Samedi 12 avril 2008
1.2. Laurent Cadoret (1770-1861), Que sait-on de lui ?

1.2.1. État civil

Celui que Frank Puaux , ancien élève de l’École du Dimanche de Luneray, n’hésite pas à surnommer « l’Apôtre des Églises de Normandie » : le pasteur Laurent Cadoret  , est un breton, fils d’un armateur de Saint-Brieuc, sa mère était Isrlandaise. Il est le toisième de trois jumeaux . Il est né le 30 juin 1770 à la Havane (Cuba) au sein d’une famille catholique, meurt en 1861 à Mens en Isère (38) ou son fils est pasteur (de 1831-1865).
Laurent Cadoret a sept ans lorsqu’il arrive à Nantes pour ses études. Très vite il apprend le décès de son père. A quatorze ans il entre dans la marine.  Lelièvre décrit la suite en ces termes :
Fait prisonnier par un navire Anglais, il fut conduit à Plymouth et interné dans le cantonnement d’Ashburton. Ayant l’autorisation de se promener par la ville, il entra dans une chapelle dissidente et fut tellement frappé de ce qu’il entendit qu’il continua à la fréquenter. Une dame pieuse, remarquant son assiduité, l’invita chez elle, et lui donna le Nouveau Testament et des livres religieux, dont la lecture acheva de l’éclairer. Un peu plus tard, il fit la connaissance de David Bogue, fondateur et directeur de l’École de théologie de Gosport, qui fut pour lui un guide spirituel, plein de sagesse et d’affection.
Marié avant 1802  à Perinne Sorrel (née avant 1789), pendant un bref séjour en France avant de retourner à Gosport pour trois années d’études chez Bogue,  ils ont eux plusieurs enfants : Élisa Aglaé, née le 2 mars 1801 à Saint-Malo (35) et Laurent Samuel  né le 26 novembre 1802 à Gosport en Grande-Bretagne où son père a fait ses études de théologie. Daniel Benoit , dans sa notice introductive aux « lettres inédites de Pierre du Pontavice  à Laurent Cadoret », en remerciant Louise Cadoret de Montmeran et son frère Arthur Cadoret, professeur d’agriculture à Tournon pour les lettres transmises, nous informe de l’identité de deux des petits enfants de Laurent Cadoret. Il évoque aussi cinq lettres écrite par Laurent Cadoret à sa fille Chloé. Lelièvre  désigne Paul Cadoret comme le plus jeune fils de Laurent Cadoret.
Laurent Samuel exercera à son tour le ministère pastoral, consacré en 1829 à Saint-Etienne, il occupe le poste à Mens (Isère) jusqu’à sa mort en 1865.

Dans les « lettres inédites » de Pierre du Pontavice, il ressort une profonde estime pour Mme Cadoret et la vie de famille qui a sans doute servit de mod èle au célibataire du Pontavice en quête d’épouse . La salutation de sa lettre du 16 août laisse entendre une famille aux relations saines et bonne. Nous en livrons un extrait significatif et de l’amitié que du Pontavice portait à Cadoret et de la façon donc il appréciait cette famille :
J’espère que la paix règne toujours, comme disent les Anglais, in your borders et que votre indisposition à ce sujet produit beaucoup de bien ; il me tarde bien d’apprendre que vous êtes aussi entièrement gaillard et bien dispos au milieu de votre petite famille et de votre petit troupeau ; passez-moi ces expressions, cher frère, je ne les dis qu’avec l’effusion de l’amitié et dans le meilleur sens possible.  Car je ne vous souhaite pas la légèreté et la frivolité du siècle, mes souhaits seraient perdus, je sais que vous les rejetteriez avec dédain. Mais je vous souhaite du contentement, de la joie au milieu de votre troupeau et je ne dirai point au milieu de votre petite famille, puisqu’on ne peut pas souhaiter à son ami ce qu’il possède, déjà. Vous ferez, je vous prie, bien mes complients à Mme Cadoret. Embrassez de ma part vos petits enfants et dites à M. Samuel qu’il m’a beaucoup édifié par sa sage conduite. Rappelez-moi au souvenir de votre bonne Manette ; si vous voyez son frère, dites-lui que je suis bien aise qu’il soit arrivé chez lui en bonne santé et que la bidette [la jument qu’il lui a vendue] est excellente .
Cadoret exerce le ministère pastoral jusqu’à l’âge de 78 ans puis se retire à Mens ou se trouvent trois de ses enfants et ou il meurt en 1861.

