Samedi 19 mai 2007
Charles-Haddon Spurgeon
1834-1892

« prince des prédicateurs »


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3. L’essor du ministère de Spurgeon depuis Londres

3.1. Pasteur à Londres au « New-Park Street chapel » à partir de 1853
En 1853, Spurgeon est appelé à intervenir à Cambridge, lors de l’Assemblée Générale des Écoles du Dimanche. Il est de nouveau brillant, ce qui gêne certains ministres ordonnés. Deux d’entre eux attaquent ouvertement Spurgeon, par prédication interposée, et tentent de jeter le discrédit sur le jeune et talentueux prédicateur, s’appuyant sur une exégèse allégorique du récit de 2 Sam 10.5 : « Ne conviendrait-il pas que les jeunes gens allassent à Jéricho pour y attendre que leur barbe poussât ?… » Avec l’autorisation du Président de séance, Spurgeon répond, rappelant que ce texte ne s’applique pas à des jeunes gens : David donne l'ordre à ses émissaires d’âge mûr d’attendre à Jéricho le temps que repousse leur barbe, barbe rasée à moitié par le roi Hanun qui les accusait injustement d’être venu espionner la ville et non le consoler de la mort de son père ! (Brunel, p.83)

Son éloquence et sa façon de répondre aux faux accusateurs avec respect, tact et à propos frappe un certain M. Gould, qui va parler de ce prédicateur à son ami M. Olney, diacre à la chapelle de New-Park Street, à Londres, communauté sans pasteur, en perte de vitesse après des années « glorieuses ». C’est une Église qui a jadis bénéficié des ministères de serviteurs de Dieu imminents.

Spurgeon croit donc à une erreur lorsqu’il reçoit l’invitation d'Olney à venir y apporter le message un dimanche. Mais l'un des diacres de Waterbeach, sa petite Église de campagne, s'exclame en apprenant l'invitation : « cela devait arriver !», témoignant par là qu’il pressentait que leur pasteur serait tôt ou tard appelé à un ministère dans une plus grande Église. (Brunel, p.84).

L’imposante bâtisse impressionne beaucoup Spurgeon, qui redoute ces gens  cultivés qui se réunissent en ce lieu illustre.
Arrivé à Londres le samedi, Spurgeon loge dans une modeste pension de famille dont les habitants, informés du motif de sa venue à Londres, « passèrent la soirée à chanter les hauts-faits, le genre, et les manières des prédicateurs en vogue » (Brunel, p.84). Arrivé avant l’heure à la chapelle, il se rend vite compte que l’auditoire qui commence à se constituer est loin de ce qu’il s’est imaginé ! Il est rassuré et prêche sur Jcq 1.17, comme s'il était à Waterbeach. Ceux qui sont venus à la réunion du matin sont si enthousiastes qu’ils réussissent à convaincre plusieurs de venir au service du soir.
L’invitation à venir travailler dans cette Église ne se fait pas longtemps attendre…

Spurgeon est heureux à Waterbeach, mais la communauté réunit des personnes peu fortunées et elle ne parvient pas à accorder un soutien suffisant à son pasteur. Spurgeon a donc dû proposer ses services comme répétiteur à des parents à la recherche d' un professeur pour aider leurs enfants.

L’Église de New-Park Street lui propose 6 mois d’essai. Spurgeon répond en demandant plutôt un essai de 3 mois, suivis de 3 autres mois si les premiers s'avèrent concluants pour les deux parties. Sa seule demande expresse est que l’Eglise s’engage à prier régulièrement pour lui, afin que Dieu lui donne les moyens d’accomplir sa tâche.  Il témoigne à cette occasion d’une grande maturité pour un jeune de 19 ans.

C’est donc en février 1854 que débute le ministère londonien de Spurgeon. En l’espace d’un mois, le temple est plein à craquer… Les anciens de l’Église proposent rapidement à leur pasteur d’être ordonné en bonne et due forme, mais Spurgeon, qui n’en a que faire, refuse aussi le titre de « révérend », trop catholicisant selon lui. Il demande qu'on le nomme simplement « pasteur Spurgeon », signe de sa profonde humilité (Dallimore, p.48).

Prenant conscience du manque d’air dans la chapelle, Spurgeon demande aux diacres d'ôter les petites vitres du haut des fenêtres pour permettre une meilleure circulation de l’air. Mais ces derniers s'entêtent dans leur refus, et un beau matin, les petites fenêtres sont retrouvées cassées. Spurgeon, ravi, propose « qu’une récompense de 5 livres soit offerte à quiconque découvrirait le coupable, et que celui-ci, une fois découvert, reçoive cette somme en cadeau » (Dallimore, p.50). Le « casseur » n’était autre que le pasteur lui-même !

