Lundi 16 avril 2007 1 16 /04 /2007 10:31

William Carey
(1761-1834)
“ Père des Missions modernes ”
et l'équipe à l'origine de la première mission baptiste

Attendez de grandes choses de Dieu ;
entreprenez de grandes choses pour Dieu

(Es 54.2-3)


 
    2.2.4. Départ en deux étapes
C’est le 4 avril 1793 que William Carey, son fils Félix et le docteur Thomas, embarquent pour les Indes. Le Earl of Oxford doit attendre 6 semaines au large pour former un convoi car l’on craint alors les corsaires français ! Entre temps, un créancier exige de Thomas 100 livres avec la menace de le faire arrêter. Puis arrive une lettre anonyme adressée au capitaine du navire, l’avertissant des risques qu’il encoure à emmener des passagers non agréés pas la Compagnie des Indes agrément que n’ont ni Carey ni Thomas ! Harassé, le capitaine fait débarquer les missionnaires.

Ce contre-temps permet à William de retrouver sa famille que la naissance d’un quatrième fils vient d’agrandir. Grâce à ses relations, Thomas trouve un autre bâteau qui bat pavillon Hollandais, le Kron Princessa Maria, et qui appareille le 13 juin 1793. A force de persuasion, la femme de William accepte d’embarquer avec sa famille pour “ suivre ” son mari, à la condition que sa sœur, Catherine Plackett, soit aussi du voyage. En une semaine, les bagages doivent être bouclés ! Les missionnaires arrivent dans la baie de Calcutta le 11 novembre 1793. Mais il est interdit de séjourner en Inde sans la licence de la Compagnie des Indes et les passagers non autorisés sont donc transbordés sur de petites embarcations indigènes.

    2.3. Troisième étape : vie laborieuse, labours et semailles, 1793–1800

    2.3.1. Carey planteur à Daharta pour subvenir aux besoins quotidiens



Les six premières années sont particulièrement éprouvantes. Les missionnaires, partis avec une réserve financière devant leur permettre de vivre un an, constatent que leur caisse est vide au bout de 10 semaines. Le Dr Thomas s’avère être un piètre gestionnaire qui s’enlise dans les dettes…
 




A Calcutta, il trouve assez vite du travail comme chirurgien, mais la situation est plus difficile pour William Carey: son espoir de travailler comme gardien du jardin botanique ne se concrétise pas, quelqu’un d’autre étant finalement embauché à sa place.
C’est alors que Carey entend parler de lopins de terre à cultiver. Il part donc s’installer en pleine jungle à Daharta, à 60 km de Calcutta. Il lui faut 3 jours de bateau pour y arriver et, en route, il apprend qu’une vingtaine d’hommes viennent de servir de festin aux tigres, nombreux dans cette région.
C’est là que Catherine Blackett, la sœur de Dorothy Carey, épouse M. Short et s’installe dans son foyer.

    2.3.2. Dorothy Carey tombe malade
Le changement, la disette, la vie difficile, l’angoissante crainte des dangers et l’isolement (le premier courrier d’Angleterre leur parvient après 14 mois)… rongent de plus en plus Dorothy. En réalité, elle ne s’adaptera jamais à ce pays. Très vite elle tombe malade : atteinte de folie grave , elle doit être internée à plusieurs reprises. Pour garder son équilibre et compenser sa souffrance, Carey s’adonne sans compter à sa grande passion: le travail de traduction de la Bible et la prédication de l’Evangile dans les langues locales. Certains ont dit de John Wesley  que son échec conjugal avait été l’une des raisons de son zèle inlassable de prédicateur de l’Evangile dans toute l’Angleterre… peut-être peut-on faire un rapprochement de ce genre pour William Carey…

    2.3.3. Carey gérant d’une usine d’Indigo à Mudbatty, décès du 3° fils, tensions avec Londres
Carey accepte finalement un poste de gérant d’une usine d’indigo à Mudbatty, ce qui rend la situation financière de la famille plus viable. Puisqu’il touche désormais un salaire, Carey demande à Londres l’envoi d’autres missionnaires financés grâce aux fonds prévus initialement pour lui. Mais à Londres, on s’indigne en apprenant que le missionnaire est devenu indigotier: a-t-on envoyé des missionnaires en Inde pour prêcher l’évangile ou pour faire du business ?! C’est à cette même époque qu’une dysenterie foudroyante emporte Pierre Carey, le 3ème fils de Carey alors âgé de 5 ans.

