Préambule
Témoignages
Ruben Saillens (1855-1942), témoignage de 1871
En 1871, dans le cadre de l’UCJG, le futur pasteur baptiste Ruben Saillens s’implique dans la création « d’École du Dimanche » dans la région Lyonnaise. Fin 1872, ces
écoles touchaient plus de 600 enfants de 7 à 15 ans
« presque tous venant de familles de libres-penseurs Aussi, nos écoles du dimanche étaient bien différentes de celles d’aujourd’hui. Les deux sexes avaient des locaux à part : nous, jeunes
gens, donnions à nos garçons des leçons de lecture, d’écriture, de calcul, pendant une heure. Nous consacrions les heures suivantes à une instruction religieuse basée sur le Nouveau Testament […]
les jeunes filles chrétiennes, stimulées par l’exemple de leurs frères fondèrent à leur tour des écoles semblables pour les filles. » (M. WARGENAU-SAILLENS, p.25)
Ruben Saillens a été formé à Londres de 1873 à 1874 à l’institut de Henry Grattan Guinness (1835-1910). C’est là qu’il entra en contact avec les enfants des rues de la capitale et avec le travail
du Dr Barnardo (1845-1900), lui-même étudiant puis intendant chez Guinness.
« Le Dr Barnardo m’a donné dernièrement une place de moniteur dans ses Ecoles du Dimanche [rapporte-il]. Je croyais nos gamins bien mauvais et nos écoles bien mal organisées [à Lyon], mais ce
n’est rien en comparaison de l’East End Juvenile Mission. Le docteur racontait l’autre jour qu’à ses débuts, les élèves l’avaient jeté par la fenêtre. Dimanche dernier, il s’en est fallu de peu
que les gamins ne nous en fissent autant. » (M WARGENAU-SAILLENS, p.60)
Joseph-Marie, Baron de Gérando (1772-1842) témoignage de 1839
Ferdinand Buisson (Ferdinand, BUISSON, «
Gérando (De)», Dictionnaire de Pédagogie,
1911, Lyon, INRP ) rapporte que la Société pour l’instruction élémentaire, fut constituée le 17 juin 1815, suite à la lecture du rapport du 29 mars 1815 (Journal d’éducation puis de l’éducation
populaire 1817 Avr-sept (T. 4), p.54,) sur les Nouvelles Écoles pour les pauvres récemment fondées en Angleterre, fait par le Baron Joseph-Marie de Gérando (1772-1842). Dans son ouvrage De la
Bienfaisance Publique publié en 1839,
Gérando présente la fonction des Ecoles du dimanche en France en ces termes :
"L’heureuse idée d’instituer les écoles du dimanche a été conçue dans la vue de continuer ainsi, pour l’enfance et l’adolescence, une protection sage et éclairée, aussi longtemps qu’elle est
nécessaire, pour conserver, développer et faire fructifier les semences que les premiers enseignements de l’école ont déposé dans le cœur et l’esprit des enfants.
Le dimanche, les enfants au-dessus de douze ans, qui ont déjà quitté l’école ordinaire, se réunissent après l’office divin ; ils chantent en commun des hymnes, font des lectures dans les livres
saints, répètent ou récitent certaines leçons ou certains traits d’histoire, exécutent quelques compositions écrites, quelques opérations de calcul. On leur remet quelques sujets ou problèmes
qu’ils emportent chez eux, pour les étudier ou les résoudre : on saisit cette occasion pour étendre leurs connaissances sur des objets d’une utilité générale pour leur donner de sages conseils,
pour avoir avec eux des entretiens paternels. On les détourne par là des plaisirs grossiers qui pourraient les entraîner et leur faire contracter de bonne heure des habitudes vicieuses.
L’Instituteur préside à ces réunions et ne peut s’y faire suppléer. Quelquefois ces réunions sont suivies de promenades, d’exercices où l’instruction se réunit encore à l’amusement et se déguise
sous les formes de la gaîté." (Joseph-Marie Baron De, GERANDO,
De la Bienfaisance Publique : des institutions à prévenir l’Indigence, 1839, T2, p. 508)
Joseph-Marie De Gérando est reconnu comme philosophe, précurseur de l’anthropologie, sociologue, homme de lettres, baron d’empire... maître des requêtes et conseiller d’État sous l’Empire, sous
la Restauration, mais aussi professeur à la faculté de droit. Il sort de l’ombre en 1799 (15 germinal, an VII), en remportant un concours lancé par L’Institut National sur le thème : « Déterminer
quelle a été l’influence des signes sur la formation des idées ».
Joseph-Marie de Gérando fut aussi un des fondateurs de la Société de la morale chrétienne(créée en 1821), Société largement assise sur les piliers protestants comme le baptiste Jean-Casimir
Rostan (1774-1833).
Avec Jean Frédéric Oberlin, il entretient une correspondance. Le pasteur du Ban de la Roche le charge de le représenter à Paris, à la Société royale d’agriculture, à la cérémonie ou devait lui
être décerné une médaille d’or pour le récompenser de ses travaux agricoles au Ban de la Roche.( Noë, RICHTER, « Aux origines de la lecture publique Naissance des bibliothèques populaires »,
Bulletin des Bibliothèques de France, t.23, n°04, Paris, 1978, p.221-249.)
Bien qu’issu d’une famille catholique aisée de Lyon, renonçant à entrer dans les ordres en apprenant qu’un de ses camarades ainsi que le supérieur du séminaire qu’il comptait rejoindre venait de
périr dans un des massacres des 2-5 septembre 1792 de la fin de la Législative, Joseph-Marie de Gérando a très souvent été en relation avec des protestants et leur influence (Pour un aperçu de
l’influence que les protestants ont pu avoir en France à l’époque de la Révolution, voir GAUTHIER Jacques, Protestants et Révolution, Genève, Labor et Fides, 1989, p.43-68.).