Dès 1856, Spurgeon livre à l'imprimeur, le lundi, son message réajusté à 8 pages, afin qu'il puisse être distribué à ses lecteurs dès le jeudi matin. C’est ainsi que sa prédication va influencer les croyants dans tout le monde anglo-saxon, en particulier  aux États-Unis et en Australie. Un sermon atteint des dizaines de milliers de personnes, au près comme au loin, et ce bien avant l’internet !

Lorrimer, ancien acteur devenu après sa conversion professeur de diction dans une école de théologie, dit à ses élèves après avoir entendu Spurgeon prêcher : « Avez-vous entendu le gars de Cambridge ? Allez-y tout de suite, si vous voulez savoir comment il faut prêcher ! Il n’a rien à apprendre de personne. Il est parfait. Il sait tout. Il peut tout faire. Il fait rire les gens, il les fait pleurer, et rire et pleurer encore en cinq minutes de temps » (Brunel, p.103). Spurgeon parle vite, environ 140 mots/mn, soit 20 de plus qu’un orateur habituel . Mais ce style, parfois taxé de vulgaire, ne plaît pas à tous, et les les caricaturistes en rajoutent.

Il est décidé d'agrandir la chapelle, et pendant les travaux, la communauté se réunit à Exeter, dans un grand auditorium dont les 5 000 places ne suffisent pas toujours  à contenir l’auditoire.
Faire un culte dans une salle de spectacle est une première ! Cela ne plaît pas à tout le monde, en particulier à ceux qui sont jaloux du succès de Spurgeon et qui lui font grief de son jeune âge, de ses origines provinciales et de son absence de diplôme d’institut biblique et d’ordination. Il se fait taxer par plusieurs  de « charlatan », de « manipulateur » de foule, et la presse s’acharne également contre ce jeune prédicateur hors norme.

Suite à une épidémie de choléra, les grands rassemblements publics sont suspendus. Spurgeon visite les malades, prie avec eux et leur famille, préside presque chaque jour à un enterrement. Il en subit le contre-coup et traverse une période de profond épuisement et de découragement.

3.2. Vie familiale
Spurgeon se marie le 8 janvier 1856 avec l'une de ses paroissiennes, Suzanne Tompson (Dallimore, p.55ss). Suzanne raconte qu’en 1852, lorsqu’elle voit Spurgeon pour la première fois, elle le trouve plus déconcertant que remarquable : c’est un provincial original qui n’a rien du « look » ecclésiastique classique ! Pendant leurs fiançailles, Spurgeon  prêche déjà 12 à 13 fois par semaine !

Le jour du mariage, il faut le déploiement d’un détachement de police dans l’Église pour contenir la foule restée au dehors. Les jeunes mariés passent ensuite dix jours à Paris. Suzanne connaît déjà la France dont elle parle avec aisance la langue.

Des jumeaux, Charles et Thomas, leur sont donnés le 29 septembre 1856. Ils seront baptisés à 18 ans, le 21 septembre 1874, par leur père. Thomas fera un apprentissage chez un graveur, Charles sera pasteur de l’Église de Greenwich.

Suzanne est gravement atteinte dans sa santé, ce qui l’oblige à garder la chambre sans pouvoir même se rendre au culte. Son mari est plein d’attention pour elle.
Doué d'une grande puissance de travail, Spurgeon a cependant, lui aussi, une santé fragile. Sensible à la dépression, il est souvent obligé, à partir de 1860, de renoncer à sa tâche. Affligé en outre de rhumatismes, de goutte et de néphrite, il fait de fréquents séjours dans le sud de la France, à Menton, pour récupérer. C'est là qu'il s'éteindra en 1892.

3.3. Réunions au music-hall le dimanche matin, de 1856 à 1859 ;  le plus grand choc de sa vie

Si Wesley prêchait aux foules sur les places publiques, Spurgeon, lui, prêche dans des salles fermées.
Tous les dimanches matin, il prêche devant environ 8 000 personnes dans la salle du Surrey Hall ; le soir et en semaine, c'est à l’Église de New-Park qu'il prêche devant « seulement » 1 500 paroissiens.

Le 19 octobre 1856, Spurgeon a 22 ans et il prend pour la première fois la parole dans le music-hall des Surrey Royal Garden. Il prêche sur Ma 3.10 : « Mettez-moi à l’épreuve ».
Au moment de la prière, des personnes malveillantes sèment un vent de panique meurtrier en criant : « Au feu ! au feu ! les galeries croulent ». Bilan : 7 morts et 27 personnes grièvement blessées.
C'est un choc profond pour Spurgeon, qui est évacué de la salle évanoui et qui demeure prostré pendant plusieurs jours (Brunel, p.121ss) Les anciens de l’Église ont la sagesse de le mettre en lieu sûr et à l'abri de la curiosité, le temps pour lui de reprendre des forces. Il ne sera absent qu’un seul dimanche.