    2.3.4. Semailles et temps de préparation
Pourtant, à côté de son travail, Carey prêche et ouvre une école pour les enfants pauvres;  mais ceux-ci, devant travailler tôt, ne persévèrent pas dans les études… Il traduit aussi le Nouveau Testament en bengali…
Toutefois, au bout de 6 ans de présence en Inde, il n’y a toujours aucun converti. Seul un portugais est baptisé en 1796. Il y a bien eu un catéchumène Hindou, Fakeer, mais le 25 novembre 1800, il disparaît, sans doute séquestré par ses proches.
C’est à cette époque que l’usine d’indigo, “ battant de l’aile ”, doit fermer. Carey décide alors de se mettre à son compte et demande à Londres d’envoyer 7 ou 8 couples missionnaires auxquels il offre de travailler comme auxiliaires dans son entreprise. Mais les foudres de Londres ne manquent pas de l’atteindre à nouveau !

    2.4. Quatrième étape : vie d’équipe, enracinement et croissance de l’Eglise, 1800-1827

    2.4.1. L’arrivée de coéquipiers, formation du “ trio de Serampore ”

Quatre missionnaires arrivent enfin pour renforcer l’équipe. Mais une forte fièvre emporte rapidement l’un d’entre eux, Grant. Brunsdon, lui aussi, disparaît rapidement. Quant à Miss Tiffy venue pour épouser John Fountain (1767-1800) envoyé précédemment pour épauler Carey dans la prédication et travailler à la traduction de l’Ancien Testament en Bengali, elle se retrouve veuve après neuf mois de mariage ! A la même époque meurt également John Thomas, le chirurgien avec lequel la famille Carey avait embarqué.
 











W. Carey, le linguiste     W. Ward, l’imprimeur     J Marshmann, l’instituteur

Restent à Serampore, William Ward (1764-1823), imprimeur d’expérience de 36 ans, et Joshua Marshmann (1768-1837), instituteur autodidacte de 32 ans, un temps ouvrier dans une maison d’édition puis chez un tisserand, marié à Hannah et père de deux enfants. Ils vont former avec Carey le trio de Serampore. L’amitié profonde et sincère qui unit ces trois hommes, leur dévouement sans partage pour la même cause, la qualification de chacun et la judicieuse définition des tâches permettant à chacun des initiatives spécifiques, vont constituer les éléments stratégiques essentiels au démarrage et à l’expansion de l’œuvre.

    2.4.2. L’établissement à Serampore et les nouvelles institutions
      Pourtant, les choses semblent plutôt mal commencer lorsque débarquent les nouveaux missionnaires. En dépit des recommandations contraires de Carey, ils se déclarent à leur arrivée ouvertement “ missionnaires ” auprès des autorités Britanniques.
Les tracasseries administratives qui s’ensuivent les empêchent alors de rejoindre Carey pour travailler dans son entreprise.
Ce concours de circonstances amène Carey à accepter, non sans hésitations, de s’installer à Serampore, petite enclave danoise non loin de Calcutta, où il arrive le 10 janvier 1800 avec sa famille. C’est là que le travail va très rapidement prendre un grand essor.

Le savoir faire de Ward permet d’ouvrir une imprimerie où seront fondus les premiers caractères pour l’édition de Bibles, grammaires, dictionnaires, livres scolaires en langues vernaculaires. En 31 ans, l’imprimerie produira 212 000 volumes dans plus de quarante langues, et ce malgré les lourdes pertes consécutives à un incendie qui détruit l’imprimerie le 12 mars 1812 ! Felix Carey, qui connaît parfaitement le bengali, assiste Ward dans le lancement de cette entreprise à but lucratif. Le fils aîné de Carey a alors 15 ans.

     
Joshua et Hannah Marshman, quant à eux, vont ouvrir des écoles et des internats. Touchant d’abord les enfants des colons, ces écoles constituent une autre source de revenus pour la Mission. Mais l’instruction est également offerte aux Indous les plus pauvres, et, fait nouveau, aux filles, pour lesquelles des écoles sont spécialement créées. En 1837, on compte dans la région cent trente écoles de garçons et vingt-sept écoles de filles. La traduction de la Bible en Chinois, menée à bien par Marshman, n’est pas, hélas, une réussite linguistique.

