Thomas John Barnardo
1845- 1905
« La Mission des Jeunes de l'East End »
Les premiers pas de l’œuvre
Présentation du projet de Mission parmi les jeunes des taudis de l’est londonien
Moyens de communication avec les chrétiens de Londres
Il publie dans the Revival du 25 juillet 1867, les projets tel qu’ils les imagine réalisables. Il s’agissait là d’un journal répandu et lu des chrétiens d’alors.
Cela fait juste 15 mois que Barnardo est à Londres. A part Lord Shaftesbury, personne ne le connaît dans les quartiers riches de la capitale.
Public cible
1° Barnardo s’oriente résolument vers les personnes qui n’auraient pas idée d’entrer dans une chapelle ou de s’inscrire dans une école déguenillée.
Inauguration : grand thé offert
2° Il imagine l’amorce de l’œuvre par le moyen d’un grand thé, où seraient uniquement invitées les personnes que l’on cherche à atteindre. Pour cela, il faudrait un bâtiment pouvant contenir 600 places, et obtenir l’aide volontaire d’une cinquantaine de frères et sœurs des différentes Eglises ou chapelles évangéliques des environs.
Les dimanches après-midi : réunions régulières
3° Ensuite ouvrir à heure fixe le dimanche cette salle pour des cultes d’évangélisation destinés aux jeunes. Pour inviter ces jeunes, il suffit d’envoyer les élèves des « Ragged School » dans la rue avec des calicots, chantant des cantiques et conduisant à l’heure prévue ceux qui le souhaitent à ces réunions, ou l’on veille à ce que se relayent des prédicateurs intéressés par ce type de réunions.
Premières initiatives
Suite à cette parution, on offre à Barnardo de louer « The Assembly Rooms » des locaux pouvant contenir un millier de personnes, pour commencer l’œuvre. Ces locaux étaient situés au-dessus d’un bar le « King's Arms ».
À la différence de George Muller (1805-1898), Barnardo fait connaître les besoins financiers :
« Serons-nous arrêtés, dès le début, par le manque d'aide financière, parce que de nombreux enfants de Dieu, qui liront cet article et « ont de quoi épargner », refuseraient à des milliers d'âmes, qui ne sont ni en Afrique ni aux Indes, la Parole de Vie, et ces âmes de l' « East-End » périraient maintenant faute de connaissance ? »
Mais il développe l’œuvre en fonction des ressources qui lui parviennent.
Premières clarifications
Une incompréhension quant au lien de cette nouvelle mission avec l’école de l’ « Ernest Street » et l’affectation des dons destinés à l’une et à l’autre des œuvres conduit Barnardo à démissionner de la direction de l’école pour ne se consacrer qu’à sa mission.
La « Donkey Shed Ragged School » l’école déguenillée du hangar d’âne, ne vit pas très longtemps.
Ouverture des « Assembly Rooms »
Le 5 novembre 1867 : le thé inaugural rassemble 2 347 convives
1° Le Thé à lieu le 5 novembre 1867,
il est offert à 2 347 jeunes gens et jeunes filles, hommes, femmes, enfants, pour les plus grands souvent des voleurs ou des jeunes filles de mauvaise vie. Il fallut plusieurs services pour satisfaire tout ce peuple !
L’ensemble du thé revint à 27 livres, 3 shillings et 11 pences, soit 3 pences / personne.
Le goûter avait été préparé par une main d’œuvre bénévole, les provisions acquises aux prix les plus bas.
Cela dit, Barnardo ne garde pas un souvenir très positif de cette première expérience :
Ce goûter était «peu satisfaisant ». Jamais pareille cohue, disait-il, ne s'était vue à Stepney. «Le bruit et le tumulte étaient terribles» ; aussi n'eut-il pas le loisir de dire tout ce qu'il voulait». Cependant, « il n'était pas découragé » ; « après le départ du plus grand nombre, plusieurs des plus âgés restèrent, cherchant le salut ».
Les réunions dominicales pendant 6 mois
2° les réunions du dimanche après-midi
Pendant six semaines le défilé dans les rues produit l’effet escompté, malgré bien sûr quelques projectiles et propos peu aimables…
Au bout de six mois, c’est le propriétaire du bar qui refusa l’accès à la salle… les réunions commençaient à produire de l’effet auprès des jeunes « clients » du bar… c’était une trop redoutable concurrence à tolérer…
Évaluation
Rétrospectivement Barnardo estime positif que l’oeuvre ait été stoppée à ce stade, et permette de avec des projets plus modestes, croissant progressivement sur des fondements éprouvés.
Par exemple, le coût de la salle ne permettait pas d’envisager des réunions en semaine, ce qu’il projetait. Aussi ce coup d’arrêt montrait à tous la fragilité de l’œuvre, et ôtait mettait aussi un frein au sentiment d’orgueil qui aurait pu rapidement se développer.