Il épouse Annette de Rathsamhausen (1774-1824), qu’il rencontre chez Gottfried Pfeffel (1736-1809) à Colmar. Pfeffel avait été à l’initiative de la création en 1773 d’une école française :
l’Académie militaire destinée à donner aux jeunes alsaciens protestants une culture française. L’influence des idées de Rousseau et de Pestalozzi marquait l’école. Il est l’ami de : Camille
Jordan, de Jacques Necker le financier de Genève, de la famille Fritz De Dietrich d’Alsace, de la Baronne de Stein,… Se rendant à Rome M. et Mme De Gérando laisse leur petit Gustave âgé de 6 ans
dans la famille d’Étienne Gautier-Delessert à Passy, Banquier à Paris, Président Caisse d’Épargne, une famille protestante de Lyon, qui après s’être exilée de France après la révocation de l’édit
de Nantes vers 1685 était revenus en France en 1735.
Trois dates clées des débuts du mouvement en France
1814 : première école ( ?) à
Luneray (Seine-Maritime) (Laurent Cadoret)
1826-1828 : création du Comité d’encouragement des écoles du Dimanche (Baron de Stael)
1852-2002 : création de la Société des Écoles du Dimanche (Jean-Paul
Cook)
Principales étapes de développement du mouvement en France, avant les lois de séparations de l'Église et de l'État
(1905)
Henry Paumier (« Sociétés des Écoles du dimanche », in, Frank, PUAUX, Exposition Universelle de Chicago, Les œuvres du protestantisme Français au XIXe siècle, Paris Comité Protestant Français
1893), alors Président de la SED, présente l’histoire de ses débuts en quatre périodes auxquelles nous ajoutons une génèse et signalons une cinquière étape :
Genèse du mouvement français : à partir de 1814 avec Laurent Cadoret
Difficiles débuts en lien avec l’Angleterre, avec plusieurs initiatives régionales.
C'est aussi une période tendue, ou l'aile libéral prend l'ascendant sur les pasteurs issus de l'aile proche des mouvements de Réveil.
Encrevé situe dès 1830 le début des tensions entre théologiens adoptant la théologie libérale et l’aile évangélique soucieuse de maintenir ferme la doctrine de l’inérance biblique André, ENCREVE,
« La vie religieuse 1815-1914 », in La France au XIXe siècle, 1814-1914, Paris, FUF, 2006 (1ère ed 1995), p. 291. Daniel Robert, situe le tournant à la Faculté de Théologie de Montauban en
1824-1825, bien que la théologie à sensibilité du « Réveil » soit encore restée vigoureuse, le remplacement du doyen Pradel et la nommination de Nazon à la chair de théologie systématique, marque
un indéniable tournant. Daniel, Robert, Les Église Réformées en France (1800-1830), Paris, PUF, 1961, p. 394ss.
Première période de la SED 1852 à 1862 : Les débuts avec Jn-P. Cook, Moutandon et Paumier
Cook début avec la sympathie mais peu de soutien :
« Je me vois encore arrivant à Paris [écrit Cook]. Dieu m’avait mis au cœur de publier un petit journal sous le titre de : Magasin des Écoles du Dimanche. Je fis une tournée chez tous les
pasteurs pour avoir leur avis à ce sujet. Tous me dirent que mon idée était bonne, mais qu’elle ne pouvait être réalisée, en France. L’imprimeur même, comme je lui parlais d’un tirage de quatre
cents numéros, me dit : « Consentez, monsieur, à n’en tirer que deux cents. ».
C’est le 23 avril 1853, qu’avait lieu la première assemblée publique, à l’lOratoire….
MM. Montandon, pasteur, président ; Henry Paumier, pasteur ; secrétaire ; Paul Cook, pasteur, trésorier ; trois assesseurs : MM Favey, Renckhoff, et Louis Vernes, pasteur, sont les premiers
membre du Comité.
Outre Le Magasin des ED, fondé et dirigé par M. Cook de 1852 à 1857, puis repris par le comité jusqu’en 1863, est destinés aux instructeurs afin de les aider dans leur tâche d’enseignants.
En 1856, la SED fonde une Bibliothèque « pour fournir de bons livres à répandre dans les écoles de semaine ». De 1857 à 1863, 156 000 volumes sont venus.
Paumier évoque aussi la « fête essayée timidement à l’Oratoire, grâce à l’initiative d’un ami américain, M. Albert Woodruff, a si bien réussi, que l’on organise ces fêtes annuelles du Cirque,
qui, pendant plusieurs années, on été l’une de nos réunions les plus intéressantes et les mieux suivies, et pour parler le langage du jour « le clou » de la semaine de nos Assemblées religieuses.
»
1852 13 Écoles à Paris 130 Écoles en France Budget : 1 216 fr
1862 34 Écoles à Paris 327 Écoles en France Budget : 26 000 fr
Deuxième période de la SED de 1862 à 1872 : Malgré les difficultés l’œuvre progresse lentement
L’Œuvre passe un cap important en engageant un agent (M. Hutton), en étant présent 6 mois à l’Éxposition Universelle de 1867, la même année (les 27-29 juin 1867) la SED accueille le Congrès
internationale des délégés des Écoles du Dimanche, mais essuie aussi des résistances.
Paumier exprime cele en ces terme : « Notre œuvre rencontre encore bien des préventions. Les uns la repousse comme une importation de l’étranger ; les autres redoutent l’influence de moniteurs
laïques et préfèrent le catéchisme exclusivement dirigé par le pasteur. Cependant le progrès, bien que lent, s’accentue. » ? La période se termine avec la mort de l’agent missionnaire.
1872 50 Écoles à Paris :
5 419 enfants
et 494 instructeurs 913 ED, en France. Dans 9 départements, il n’existe pas encore d’École de ce genre
Troisième prériode de la SED de 1872 à 1881 : Les Écoles du Dimanche populaires se développent
Durant cette période (à partir de 1873) la Mission Mac All développe les Écoles populaires.
Paumier omet de parmer du Musée des Enfants, il n’évoque que : « deux journaux ; l’un mensuel, les Leçons bibliques, qui a remplacé le Magasin des Écoles du Dimanche, en est à sa quatrième
année et continue d’être bien accueilli ; l’autre hebdomadaire ; la feuille du dimanche, qui est à sa huitième année, et compte environ 2 500 abonnés. Depuis 1857, nous avons publié 440 000
volumes, sue lesquels 300 411 ont été vendus. »
Fin 1882 101 Écoles à Paris :
7 384 enfants,
823 instructeurs 1 113 écoles ED, en France. seuls 2 départements, la Corse et le Cantal, n’ont pas encore d’Écoles du Dimanche
Quatrième période de la SED de 1882 à 1892 ; consolidation et développement de l’œuvre avec Matthieu Lelièvre
C’est la période Lelièvre, qui édite Journal des Écoles du Dimanche
A partir de 1881, durant l’hiver, des Conférences était données, pour les moniteurs. En 1882 des appareils de projection font leur appiritions et peuvent être loué à la SED. C’est aussi l’année
où sont crées les Écoles du Jeudi.