1.2.2. De la marine marchande au ministère pastorale
C’est après avoir été officier de la marine marchande, qu’il devient pasteur et dans ce cadre l’initiateur du mouvement des écoles du Dimanche en France (Le Ministère de l’éducation Nationale, Fath, Wemyss, Encrevé, Léonard, Vray, Robert) .
Cadoret a cependant un parcours atypique au sein de protestantisme français de son époque.
Léonard rapporte qu’il « avait songé à se faire moine, mais le caractère superficiel du culte tel qu’il le connut, à La Havane le fit s’écrier : Mon Dieu, quand trouverais-je un lieu où l’on te serve, où il n’y ait que quatre murs ? » »
  
  Capturé pendant la Révolution française, il jouit d’une assez grande liberté en Angleterre ou il est interné. Se rendant un dimanche matin à Gosport dans la chapelle du pasteur non-conformiste David Bogue (1750-1825) , il y fut d’abord touché par l’accueil qui lui fut réservé.

C’est là qu’il se convertit et qu’il sera formé au séminaire missionnaire de Bogue , comme l’ont été Robert Morrison (1782-1834), William Milne (1785-1822), missionnaires en Chine. Ce séminaire était à l’époque la filiale de formation privilégiée de la London Missionary Society.
Il a 32 ans lorsqu’il est consacré au ministère à Londres en 1802 . Admis par la suite, sans nouvelle consécration  au sein du collège des pasteurs Réformés Français  en même temps que « quelques hommes d’âge mûr qui n’avaient pas fait d’études régulières [comprendre à Montauban] »  son ministère connu plusieurs difficultés.
Cadoret est d’abord envoyé en France comme agent de la Société Missionnaire de Londres. Toute sa vie durant, secrètement, la LMS  le soutiendra financièrement .





Il a ensuite servi trois Églises Réformées  : en 1804 son premier poste est à Condé-sur-Noireau (Calvados), puis en 1805 il sert l’Église de Luneray (Seine-Maritine) jusqu’à sa démission en 1819, il accepte en 1820 ou 1822  un poste à Amien (Somme) qu’il occupera qu’en 1854 date à laquelle il démissionne, à 84 ans.
Vincent Huyghues-Belrose  rapporte qu’avec Gilles Guillaume Portier, Cadoret a contribué à la finalisation de la Bible en Français et  à la rédaction de l’introduction au nouveau Testament largement diffusé dès 1800 par la Religious Tract Society auprès des prisonnier français et des marinniers.
Frank Puaux, élève de son École du Dimanche, parle de lui comme « d’un chrétien d’un grand zèle, qui avait subi, dès les premières années du siècle, l’influence du réveil anglais. Il a laissé un souvenir vivant dans l’Église qui se réveilla sous l’action de son ministère qui fut en bénédiction à un grand nombre. » . Ses liens avec les « non-conformistes » anglais, associé à son origine non huguenote, vont parfois contribuer à faire de son pastorat un ministère contesté , bien que « beau ministère » selon Émile Léonard .
Si Pierre du Pontavice (1770-1806) et Armand de Kerperdron (1772-1854) étaient devenus wesleyens, Cadoret est qualifié de pasteur à la tendance whitefieldienne . Dans sa prise de défense de Cadoret contre les pétitionnaires qui demandent sa révocation de son poste à Luneray le consistoire récuse que l’on puisse le soupçonner « méthodisme » . L’expression doit être ici comprise non comme « membre de l’Église Wesleyenne », mais comme un sobriquet désignant une forme de piété au prosélytisme et affirmations plus marqués que le l’étaient ceux de la tradition huguenote, ayant eu à vivre sa foi plus familialement, de façon « souterraine » et discrète que cela ne fut imposés aux protestants anglais. On se souvient de Wesley qui prêchait sur les places publiques, et aux appels vibrants à la « conversion ».