La dernière prédication au Surrey Music Hall a lieu le 11 décembre 1859. Les propriétaires des lieux, désireux de rentabiliser leurs bâtiments, ont décidé d’ouvrir les salles et les jardins en soirée, pour des divertissements et des représentations théâtrales. N’acceptant pas d’être assimilé aux acteurs et divertissements, Spurgeon retourne à Exeter Hall jusqu’à ce que le Tabernacle Métropolitain soit opérationnel.
Le 7 octobre 1857, il prêche devant 24 000 personnes au « Cristal Palace » de Londres. À cette occasion, il dépense tant d’énergie qu’il s’endort le mercredi soir pour ne se réveiller que le vendredi matin ! (Brunel, p.140)

C'est au cours de cette réunion qu'il dénonce l’attitude de l’Angleterre dans sa colonie des Indes. Sa prise de position et ses propos très directs contre les chrétiens qui soutiennent  l’esclavage lui vaudront aussi quelques ennemis !

Spurgeon fonde le journal l’Epée et la truelle, sous-titrée « Annales du combat contre le péché et du travail pour le Seigneur », en 1865. Son premier volume en explique très directement l’objet :
« Notre revue désire rendre compte des efforts des Églises et associations plus ou moins intimement liées à l’oeuvre du Seigneur au Tabernacle Métropolitain, et de se faire l’avocat des vues sur la doctrine et la vie de l’Église que nous acceptons avec la plus grande certitude…. Nous fournirons de la lecture intéressante sur des sujets généraux. Mais notre but principal sera de stimuler les croyants à l’action, et de leur suggérer des projets qui permettront d’avancer le royaume de Jésus. Nous voulons sonner la trompette et conduire nos camarades au combat. Nous voulons manier la truelle d’une main infatigable pour reconstruire les murs délabrés de Jérusalem et tenir l’épée avec vigueur et courage contre les ennemis de la vérité. » (Dallimore, p.108)

Il fait également paraître dix volumes de commentaires, dont sept sur les Psaumes. La collection complète de ses oeuvres compte 240 volumes ! (Brunel, p.141, 157). En 1865 est aussi éditée « la manne du matin ».
Ses sermons seront traduits en français, en grec, en danois, en allemand, en gallois, en gaélique, en russe, en lituanien, en serbe, en hongrois, en maori, en arabe, en telugou, en urdu, en karen, en syriaque (Brunel, p.165).
En dépit des calomnies et des critiques dont il a été l'objet, on s'accorde à reconnaître chez Spurgeon le juste fondement de sa prédication, à l'origine d'un réveil dans toutes les Églises de Londres.

3.4. Le Métropolitain Tabernacle

3.4.1. Construction du Tabernacle
Les bâtiments de l'Église demeurent trop petits en dépit des travaux d’agrandissement : la construction d’un bâtiment de 6 000 places est donc décidée. 
Le 16 août 1856,  on pose la première pierre de l’édifice que Spurgeon désire convenablement aéré, éclairé et chauffé, sans plus. Pas de chaire « intolérable prison », mais une tribune spacieuse, meublée d’une table et d’un fauteuil. Pas d’orgues non plus : celles-ci tuent le chant  (Brunel, p.142).
Spurgeon accepte de nombreuses invitations avec pour principe de partager la collecte en deux : une partie pour les organisateurs, l’autre pour la construction du nouveau temple. Des appels et des souscriptions permettent de recueillir en moyenne entre 7 et  8 000 Francs/mois. 112 500 Francs sont ainsi rassemblés en moins d’un an. Le principe de Spurgeon est en effet de ne jamais contracter de dettes, même pour un projet de cette envergure. Cependant, juste avant l’ouverture, il reste encore des factures à payer… Spurgeon décide alors d’organiser une « vente de charité », en dépit de l'opposition de certains. Les sommes recueillies à cette occasion permettent de payer les factures et de solder les comptes.

C'est un bâtiment parfaitement adapté au ministère de Spurgeon. En revanche,  une fois le ministère exceptionnel de Spurgeon achevé, cette énorme bâtisse s’avèrera  beaucoup moins bien adaptée à un usage « courant ».