Le Cirque étant devenu trop petit, les fêtes se déroule la Salle des Fêtes du Trocadéro tous les deux ans. Elle rassemblent plus de 3 000 enfants, avec les adultes présents l’ensemble des
iparticippants s’élève à plus de 5 000 personnes
En 40 ans
1 200 écoles sont fondées
100 Écoles populaires (Mac All) au lieu de 6 en 1873
182 Écoles du Jeudi ouvertes depuis 1882
Cinquièle étape de la SED de après 1902, Wilfred Monod au synode du Havre: l'École du dimanche comme prérequis ou "passeport" pour entrer sans examen
d'admission au catéchisme.
Zorn affirme « On sent chez Monod l’influence de l’école publique et l’admiration qu’il portait aux instituteurs. C’est le modèle qu’il voulait voir appliquer aux moniteurs. »
Les vœux qu’il parvient à faire adopter lors du synode officieux de Normandie, sont les suivants :
1.- Le Synode émet le vœu que sa Commission scolaire élabore, le plus tôt possible, le modèle d’un carnet de correspondance, un projet de bulletin trimestriel, et une liste des livres nécessaires
à toute bibliothèque paroissiale pour faciliter l’instruction technique des moniteurs.
2.- Le Synode émet le vœu que des réunions régulières de préparation pour moniteur soient établies dans toutes les églises où les circonstances le permettent, et qu’on adjoigne aux écoles du
dimanche une classe normale, pépinière des futurs instructeurs de la jeunesse.
3.- Le Synode émet le vœu que la Commission scolaire élabore, de concert avec les églises de la région, un programme gradué d’instruction religieuse élémentaire, qui sera envoyé aux familles dont
les enfants ne fréquentent pas l’école du dimanche, et qui servira de base à l’examen d’admission au catéchuménat.
4. Le synode émet le vœu qu’un rapport lui soit présenté, l’année prochaine, sur l’adoption d’un manuel d’histoire sainte.
5.- Le Synode inscrit au budget une somme de 100 francs pour couvrir les frais d’impression ; de correspondance, d’achats divers, etc. qui incomberont à la Commission scolaire
Monod cherche bien à calquer les Écodes du Dimanche sur les pratiques de l’École primaire, avec : des programmes distincts par groupe d’âge ; des manuels plutôt que des listes,
l’utilisation des carnets de correspondance, des bulletins trimestriel.
Il souhaite une formation de moniteurs certifiés ai sein de classe normale.
Et il voit l’Institution résoluement comme une étape pé-catéchuménale nécessaire à l’admission au catéchisme.
La formation religieuse induit une pratique formelle de la religion sans nécessaire liens avec une foi vivante. Comme l'école tendait à former de "bons citoyens" sans visée nécessairement
pratique liée au monde du travail, de même l'école du dimanche et le catéchisme deviennent les voies de passage obligatoires pour "faire de nouveaux paroissiens".
1. Qui a créé la première école du Dimanche en France ?
1.1. Premières tentatives en France à partir de 1787 et
figure fondatrice discutée.
Déterminer avec précision « le » nom du père fondateur des Écoles du Dimanche en France n’est pas chose aisée. La configuration géographique de la France rurale, les tensions politiques internes
mais aussi avec l’Angleterre voisin, le petit nombre de Protestants, le manque d’organisation des Églises Réformées après la Révolution… peuvent expliquer qu’aucune figure ne se détache très
nettement. A la suite de Luther et des pré-réformateurs (John Wycliff (1320-1384), Jean Huss (1369-1373) etc), nombreux étaient à l’époque les pasteurs soucieux d’éduquer leurs ouailles dans
l’apprentissage de la lecture de la Bible dans la langue du peuple, et ce, qu’ils aient été ou non touchés par les Réveils de Genève ou anglais.
D’après une lettre de Raikes datée de 1787 rapportée par Pray, nous avons une première attestation d’un projet de développement d’écoles du dimanche en France.
Quelques gentlemen français, membres de l’Académie royale, étaient avec moi la semaine dernière. Ils ont été fortement impressionnés les conséquences sociales prometteuses du dispositif ; qu’ils
m’ont pris toutes les brochures imprimé à ce sujet, afin de proposer la fondation de telles écoles dans certaines de leurs paroisses de province. Mais ils connurent beaucoup de difficultés dans
leur tentative. (PRAY, p. 178)
L’enquête menée plus tard par le comité de la SED et publiée en 1863 dans le Magasin des Écoles du Dimanche (MagED, 1863, p. 9-10.), situe vers 1790 cette initiative de Raikes
Le contexte socio-politique troublé en France n’a pas permis que cette visite soit l’occasion de l’amorce réelle du mouvement en France. Pray ne fait ensuite pas mention de Cadoret, il signale
directement l’existence d’une école du Dimanche à Paris en 1825, rassemblant 200 enfants (PRAY, p. 178). Jean-Paul Cook, parle quant à lui, d’une première école du dimanche ouverte à Paris en
1818(MagED, Paris, SED, 1851, p. 259), cependant les Archives du Christianisme au XIXe siècle (Archives du Christianisme au Dix-Neuvième siècle, 1822, p. 499-500), parlent d’ouverture d’une
première école à l’Oratoire en 1822, la désignant comme de la première fondée à Paris, sous la direction de M. le pasteur Frédéric Monod, alors pasteur-adjoint de l’Église réformée de Paris.
C’est à une lettre datée du 3 avril 1851 du pasteur Auguste Laurent Montandon (1803-1876) et publiée par le Magasin des Écoles du dimanche (MagED, 1851, p. 97-105 et 129-133) que l’on doit plus
de précision sur l’histoire et le fonctionnement des premières Écoles du Dimanche à Paris. Il situe l’acte fondateur de la première École du Dimanche Réformée de Paris en 1820, et l’ouverture de
la première en 1822.