1.2.3. Le ministère de Cadoret en France
1.2.3.1. Comme agent de la LMS
Sa première tâche en France, comme agent de la LMS, fut de dresser un état des lieux du protestantisme français. Il met en lumière le manque de pasteur.Bogue décide alors d’envoyer six jeunes anglais pour travailler en France, confiant à Cadoret de les intégrer à ce champ missionnaire. Mais comme le rappelle Alice Wemyss , les Articles organiques promulgués le 18 germinal an X (8 avril 1802), interdisent le pastorat aux étrangers. L’article premier stipule : « ART. Ier Nul ne pourra exercer les fonctions du culte, s'il n'est Français » .
Aussi, la France est atteinte d’une aigue anglophobie. Le Journal des Débats accuse la Mission de Londres ainsi que d’autres sociétés évangéliques de « travailler pour le compte du gouvernement anglais dans le but d’introduire son système politique et… d’établir son influence à l’étranger » .
Une lettre de Clément Perrot datée de 1820 que cite Wemyss  montre l’hostilité des Français pour les Anglais :
J’ai pris beaucoup de soins pour masquer mes rapports avec la Société [de Londres], et je vous supplie de vous montrer extrêmement prudent à cet égard. Sur le continent, les missionnaires étrangers sont toujours pris pour des agents politiques et le clergé romain ne perd pas une occasion pour jeter le discrédit sur les protestants.

1.2.3.2. Pasteur Réformé à Luneray
a. Luneray : le lieu et son rôle historique dans la propagation du protestantisme
Luneray comptait 180 élèves (2e après le Havre : 550, puis suivie par Bolbec : 125, puis  Rouen : 100)
L’Église de Condé fit appel à Laurent Cadoret le 10 juin 1804, alors recommandé par le pasteur de Caen  (Jean-Scipion Sabonadière est à Caen de 1803-1815 ), mais à peine arrivé, en septembre 1805 il accepta l’appel de l’Église de Luneray.

Luneray comptait 1 310 habitants en 1806, 1 588 en 1821 , 2 200 en 1859 , (2 097 en 2004 :). Dans son mémoire « Communauté protestante de Luneray, au XVIIIe siècle de 1623 à 1710 » rédigé en 1995 Isabelle MICHALKIEWICZ  parvient à dresser à partir des actes de baptême, mariage et de décès, une liste de métiers exercés à l’époque à Luneray. Si nous faisons la moyenne des chiffres obtenus à partir de ces trois sources  : plus de la moitié de la population (55, 5%) travaille dans les corps de métier du textile 19, 5% se déclarent cultivateur. Pierre Lheureux voit dans l’agriculture et l’industrie textile « deux sœurs jumelles que l’on ne peut impunément séparer » , les luneraisiens partageant souvent leur temps entre le travail des champs et dans l’industrie textile.Avec 10 % artisan, 9 % commerçant, 3% profession intellectuelle  (médecin, pharmacien, instituteur, ministre), 2 % assure des charges comme celle d’avocat, greffier, militaire, archer au gabelle, capitaine, pilote, arpenteur royal, conseiller du roi… le dernier pourcent restant occupe une fonction de domestique, une large palette de métier est représentée.