L’architecture emprunte au style grec, pour rappeler que le Nouveau Testament   a été écrit en grec (Dallimore, p.88).
« Deux galeries surplombaient la salle du bas. Le tout contenait à peu près 3 600 places assises. Au bout de chaque banc se trouvaient des strapontins qui, une fois mis en place, pouvaient recevoir encore 1 000 personnes. Quelques 1 000 autres pouvaient se tenir debout…Derrière l’auditorium, au niveau de la première galerie, se trouvaient 3 bureaux ; celui du centre pour le pasteur et les autres pour les diacres et les anciens. Au-dessus, parallèlement à la seconde galerie, se trouvait un petit salon pour les dames, et des pièces d’entrepôt pour les Bibles et les livres préparés pour la distribution….En dessous de la tribune réservée à la prédication, se situait une estrade de taille similaire, où l’on avait encastré un baptistère de marbre, parfaitement visible de tous, selon le désir de Spurgeon. Un plancher amovible recouvrait le baptistère sur lequel on plaçait la table de communion et les chaises à l’occasion de la Sainte Cène. » (Dallimore, p.92).
« À une extrémité du baptistère avaient été construites deux fosses, une de chaque côté, où se tenaient deux diacres prêts à aider les candidats quand ils descendaient dans l’eau. D’autres diacres conduisaient les gens au baptistère et les en ramenaient et Mme Spurgeon faisait de même pour les dames… » (Dallimore, p.94).

Le Tabernacle est achevé et complètement payé en mars 1861.
La première réunion qui inaugue le bâtiment, le lundi 8 mars 1861 à 7h du matin, est une réunion de prières : un millier de personnes y assistent !
Le premier sermon y est prêché le lundi 25 mars et porte sur Ac 5.42.
Le premier service public du mardi 26 mars est réservé aux souscripteurs ; le service du mercredi 27 mars est destiné aux pasteurs des Églises voisines.

77 personnes sont baptisées le premier mois après l'ouverture du Tabernacle,  72 le deuxième, 121 le troisième.
En 1860, l’Église compte plus de 3500 membres, chiffre qui passe à 5 000 quelques temps après.

L'une des principales sources de revenus de l’Église était… la location des bancs ! Ceux qui payaient un siège pouvaient entrer avec leur carte au Temple. Dix minutes  avant le début du culte, on ouvrait les portes pour que les autres personnes puissent entrer, selon la place encore disponible. Il valait donc mieux arriver avant l’heure au culte… même avec une carte ! ☺

3.4.2. Une semaine « type » de Charles Spurgeon
Dimanche    1h30 avant le début du culte,  Spurgeon arrive au Tabernacle pour y choisir les cantiques et prier avec les anciens et les diacres.
Le 2e dimanche du mois, service de Sainte Cène.
Chaque dimanche,  au moins trente minutes d’échanges fraternels suivent le culte
Westwood étant un peu loin, Spurgeon déjeune le midi dans la famille d’un paroissien, puis visite les malades jusque vers 16h, moment où il se prépare pour la réunion du soir.
17h est l’heure du thé (on est en Angleterre !), suivi de la réunion d’évangélisation au Tabernacle (1 fois par trimestre, les membres de l’Église s’abstiennent d'y assister pour laisser les 6 000 places aux personnes de l’extérieur).
Spurgeon s’entretient ensuite avec ceux qui désirent se convertir ou être baptisés.
De retour le soir chez lui, à Westwood, il corrige le texte sténographié du sermon du matin s’il doit partir le lendemain en province.
Lundi    Fin de révision des  8 pages du sermon et relecture par  un secrétaire. Le texte est ensuite apporté à l’imprimeur.
M. Harrald, le secrétaire particulier, remet les lettres importantes et censure les injurieuses.
Après la correspondance, rédaction du journal l’Epée et la truelle. D’autres tâches d'écriture ou de comptabilité précèdent parfois une promenade.
17h 30 au Tabernacle, réunions habituelles : conseil, réunion d’Église etc…
19h est l’heure de la réunion de prière à l'Église, présidée par Spurgeon .
Spurgeon est ensuite disponible pour du conseil pastoral.
De retour chez lui à Westwood, relecture de la deuxième épreuve du sermon revenu de chez l’imprimeur.
Mardi    2h sont consacrées à la correspondance.
L’après-midi est réservé à l’examen officiel des candidats au baptême :
jusqu’à 40 candidats sont parfois interrogés par Spurgeon.
En soirée, différentes réunions liées aux œuvres, ou une prédication dans un lieu où il est invité.
Mercredi    Jour de repos avec des amis, parfois à la campagne.
Jeudi    Correspondance toute la matinée.
L’après-midi, Spurgeon prépare le sermon du soir.
De 18h à 19h, réunion de prière au Tabernacle, puis culte suivi d’entretiens.
Vendredi    Après la correspondance, Surgeon termine la matinée en préparant sa conférence  de deux heures aux étudiants de lÉcole pastorale.
Le soir, nouvelle réunion dans une salle populaire.
Samedi    Après le courrier, travail de rédaction du journal, réponses aux demandes d'admission des orphelinats, examen des questions financières et des œuvres en général.
L’après-midi est réservé à de modestes réceptions, où les étudiants sont invités à tour de rôle. Des missionnaires de passage sont reçus etc…
À 18h, Spurgeon se met à la préparation du dimanche, choisissant le texte de sa prédication du matin. Il rédige avec soin son sermon qui doit tenir sur une feuille de papier à lettre. Il choisis le texte pour la prédication du soir et se contente d’en préciser les grandes lignes.
Si, durant ses congés, Spurgeon s'est rendu en Hollande et en Suisse, il a toujours  refusé de se rendre en Amérique pour des tournées. La diffusion de ses sermons suffisait à faire résonner le message de l’Évangile et à toucher beaucoup de personnes outre-atlantique, sans qu’il ait  à se déplacer !

