Samedi 23 juin 2007
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Le Baron Joseph-Marie De Gérando
Lyon 29 février 1772- Paris 10 novembre 1842






Brefs repères biographiques du Gérando

MOREL Octavie, Essai sur la vie et les travaux de Marie-Joseph, baron de Gérando, Paris, Jules Renouard, 1846, 105p
Et BERLIA G, Gérando, sa vie, son oeuvre, Paris, L.G.D.J., 1942, 64 p.
Emile GOSSO, "Gérando", dictionnaire de Pédagogie, F. Buisson, 1910


Présentation générale de l'homme

L'homme de plume

Joseph-Marie De Gérando a été maire de Nogent-sur-Marne de 1816 à 1819  reconnu comme philosophe, précurseur de l’anthropologie, sociologue, homme de lettres, baron d'empire... maître des requêtes et conseiller d’État sous l’Empire, sous la Restauration, il était professeur à la faculté de droit.

Il entretient une correspondance avec J F Oberlin qu'il représente à Paris pour la cérémonie de remise de la médaille de l'agriculture qui lui est attribuée.

Il sort de l’ombre en 1799 (15 germinal, an VII), en participant au concours lancé par L’Institut National sur le thème : « Déterminer quelle a été l'influence des signes sur la formation des idées » (
[1799-1800], 4 V), concours qu’il remporta !

De nombreux et volumineux ouvrages du prolixe auteur sont aujourd'hui disponibles en ligne:

Ouvrages Philosophiques
« Déterminer quelle a été l'influence des signes sur la formation des idées » ([1799-1800], 4 V)
histoire comparée des systèmes de philosophie, relativement aux principes des connaissances humaines (1822,  4 vol)
Histoire de la philosophie moderne, à partir de la renaissance des lettres jusqu'à la fin du XVIIIe siècle. (1772-1842/ 1847),
De la génération des connaissances humaines (1802)

Ouvrages sur l'éducation
l’Education des sourds-muets de naissance (1827, 2 vol)
Du perfectionnement moral, ou de l'éducation de soi-même
(1824)
Cours normal des instituteurs primaires (1832)
Institut du droit administratif français (1830)


Ouvrages sur l'assistance auprès des indigents
 Le visiteur du pauvre (1816)
De la bienfaisance publique (1839, 4 vol)

Le visiteur du pauvre est un ouvrage de 546p, est écrit suite au concours lancé en 1816 par l’académie de Lyon sur le thème : « Indiquer les moyens de reconnaître la véritable indigence, et de rendre l’aumône utile à ceux qui la donnent comme à ceux qui la reçoivent ». Joseph-Marie Gérando remporte le prix avec Le Visiteur du pauvre, primé comme « l’ouvrage le plus utile aux mœurs ».
A l’origine le volume n’était destiné qu’aux responsables de la ville de Lyon, il n’était pas destiné à une publication plus large.


Ses liens avec des protestants

Joseph-Marie de Gérando est un catholique originaire de Lyon mais qui a souvent été en relation avec des protestants et leur influence :
il épouse Annette Rathsamhausen, famille Protestante,
fréquente Gottfried Konrad Pfeffel (1736-1809) à Colmar,
est ami de :
Camille Jordan (1771-1821) Lyonnais de famille Protestante,
de Jacques Necker (1732-1804) le financier de Genève,
de la famille Fritz De Dietrich d’Alsace,
de la Baronne de Staël (1766-1817),…

Se rendant à Rome M. et Mme De Gérando laisse leur petit Gustave  âgé de 6 ans chez les Etienne Gautier Delessert (1735-1816) à Passy, Banquier à Paris, Président Caisse d’Epargne , une famille protestante de Lyon, qui après s’être exilée de France après la révocation de l’édit de Nantes vers 1685 sont revenus en France en 1735.


Joseph-Marie de Gérando fut un des fondateurs en 1821 de la Société de la morale chrétienne, Société largement assise sur les piliers protestants comme le baptiste Jean-Casimir Rostan (1774-1833)



Mme Gérando a des liens avec Barbara Juliane von Krüdener , dite Barbara de Krüdener (1764-1824) écrivaine russe d’expression française. En 1806, elle vit une conversion spirituelle qui l’amène à prêcher en Allemagne puis en Suisse, suivie de milliers de disciples. Expulsée de partout, elle se retire en Crimée en 1824 où elle mourra.


1.    La jeunesse de Joseph-Marie de Gérando

1.1.Son enfance, sa formation

Joseph-Marie né à Lyon le 29 février 1772, 17 ans avant la prise de la Bastille dans une famille catholique aisé.
Octavie Morel nous apprend que son père était un architecte talentueux reconnu, quant à sa mère « d’une vertu austère, conserva jusqu’à un âge très avancé une force de caractère et une lucidité d’esprit remarquables » .
Il le décrit comme un enfant « réfléchi, timide, peu enclin aux espiègleries des enfants de son âge. Ses parents le jugeaient sévèrement… considéré comme un enfant sans intelligence, le jeune de Gerando s’abandonnait à sa propre réflexion. » 
Plusieurs précepteurs essayèrent en vain de l’initier aux études pour jeter l’éponge déclarant ce jeune « incapable d’études sérieuses ».
C’est au collège des Oratoriens où il fut ensuite envoyé qu’un « déclic » se produisit, bien que ses parents mirent d’abord en doute que la réussite de leur petit soit le fruit de ses propres capacités !... ils durent ensuite reconnaître leur méprise, et même une fois louer une voiture pour transporter les livres que leur fils avait obtenu lors de la distribution des prix !!!
Il fit ensuite des études de philosophie au séminaire des Sulpiciens, à Saint-Irénée. Là il se lie d’une profonde amitié avec un de ses condisciples l’abbé Montagnier.


