Ecoles du Dimanche

Lundi 26 mars 2007
Le début des sociétés d’Ecole du Dimanche
œuvre d’éducation auprès des «esclaves-blancs»
Les origines des Ecoles du Dimanche, Hare Lane, Gloucester 1780


Ouvrages principaux utilisés

Texte principal utilisé à télécharger sur http://books.google.com
POWER John Carroll, The Rise and Progress of Sunday Schools; a Biography of Robert Raikes and William Fox, New York, Sheldon & Company., 1863, 294p.

FERGUSON, John, Christianity society and education, Robert Raikes, past, present and futur, Londres, SPCK, 1981, 214p

HARRIS J. Henry, Robert Raikes- The Man who founded the Sunday school, Londres, the national sunday school union, 1900, 142p.

Le Siècle « des lumières » : quelques Jalons pour rappels

Philosophie


1734 Voltaire (1694-1778) écrit « Lettres philosophiques »
1748 Montesquieu (1689-1755) écrit « De l’Esprit des lois »
1751-1772 « L’Encyclopédie » (Le Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers) est rédigée ss dir de Denis Diderot et Jn le Rond d’Alembert
1762 J.-J. Rousseau (1712-1778) écrit « Du contrat social » et « l’Emile »
1781 Emmanuel Kant (1724-1804) écrit « la Critique de la raison pure »




























Techniques

1698, Thomas Savery dépose un brevet sur une pompe destinée à l'exploitation minière, il la perfectionne en collaboration avec Thomas Newcomen (baptisé le 24 février 1664 à Dartmouth (Devon, Angleterre), décédé le 5 août 1729, était forgeron, plombier, et étameur par tradition, et pasteur baptiste par vocation), grâce entre autres, aux travaux du Français Denis Papin.
1712 Un premier modèle de la « machine Newcomen »  est commercialisé et est utilisé dans les mines de charbon, près de Dudley, dans le centre de l'Angleterre





1730-1803 Première révolution industrielle : métallurgie et textile
1765 Hargreaves conçoit la première machine à filer
1769 Richard Arkwright invente une machine à tisser
1773 John Kay invente la navette volante
1779 Samuel Cromton perfectionne la machine à tisser
1782 James Watt perfectionne sa machine à vapeur
1785 Cartwright invente le premier métier à tisser mécanique
1804 premier test d’une locomotive à vapeur, en Angleterre par Richard Trevithick et atteint la vitesse de 8 km/h

Les Réveils Protestants
>1415 Jean Huss (1635-1705) Moraves 1700-1760 Conte de Zinzendorf Piétisme Philippe Jacob Spener (1635-1705)
1609 Baptisme J Smyth (1570-1612)
1702 guerre des Camisards
1738 Méthodisme J Wesley 1703-1791
1793 William Carrey (1761-1834) part au Bengal début des « missions modernes »
1825 Darbystes Cronin à Dublin, 1828, J N Darby (1800-1882)
1848 Frères larges  à Bristol Newton & G Muller
1878 Armée du salut William Booth (1829-1912)


Situation Socio-Politique
1638 Roger Williams (1603-1683) fonde Rhode Island, Séparation Eglise/Etat
1649 Le roi Jacques 1er est exécuté en Angleterre persécute les non-anglicans
1653 Cromwell (puritain) dirige l’Angleterre
1660-1685 rétablissement de la monarchie avec Charles II, exclut tous les non-anglicans des emplois d’Etat
1665-1666 incendie + peste à Londres
1685-1688 Jacques II tente de restaurer le catholicisme puis fuit en France
fin de la dynastie des Stuart.
Au XVIIIe l’Angleterre voit sa population doubler, les campagnes se vident, les villes ou les entreprises se créées offrent du travail nouveau
1700-1833 « Commerce d’esclaves noirs »
1776 (4 juillet) déclaration d’indépendance des Etats Unis d’Amérique
1789 Révolution française
1793 Louis XVI est guillotiné
Roger Williams published his defense of separation of religion from government in London:
The Bloudy Tenent of Persecution, for Cause of Conscience (1644).
The book was a dialog between Truth and Peace.
www.ronaldbrucemeyer.com/rants/0913almanac.htm.