Il entretint en revanche une grande correspondance avec des personnes de différents pays.

L’Église du Tabernacle du 163bis rue Belliard, tient son nom de celui de Londres !
C’est aussi du Tabernacle londonien que « notre » Tabernacle a reçu la table qui se trouve sur l’estrade.
Le Métropolitain Tabernacle a soutenu l’oeuvre de Ruben Saillens jusqu’à la dernière guerre et s’est financièrement directement impliqué dans l’implantation de notre Église et dans le soutien financier du pasteur A Blocher.
Plusieurs éléments principaux de l’architecture du Métropolitain Tabernacle ne sont sans doute pas étrangers aux choix qui furent retenus pour le Tabernacle de la rue Belliard à Paris.



Spurgeon ne peut suffire seul à la tâche, malgré l’aide des anciens et des diacres et sa capacité à savoir déléguer bien des services. Il s’adjoint donc l’aide de son frère James, lui aussi pasteur, et celle de Pierson, bien que presbytérien pédobaptiste et dispensationaliste, deux approches combattues par Spurgeon. Pierson servira ensuite en Amérique. Il se sépare de son ami et collaborateur le pasteur pédobaptiste George Rogers ainsi que du jeune M. Medhurst.

3.5. Les œuvres

3.5.1. L’école pastorale
L’idée de créer une école pastorale est née en 1854, d’une rencontre de Charles Spurgeon avec Thomas Medhurst, jeune homme de son âge et converti par son intermédiaire. Doué pour le ministère, Medhurst n’a cependant pas le niveau académique requis pour suivre une formation théologique. Les collèges de l'époque, coûteux et à dominante classique, font qu'à plus de 20 ans, il est en effet difficile de commencer une formation de ce type.

Surgeon confie le jeune homme aux bons soins de son ami et grand pédagogue, le pasteur George Rogers, de conviction pédobaptiste. Bien qu'amis, ils seront toujours en désaccord sur ce point doctrinal. Spurgeon le compare à « une poule qui a couvé des œufs de cane et regarde ses canetons se jeter dans l’eau, avec des craintes bien compréhensibles (Brunel, p.169). D’ autres jeunes vont suivre, et  l'École pastorale est fondée.

Financièrement, l’école subsiste grâce aux revenus tirés de la vente des sermons. Mais la prise de position de Spurgeon contre l’esclavage fait chuter les ventes en Amérique. Spurgeon décide alors de vendre son cheval pour assainir la trésorerie, mais Rogers s’y oppose fortement, préférant renoncer au solde que l’école lui verse pour ses services. C’est à ce moment critique que le banquier les informe qu’un important don vient d'arriver pour la formation des pasteurs… (Brunel, p.170).
Les élèves sont logés par deux ou trois chez des amis de l’Église qui offrent un toit contre une pension modique. Les étudiants vivent donc au sein des familles plutôt qu'en internat, ce qui leur permet de se rendre compte des réalités vécues par les membres de l’Église (Brunel, p.172).
La formation dure deux ans. Pour ceux qui n’en ont pas les moyens, l’écolage, la pension, les vêtements, les livres et l'argent de poche sont assurés. Aucun examen ni diplôme ne sanctionnent les cours, et la formation dépend directement de l’Église.
A la théologie calviniste et non dispensationaliste, les cours correspondaient à ceux qui sont dispensés dans les autres séminaires. Mais Rogers ajoute aussi d’autres matières au programme pour assurer aux pasteurs une meilleure culture générale des pasteurs :  mathématiques, logique, composition anglaise, grec, hébreu, et, bien sûr, un cours d’homilétique et de théologie pastorale.  Plus de 200 élèves fréquentent aussi les cours du soir. (Dallimore, p.102).