De plus, suite à cette fin brutale, mais sans liens de cause à effet avec elle, Barnardo tombait malade et personne n’aurait selon lui accepté de prendre la direction de l’œuvre telle qu’elle était lancée.
Cela dit le plus proche collaborateur de Barnardo se convertit suite à ce thé et ces premières réunions. Aussi l’œuvre et son but furent connus dans les quartiers.
Comme « l'école Donkey Shed » l'entreprise des « Assembly Rooms », a eu une courte vie, mais les deux ont servi de pont pour l’œuvre qui allait se développer.
La reprise plus modeste et l’affermissement de l’œuvre
La période tampon
Cependant durant cette période de malade, il eut la sagesse de louer une petite salle dans une rue pauvre : outre les cours du soir, la salle de lecture, la couture… différentes activités s’y déroulaient chaque soir pour éviter que l’œuvre ne cesse complètement, il aurait ensuite été plus difficile de redémarrer.
La santé recouvrée, en janvier 1868 un local plus important est loué.
La Mission des Jeunes de l’East End ; le 2 mars 1868
Suite à la croissance de l’œuvre, le 2 mars 1868 des locaux plus vastes sont loués et la mission baptisée de « Mission des Jeunes de L’east End » The East End Juvenile Mission.
Après 5 mois d’activités, le premier rapport de l’œuvre date du 15 juillet 1868, il occupe 56 pages de dense contenu, témoignage de la dynamique de l’œuvre :
Barnardo baptisa 30 nouveaux convertit
Une école du dimanche rassemble 300 enfants
Des réunions d’études bibliques pour jeunes étaient organisées, selon certaines tranches d’âges en séparant les garçons des filles.
Cours du soir, bibliothèque, cercle de lecture, réunion de couture
une « brigade » de cireurs, une des tracts,
de fréquentes et régulières réunions de prières
La Mission tout en se revendiquant des « Ragged school » s’en distingue sur quelques points :
- l’éducation y était moins scolaire, plus marquée par une dynamique « organique » que disciplinaire
- la mission n’était pas ouverte que certains soirs et le dimanche comme les « Ragged School »
- le rêve de Barnardo étant de pouvoir former ces jeunes en leur donnant accès à un métier pour les insérer dans la société comme dans l’Eglise comme d’honnêtes gens.
Intégrer les enfants vagabonds dans les familles posait beaucoup de problèmes, il imagine une autre forme d’encadrement pour ces jeunes très déstructurés par ce qu’ils avaient vécu.
Les cultes dominicaux, célébrés dans cette communauté étaient présidés selon par des frères, des Quakers, des Baptistes comme des Méthodistes. Bien que n’étant pas ministre ordonné, Thomas Barnardo y apportait aussi des messages, mais ils se sentaient plus évangéliste que pasteur.
Le banquier Robert Barclay accorde son soutien à Barnardo en 1868.
Barnardo, a alors 24 ans, il dirige cette œuvre tout en continuant ses études de médecine en parallèle.
La carte postale ci-dessous, montre que Barnardo n’a pas cherché à imposer une marque « frères larges » à l’éducation religieuse qui était donnée aux jeunes.
Un jour écrivant à George Muller , il lui demande des conseils au sujet de la façon de retenir des personnes qui sont au bord du gouffre. La réponse de Müller le déçu beaucoup. Celui-ci lui répondit : « il suffit d’étudier la Bible en profondeur. »
Le développement de l’œuvre
Mission à Hope Place, une « chrysalide » prette à éclater
Les deux premières maisons du début furent vite trop petites. Début 1869, la mission ressemblait à une chrysalide, ou à un enfant qui a trop grandi dans ses vêtements (Bready, p.100) !
Les bâtiments que l’on ajoutait, ne suffisaient toujours pas pour permettre à tout ce « petit monde » d’être un peu à l’aise… au bout de 4 mois la salle pouvant accueillir 70 personnes était déjà surpeuplée. Un toit disposé entre les cours fut monté, 300 personnes pouvaient y être accueillies. Mais l’espace s’avéra vite trop petit.
Au printemps 1870, ce sont les voisins qui commencèrent à se plaindre… « de ne pouvoir rentrer chez eux, sans escalader des tables, des bancs, des chaises et des escabeaux. »(Bready, p.102)
Premiers émigrés volontaires au Canada
Photo of Norman Clark,
a boy from Dr. Barnardo's homes, ca. 1899.
National Archives of Canada, C-144541
Jim Javis avec quelques amis fut un des premiers jeunes que Barnardo aida à émigrer au Canada.
La demande croissante de main d’œuvre dans les colonies avait condui la Quaker Annie Macpherson et d’autres, à organiser l’émigration de jeunes des orphelinats vers le Canada.