Education

1614 Les frères Moraves, Jan Amos Comenius  (1592-1670) Pasteur ayant étudié la théologie à Heidelberg, s’exile de Bohème en Hollande.
1538 L’Ecole Alsacienne, Jean Sturm (1597-1589)
1540 Collèges Jésuites
1684 Les frères des Ecoles chrétiennes J.-Baptiste de la Salle
1762  « l’Emile » J.-J. Rousseau (1712-1778)
>1767 J F Oberlin (1740-1826)
>1769 Johann Heinrich Pestalozzi (1746-1827)
En 1860, en Angleterre, l’Education Act rend l’école obligatoire jusqu’à 11 ans
En 1881/2 les lois Ferry  organisent l’école obligatoire en France pour les enfants de 6 à 13 ans, avant lui :
1833 La loi Guizot oblige les communes de >100 habitants à ouvrir une école de garçons et de payer un instituteur
1850 la loi Falloux contribue à organiser des académies par département et fixe un cadre pour l’enseignement catholique.
1832 pour les Etats Unis

L’influence du protestantisme dans les réflexions sur l’éducation « laïque »
Liens entre l’action sociale d’éducation populaire et l’instruction religieuse
À la fin du XIXe Ferdinand Buisson écrit dans le Dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire : « « aujourd'hui la plupart des principes pédagogiques proclamés par les Protestants sont devenus comme la propriété générale des peuples civilisés ». » Mais si de façon générale on trouve plusieurs protestants engagés dans l’éducation, peu nombreux sont ceux qui se réclament pleinement de la ligne évangélique classique comme nous l’entendons aujourd’hui. C’est plutôt le travail des humanistes et des idées qui prévalent plus librement tout au long du siècle des lumières qui influencent ces pédagogues-Protestants.

Parmi les œuvres développées particulièrement par les Protestants, l’école du dimanche est une de celles qui a eu le plus d’impact au sein des Eglises et bien au-delà. En Angleterre, en 1831, après 46 ans d’existence, l’œuvre touchait hebdomadairement 1,25 million d’enfants, soit ¼ de la population d’alors.

En France, aujourd’hui, elle concerne essentiellement les jeunes enfants des membres de l’Eglise et vise à les fonder dans une connaissance systématique des récits bibliques, pour preuve le contenu de la littérature produite à l’endroit des « moniteurs » et des « élèves ».
Si parfois les termes « école du dimanche » et « catéchisme »  sont utilisés de façon synonymique dans bon nombre d’Eglises évangéliques, ce n’est pas toujours le cas ailleurs : parfois le catéchisme désigne plus spécifiquement l’instruction religieuse suivie en semaine par des adolescents des familles de l’Eglise, jeunes qui participent le dimanche et qui dans les Eglises Luthériennes et Réformées sont ainsi préparés à la « confirmation ».
Ailleurs l’instruction catéchétique désigne plutôt l’enseignement des fondements de la doctrine et de l’éthique chrétienne auprès de nouveaux croyants candidats au baptême ou cherchant à être mieux fondés dans l’enseignement biblique avant de devenir membre d’une Eglise locale.

Le concept de société d’école du dimanche, inventé par Robert Raikes avec l’appui du Rev Thomas Stock de la paroisse d’Ashbury  mis en œuvre structuré par Williams Fox Nicolas (il créé en 1785 la London Sunday School Society ) a été vite repris au-delà du cadre des Eglises.

Johann Gerhard Oncken, le premier baptiste allemand, qui fonda en 1823 la première école du dimanche en Allemagne et posa une demande auprès du Sénat de Brehm en 1826 pour que l’état prenne part à ce travail de scolarisation, demande qui fut dans un premier temps rejetée.

En 1871, dans le cadre de l’UCJG, Ruben Saillens s’implique dans la création « d’école du dimanche » dans la région Lyonnaise. Fin 1872, ces écoles touchaient plus de 600 enfants de 7 à 15 ans « presque tous venant de familles de libres penseurs »
« Aussi, nos écoles du dimanche étaient bien différentes de celles d’aujourd’hui. Les deux sexes avaient des locaux à part : nous, jeunes gens, donnions à nos garçons des leçons de lecture, d’écriture, de calcul, pendant une heure. Nous consacrions les heures suivantes à une instruction religieuse basée sur le Nouveau Testament… les jeunes filles chrétiennes, stimulées par l’exemple de leurs frères, fondèrent à leur tour des écoles semblables pour les filles. »   Durant sa formation à l’institut de M. Guinness, Saillens entrant en contact avec les enfants des rues de Londres rapporte : « Le Dr Barnardo  m’a donné dernièrement une place de moniteur dans ses Ecoles du Dimanche. Je croyais nos gamins bien mauvais et nos écoles bien mal organisées, mais ce n’est rien en comparaison de l’East End Juvenile Mission. Le docteur racontait l’autre jour qu’à ses débuts, les élèves l’avaient jeté par la fenêtre. Dimanche dernier, il s’en est fallu de peu que les gamins ne nous en fissent autant. »

