Lundi 16 avril 2007 1 16 /04 /2007 11:27
William Carey et après...
(1761-1834)



    Chapitre III  Jalons pour une Mission actuelle

     3.1. Les personnes : atout premier de la première société missionnaire
   
    3.1.1. Des personnes convaincues de la cause de leur vie
Dieu n’a pas choisi d’envoyer des anges pour évangéliser le monde, mais ses disciples ! Une des caractéristiques qui se dégage du développement des premières sociétés missionnaires, c’est la présence de figures particulièrement tenaces, convaincues contre-vents et marrés de leur mission, prêtes à y laisser leur vie s’il le fallait, acceptant l’incertitude de l’inconnue, l’absence de confort, pour eux-mêmes et leur famille. Leur engagement est entier et leur contrat un « CDI » pour la vie !

    3.1.2. Des Chrétiens d’Europe mobilisés
Nous remarquons qu’un autre maillon important du processus fut la mobilisation en Europe de chrétiens de toutes conditions afin de soutenir le travail « exotique » des missionnaires, s’intéressant à leurs progrès et découvertes au loin. Si l’on peut déplorer que Carey n’ait pas su renouveler ses relations sur sa vieille île natale, au départ il a cependant su s’entourer d’une poignée d’amis sûrs pour asseoir théologiquement la mission, administrer le projet en Europe et servir de relais auprès des « amis ». Pour cela il fallut travailler à un changement de mentalité, dépasser certains préjugés erronés, convaincre les pasteurs myopes d’une autre lecture de l’évangile sur un point au moins des Ecritures. L’attrait pour les découvertes des grands navigateurs et explorateurs ne faisait pas tout, l’esprit d’aventure ne suffit pas pour devenir missionnaire.

    3.1.3. Une équipe soudée sur place, aux compétences complémentaires
Après un temps de travail sous-terrain et solitaire, l’œuvre commencée par Carey s’est développée lorsqu’une équipe soudée, aux compétences complémentaires et non-rivales s’est mise en place. Ces compétences à la fois pratiques et intellectuelles se sont affinées au fil du temps et des situations. John Thomas ne conjuguait pas assez de qualités complémentaires à Carey, pour que « prenne » un projet de grande envergure. Cependant, sa présence fut déterminante quant au choix du premier champs de mission de la toute nouvelle Société missionnaire.
Mais la force de cette équipe très soudée fut aussi sa faiblesse lorsqu’il fallut passer le relais à la nouvelle génération !

    3.1.4. Des envoyés à l’école des langues et des coutumes locales
La maîtrise d’une ou de plusieurs langue(s) locale(s) est déterminant chez les pionniers, comme le regard plus anthropologique sur les populations du pays. Beaucoup de temps est consacré à ces taches d’apprentissage.

    3.1.5. Des envoyés sans compromissions avec les vérités fondamentales de l’Ecriture
Face aux coutumes païennes abominables, Carey a su marquer sa différence et su trouver les bons chemins pour convaincre de l’inutilité de ces pratiques s’appuyant sur des arguments internes aux coutumes plutôt que sur un enseignement biblique qui n’était pas reconnu par la société d’alors. S’il insistait sur l’étude respectueuse des religions des Indes dans son collège, c’était non pour en promouvoir les erreurs, mais bien au contraire, pour que l’étude sérieuse suffise à montrer la supériorité du christianisme !

    3.1.6. Des missionnaires ingénieux pour faire face à l’imprévu et aux difficultés
Pour pallier au manque de soutien, Carey a exercé plusieurs métiers dans le pays d’accueil, sans pour autant arrêter son travail de linguistique ou de prédicateur, et sans croire à l’échec de sa mission. Le zèle au travail a souvent servit de remède au découragement. Face aux tracasseries administratives, il lui fallut aussi faire preuve d’imagination.

    3.1.7. Des missionnaires cultivant de respectueuses relations auprès des autorités
Arrivés clandestins par nécessité, les premiers missionnaires ont ensuite cherché à cultiver des relations honorables avec plusieurs autorités en poste dans le pays.


    3.2. Les personnes : atout premier des missions et œuvres d’aujourd’hui

    3.2.1. Priorité de l’équipe sur l’institution
Aujourd’hui les missions ou œuvres ont une plus ou moins longue histoire. Le danger qui pourrait les guetter c’est celui de chercher à pérenniser l’institution en la dissociant des personnes qui en ont été les pionniers et de celles qui en sont les nouvelles forces vives. L’institution sans les personne est une coquille vide !
C’est la constitution de petites équipes de personnes consacrées ayant des personnalités et compétences complémentaires qui devrait retenir l’attention avant de parler et d’ajuster d'anciennes et de nouvelles « stratégies ». Notons cependant que Carey a accueilli ses collègues, sans les choisir. Le rôle des comités de missions est stratégique, d’autant plus délicat lorsque, comme aujourd’hui, les possibilités de choix sont plus restreints, le nombre de candidat moindre.