Ce fut le 21 avril 1820 […], que dans la séance du consistoire où fut lue la confirmation, par ordonnance royale, de la nomination de M. Frédéric Monod, comme pasteur-adjoint, une motion fut
faite tout aussitôt d’utiliser les services du nouveau pasteur pour l’établissement et la direction d’une école du dimanche. Mais ce ne fut qu’en septembre 1822 que l’école fut ouverte, dans la
salle supérieure du temple de l’Oratoire. Bientôt celle salle fut trop petite. Après avoir épuisé tous les moyens de l’agrandir, on dût prendre le parti de transférer l’école du dimanche dans le
temple même ; où elle occupera d’abord tout le chœur, momentanément séparé de la nef par un vaste rideau tendu dans toute la largueur du temple […] Enfin, il y a quelques annes seulement, la
salle supérieure du temple fut reprise pour l’instruction des plus jeunes enfants de l’école du dimanche ; il y eut donc et il y a maintenant au temple de l’Oratoire deux écoles tenues aux mêmes
heures et exigeant un double personnel de maîtres enseignants, et de surveillants et auxiliaires bénévoles, dont le nombre doit être toujours assez considérable pour la bonne tenue de l’école, et
pour les travaux et les soins divers qu’elle exige. […]
L’école du dimanche, au temple de Sainte Marie (rue Saint-Antoine) fut ouverte en 1823, moins d’un an après celle de l’Oratoire. Le consistoire, dérogeant au principe qu’il avait adopté
précédemment, d’exiger que l’école du dimanche fût toujours faite par un pasteur ou un ministre du saint Évangile, permit qu’un instituteur se chargeât de cette nouvelle école.[…]
Plus récemment, une école du dimanche a été ouverte par le consistoire de l’Église réformée au quartier des Champs-Elysés, (rue de la Réforme n°3). […] Ce nouveau service religieux pour la
jeunesse n’a pu d’abord subsister que d’emprunt faits aux autres écoles du dimanche ; c’était les directeurs de ces deux autres écoles qui, successivement, pourvoyaient par eux-mêmes à
l’enseignement et à la direction de l’école des Champs-Elysées. Un autre ministre du saint Évangile, M. Amphoux, libre provisoirement de consacrer ses soins à cette bonne œuvre, a consenti à en
devenir le conducteur bénévole, mais non moins assidu que s’il remplissait cette tâche à titre obligatoire.
Ce soulagement donné aux pasteurs leur a permis de songer à ouvrir une nouvelle école du dimanche dans le troisième temple, Pentemont, (rue de Grenelles-saint-Germain).
Dans la présentation « revue et augmentée »( JED, 1890, p. 364-367 et p. 405-409) du discours prononcé par Matthieu Lelièvre à Londres à l’occasion de l’anniversaire de la France-School Union de
Londres, nous trouvons un rapport nuancé des débuts qui souligne bien les questions qui restent ouvertes. Ce large extrait en témoigne de façon lucide :
L’école du dimanche proprement dite, ce fruit excellent du réveil anglais du siècle dernier, fut en France un article d’importation britannique ; mais ce ne fut que tardivement que le contre-coup
de ce réveil se fit sentir sur le continent. L’affaiblissement de la vie religieuse au sein des Églises huguenotes sépara la France et l’Angleterre au commencement du XIXe, expliquent
suffisamment ce fait étrange, que le Réveil mit infiniment plus de temps à franchir la Manche qu’à traverser l’Atlantique et qu’il avait presque fait le tour du monde avant d’avoir atteint la
France. Deux ou trois timides tentatives d’évangélisation par des chrétiens anglais en France, pendant la seconde moitié du dernier siècle, doivent être mentionnées : l’une par les Moraves
anglais et l’autre par les Quakers , dans le midi, et une troisième par les Wesleyens en Normandie, durant la Révolution. Mais je ne sache pas qu’aucun essai d’école du dimanche ait alors été
tenté.
Il faut arriver jusqu’aux dernières années du premier empire, pour assister à un effort sérieux tenté dans cette direction par des pasteurs qui avaient subi l’influence de chrétiens anglais. En
1813, deux étudiants en théologie, Guers et Empeytaz, qui devinrent plus tard d’éminents ministres de l’Évangile, ouvrirent une école du dimanche à Genève, qui faisait alors partie de l’Empire
français. L’année suivante, un pieux pasteur de l’Église réformée de France, Laurent Cadoret, inaugurait à son tour l’une de ces écoles dans sa paroisse de Luneray en Normandie (Voir sa lettre au
consistoire de Rouen ci-après ). […]
Il serait intéressant de connaître le nom de l’ami, probablement un chrétien anglais, qui aida Laurent Cadoret à fonder l’école du dimanche de Luneray et de savoir s’il réussit à en fonder
d’autres. Cet inconnu fut peut-être l’importateur des écoles du dimanche en France. Le réveil religieux qui se propagea dans les Églises de France, au commencement de la Restauration et dont les
premiers symptômes était déjà sensibles pendant les dernières années de l’Empire, donna naissance à de nombreuse écoles du dimanche. […]
Les Archives du christianisme dès leur première année, parlent de « ces écoles religieuses et gratuites, autrement appelées écoles du dimanche, qui se multiplient dans les Églises réformées de
France avec une édifiante rapidité (Archives du Christianisme au Dix-Neuvième siècle, 1818, p. 210)
Quelques mois plus tard, ce même journal annonçait la mort d’un jeune pasteur, M. Fleury Petzi, décédé en novembre 1817, pasteur à Lagarde, près de Montauban, « le premier, d’après ce recueil,
qui ait établi en France une école du dimanche. » Les Archives ajoutaient les intéressants détails qui suivent : « M. Chabrand, pasteur Toulouse, a publié une notice intéressante sur l’importance
de ces écoles et sur la manière de les diriger. Bientôt on en a vu s’élever dans la plupart des Églises réformées du midi de la France. La petite Église des Vans, département de l’Ardèche, en
doit une depuis quelque temps au zèle de son pasteur, M. Pascal, dans laquelle on compte environ vingt-cinq jeunes garçons et autant de jeunes-filles, divisés en deux classes, et qui par leurs
heureux progrès dans l’instruction élémentaire et dans la religion, répondent aux soins assidus et aux pieuses espérances de leur pasteur. Cette école est une source d’instruction et
d’édification pour les fidèles de tout âge et de tout sexe qui en suivent les leçons avec un vif intérêt »( Archives du Christianisme au Dix-Neuvième siècle, 1818, p. 360)
L’école du dimanche de Bordeaux, fondé par le pasteur F. Martin, fut aussi l’une des plus anciennes, et remonterait à 1815, d’après un renseignement fourni à M. J.-P. Cook par son fondateur,
devenu pasteur français à Londres. Cette école reçut à l’origine une allocation de 250 francs de la part de la France-School Union de Londres.