Atelier de cordonnerie de John Pounds, ou les enfants étaient initiés à la lecture l’écriture, les mathématiques

Le mouvement des « Ragged Schools », qu’à l’époque de Ruben Saillens on nommait « Ecoles déguenillées »  ont été l’initiative en 1818 de John Pounds , cordonnier de Portsmouth.
Ces écoles étaient "prévues pour instruire les enfants indigents et pour les sauver du vagabondage et du crime » .
Elles faisaient fonction de foyer d’accueil, assistant de façon plus large les jeunes indigents souvent déjà délinquants ou en devenir .
Plutôt que la répression et la prison pour ces jeunes, ces œuvres visaient la prévention , en donnant aux jeunes un minimum d’éducation, les nourrissant et les habillant, pour leur permettre de s’insérer dans la société.

























Thomas Guthrie (1803-1873) a poursuivi et développé ce travail
L’union des « Ragged School » est crée en 1844 par Lord Shaftesbury.











































































Camberwell Ragged School Union Dinner, 1901. © Peter























Lambeth Ragged School, 1846.




















Vers la sécularisation des principes de Raikes et Fox

Le Baron de Gérando, en 1839 présente ainsi la fonction des Ecoles du dimanche en France :
L’heureuse idée d’instituer les écoles du dimanche a été conçue dans la vue de continuer ainsi, pour l’enfance et l’adolescence, une protection sage et éclairée, aussi longtemps qu’elle est nécessaire, pour conserver, développer et faire fructifier les semences que les premiers enseignements de l’école pnt déposé dans le cœur et l’esprit des enfants. Le dimanche, les enfants au dessus de douze ans, qui ont déjà quitté l’école ordinaire, se réunissent après l’office divin ; ils chantent en commun des hymnes, font des lectures dans les livres saints, répètent ou récitent certaines leçons ou certains traits d’histoire, exécutent quelques compositions écrites, quelques opérations de calcul. On leur remet quelques sujets ou problèmes qu’ils emportent chez eux, pour les étudier ou les résoudre : on saisit cette occasion pour étendre leurs connaissances sur des objets d’une utilité générale pour leur donner de sages conseils, pour avoir avec eux des entretiens paternels. On les détourne par là des plaisirs grossiers qui pourraient les entraîner et leur faire contracter de bonne heure des habitudes vicieuses. L’Instituteur préside à ces réunions et ne peut s’y faire suppléer. Quelquefois ces réunions sont suivies de promenades, d’exercices où l’instruction se réunit encore à l’amusement et se déguise sous les formes de la gaîté.



En France, Condorcet  avait mis dans son rapport au sénat du 20/04/1792 lorsqu’il comptait demander la création d’école du dimanche en France pour lutter contre l’analphabétisatime de retour, par là il entendait que l’acquis de l’école primaire peut s’évaporer et replonger dans l’ignorance l’ouvrier accablé par des tâches répétée…

On a retrouvé dans les archives du département de la police Russe, une lettre  « strictement confidentielle » datée du 18 mars 1805 adressée par le Ministre de l’Intérieur Dournovo à Pobiédonostev, Procureur général du Saint Synode de l’Eglise Orthodoxe d’alors, témoignant de l’existence à cette époque d’école du dimanche en Russie.
« Il lui écrivait au sujet des écoles du dimanche. On lit dans cette lettre : " Il résulte des renseignements qui nous sont parvenus au cours de ces dernières années que des personnes politiquement suspectes, ainsi qu'une partie de la jeunesse étudiante d'une certaine tendance, cherchent, comme aux années 60, à entrer dans les écoles du dimanche en qualité d'instituteurs, de conférenciers, de bibliothécaires, etc. Ce désir systématique, qui n'est pas même justifié par la recherche de moyens d'existence, puisque le travail dans ces écoles n'est pas rémunéré, prouve qu'il s'agit là, pour les éléments antigouvernementaux, d'un moyen de lutter sur le terrain légal contre le régime et l'ordre social existant en Russie. »

Dès 1892, une alternative au travail de Raikes s’est développée ; les premières « Ecoles du Dimanche socialistes » « Socialist Sunday school » sont créées en Angleterre par Mary Gray (1854-1941). En 20 ans s’étaient développées quelques 120 écoles de ce type, valorisant les idéaux socialistes non-chrétiens auprès des jeunes.