Bien que situé plutôt dans l’actuel « pays de Caux », c’est du village de Luneray que s’est répandue la Réforme dans le « petit Caux ». Un rapport du curé Gérard de Hautos, doyen de la doyenneté de Brachy, daté du 24 août 1699 dit ceci :
Le calvinisme qui a commencé dans le petit Caux par les habitants de Luneray sis audit  doyenné, qui trafiquait à Genève du vivant de Calvin, et de là s’est répandu dans tous les bourgs et paroisses voisines, et dans la ville de Dieppe, est partout icy maintenu dans une opiniatreté qui va jusques à inculquer la Religion et l’Etat par des maitres gyromagnes et travestis, qui passent et repassent continuellement, baptisent, marient, et font la cène dans des maisons particulières pù ils ont leurs rendez-vous à certains dimanches, en sorte qu’il n’y a  pas six qui soient rentrés dans l’obéissance de l’Église et du Roy et que tous les dimanches les religionnaires chantent à pleine voix dans leurs assemblées comme s’il étaient encore libres  de leur Prétendue Religion .
Paul Collen nous rend utilement attentive : 15 ans après la Révocation de l’Édit de Nantes, et 150 ans après le début de la Réforme, le rapport qui peut être soupçonné d’être partisan comprend certaines erreurs ou omissions, en particulier la prédication de Jean Venale () dès 1557 à Dieppe, est passée sous silence.

Les premières assemblées clandestines dateraient de 1715, selon le témoignage rapporté par Berthe dont MICHALKIEWICZ  fait l’échos :
Il serait impossible de limiter exactement le temps qui s’écoula entre la révocation de l’Édit de Nantes et les premières réunions des débris de l’ancienne Église de Luneray, mais ce fut certainement avant la mort de Louis XIV, arrivé en 1715, qu’elles eurent lieu. Le grand père d’une femme de quatre-vingt-trois ans, encore existante, et dont la mémoire est aussi sûre que ses idées sont lucides, assistait déjà aux réunions de nuit dans les carrières et dans les bois, et rien ne dit qu’elles fussent les premières. Abraham Vautier, c’était le nom de ce courageux martyr, fut accusé d’avoir assisté à une réunion de ce genre dans un bois, au vallon de Potay, situé dans la plaine de la Gaillarde, et dénoncé à la justice. Deux gendarmes vinrent, à dix heure du soir, le prendre dans son lit et le conduisirent dans la prison de Dieppe, où il mourut .
En 1681, selon MICHALKIEWICZ , « le temple attire sur un rayon d’une dizaine de kilomètres : les 2/3 des protestants qui viennent au temple sont étrangers à la paroisse. »  Entre 1644 et 1653, seulement un habitant sur quatre se déclare catholique.Après la révocation de l’Édit de Nantes le catholicisme gagne du terrain sans devenir majoritaire Entre 1685 et 1710 : 38% de luneraisiens se déclarent catholiques, 62 % nouveaux catholiques (protestants ayant dû abjurer). Bien que 12 % de protestants émigrent durant cette période, « ces départ sont comblés par l’arrivée de nouveaux non catholique pour lesquels Luneray « prend valeur de refuge ».
Martin Bucer (1491-1551), Réformateur de Strasbourg, ne surnommait-il pas la Normandie comme la « Petite Allemagne » « In quadam Normandiae regione adeo multi iam euangelium profitentur hostes coeperint eam vocare paruam Alemaniam »  dans une de ces lettres à Luther datée du 25 août 1530, tant le protestantisme y fut fougueux et militant ?
Robert  nous dépeint les membres de ces Églises de Haute- Normandie surtout composées à l’époque de manufacturiers et de cultivateurs aisés.