Mlle Marie Colombier (1812), Guers et Empeytaz (1813), un inconnu et Cadoret (1814), Fleury Petzi (1817), F. Martin (1815) initiateurs du mouvement en
France ?
Guers et Empeytaz à Genève en 1813
La mention de Guers et Empeytaz, par Matthieu Lelièvre est selon nous plus significative pour la Suisse, bien que ces deux étudiants ouvrirent une École du Dimanche à Genève, ville qui fut
française après le Traité de Réunion du 15 avril 1798. Mais la défaite de l’armée Napoléonienne rend à la ville son indépendance et le 30 décembre 1813 la garnison française quitte la ville
cédant la place à Ferdinand von Bubna, général de l’armée autrichienne.
Fleury Petzi à l’origine des Écoles du Dimanche dans le Midi avant 1817
En 1818, le premier tome de ces mêmes Archives ( Archives du Christianisme au Dix-Neuvième siècle, 1818, p. 360, repris par Louis, BERNARD, « Correspondance : A quelle époque et par qui a été
fondée en France la première école du dimanche ? », in MagED, 1863, p. 46) attribuent à M. Fleury Petzi, pasteur à la Garde, près de Montauban, d’avoir été le fondateur de la première École du
Dimanche en France. Mais, mort jeune en 1817, ce sont d’autres (MagED, 1851, p. 258) qui reprirent le flambeau et développèrent ces Écoles du Dimanche dans les Églises Réformée du Midi. Cette
indication ne permet pas de fixer la date de fondation de la première école, tout au juste peut-on dire que Petzi est à l’origine d’un déploiement régional d’Écoles dans le Midi, avant 1817.
Cependant, Jean-Paul Cook récuse formellement la paternité de la première École à Petzi dans son mémoire présenté à l’Alliance Évangélique le 27 août 1851 :
D’après les Archives du Christianisme (année 1818, p. 360), la première école du dimanche établit en France serait celle que fonda, en 1717, M. Petzi, pasteur de l’église réformée, à la Garde,
près de Montauban. Mais j’ai appris de M. F. Martin, aujourd’hui de l’église française de Londres, que deux ans auparavant, c’est-à-dire en 1815, il en fonda une à, Bordeaux, à la demande de
l’Union des écoles de Londres, qui lui envoya 250 francs pour la maintenir. Madame Martin s’en occupa, et elle est la première personne en France qui ait tenu une classe dans une école du
dimanche. (MagED, 1851, p. 258.).
Louis Bernard (MagED, 1863, p. 47.) en 1863 France « qu’à cette époque là on s’occupait beaucoup, dans le midi de la France, des écoles du dimanche » n’excluant pas qu’il puissent en avoir eu
d’autres ailleurs bien qu’affirmant que ses recherches ne lui permirent pas d’en découvrir dans le nord de la France.
François Martin fondateur de la première École à Bordeaux en 1815 ou 1817
En 1853 Jean-Paul Cook reprend cette thèse dans son article « À propos de nos Écoles du Dimanche, Origine, but et point de départ » (MagED, 1852, p. 103.). Il situe de nouveau à Bordeaux et en
1815, la fondation de la première École du Dimanche en France, référence que reprend à son compte Matthieu Lelièvre désignant François Martin comme père fondateur (1757-1838).
En introduction à cet article nous relevons les excuses que présente Cook aux directeurs d’Écoles du Dimanche, Cook ne se présente pas comme l’historien le plus scrupuleux dans la précision et la
vérification de ses sources :
comme les détails que je possède sont généralement fort courts, il est possible que je me trompe quelquefois dans mes conclusions, soit en généralisant trop, soit en affirmant lorsque je devrais
hasarder qu’une supposition . [Plus loin il ajoute :] « j’espère plutôt qu’il y a beaucoup plus d’écoles du dimanche dans ce pays qu’on ne se le figure généralement ; mais qu’on en ignore
l’existence, parce que, dans plusieurs cas, leurs directeurs sont trop modestes pour nous dire ce qu’ils ont essayé, comment ils ont réussi, et par quels moyens ils ont surmonté les difficultés.
» (MagED, 1852, p. 104)
Dans la suite de l’article, Cook affirme sans nuances qu’à l’époque de Raikes personne en Angleterre ne s’était occupé activement de l’éducation des pauvres. Cela nous semble faire preuve
de jugement un peu à l’emporte pièces. Nous avons eu l’occasion plus haut de faire d’autres remarques dans ce sens à propos de cet article, l’époque Victorienne mettant l’enfant plus en vue dans
les familles. Ce manque de fiabilité avouée, associée au poids des autres témoins, n’exclue pourtant pas de considérer Laurent Cadoret comme le fondateur de la première école du dimanche, avant
François Martin.
Mlle Marie Colombier à Aulas en 1812 ?
En 1892, dans ses notes de voyages, Auguste Schaffner (JED, 1892, p. 451), évoque son passage à Aulas comme nécessaire pour ne pas manquer « d’égards pour une vieille aïeule […] visiter cette
paroisse et cette école était donc pour nous comme un devoir historique » et d’ajouter « Voici : la première école du dimanche qui fut crée en France, le fut à Aulas en 1812, par Mlle Marie
Colombier. »
M. Paul Bianquis résidant au Vigan, écrivait cette même année à la rédaction du Journal des Écoles du dimanche, pour revendiquer cette antériorité, contre l’attribution à Martin d’avoir fondé la
première école du dimanche à Bordeaux
Citant un rapport de Mlle Fanny Colombier, écrit en 1867, s’il confirme bien l’initiative de Martin, il la situe plutôt en 1817, et situe l’origine de la première école du dimanche non à Bordeaux
mais à Aulas et au Vigan.