    3.2.2. Priorité d’entretenir les liens personnels avec le conseil d’administration
La technicité des exigences administratives aujourd’hui peut parfois prendre le pas sur les relations humaines. Il demeure cependant important qu’au sein de la mission ou de l’œuvre ; les différents acteurs sur le terrain, dans les commissions administratives et les Eglises, puissent apprendre à se connaître personnellement et s’estimer mutuellement. Trouver les lieux et les occasions permettant de régulièrement cultiver les liens personnels et échanger sur les projets à mettre en œuvre st une charge à ne pas négliger.

    3.2.3. Priorité d’entretenir et de renouveler les liens avec les amis
La « roue de la vie » tournant, il importe d’entretenir mais aussi de renouveler les liens avec les amis de la mission et de l’œuvre. Cela passe par la recherche de « personnes-clés » servant de relais, mais nécessite au tout premier chef les coéquipiers sur le champ ou dans l’œuvre.

    3.2.4. Priorité d’apprendre une langue, l’histoire, les coutumes
L’apprentissage d’une des langues régionales, même si cela n’est pas essentiel au travail, reste une école utile à tout envoyé. L’histoire du pays, des coutumes mais aussi de la mission et/ou de l’œuvre mérite un minimum d’attentions.

    3.2.5. Priorité d’encourager la prise de risque calculée pour Dieu
Dans une société qui privilégie la recherche de « sécurités » toujours plus accrues, qui valorise le « confort de vie », qui préfère parler de « droits » plutôt que de « devoirs », l’Eglise doit rester un lieu qui valorise et encourage l’engagement de foi de disciples responsables et convaincus, consacrés à des services à « but non lucratif », ce qui ne va pas sans risques calculés ni formation parfois très pointue.

    3.2.6. Priorité à penser à la relève
Carey a eu beaucoup de mal à passer le flambeau à la nouvelle génération à laquelle il voulait imposer d’entrer dans « son » travail sans marge d’initiative suffisante, étouffant l’élan de ces jeunes, eux aussi au caractère bien décidé !
Outre ce qui peut être lié aux « conflits de génération », le pionnier oublie parfois facilement que l’entreprise « œuvre de sa vie » est appelée à évoluer avec d’autres, qui par définition sont des personnes autres que lui ! Savoir transmettre un patrimoine ne va pas forcément de soi !

    3.2.7. Priorité de relations au sein de la société
La surcharge de travail peut facilement isoler l’ouvrier, quelque soit le secteur de service. Il est à recommander qu’il veille à prendre le temps d’entretenir de bonnes relations avec les autorités civiles et le tissu social de la région où il œuvre, mais aussi avec les missions et œuvres sœurs !
 


    3.3. Le Christ : Maître de la Moisson, des Ouvriers, des temps…
   
   3.3.1. « Priez le Maître de la Moisson d’envoyer des ouvriers dans sa Moisson»
Tant que l’heure de rentrer la Moisson n’a pas sonné, il reste d’actualité de « prier que le maître de la moisson envoie des ouvriers dans sa moisson » et « d’aller » en acceptant d’en « payer le prix » à la suite Du Maître. Nombreuses sont les paraboles qui engagent le croyant à attendre de façon active et fidèle le retour du Seigneur, en faisant valoir ses biens ! Son retour sera pour tous ses ouvriers le signal de joies renouvelées. La certitude qu’Il ne change pas ne peut que donner « des ailes » aux siens, permettant de braver la morosité et le découragement parfois latent et de s’élancer selon l’appel du « Bon Maître », et pourquoi pas à l’autre bout du monde aujourd’hui encore, quelque soit son pays et sa tradition d’origine !?...

    3.3.2. Contrat « d’apprentissage » en CDI !
Nul ne saurait supporter seul, la grande responsabilité d’évangéliser, de parler comme il se doit du Christ à ceux qui ne le connaissent pas ou en ont une idée fausse ! La présence chaque jour du Maître avec ceux qui se sont laissé enrôler par lui, est une profonde source de réconfort et de sécurité. Du reste, tel un apprenti à vie, l’ouvrier dans la vigne du Seigneur sait que toute l’œuvre ne repose pas sur ses épaules ! Mais qui dit apprentissage, dit effort à fournir, réflexion à mener, problème à résoudre, erreur ou maladresses à corriger… La pédagogie du Maître n’est pas synonyme d’obéissance servile !