b. Cadoret mis en difficulté à Luneray
  Après avoir exercé le ministère pastoral à Condé-sur-Noireau (14) ou il fait connaissance de Pierre de Pontavice  (1770-1806), en 1810,   il accepte la charge de l’Église de Luneray, qui avec les communes avoisinantes comptait alors plus de mille Réformés .
C’est à l’époque de son ministère à Luneray que le temple est reconstruit et inauguré.
Daniel Robert , rapporte trois documents (n° 90 : une pétition contre Cadoret ; n° 91 : la réponse de Cadoret ; n° 92 : la réponse du Consistoire de Rouen) relatifs aux accusations auxquelles Cadoret  du faire face en 1812, soit juste deux ans après la création de la première école du dimanche, à Luneray :
Le 7 juin 1812 , vingt-quatre réformés de Luneray signent une pétition contre le pasteur Cadoret, et l’envoie au Ministre Bigot. L’attache rédigée par les signataires et non les services des Cultes dit ceci :
On demande la destitution de Laurent Cadoret, ministre de l’Église Réformée de Luneray, sectaire anglais, qui par sa conduite scandaleuse, indigne de son ministère, et par ses menées, porte le trouble dans les familles et cherche à altérer la bonne harmonie qui règne entre les Catholique et les Réformés.

La lettre de Bigot concervé à la SHPF dit ceci : :
Paria, le 20 juin 1812
A M. le Président de l’Église Consistoriale de Blosseville à Rouen

 le Président, j’ai reçu une plainte signée de plusieurs habitants de Luneray,- professant le culte Réformé, contre Mr. Laurent Cadoret leur pasteur qu’ils accusent de semer la division et le trouble dans cette commune.
Je vous transmets cette plainte pour que vous preniez connaissance des faits. Vous voudrez bien en me la renvoyant me donner communication des renseignements que vous aurez recyukki et me faire part des mesures que vousaurez cru devoir prendre.
Recevez Monsieur le président, l’assurance de ma considération distinguée.
Le ministre des cultes Le Cte Bigot deprearneuen

Le consistoire de Rouen défend Cadoret dans une lettre signée du pasteur Mordant et du secrétaire du consistoire Brière (avocat général à la Cour Impériale) datée du 9 août 1812  :
Le consistoire juge « absurdes » les imputations de trahison […] cela doit être assimilé à ces grosses injures que des gens mal élevés s’adressent en se querellant. […] Les vrais scissionnaires ne sont réellement que cinq ou six […] enflé d’orgueil, du sentiment de leur richesse relatives.
L’affaire sera classée suite à l’envoie de deux lettre du Préfet ou il exprimait toute l’estime qu’il avait pour Cadoret « homme de bien, père de famille estimable »
Les « chefs d’accusation » de la pétition signée par vingt-quatre signataires :
il [Cadoret] aurait le 10 janvier 1811 fait rencontre du vénérable curé de la paroisse de Lammerville , homme vraiment pieux et d’une conduite rare, dans un carrefour de cette commune, et … se serait permis de le provoquer à toute outrance, et de lui tenir des propos les plus injurieux et les plus calomnieux de tout genre […] il y aurait eu beaucoup à craindre pour la sûreté des Réformés.
dans le courant du mois d’octobre suivant, ce Ministre s’étant introduit dans la maison d’une respectable veuve octogénaire, femme charitable…, il lui proposa de renoncer aux principes religieux qu’elle a reçus de ses pères et des ministres français, … que n’ayant pu la disposer selon ses vues, il se permit de jeter l’épouvante dans son âme, en lui déclarant que si elle n’adoptait ses principes, elles ne pouvait être sauvée, etc. […]
considérant que Sr Cadoret, étant (sic) d’une secte différente de celle des ministres français, et que comme (sic) l’agent d’une nation ennemie jurée de la nôtre, ils se croiraient coupables envers le gouvernement s’ils ne lui donnaient connaissance d’une conduite aussi dangereuse que répréhensible… et attendu que la nomination du Sr Cadoret… est une infraction aux lois du Concordat, ordonner telles mesures que S. Exc. jugera dans sa sagesse nécessaires…
Si Cadoret quitte Luneray en 1822 pour Amiens à cause des tensions entre « évangéliques et libéraux » , ici les accusations si elles évoquent sans doute en toile de fond les orientations « évangéliques » de Cadoret et la piété plus « accommodante » des pétitionnaires, le Consistoire trouvant du reste les prédications de Cadoret  trop dogmatique, mais ce n’est pas cette question qui est mise en avant. S’adressant au Ministre, l’accusation est plus politique : le lien avec l’ennemi anglais , le trouble à l’ordre public.
Dans sa réponse sous serment, Cadoret réaffirme sa foi en conformité à la confession de foi Réformée, et ses choix de croyants non Réformé de naissance. Il replace dans son juste contexte le courtois échange qu’il a eu avec le curé , et explique comment Mme Poulard est venu semé le trouble lorsqu’il visitait l’octogénaire sur demande de ses filles.
Le « baiser de paix » signe de la réconciliation qu’il offrait fut refusée part les plaignants .
Il pourrait peut-être fructueux de chercher à savoir si l’attitude de ces quelques protestants riches de la ville, a un lien avec quelques mécontentement ayant entouré la construction puis l’inauguration du nouveau Temple, le 6 septembre 1812 .