« En 1817 [écrit Mlle Colombier], M. Martin, de Bordeaux, vint passer quelques jours à Aulas ; il revenait d’Angleterre, et était vivement désireux d’établir des écoles du dimanche dans nos
localités. on y prêta attention ; toutes les dames d’Aulas voulurent y prendre part. Une école se créa dans ce village ; nous nous y rendions souvent ; les demoiselles d’Aulas et de Bréau étant
élève de mon père, nous y allions toutes les semaines. En 1818, une école du dimanche fut ouverte au Vigan ; on y apprenait à lire ; c’était un enseignement mutuel ; cercles, tableaux, baguettes
furent fournis par le Consistoire ». (Paul, BIANQUIS, « Les Écoles du Vigan et d’Aulas, à propos de la fondation de l’école de Bordeaux » Le Vigan, 17 juin 1892, in Matthieu LELIEVRE, JED, Paris,
SED, 1892, p. 298.)
Bien qu’ensuite Paul Bianquis hésite à qualifier d’école du dimanche ce que Martin a du aussi fonder à cette époque à Bordeaux ou son père était pasteur, (la description faite par Mlle
Colombier, il s’agirait plus d’une école primaire qu’une école du dimanche selon lui, preuve en étant selon lui qu’en 1825 cette école fut remise à l’école consistoriale), il n’hésite pas à
remonter au père de Mlle Colombier qui, voyant en lui le fondateur de la première école du dimanche, en 1812 !
« déjà en 1812, M. Colombier père établit une instruction le dimanche après-midi, chez lui, pour les catéchumènes d’élite, accompagnées de leurs parents et de leurs amies ; le salon était souvent
trop petit ; on chantait des cantiques ; le pasteur exhortait et priait » et Mlle Colombier n’hésite pas à donner à cette instruction le nom d’école du dimanche.(JED, Paris, 1892, p 299-300.)
Nous comprenons que M. Bianquis ait eut à cœur de revendiquer pour sa partie un héritage d’une institution qui lui était chère. Cependant, nous ne pouvons le suivre dans l’analyse qu’il nous
propose des faits qu’il décrit. D’un côté, l’école mutuelle est bien associée à l’école du dimanche, il n’y a pas lieu d’associer ce modèle d’enseignement à l’instruction de semaine. L’exemple de
ce que Woodruff propose pour les Écoles du dimanche en est une illustration patente. Aussi, nous ne saurions associer les réunions du dimanche après-midi chez M. Colombier aux écoles du dimanche.
Selon nous, elles relèvent plus des réunions d’édifications piétistes, telles qu’elles se sont développées au sein de ce mouvement de Réveil que d’une « classe » d’école du dimanche. Ces
dernières n’ont pas cherché premièrement à rassembler les élites protestantes pour les former. Il n’y a pas lieu de forcer l’héritage historique.
Laurent Cadoret à l’initiative d’une École du Dimanche en Normandie en 1814
La thèse « Cadoréenne » et se que montrent ses difficultés
Les tenants de cette thèse et leurs sources
Les historiens récents (Encrevé, Fath ; Wemyss, Robert) attribuent sans conteste au pasteur Laurent Cadoret (1770-1861), d’avoir initié le mouvement des écoles du Dimanche français, en
1814, à Luneray en Seine-Martime. Alfred GREGORY, dont s’inspire Matthieu Lelièvre dans le Journal des Écoles du Dimanche sans le citer, fixe aussi à l’année 1814, les débuts du
développement du mouvement français, avec comme figure de proue le pasteur Laurent Cadoret instituant une école du Dimanche à Luneray, sous l’influence d’un frère anglais.
Le texte attestant la paternité du mouvement à Cadoret, est une lettre qu’il avait écrite le 23 août 1814 au pasteur Mordant, alors président du Consistoire de Rouen. C’est Frank Puaux
(JED, Juillet à Décembre 1888, p. 209), ancien élève de l’École du Dimanche de Luneray, qui fait part de cette lettre à Matthieu Lelièvre, en 1888.
L’institution d’une École du Dimanche pour l’instruction chrétienne des enfants a commencé à se former, mais son organisation n’est pas encore achevée. Le succès même n’est pas certain, quoique
le pasteur et les enfants surtout montrent la meilleure volonté. L’École est divisée par classe. Il faudra un comité dont le président sera pris dans le consistoire, des maîtres en proportion du
nombre des enfants, des règlements simples et uniformes. Cela n’est pas encore fait. L’ami qui a été ici deux dimanches, le seul temps qu’il avait à nous donner, s’est principalement
employé, les enfants réunis, à nous faire connaître une marche à suivre pour la prospérité d’une telle institution et des procédés d’enseignement à mettre en usage éprouvés depuis dix ans et qui
ont obtenu le plus grand succès parmi nos frères en Angleterre. Devant naturellement lui donner notre attention nous n’avons pas encore eu le temps de choisir des maîtres et de former des
règlements. Il faudra du zèle et du dévouement de la part de mon consistoire et des personnes les plus capables de mon Église pour que cette entreprise puisse réussir.
N’ayant qu’un petit nombre d’exemplaires de chaque catéchisme, nous nous sommes cependant avancés jusqu’à faire imprimer à Dieppe 200 exemplaires du premier, avec de petites cartes contenant un
passage de l’Écriture ou des sentences morales qui seront données pour récompenses, que les enfants devront apprendre et dont la rentrée obtiendra de ceux qui les possèderont le don d’un livre
religieux de plus ou moins de valeur selon leur nombre
Selon Daniel Robert, cette lettre a été précédée d’autres lettres datées du 9 au16 août 1814 adressée par Cadoret à la LMS (Société Missionnaire de Londres) dont il a été toute sa vie durant
secrètement l’agent (la LMS le soutiendra financièrement) (Daniel, ROBERT, PUF, 1961, p. 244, note n° 4).
Ces courriers attestent l’antériorité de l’initiative du pasteur de Luneray.
Comment comprendre l’absence de Cadoret lors de la fondation de la SED ?
