pas à rendre les gens forcément bons. La régénération doit encore libérer l’homme de l’esclavage du péché. Dans le cas des Gérando, cette dimension n’est me semble-t-il pas absente de leur vie, même s’ils ne l’expriment pas forcément avec le patois de Canaan qui serait aujourd’hui celui de plusieurs.
 
3. La carrière Parisienne des Gérando

3.1. Le concours de l’Institut de France

L’Institut de France avait lancé un concours sur le thème : « Déterminer quelle a été l’influence des signes sur la formation des idées ». Le prix était décerné le 15 germinal, an VII (1799) mais Joseph-Marie n’avait eu que très tardivement connaissance de ce concours.
Il parvient juste dans les temps à faire parvenir le manuscrit que Mlles Rathsamhausen, de Berckheim, Pfeffel… s’était hâtés de recopier au fur et à mesure… les photocopieuses en ce temps-là n’existant pas encore. Gérando remporta le concours « contre » Saint-Martin qui manifestera beaucoup d’estime pour Gérando « Il aime en lui le savant, apprécie cette âme affectueuse et charitable, unissant de grandes lumières philosophiques à de fortes habitudes chrétiennes. »

L’Institut mis tout en œuvre pour que le soldat philosophe soit exempté de service militaire et puisse être nommé à Paris, ou il occupa le poste de « secrétaire du bureau consultatif des arts et du commerce, en l’an VIII .
Cette année Gérando étoffe sa copie et publie en 4 volumes « des Signes et de l’art de penser, considérés dans leurs rapports mutuels ».


A suivre...

A Ruolt
Par A R - Publié dans : Biographies
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander

Calendrier

Janvier 2010
L M M J V S D
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30 31
             
<< < > >>

Recherche