1.2. Sa vocation au service

Très stimulé par toutes les réflexions philosophique et théologique, il forma là le projet d’embrasser la vie ecclesiastique et devenir missionnaire.
Il devait rejoindre le séminaire catholique de Saint-Magloire à Paris lorsqu’il apprend qu’un de ses camarades ainsi que le supérieur du séminaire venait de périr dans un des massacres des 2-5 septembre 1792 de la fin de la Législative, une des périodes les plus tragiques de la Révolution Française (les historiens évaluent entre 1000 et 1400 victimes dont la moitié des prisonniers parisiens  dont 116 prêtres et trois évêques détenus dans l'ancien monastère des Carmes à Paris (qui avaient refusé de prêter serment à la Constitution civile du clergé).
Si ces événements mettent un terme à ses projets de carrière ecclésiastique, cela n’altéra pas son vœu d’être au service des autres. Cela s’accomplira cependant d’une autre façon : « ne fut-il pas missionnaire sur la terre, celui dont la vie entière fut consacrée au bien de l’humanité, dont toutes les actions, toutes les pensées, eurent pour but constant d’instruire les hommes, de les rendre meilleurs, de les soulager dans tous leurs maux ? »


2.    L’engagement contre la Convention et l’exil

2.1.Son engagement dans l’armée

En mai 1793, Lyon se dote d’un maire girondin, les mois suivant ce sont les montagnards qui prennent le dessus et gouvernent la nation… les tensions sont fortes, aux frontières c’est l’invasion, à l’intérieur l’insurrection d’étend : soixante départements s’insurgent contre la proscription des Girondins… Progressivement, le gouvernement révolutionnaire, codifié par la Convention le 4 décembre 1793, se met en place.

L’assemblée décide de faire le siège de la ville. Plus de 50000 hommes l’encerclent. La cité résiste quasi seule. Quelques troupes et des armes viennent du Forez. Après deux mois de résistance, les troupes qui ont défendu Lyon (6 à 7000 hommes) estiment la défense impossible. Dans la nuit du 8 au 9 octobre, sous la conduite de leur général, le Comte de Précy, elles sortent et se dirigent vers le nord .
Le patriotisme de Gérando le pousse alors à s’engager avec d’autres jeunes lyonnais pour défendre la ville contre les partisans de la convention. Il a alors 21 ans. Le détachement commandé par Précy est vite décimé. Blessé à la jambe Gérando s’attendait à vivre ses derniers instants lorsque le chef de la troupe adverse s’est avancé vers lui deux pistolets à la main… A sa plus grande surprise il s’entend dire de ce chef adverse : « je viens pour te sauver. ». Gérando se laisse alors emmener comme prisonnier. Ne pouvant marcher à allure normale à cause de sa blessure, il fut attaché sous un cheval et « regretta plus d’une fois de n’avoir pas trouvé sur le champ de bataille la fin de tous ces maux » .

Après quelques jours de cachot, il comparut devant un tribunal militaire qui avait à juger les prisonnier lyonnais. La procédure était simple : le Président demandait si le prisonnier avait été pris les armes à la main, si oui c’était la condamnation à mort de prononcé immédiatement.
Gérando ne se faisait donc aucune illusion sur son sort. Il fut donc le premier surpris d’entendre quelqu’un répondre « Non ! » au président lorsque la question fut posée pour son cas… il fut absout sur la parole du chef ennemis qui en le faisant prisonnier lui avait dit venir pour le sauver !...
Sa famille avait de son côté déjà fait célébrer un service funèbre pour « le repos de son âme » n’imaginant pas d’autre sort possible que la mort au combat ou par exécution de leur fils.

2.2. L’exil

Gerando s’engagea dans un régiment de chasseurs, l’armée étant à l’époque souvent un refuge, mais comme son régiment fut envoyé à Lyon, il dût fuir en Suisse puis en Italie. A Naple il tiendra les comptes d’un parent banquier à la cour. Ses soirées il les passait à méditer, et faire travailler ses neurones. « Trop pauvre pour pouvoir s’acheter des livres, il les composa lui-même. Toutes les questions de philosophie, les phénomènes naturels, les problèmes de mathématiques, qu’il eût voulu étudier dans les auteurs qui les ont traités, il les approfondit dans sa pensée. Plus tard il aima à se rappeler la joie qu’il avait éprouvée, lorsqu’il lui fut donné de se procurer ces livres tant enviés, et qu’il vit que ses propres découvertes dans les sciences étaient conformes à celles des savants, et que plus d’une fois il avait été plus exact qu’eux » .