Barnardo dès 1868 considérait l’émigration de personnes qualifiées en particulier au Canada comme « le principal remède contre le chômage ». De 1882 à 1939, 30 000 enfants de la Mission s’installèrent au Canada.
Certains abus envers une jeune main d’œuvre émut l’opinion public canadienne. En 1925 une loi interdira l’émigration de jeunes de mois de 14 ans.
En 1939, suite à la crise économique et à un mouvement syndical, mais aussi par ce que les mentalités changèrent autant au Canada qu’en Angleterre. L’idée que des œuvres charitables séparent les enfants de leur pays où ils pouvaient avoir de la famille devint intolérable. Ce programme fut donc arrêté.
L’encadrement des jeunes de Barnardo sur les paquebot était bien organisé. Une personne pour au plus 50 jeunes les empêchait d’être oisif pendant la traversée. En outre, une enquête canadienne de 1894, montre que sur 10 ans d’immigration 1,36/1000 des protégés de Barnardo avait été condamné pour délits au Canada contre 7,55/1000 parmi la population canadienne.
Le règlement mis en place par Barnardo en matière immigration peut expliquer sa réussite.
« a) L'élite seule du « troupeau » pourra émigrer au Canada
1° Ceux qui sont en pleine santé physique et mentale
2° Ceux qui sont parfaitement droits, honnêtes et vertueux ;
3° Ceux qui, jeunes gens, ont été instruits dans nos ateliers, ou jeunes filles ont reçu une bonne éducation ménagère.
« b) Une surveillance continuelle sera exercée sur tous ces émigrants, après qu'ils auront été placés dans des fermes canadiennes ; premièrement par des visites systématiques, secondement par une correspondance régulière...
« c) Dans le cas d'échec total de certains émigrants, les colonies n'auront pas à en souffrir car ils reviendront, à nos frais, dans la métropole, toutes les fois qu'il sera possible de le faire. »
Jeunes garçons des orphelinats du Dr. Barnardo en Angleterre
à leur arrivée à Belleville (Ontario), vers 1922.
Départ de filles au Canada
Cette affiche à été publiée dans le magazine Canada West, vers 1900-1920 : Construisez votre nid dans l'Ouest canadien. Archives nationales du Canada (C 126302)
Cette affiche a paru dans le magazine Canada West, vers 1900-1914. « L'Ouest canadien : le nouvel Eldorado. C'est votre chance, pourquoi ne pas en profiter? »
Archives nationales du Canada (C 85854)
Premier « home » pour jeunes garçons
18 Causeway Stepney, ouvert en 1870, loué à 57 livres/an
Cette maison a été fermée en 1923
Le principe de l’internat
Le placement de jeunes de la rue dans des familles n’allait pas sans poser de problèmes : les jeunes souvent très déstructurés nécessitaient un encadrement particulier pour lequel la bonne volonté de famille non préparées ne suffisait pas.
Barnardo pu louer une grande maison pour servir d’internat à des jeunes garçons. Il estimait que le meilleur pour eux était de les réunir pour être éduqué ensemble. Seulement comment financer un tel projet ?
Le public cible
1° les « véritables indigents ».
qu’il faut: « nourrir, loger et vêtir et à qui il faudrait apprendre un métier »
Ceux-ci ne peuvent pas contribuer financièrement à leurs besoins
2° les jeunes cherchant du travail
Chômeur temporaire, ils ont besoin d’aide jusqu’à trouver du travail
S’ils ne peuvent immédiatement contribuer aux frais de pension, ce seront des « donateurs potentiels »
3° des jeunes sérieux, bons et honorables qui travaillent, qui ont besoin d’un cadre chrétien
Eux pourraient contribuer aux frais de pension
L’aménagement des lieux
Ne voulant pas contracter de dettes, les travaux prirent plus de temps que prévu.
Il fallait aménager : 50 dortoirs pouvant contenir 60 enfants. Lavabos, salles de bains, cuisine, buanderie, appartement pour le « père et la mère » de famille… avec souhait d’un terrain de sport.
Ouverture du home : septembre 1870
L’inauguration de la maison fut plus que sobre, sans invités extérieurs, faute de moyens.
Vie quotidienne au home
Les activités : coupe du bois, cordonnerie, fabrication de brosses
Emploi du temps : levé 6h, extinction des feux 22h
prière matin et soir, 2h de classe, travail technique, 3 repas, exercices physiques, lecture, méditation et ménage (on apprenait aux garçons à faire leur lit, à balayer et à frotter les parquets, à laver leurs vêtements etc…)
Ce home devint rapidement le cœur de l’œuvre, et la première maison considérée comme une annexe.
Le développement de l'œuvre
à suivre...
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