Voici comment Robert Farelly décrit la journée type du “ trio de Serampore ”: “ Lever à 6 h du matin, de 7 h à 8 h travail pour l’un à l’imprimerie, l’autre à l’école et pour Carey au jardin ! A 8 h tous se rassemblent pour un culte un commun et un déjeuner, avant de reprendre le travail, pour Carey : la traduction. De 12 h à 15 h, repas, bain, lecture, sieste. A 15 h, reprise des travaux, études des langues… Le soir, prédication dans les rues, culte, prière… Carey prêchant cinq à six fois par semaine. ”

    2.4.3. Stratégie missionnaire

Ce sont les prédications en plein air et en langue locale qui sont les plus prisées, prédications où le public a la liberté de poser des questions auxquelles le prédicateur répond au fur et à mesure.
     
La traduction de la Bible dans les langues régionales est un autre axe important de la stratégie missionnaire de William Carey.

       
Sous sa responsabilité, l’Ecriture, en totalité ou en partie, est traduite “ en quarante-quatre langues et dialectes différents ” .


Le développement agricole et, grâce à John Thomas, l’action médicale, n’ont pas été laissés à l’écart par les premiers missionnaires, même si ces actions découlent plus au départ de l’obligation de gagner le pain quotidien que d’une stratégie calculée pour gagner les populations à l’Evangile. Cela dit, Krishna Pal, le premier baptisé hindou, est entré en contact avec l’Evangile par l’intermédiaire de John Thomas, suite à une épaule démise…  
 




Le 3ème axe est représenté par L’instruction de la population, la scolarisation des enfants, la formation de pasteurs, avec un accent tout particulier sur l’étude des autres religions, afin d’en mieux démontrer les erreurs face à la foi chrétienne.


 




collège de Sérampore  
 
    2.4.4. Les premiers baptêmes, le développement de l’Eglise
 
Baptême de Krishna Pal   


C’est le 28 décembre 1800, que Krishna Pal, homme de la caste des charpentiers, est baptisé dans le Hoogli (affluent du Gange). Il est le premier hindou à passer par les eaux du baptême. Ce jour-là, Félix, le fils aîné de Carey, est aussi baptisé. En 1802 les premiers brahmanes se convertissent. En 1804, quarante-huit baptisés de différentes castes sont membres de l’Eglise En 1806 ils sont une centaine.
 


En 1812 l’œuvre déborde Serampore, douze stations se développent dans la région. Il y a près de six cents baptisés en 1818, et une trentaine de stations en 1834
          

        
prédicateur local                                                                         baptêmes

    2.4.5. Impact sur la société
Le travail missionnaire joue un rôle important dans au moins trois domaines de la vie sociale du pays :

            2.4.5.1. Le système des castes

       










Au sein de la communauté chrétienne, le cloisonnement imposé par le système des castes tombe. Lorsque Krishna meurt, il est porté en terre par Joshua Marshman, Félix Carey, Bhairub, un brahmane, et Peroo, un mahométan, tous deux convertis.
En 1802, la fille de Krishna Pal épouse l’un des premiers brahmanes chrétiens, union illégale pour la coutume traditionnelle !

            2.4.5.2. La coutume du sacrifice d’enfants & du “ sâti ”

A l’époque, la Compagnie des Indes interdit aux étrangers d’interférer dans les coutumes locales, aussi abominables soient-elles.

      La connaissance que possède Carey du sanscrit lui permet cependant de sonder les textes sacrés, et il découvre que le sacrifice d’enfants n’y est jamais ordonné. Cette pratique, courante, n’était en fait qu’une coutume populaire.
Elle peut donc être abolie par décret.
Le “ sâti ”, l’immolation des veuves sur le bûcher funéraire de leur défunt mari, n’est abolie par la loi qu’en 1829. L’approche est ici la même que pour la question des sacrifices d’enfants : l’étude des textes sacrés hindous permet de démontrer qu’ils n’imposent aucunement cette pratique.
 