L’école se développe et forme de nombreux pasteurs, des évangélistes – fondation d'une Société des Evangélistes - , des missionnaires – création d'une association missionnaire -. On crée aussi une œuvre des Pionniers, dont la mission est l'implantation d'Églises baptistes.

    3.5.2. L’association des colporteurs
Pour diffuser la Bible et l’enseignement biblique, Spurgeon fonde en 1866 l’association des colporteurs pour distribuer des traités, visiter les pauvres et les malades, vendre des livres, prêcher l’Évangile dans une salle, et,s’il le faut, faire de la controverse.
Cette association est supervisée par un comité, et chaque colporteur a « son » territoire. Le nombre de colporteurs finit par atteindre la centaine, et il devient parfois difficile de trouver les bénéfices suffisants pour allouer à chacun les 40 livres nécessaires au travail.

Associés à eux, près de 600 moniteurs et monitrices d’école du dimanche s’occupent de plus de 8 000 enfants chaque dimanche, dans différents quartiers de la ville de Londres. La seule école du dimanche du Tabernacle compte 1500 enfants et 100  moniteurs et monitrices.

    3.5.3. Les orphelinats

À l’occasion d’une réunion de prière pendant l’été 1866, Spurgeon demande à l’Église de prier pour que Dieu montre vers quel domaine s'orienter afin de s'impliquer davantage dans l’action sociale de la ville. Quelques jours plus tard, la réponse arrive par courrier postal, mais la mise en place sera un peu plus longue.
La veuve d’un notable de l’Église anglicane, Mme Hillyard, est à l’origine du premier orphelinat de Stockwell. Elle souhaite consacrer une partie de sa fortune, 20  000  livres, à un orphelinat pour garçons, et encourager ceux qui se convertiraient à devenir pasteurs ou missionnaires. Mais la personne sollicitée pour mettre le projet en œuvre renonce, et bien qu'opposée aux « dissidents »,   elle suggère de contacter Spurgeon pour mener à bien cette tâche.

Accompagné d'un diacre, Spurgeon rend visite à cette veuve et, après s’être assuré de la justesse du montant indiqué et du fait qu'aucun membre de la famille n'était lésé par ce don, il parle de l’œuvre de George Muller à Bristol. Mais Mme Hillyard campe sur son idée, et un terrain d’un peu plus d’un hectare est acquis à Stockwell, non loin du Tabernacle.

Une fois construits, les bâtiments n’ont rien des « casernes » habituelles dans lesquelles s'entassent les orphelins. Plusieurs maisons individuelles accueillent chacune quatorze enfants et sont placées sous la responsabilité d’une intendante qui remplit auprès des enfants un rôle maternel.

Il convient de noter qu’à cette époque, en Grande-Bretagne, des associations de libres-penseurs et d’agnostiques se développent, mais que celles-ci ne mènent aucune action envers les nécessiteux. À l’origine du grand mouvement de création des orphelinats, il faut rappeler le rôle important joué par le piétiste Francke (1668-1727), à Halle, et son influence sur George Müller à Bristol ; George Whitefield, lui, s’est occupé d’orphelins en Amérique… En Afrique, ce sont souvent les chrétiens qui ont fondé les œuvres recueillant en particulier les enfants de mère décédée à l’accouchement, enfants que la tradition tient souvent pour responsables de la mort de la mère.


Spurgeon ne peut suffire seul à la tâche, malgré l’aide des anciens et des diacres et sa capacité à savoir déléguer bien des services. Il s’adjoint donc l’aide de son frère James, lui aussi pasteur, et celle de Pierson, bien que presbytérien pédobaptiste et dispensationaliste, deux approches combattues par Spurgeon. Pierson servira ensuite en Amérique. Il se sépare de son ami et collaborateur le pasteur pédobaptiste George Rogers ainsi que du jeune M. Medhurst.


3.5.4. Une maison de retraite
La construction d’une maison de retraite prolonge, en la restructurant, l’initiative prise par John Rippon à New Park Street. Spurgeon fait construire dix-sept petites maisons où les pensionnaires sont logés, nourris et blanchis.

3.5.5. Une école
À côté de la maison de retraite ouvre une école d'une capacité de 400 élèves.

3.5.6. L’œuvre des livres et le fonds de secours
C’est une œuvre créée par Mme Spurgeon, qui commence avec la diffusion du livre Conférences à mes étudiants dans les presbytères les plus pauvres. Un fonds de secours se greffe sur cette œuvre.
Autres œuvres créées par Mme Spurgeon : la Mission des fleurs - cette mission s’occupait d’acheter des fleurs pour les distribuer aux malades des hôpitaux -, la Société de bienfaisance de dames, la Société des layettes, la Société des prêts de traités, la Mission Intérieure, la Société des lectrices de la Bible, la Société pour les mères.