c. Ministère pastoral à Amiens
En 1822, Laurent Cadoret accepte l’appel à servur la communauté d’Amiens. Mais remarquant plus de protestants à l’est d’Amiens qu’à Amiens même, il s’installe d’abord à Vadencourt . Ce n’est qu’en 1840 qu’il se fixe à Amiens .

c. Circonstance de création de la première école du dimanche
C’est d’Angleterre que Cadoret revint avec l’idée de fonder des Écoles du Dimanche, ce qui montre les liens qu’ils continuait toujours à cultiver avec les dissidents anglais. Wemyss précise : « En mai 1814, Cadoret participa à la sainte semaine [ces conventions des différentes sociétés avaient lieu en mai, et étaient dénommées de la sorte], d’où il revint en compagnie de Durell [Henri Le Vasseur, dit Durell (1790-1861], prosélyte comme lui, qui devait l’assister dans son ministère et introduire les écoles du Dimanche encore inconnues en France » .
Robert  ajoute : « La première école du dimanche en France semble avoir été celle du pasteur L. Cadoret à Luneray (Seine-Maritime), ouverte en aût 1814, après un voyage de Cadoret en Angleterre ; du moins Cadoret était bien convaincu d’ouvrir la première […] il était assisté de Durell, plus tard missionnaire, puis pasteur, dans le Hainaut »
Wilfred Monod , suite à un questionnaire envoyé aux pasteurs des Églises Réformées de Normande au tout début du XXe siècles dresse ce tableau statisque :
Il se trouve en Normandue : 28 écoles : 1621 élèves (197 pour la Basse Normandie et 1 424 pour la Haute-Normandie)

1.2.4.Texte fondateurs
1.2.4.1.  La première École du Dimanche à Luneray

L’attestation de la première École du Dimanche en France, fondée par Cadoret à Luneray  , école initiant le mouvement français, est fondée par cette lettre de Cadoret, datée du 23 août 1814 et destinée au pasteur Mordant, président du Consistoire de Rouen, lettre précédent d’autres adressées à la LMS entre le 9 et le 16 août 1814 .
L’institution d’une École du Dimanche pour l’instruction chrétienne des enfants a commencé à se former, mais son organisation n’est pas encore achevée. Le succès même n’est pas certain, quoique le pasteur et les enfants surtout montrent la meilleure volonté. L’École est divisée par classe. Il faudra un comité dont le président sera pris dans le consistoire, des maîtres en proportion du nombre des enfants, des règlements simples et uniformes. Cela n’est pas encore fait. L’ami qui  a été ici deux dimanches, le seul temps qu’il avait à nous donner, s’est principalement employé, les enfants réunis, à nous faire connaître une marche à suivre pour la prospérité d’une telle institution et des procédés d’enseignement à mettre en usage éprouvés depuis dix ans et qui ont obtenu le plus grand succès parmi nos frères en Angleterre. Devant naturellement lui donner notre attention nous n’avons pas encore eu le temps de choisir des maîtres et de former des règlements. Il faudra du zèle et du dévouement de la part de mon consistoire et des personnes les plus capables de mon Église pour que cette entreprise puisse réussir.
N’ayant qu’un petit nombre d’exemplaires de chaque catéchisme, nous nous sommes cependant avancés jusqu’à faire imprimer à Dieppe 200 exemplaires du premier, avec de petites cartes contenant un passage de l’Écriture ou des sentences morales qui seront données pour récompenses, que les enfants devront apprendre et dont la rentrée obtiendra de ceux qui les possèderont le don d’un livre religieux de plus ou moins de valeur selon leur nombre