Première curiosité
Cependant, il est étonnant de ne pas trouver le nom de Cadoret associé en 1852, à ceux des membres fondateurs de la Société des Écoles du Dimanche. Jean-Paul Cook, fer de lance de la SED ne cite
jamais Cadoret. Il donne bien l’impression d’ignorer son existence. En effet, dans un premier essai de statistique, daté 1854, Cook ne cite pas d’école en Seine-Maritime, Luneray lui est
inconnue, alors que le Gard, la Drôme et Paris remportent la palme des régions au plus grand nombre d’écoles du dimanche. Cela dit, Cook omet au moins les Vosges, alors qu’un article sur
l’école du dimanche de Rothau était publié en 1852 !
Mais là encore Cook est conscient de ne pas publier un catalogue exhaustif des écoles. Par la publication de ces statistiques il lance plutôt un appel au peuple pour compléter et corriger
cette première liste :
Nous allons publier les noms des localités où elles se trouvent, dans l’espérance que nos lecteurs voudront bien nous faire connaître les erreurs ou les omissions qui se trouvent dans ce
catalogue, et nous espérons pouvoir ainsi arriver peu à peu à une estimation approximative, sinon tout à fait exacte, du nombre des écoles du dimanche en France, et de leur répartition sur tout
le territoire. (Jean-Paul, COOK, « Nos Écoles du Dimanche, premier essai de statistique », in MagED, Paris, Meyrueis, 1854, p. 148)
Les silences de Cook ne sont pas nécessairement des indices sûrs.
Deuxième curiosité
Une autre curiosité est à signaler : le fils du pasteur Louis Daniel Paumier (1789-1865), Louis Henry (1820-1899) n’évoque pas la figure de Cadoret. Louis-Henry né à Rouen ou son père
Louis-Daniel était pasteur à Saint-Antoine dès 1813, à Rouen. Dès 1816 il assurait la présidence du consistoire. Louis Henry fut secrétaire du Comité de la Société des Écoles du Dimanche
française qu’il représente en 1862 à la Conférence de Londres. Il a été pasteur à Mantes (1847-1850) et à Plaisance (1850-1899) et il est cité en référence par Laurent Samuel Cadoret dans sa
thèse soutenue à la Faculté de théologie de Montauban. Nous n’avons jusque-là par exemple pas même trouvé d’article de nécrologique dans les publications de la SED concernant le décès de Cadoret
dans les publications de la Société des Écoles du Dimanche ou Louis Henry Paumier était engagé.
Troisième curiosité
Une autre curiosité est à relever : lorsque Cook fonde la Société des Écoles du Dimanche, il a pour soutien le pasteur Auguste Laurent MONTANDON (1803-1876). La carrière pastoral de celui-ci l’a
conduit en 1828 à exercer le ministère à Luneray. N’y avait-il alors plus de trâce du travail de Cadoret ? D’après le répertoire statistique des activités des Églises Réformées en France, édité
en 1828 par le pasteur Alexandre SOULIER, si l’on dénombrait deux Écoles du Dimanche à cette époque à Rouen, il n’y en à pas à Luneray, ou est en revanche signalée « une école primaire, ancienne
méthode »( Alexandre, SOULIER Statistique des Églises réformées de France, Paris, Servier, 1828, p. 138).
Quatrième curiosité
Le pasteur Daniel Lardans dans « La Réforme à Luneray : 1557-1957 Conférence prononcée au Temple de Luneray le 15 Juin 1957, lors du IVe Centenaire de la fondation de l’Église » (SHPF n° 24320,
p. 24) ne cite Cadoret qu’en épilogue, pour lui emprunter un paragraphe de son discours prononcé à l’occasion de l’inauguration du temple le 6 Septembre 1812. Pas un mot des écoles du dimanche,
pas un mot signalant l’Église de Luneray comme pionnière en ce domaine. L’accent porte en revanche sur les persécutions les actes héroïques des premiers Réformés.
Tentatives d’explications
• La mémoire de Cadoret a-t-elle été oubliée, pour cause de tensions théologiques ?
Selon Daniel Robert, Cadoret quitte Luneray en 1819 laissant la charge pastoral « avec regret » au fils d’un ancien pasteur de Luneray : Jean Réville qui « avait acquis à Genève des idées
différentes des siennes ». MONTANDON est qualifié de pasteur libéral , par Roland Gennerat, sur son site consacré aux pasteurs de l’église réformée de France. Or Cadoret est qualifié de pasteur à
la tendance whitefieldienne (Daniel, ROBERT, PUF, 1961, p. 41, note n° 3). Il va être un ami très proche du missionnaire méthodiste, puis pasteur Réformé à Bolbec Pierre du Pontavice
(1770-1806).
Les tensions (c’est en 1818, lors de la nommination du successeur de D. Encontre à la chaire de dogmatique à la faculté de théologue Protestante de Montauban, qu’un premier conflit sérieux éclata
où les partisans de la « théologie du Réveil » essuyèrent un « sérieux échec ». Daniel, ROBERT, Les Églises Réformées en France (1800-1830), Paris, PUF, 1961, p. 387ss.) entre pasteurs du Réveil
et pasteurs libéraux ont-elles pu contribuer à faire oublier Cadoret voir réduire les premiers débuts de son travail à néant ? Déjà en son temps, Cadoret dût essuyer l’opposition de protestants
de sa communauté, peu favorable à une prédication trop directe.
Cependant, Jean-Paul Cook (1828-1886) qui initie la première revue des Écoles du dimanche en France, surnommé par Surnomé par Henry Paumier « l’ami le plus dévoué, le plus infatigable de notre
œuvre, celui qui n’a cessé jusqu ‘à sa mort de la servir, par sa plume, par sa parole, par ses visites aux Églises comme agent missionnaire » (JED, Paris, SED, 1893, p. 467.), était pasteur
Méthodiste, formé en Angleterre et à Lausanne. En outre il était le fils aîné du missionnaire anglais Charles Cook (1787-1858), venu en France en 1818 à Caen (Charles, BOST, Histoire des
Protestants de France, Carrières-sous-Poissy, 1996, p.213ss), d’une part pour évaluer les progrès du Réveil en France et en Suisse (Alice, WEMYSS, Histoire du Réveil 1790-1849, Paris/Lausanne,
Les Bergers et les Mages/Ale, 1977, p. 130.), d’autre part non pas pour implanter le méthodisme wesleyiens dans le Midi de la France comme l’affirme Alice Wemyss, mais pour comme l’atteste Bost,
pour « vivifier » l’Eglise Réformée.