3.5.7. Quelques traits saillants de la pensée de Spurgeon marquant aussi les œuvres
La ponctualité était de rigueur. Au général Booth qui arriva un jour en retard à un rendez-vous chez Spurgeon se fit entendre dite : « Ah ! général ! les militaires doivent être ponctuels ! » (Brunel p.247). Pour lutter contre les conséquences dramatiques de l’alcoolisme en Angleterre à l’époque, Suprgeon était abstinent et avait fondé une société de tempérance dans son église. Spurgeon était convaincu que le théâtre était l’ennemi des bonnes mœurs et de la religion. (Brunel, p.248). Il insistait sur l’importance pour le chrétien d’accomplir ses devoirs civiques. L’aération des salles et le chauffage en hiver étaient primordiales pour Suprgeon qui disait : « Le Saint-Esprit n’aime guère les réunions de prière où l’on a froid aux pieds… la plus grande bénédiction pour le prédicateur, après l’Esprit de Dieu, c’est l’oxygène »

3.6. Fin du ministère de Charles Spurgeon
Le dernier rapport d'assemblée générale de l'Église à laquelle Spurgeon participe donne les chiffres suivants : 
5 328 membres
127 prédicateurs laïques exerçant en région londonienne
23 antennes missionnaires comptant 4 000 places
27 écoles du dimanche
600 moniteurs/trices d’école du dimanche
8 000 élèves à l’école du dimanche
Départ pour la partie céleste
Dieu met fin au pèlerinage terrestre de Spurgeon le 31 janvier 1892 à Menton. .
Après un bref service à l’Église réformée de Menton, le cercueil est rapatrié à Londres. L’église ne pouvant contenir tous ceux qui veulent assister aux obsèques, 4 services sont organisés (Dallimore, p . 224) :
Mercredi matin : pour les membres de l’Église
Mercredi 15h : pour les pasteurs et étudiants
Mercredi 19h : pour les travailleurs chrétiens
Mercredi 20h : pour « le public »

Au cimetière, c’est essentiellement Archibald Brown qui prend la parole :
« Président bien-aimé, pasteur fidèle, prince des prédicateurs, frère bien-aimé, cher Spurgeon, nous ne te disons pas Adieu, mais juste pour un petit moment Bonne nuit. Tu te lèveras bientôt, à l’aurore du jour de la résurrection des rachetés. En vérité, ce n’est pas à nous à te souhaiter bonne nuit, mais à toi, car nous demeurons dans l’obscurité. Toi, tu es dans la sainte lumière de Dieu. Notre nuit passera bientôt, et avec elle toutes nos larmes. Alors, avec toi, nos chants célébreront le matin d’un jour qui ne connaît ni nuages, ni fin ; car là il n’y aura pas de nuit. » (Dallimore, p.229).

3.7.    L'oeuvre après Charles Spurgeon

Après le départ de Charles Spurgeon, plus de 2 000 membres du Tabernacle demandent à Thomas Spurgeon, son fils, de revenir de Nouvelle-Zélande pour reprendre la charge pastorale à la suite de son père. L’Église continue de compter plusieurs milliers de membres et ses institutions poursuivent leur travail.

En 1898, un incendie détruit les bâtiments de l’Église, qui sont reconstruits 3 ans plus tard avec une capacité d’accueil plus réduite. Entre temps, la communauté se réunit dans des locaux temporaires, et certains membres fréquentent d’autres communautés de Londres.

En 1907, Thomas se retire pour raisons de santé et Archibald Brown prend sa suite. Son profil est « spurgeonien » quant à la doctrine, aux méthodes et au style de prédications. Mais il doit lui aussi se retirer au bout de trois ans pour raisons de santé.

C’est un pasteur venu d’Amérique qui lui succède, le pasteur Dixon : recommandé par Pierson, il a un profil en décalage avec celui de Spurgeon sur plusieurs plans. Pierson décrit les cultes au Tabernacle ainsi : « Il n’y a ici rien pour distraire l’esprit de simplicité de l’adoration et de l’Évangile. Un chef de chœur dirige le chant de l’assemblée, sans aucune aide instrumentale. La prière et la louange, la lecture de la Parole de Dieu, ainsi que la simple exposition de la vérité de l’Évangile, tels ont été les moyens de grâces de Spurgeon pendant toute sa vie » (Dallimore, p.233). Dixon, lui, change de style : il introduit le piano et met l’accent sur une expression de piété moins sobre. Selon Dallimore, « son ministère produisit de nombreuses professions de foi, mais la fréquentation et le zèle de l’Église déclinèrent » (Dalliomore, p.234). Dixon quitte l’Église en 1919.