1.2.4.2. Le Baron de STAEL (1790-1827), Henri LUTTEROTH :
Texte fondateur du comité pour l’encouragement aux Écoles du Dimanche
 
Le baron August de Stael    Le baron August Staël-Holstein, fils aîné de « Mme de Staël » femme de lettre et fille du banquier protestant suisse, deveni ministre des finances en France : Jacques Neker
Lutteroth était éditeur et publiciste.


Circulaire nominative

COMITÉ
pour
L’ENCOURAGEMENT DES ECOLES
DU DIMANCHE

Paris le 1er mai 1826
M

On ne saurais se dissimuler que l’enseignement élémentaire est encore loin d’être devenu général en France, et que, par cela même, l’instruction religieuse n’a pu jusqu’à présent, recevoir parmi nous toute l’extension désirable. La population protestante n’est point étrangère à ces inconvéniens qui se font sentir dans la plupart des départemens. Il s’en faut de beaucoup que la jeunesse de nos églises soit instruite comme il serait utile qu’elle le fût : quoique le zèle des pasteurs ait opéré à cet égard quelque amélioration, ce qui a eu lieu ne peut suffire, et des mesures sérieuses doivent être prises pour éviter de plus grands maux. La prédication de l’Évangile est le grand moyen indiqué par la Sagesse éternelle pour la conversion et le salut du monde ; elle produit journellement d’admirables effets sur les hommes en état de la comprendre ; mais comme les discours de nos pasteurs ne sauraient être proportionnés à l’intelligence de tous les âges, ils ne peuvent avoir sur les enfants la même influence que sur les adultes ; cependant les agneaux du troupeau demandent aussi les soins du berger, et c’est pourquoi, dans les premiers siècles chrétiens, des catéchistes étaient chargés de les instruire. Cet exemple mérite d’être suivi et il nous semble essentiel de diriger d’une manière particulière l’attention des pasteurs et des fidèles vers les écoles du dimanche, qui ne sont encore que peu connues, et qui n’existent qu’en petit nombre en France. Ces institutions sont très répandues en Écosses, en Angleterre, aux Etats-Unis et dans diverses contrées où les missionnaires chrétiens ont introduit l’Évangile et formé des Églises. Partout elles ont produit un grand bien : non seulement une multitude d’enfans doivent leurs premières impressions religieuses à l’instruction qu’ils ont reçue dans ces écoles, mais encore c’est là qu’ont commencé leur carrière, d’abord comme élèves, puis comme instituteurs, tant de fidèles ministres de la Parole et de zélés missionnaires, qui maintenant travaillent avec succès dans une sphère plus étendue.
Les leçons qui se donnent le dimanche doivent nécessairement, tant par le choix des sujets que par la manière dont ils sont traités, être aussi religieuses que possible ; il ne faut pas que, comme celles des autres jour de la semaine, elles se rapportent à des intérêts passagers et temporels, mais que, participant à la sainteté du jour du Seigneur, elles soient uniquement relatives à des intérêts spirituels et éternels. Elles seront pour les enfans ce que le culte public est pour les hommes faits ; la religion de l’Évangile en sera la base : on s’occupera de la Parole de Dieu, des divines vérités qu’elle enseigne, des préceptes admirables qu’elle contient, de l’influence régénératrice qu’elle exerce ; on exhortera les élèves à la lire ; on la lira avec eux, et c’est de cette manière que seront surtout remplies les heures des leçons. Mais il est beaucoup d’enfans qui ne savent pas lire, et que les travaux auxquels leur pauvreté les assujettit