• Faut-il pencher vers une prééminence des pasteurs parisiens sur les provinciaux ?
Remarquons que les pasteurs engagés dans le comité qui dirige la Société des Écoles du Dimanche sont essentiellement parisiens, les pasteurs de provinces sont moins en point de mire, or, il faut
rappeler qu’après la rurale Luneray, Cadoret accepte un poste dans la Somme en 1820, puis rejoint l’Isère ou son fils est pasteur. C’est là qu’il passe ses dernières années après avoir
démissionné en 1854 de ses fonctions pastorales.
Il est nécessaire de rappeler ici qu’à l’époque ou se développent les Écoles du dimanche en France, après 1814, les articles organiques promulgués en 1802 par Napoléon Bonaparte, contraignent les
Églises Réformées à s’organiser au niveau régional. Leur champ de compétence est limité à la zone géographique du consistoire, c’est-à-dire une région ou l’on dénombre jusqu’à 6 000 protestants.
Les rapports des Assemblées Générales de la SED font essentiellement mention de représentant pariens. Si Cook ne manque pas de préciser que l’organe reliant les Écoles entre elles n’était pas les
Églises locales mais la Société des Écoles du Dimanche, tout en affirmant l’attachement aux Églises protestantes, c’est entre autre de pouvoir justifuer d’une organisation de coordination
nationales qui ne soient pas soumises aux prérogatives des articles organiques qui aussi ne reconnaissaient que les Églises Réformées et Luthériennes de la Confession d’Augsbourg.
• Le facteur de l’âge entre-t-il en compte ?
Lorsque Jean-Paul Cook vint au monde en 1828, Cadoret a déjà 58 ans (âge auquel meurt Cook 1828-1886 !), cela fait 14 ans qu’il a fondé une première École du dimanche à Luneray.
Lorque la Société des Écoles du Dimanche est créée en 1852, Cadoret né en 1770 est un vénérable octogénaire. Il a alors 82 ans et est à deux ans de démissionner de son poste à Amiens. Il décède
neuf ans plus tard à l’âge de 91 ans.
Si ce facteur est à considérer, il est cependant légitime de s’interroger, pourquoi Laurent Cadoret n’a-t-il pas fait de grands efforts pour cultiver les liens et encourager la SED par ses écrits
?
Une pièce utile au dossier est versée par Jean-François Zorn. Celui-ci en évoque aux débuts du mouvement la méfiance qui a été nourie vis-à-vis des influences étrangères, le styles de cantiques
anglosaxon en particulier, mais aussi l’engagement des femmes dans ce dispositif. Il discerne là les raisons principales qui ont pu contribuer à presque faire avorter le jeune mouvement en 1828
(Jean-François, ZORN, « Un mouvement catéchétique contemporain : les Écoles du Dimanche », ETR, 71e année, 1996/3, p. 384), et considère l’action de Cook presque comme une renaissance du
mouvement qui allait s’éteindre.
• Le contexte social difficile en France.
La révolution de 1830, « les trois glorieuses », n’a pas contribué à faciliter les relations !
Conclusion
Ces constats nous permettent de conclure que si Cadoret a probablement été le premier à chercher à fonder une École du Dimanche en France, son initiative à Luneray a été de courte durée et n’a
pas été l’origine d’un large déploiement du mouvement en France.
Tout en affirmant que Cadoret était convaincu d’ouvrir la première école du Dimanche de France, Daniel Robert propose à partir de la source méridionale, la création d’écoles du dimanche dans le
midi, de façon parallèle et sans liens directes avec celle fondée en Seine-Maritime. Le contexte géographique et communicationnel bien différent du notre aujourd’hui dans cette grande France
rurale (et la communauté de Lunarey était rurale ) ou les protestants étaient fort disséminés, rend cela crédible. Quant aux liens avec l’Angleterre (Martin et Cadoret en avaient), pour des
raisons politiques , la discrétion s’imposait
Par contre [dit Robert], une tradition méridionale (Arch. du Christ., t.I, (1818), p.360, ignorant Cadoret, cite comme la première école du dimanche celle de Petzi aux environs de Montoban (Petzi
mourut à la fin de 1817), puis celle de Pascal aux Vans, Ardèche. Dès 1818, il existait une notice donnant des conseils, due au pasteur Chabrand (Toulouse) (Daniel, ROBERT, PUF, 1961,p. 436, note
n° 3).
Cook plus familier du Midi, aurait donc pu ignorer ce que vivaient les Église du pays de Caux. Les incessants appels aux lecteurs des publications de la SED, montrent à la fois un souhait
d’unifier les informations les plus exhaustives possibles et la difficulté que cela représentait à l’époque. Mais à l’époque ou Cook cherche à donner un nouvel élan au mouvement, que restait-il
des toutes premières initiatives ?
Qu’il y ait eu une fondation d’Écoles quasi simultanément dans le midi et en Normandie, sans stratégie d’implantation très structurée, paraît fort vraisemblable. Cependant parmi ces précurseurs :
ni François Martin fils (le père est déjà mort lors de la création de la SED), ni Cadoret ne sont engagés dans les débuts de la Société des Écoles du Dimanche, qui furent plutôt Coocksienne puis
Parisienne avec Auguste Laurent Montandon, Louis Henry Paumier, Matthieu Lelièvre, Monod…
La fondation et le développement des premières Écoles du Dimanche en France n’a sans doute pas suivi un itinéraire aussi « linéaire » et structuré, que ce que l’Angleterre a pu connaître à la
suite de Raikes et de ces coéquipiers. Les pasteurs français ont peut-être trop travaillé en solitaire, imprégnés de leur culture individualiste, de psychologie de groupe minoritaire et persécuté
mais surtout évoluant sur un territoire très vaste et rural, aux communications difficiles, et aux méfiances nourries vis-à-vis de l’Angleterre. Au-delà des conflits personnels régionaux, les
tensions théologiques aussi pu générer des difficultés relationnelles ne facilitant pas, les communications déjà techniquement complexes, bien qu’au tout début, l’aile « orthodoxe » ait été
majoritaire jusqu’à la Faculté de Montauban, ou Haldane s’était rendu.