Après lui, H. Tydeman Chilvers trouve une Église bien différente de ce qu'elle était du temps de Spurgeon. Chilvers, « spurgeonnien », redonne à l’Église un caractère plus sobre et plus calvinien. Il introduit l’orgue, lutte contre le libéralisme théologique et maintient un enseignement ferme en matière d’éthique. En 1935, à la fin de son ministère, la communauté est fortifiée.
La mise à disposition d’une propriété en périphérie de Londres amorce la dissociation structurelle entre l'Église et l’école pastorale.

En 1938, Graham Scroggie devient pasteur du Tabernacle et vit, avec la seconde guerre mondiale, la destruction de l’église lors d’une attaque aérienne en 1941. Les cultes ont alors lieu au sous-sol, sous les décombres.
Scroggie se retire en 1943, pour raisons d'âge et de santé.
C’est lors de la seconde guerre mondiale, avec l’évacuation des orphelins de Londres, que l'école pastorale s’installe dans le Kent. Les administrateurs n’ont plus dès lors besoin d’être membres du Tabernacle.

Les deux pastorats suivants sont difficiles, et l’assemblée diminue en nombre. l’Église devient membre de la Fédération baptiste.

C’est à partir de 1954, avec Eric Hayden,  qu’un progressif travail de reconstruction de l’Église commence. Une substantielle aide financière de l’État permet de reconstruire le bâtiment, prévu pour contenir 1 800 places. Mais ce choix stratégique s’avère inadapté  au contexte de l'époque. Un auditorium de 300 ou 400 places et des locaux fonctionnels pour l’école du dimanche auraient été un choix plus judicieux.
La vie de l’Église peine, l’épée et la truelle cesse de paraître.

En 1965, le pasteur Dennis Pascoe dit : « On peut maintenant loger nos membres sur quelques bancs ».
En 1970, un pasteur « spurgeonien » reprend le flambeau. Peter Masters  relance la parution de l’épée et la truelle, utilise des bus pour amener les enfants à l’école du dimanche ; l’Église quitte la Fédération Baptiste -un pasteur de cette fédération en Angleterre avait publiquement mis en doute la divinité de Christ sans que nul ne sanctionne ses propos – et ce retour a une identité plus proche de l'identité d'origine est bénéfique à sa stabilisation et à son rayonnement..
La taille de l’auditorium est également réajustée pour s'adapter à une communauté de 300 membres. Masters fonde une Ecole de Théologie qui touche 350 élèves. Plusieurs intervenants contribuent à cette formation qui répond toujours a un besoin réel, dans un pays qui ne vit certes plus au temps de Wesley ou de Spurgeon, mais où les besoins profonds de l’Église ne sont pas si différents. Si la diffusion des messages se fait aujourd’hui par internet ou par DVD, le fond du message reste le même, on ne refait pas le monde !

                                            A. RUOLT
Webographie :
http://www.whatsaiththescripture.com/Voice/Life.and.Works.of.Spurgeon/Life.and.Works.1.html
http://www.spurgeon.org
http://members.aol.com/pilgrimpub/spurgeon.htm
Autobiographie http://www.cblibrary.org/biography/spurgeon/spurg_v1/spau1_toc.htm

Bibliographie
DALLIMORE ARNOLD, CHARLES SPURGEON : UNE BIOGRAPHIE, Chalon-sur-Saone, Europresse, 1988, 238p
BRUNEL G, Spurgeon : sa vie et son œuvre 1834-1892, Chahors, Coueslant, SD, 293p.
SPURGEON CHARLES, JE VOUS FERAI PECHEURS D'HOMMES
 CAUSERIE A MES ETUDIANTS
SPURGEON CHARLES, COURANTS D'EAU POUR MON AME, Chalon-sur-Saone, Europresse,
SPURGEON CHARLES, GRACE AUX 1000 FACETTES, Chalon-sur-Saone, Europresse,
SPURGEON CHARLES, DANS LE CALME DU SOIR, Chalon-sur-Saone, Europresse,
SPURGEON CHARLES, LE BUTIN DU ROI MEDITATIONS QUOTIDIENNES SUR LES, Chalon-sur-Saone, Europresse,
SPURGEON CHARLES, LE CHOIX EST DEVANT TOI, LA MORT OU LA VIE, , Chalon-sur-Saone, Europresse,
SPURGEON CHARLES, POURQUOI NE PAS ENTRER ?, Chalon-sur-Saone, Europresse,
SPURGEON CHARLES, TRESORS DE FOI (LES), ,
Par A R - Publié dans : Biographies
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