durant la semaine, empêchant de fréquenter les écoles primaires, en sorte que le Livre Saint, qu’il s’agit surtout de faire connaître aux hommes, resterait fermé pour eux si l’on ne se hâtait d’y pourvoir.Il sera donc nécessaire de former dans chaque école une division séparée des enfans de cette classe, afin de leur enseigner à lire, et de les mettre à même d’étudier la Révélation de leur Dieu : ce sera seconder efficacement la plupart des Sociétés religieuse de France, dont l’influence est extrêmement circonscrite par l’ignorance qui règne dans les campagnes. La Société Biblique et la Société des Traités ne peuvent agir que proportionnellement au nombre de lecteurs. Ce sera augmenter l’influence de ces Sociétés que de former dans les écoles du dimanche des personnes capables de profiter de leurs publications Faciles à établir, modeste dans leurs prétentions, ces écoles ont cependant des obstacles à vaincre, quelquefois leurs organisation est arrêtée, parce qu’on ignore la manière de les diriger, ou qu’on ne possède pas les livres nécessaires ; quelquefois aussi parce que le loyer ou la disposition d’un local convenable exigerait des frais auxquels on ne peut pourvoir ; plus souvent encore parce que l’on ne se sent pas secondé, et qu’on aurait besoin d’être excité par des conseils ou des exemples. De nombreuses communications nous sont parvenues à cet égard ; et ceux d’entre nous qui ont visité les églises des départemens, ont pu se convaincre que l’on y désirait vivement qu’il se formât à Paris un Comité central, d’où pussent partir des directions et des encouragements. Un Comité de ce genre vient de se former, et il a arrêté que ses travaux reposeraient sur les bases suivantes :
1°. Le but du Comité est de provoquer et d’encourager, dans les Églises réformées de France, avec l’assistance divine, la formation d’écoles du dimanche ; à cet effet, il correspondra avec les personnes qui désireront s’occuper de cette œuvre ; il imprimera et vendra à prix réduits les alphabets, les manuels et les livres de tout genre, nécessaires à ces écoles ; il donnera, lorsque ses ressources le lui permettront, des secours pécuniaires à celles qui ne pourraient subsister par elles-mêmes.
2°. Le Comité recueillera des enseignemens sur les écoles du dimanche déjà existantes ; il reconnaîtra quelles sont les localités où il en manque encore, et il avisera aux moyens d’en former.
3°. Le Comité donnera à son plan toute la publicité nécessaire pour le faire réussir ; il accueillera avec reconnaissance les dons qui lui seront faits, et sans lesquels il ne pourrait atteindre le but qu’il se propose, ni se livrer aux travaux indiqués dans l’articles 1er, qui exigent des fonds assez considérables.
Ne doutant pas de l’intérêt que vous prenez à l’instruction religieuse et élémentaire, qui est si intimement liée avec le bonheur des individus et la prospérité des peuples, nous nous empressons de vous communiquer ces projets et de solliciter en leur faveur votre généreuse et active coopération.

Nous avons l’honneur, M.                   , de vous saluer.

                AU NOM DU COMIÉ

            Le Baron de STAEL, Président provisoire ;
            Henri LUTTEROTH, Secrétaire provisoire.


P.S. Les Réponses doivent porter l’adresse suivante : A M. Le Président du Comité pour l’Encouragement des Écoles du Dimanche,  rue de l’Oratoire, n°6, à Paris.


à suivre...
Par A R - Publié dans : Ecoles du Dimanche
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