L’amnistie du 9 thermidor, permet aux exilés lyonnais de rentrer chez eux. Géerando rentre dans sa famille se préparant à reprendre du service dans l’armée, lorsque son ami Camille Jordan , aussi revenu d’exil, est élu député en 1797 et demande à son ami de l’accompagner pour une mission délicate. Le 18 fructidor c’est le coup d’état. Gérando avait prévu un lieu de rapide retraite, mais il eut beaucoup de peine à persuader Jordan de le suivre la nuit du 17 au 18 dans cette cache, avant de fuir en Allemagne. En 1798 Jordan rejoint l’Angleterre, Gérando reprend du service dans l’armée, et se trouve en garnison à Colmar.

2.3. Reprise de la vie militaire et mariage

 
Théophile Conrad Pfeffel (1736-1809)
Il a 2 ans lorsque ce fils d’avocat du Wurtemberg, perd son père. Il étudiera à Halle (fief piétiste) la jurisprudence dans le but de devenir diplomate. Suite à une opération manquée à un oeil, en 1754, il perd la vue et interrompt ses études. Malgré son handicape, il fonde en 1760 «la société de lecture de Colmar »…    Gérando possède l’Allemand et en homme de culture il se rendit à Colmar avec Camille Jordan auprès du poète  et pédagogue protestant Gottlieb Konrad Pfeffel  (28.06.1736-01.05.1809) le « La Fontaine de la littérature allemande » selon Morel . L’élite des jeunes nobles d’Alsace se retrouvait là.

Pfeffel avait été à l’initiative de la création en 1773 d’une école française : l’Académie militaire destinée à donner aux jeunes alsaciens protestants une culture française. L’influence des idées de Rousseau et de Pestalozzi marquait l’école.

Parmi cette jeunesse qui fréquentait le cercle Pfeffel se trouvait Mlle Annette de Rathsamhausen  (24.06.1774-14.07.1824), que Gérando épousa  le 31 décembre 1799. Mme de Staël disait ne connaître que deux femmes qui avaient une plume plus agile qu’elle : Mme Gérando et Mme Necker de Saussure.
Trois enfants naîtront de cette union : Fanny meurt en très bas âge, Auguste laissera à son tour des écrits disponibles, et Camille.

Il partage avec les autres « philosophes des lumières » un très grand optimisme quant aux capacités qu’à l’homme à se perfectionner de lui-même : En 1800 il écrit ;
« l’homme est égoïste, il cherche à se satisfaire et non à se perfectionner, son espèce n’est rien pour lui ». La vraie philosophie, toujours d’accord avec la morale, nous tient un autre langage. La source des utiles lumières, nous dit-elle, comme celle du solide bonheur, est en nous-mêmes. Nos lumières, dépendent surtout de l’état de nos facultés :mais comment perfectionner nos facultés, si nous n’en connaissons la nature et les lois ? Les éléments de la félicité sont les sentiments moraux, mais comment développer ces sentiments, si nous n’examinons le principe de nos affections et les moyens de les diriger ? C’est en s’étudiant qu’on s’améliore ».

Dans ses textes, comme dans les lettres écrites par sa femme et qui ont aussi été publiées, le thème de la Providence divine revient très fréquemment. Si la grâce commune permet à l’homme de se perfectionner par l’instruction, on sait que malheureusement l’instruction ne suffit pas à rendre les gens forcément bons. La régénération doit encore libérer l’homme de l’esclavage du péché. Dans le cas des Gérando, cette dimension n’est me semble-t-il pas absente de leur vie, même s’ils ne l’expriment pas forcément avec le patois de Canaan qui serait aujourd’hui celui de plusieurs.
 
3. La carrière Parisienne des Gérando

3.1. Le concours de l’Institut de France

L’Institut de France avait lancé un concours sur le thème : « Déterminer quelle a été l’influence des signes sur la formation des idées ». Le prix était décerné le 15 germinal, an VII (1799) mais Joseph-Marie n’avait eu que très tardivement connaissance de ce concours.
Il parvient juste dans les temps à faire parvenir le manuscrit que Mlles Rathsamhausen, de Berckheim, Pfeffel… s’était hâtés de recopier au fur et à mesure… les photocopieuses en ce temps-là n’existant pas encore. Gérando remporta le concours « contre » Saint-Martin qui manifestera beaucoup d’estime pour Gérando « Il aime en lui le savant, apprécie cette âme affectueuse et charitable, unissant de grandes lumières philosophiques à de fortes habitudes chrétiennes. »

L’Institut mis tout en œuvre pour que le soldat philosophe soit exempté de service militaire et puisse être nommé à Paris, ou il occupa le poste de « secrétaire du bureau consultatif des arts et du commerce, en l’an VIII .
Cette année Gérando étoffe sa copie et publie en 4 volumes « des Signes et de l’art de penser, considérés dans leurs rapports mutuels ».


A suivre...

A Ruolt
Par A R - Publié dans : Biographies
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