            2.4.5.3. Le développement de la culture et des langues asiatiques
La traduction anglaise de textes anciens fait connaître la littérature ancienne et l’édition de grammaires et de dictionnaires permet la pérennisation de nombreuses langues.
Orientaliste reconnu, Carey est nommé “ professeur conférencier ” (seul un anglican pouvait être nommé professeur !) au collège de Fort-William, qui forme les jeunes fonctionnaires britanniques envoyés pour servir dans l’administration.
En 1818 Carey crée une “ Ecole d’enseignement supérieur de littérature orientale et de science européenne ” où il encourage l’étude comparative des religions
En 1990, 2 750 étudiants se formaient encore dans cette université.

    2.5. Cinquième étape : passage de relais difficiles, 1827-1834

    2.5.1. Le conflit au sein de l’équipe missionnaire
    
Depuis son départ d’Angleterre, Carey n’est jamais retourné cultiver des liens sur place.
Un tournant important va être pris lorsqu’en 1815 meurt son ami Andrew Fuller. Les nouveaux responsables qui dirigent la Mission ne l’ont jamais rencontré. En revanche, ils connaissent les jeunes missionnaires qui se plaignent des exigences démesurées que font peser sur eux les vétérans qui, peut-être, ont oublié qu’ils n’étaient pas aussi efficaces à leurs débuts qu’après trente ans de ministère !…
Du reste, faut-il nécessairement être “ un bourreau de travail ” comme se l’imposent Marsman et Carey ? Faut-il nécessairement vivre la communauté de biens même lorsque le nombre de familles missionnaires s’accroît ?
Les investissements dans lesquels s’engagent les missionnaires sans le consentement de Londres font germer les craintes. Des plaintes font peser des soupçons sur une comptabilité que les nouveaux administrateurs londoniens ne trouvent pas assez détaillée. Des enquêtes sont exigées... Ces tracasseries agacent Carey, qui n’a jamais gardé pour lui plus que le nécessaire, qui n’a jamais eu de quoi pouvoir s’acheter même un cheval !

En 1818, les jeunes missionnaires, n’en pouvant plus, décident de fonder une nouvelle Association et de s’installer à Calcutta.
Carey les accuse d’être schismatiques et de vouloir concurrencer le travail à Serampore. L’incompréhension et la jalousie larvée des vétérans face à la détermination des jeunes au caractère bien trempé comme leurs aînés va conduire... à la rupture institutionnelle.

      
 















   2.5.2. Rupture avec la société missionnaire en 1827
En 1823, Ward meurt subitement du choléra et Carey en est profondément affecté. En 1825, c’est Félix, son fils aîné, qui meurt, un an après Lady Charlotte Rhumohr, sa deuxième femme. En 1826, puis en 1829, Marshman se rend à Londres pour s’expliquer et trouver un terrain d’entente. C’est l’échec. Chacun campe sur ses positions. Londres doit trancher entre les “ vétérans ” et les “ jeunes ”.
En 1827, “ la mort dans l’âme, Marshman signe un accord de séparation. Carey et lui-même vont se retirer des immeubles de la mission ”  .Il peut garder le collège et y transférer l’imprimerie. Carey est alors âgé de 66 ans

    2.5.3. Réunification de l’œuvre en 1837
Avec le temps, les relations se détendront progressivement et en 1837, trois ans après le décès de Carey et un an après celui de Mardhman, le dernier du trio, l’œuvre sera pleinement réunifiée.

    2.5.4. Fin de la vie de William Carey
A soixante-dix ans, Carey prend sa retraite de professeur. Même s’il n’enseigne plus au Collège de Fort William, il continue de prêcher et de réviser les traductions de la Bible.
Lorsque Carey meurt  le 9 juin 1834, à soixante-treize ans, une trentaine de missionnaires sont à l’œuvre, une quarantaine d’enseignants locaux, quarante cinq « stations missionnaires » ont été établies et l’Eglise compte quelques six-cents membres.
Sur sa tombe est gravée l’épitaphe qu’il a lui-même rédigée, sans doute à l’évocation de douloureux souvenirs…
« un misérable, un pauvre et impuissant ver de terre.
En Tes bras miséricordieux, je m’abandonne. »
à suivre...
Par A R - Publié dans : Biographies
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