    3.3.3. Le Seigneur Maître des temps et des circonstances
Au temps apostolique, une langue commune, une infrastructure routière et maritime mais entretenue, la paix dans le vaste Empire ont contribué à l’expansion rapide de l’évangile.
Parfois les circonstances furent plus dramatiques comme en Abyssinie (Éthiopie, Somalie actuelles). Les historiens rapportent que tout a commencé par un massacre. « Deux jeunes gens originaires de Tyr en Phénicie, Froumentios et Aidesios, qui avaient accompagné leur précepteur dans un voyage d'exploration, survécurent seuls au massacre de leur équipage par les indigènes de la côte des Somalis ; réduits en esclavage, ils parvinrent à la cour du souverain de l'Éthiopie, où ils ne tardèrent pas à occuper des postes de confiances : le premier comme secrétaire, le second comme échanson. Leur faveur s'accrut encore après la mort du roi ; la reine leur confia l'éducation de son. Ils profitèrent de cette situation pour répandre autour d'eux la foi chrétienne. Ayant obtenu de leur élève, le roi Ezâna, la permission de rentrer dans leur pays, Froumentios alla mettre au courant l'évêque d'Alexandrie, alors saint Athanase, des perspectives d'évangélisation qu'offrait le royaume d'Axoum et le pressa d'envoyer un évêque : Athanase ne put trouver de meilleur candidat que Foumentios lui-même (vers 328-356?) » .

Les grandes découvertes avec l’amélioration des techniques de navigations, ont permis aux missionnaires comme Carey de se rendre dans des contrées nouvelles. Les explorateurs ont ouvert la voie vers l’intérieur des terres…
La démocratisation des transports aériens, le développement technologique & médical, les bourses d’études offertes à des jeunes du monde entier, les échanges commerciaux, culturels comme sportifs offrent aujourd’hui de nouveaux moyens de « faire des disciples » auprès de personnes d’autres cultures. Mais tous ces moyens à la disposition de tous nécessitent l’action et la présence de personnes convaincues qu’en tant que disciples du Christ, c’est à elles d’œuvrer, de façon régulière, fidèle et entière, pour la joie de leur « bon Maître » et la leur, à sa suite !

Certes parfois trop de possibilités de services nuisent à l’engagement ! Mais le chrétien n’est pas appelés à effectuer toutes les taches ! A chacun de commencer déjà par une qui est à la mesure de ses compétences à développer sans attendre de voir de grandes stratégies se mettre en place !

    CONCLUSION

La vie de William Carey est tout entière signe de la grâce de Dieu, grâce qui a suscité chez cet homme le souci d’apporter la Bonne Nouvelle de l’Evangile jusqu’aux extrémités de la terre. Carey l’a fait de deux façons : il s’est d’abord rendu aux Indes où il a vu l’Eglise naître et se développer mais surtout, suivant son exemple, d’autres sociétés missionnaires verront le jour et enverront à leur tour des missionnaires dans des régions du monde où l’Evangile demeure inconnu !
Ses erreurs et ses fragilités personnelles nous gardent cependant de l’idéaliser. Mais si au temps de la “ mondialisation ” et de l’Internet notre contexte de communication et de brassage des populations a évolué, si l’on ne peut pas simplement chercher à “ recopier ” les principes de Carey à l’époque où l’Eglise de Jésus-Christ est vivante dans de nombreux pays, l’impératif demeure d’annoncer clairement l’Evangile à un monde de plus en plus syncrétiste et sans repères à force d’en avoir parfois trop à portée de “ clic ” !

Nous avons évoqué l’importance de valoriser l’engagements et les compétences techniques et (inclusif !) humaines des différents membres des comités de missions comme l’œuvre accomplie sur le terrain par les envoyés faisant partie des « stratégies » à promouvoir. Ici nous nous souviendront combien les récits des grands navigateurs ont joué un rôle déterminent dans la jeunesse de Carey comme d’autres pionniers. En entendant comment les récits et visites de missionnaires auprès des enfants des écoles du dimanche ont par le passé disposé de cœur de plusieurs à se préparer à un travail de ce type, nous proposons que des actions plus convaincues et significatives soient aujourd’hui encore source de mobilisation auprès des moniteurs d’école du dimanche et animateur de camps de jeunes.

Mais au-delà, aujourd’hui comme au temps de Carey, c’est encore le retour à l’étude de la Bible qui sera le moteur de l’engagement renouvelé à « faire de toutes les nations des disciples ». Etude individuelle et communautaire bien sûr mais aussi en Pastorale comme à l’époque de Carey et en institution de formation biblique et théologique. C’est par l’étude sincère des Ecritures que l’Esprit corrige la myopie des membres du peuple de Dieu et fortifie sa volonté afin que soit pris le relais et à la suite de Carey et de bien d’autres, qu’à notre tour nous puissions « attendre de grandes choses de Dieu et entreprendre de grandes choses pour Dieu » !
Par A R - Publié dans : Biographies
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