En 1894, une autre école de dimanche de socialiste a été créée par le syndicaliste Tom Anderson.
Le décalogue des » « Socialist Sunday school », exclut toute référence à la foi en Dieu. Centré sur l’être humain, vu de façon très optimiste, il vise un monde de paix et de justice dont le moteur est la raison et le travail des hommes et des femmes, ce qui selon cette approche les rendra libres et fera d’eux « des frères et des sœurs ».


1. Tu aimeras tes camarades de classe, qui seront tes camarades ouvriers dans la vie.
2. Tu aimeras l’étude, qui est la nourriture de l'esprit : tu seras reconnaissant envers ton professeur comme à tes parents.
3. Fais chaque jour saint, par de bons et utiles contrats et de bonnes actions.
4. Tu honoreras les hommes de biens, tu seras courtois et respectueux à l’égard de tous les hommes.
5. Tu détesteras de parler mal des autres. Tu ne te vengeras pas mais tu seras prèt à tenir bon pour la justice et résister à l’opposition.
6. Tu ne seras pas lâche. Tu seras un ami pour le faible et tu aimeras la justice.
7. Tu te rappelleras que toutes les bonnes choses de la terre sont produites par le travail. Celui qui les apprécie sans travailler vole le pain des ouvriers.
8. Tu observeras et réfléchiras pour découvrir la vérité. Tu ne croiras pas ce qui est contraire à la raison et tu ne tromperas jamais toi-même ou les autres
9. Tu ne dois pas penser qu’aimer ton propre pays signifie détester les autres nations, et souhaiter la guerre, qui est un reste de barbarie.
10. Tu dois regarder en avant attendant le jour où tous les hommes et les femmes seront les citoyens libres d'une patrie et vivront ensemble comme frères et soeurs dans la paix et la droiture.

L’UCJG-YACM, autre mouvement d’origine Protestante à l’évolution plus sociale que professante
Cinquante-Neuf ans après la création des premières Sociétés d’école du dimanche, un mouvement tel que l’UCJG-YACM (Union Chrétienne des Jeunes Gens - Young Men's Christian Association), créé le 6 juin 1844 par Georges Williams (1870-1942), face aussi aux besoins sociaux engendrés par la nouvelle donne socio-économique qui présida à un vaste exode rural vers les villes anglaise, avec toutes les pertes de repères des rythmes agricoles, des principes religieux et de structures familiales qui s’en suivirent, est aujourd’hui largement sécularisé, alors qu’il n’en était pas à l’origine de mouvement créé par des protestants associant à leur foi l’action sociale.
Williams créé en 1844 les YMCM « avec une dizaine d’autres jeunes qui, à l'origine, se réunissaient pour méditer et pour prier, car il étaient tous des chrétiens engagés. Mais très vite ils dépassèrent le domaine spirituel pour s'engager concrètement dans l'assistance mutuelle des plus démunis dont ils faisaient partie. »

Le premier texte de référence  la Base de Paris de 1855, dit expressément : « Les Unions Chrétiennes de Jeunes Gens ont pour but de réunir les jeunes gens qui, regardent Jésus-Christ comme leur Sauveur et leur Dieu selon les Saintes Ecritures, veulent être ses disciples dans leur foi et dans leur vie et travailler ensemble et étendre parmi les jeunes gens le règne de leur Maître".
Nulle divergence d'opinion, si grave qu'elle puisse être, mais portant sur un sujet étranger au but précédemment établi ne devra rompre l'harmonie dans les rapports fraternels entre les mouvements membres de l'Alliance Universelle »

Le dernier texte en date Le défi 21 de 1998 réaffirme la Base de Paris et porte au nombre des défis pour le troisième milinaire en tout premier lieu « Porter la bonne nouvelle de Jésus Christ et travailler à l'épanouissement, de la personne sur les plans spirituel, intellectuel et physique, ainsi que de la communauté dans sa totalité»

La Déclaration de Mombasa en 1988 affirme de son côté « Les UCJG ont un message chrétien et une vision chrétienne. Le message c'est Jésus-Christ. Convaincues qu'en Lui se trouve plénitude de vie, les UCJG veulent faire entendre à tous les hommes l'appel de Jésus à le suivre… C'est le souhait des UCJG que chaque point de son programme contribue à cette fin. »

La Charte de Bec Hellouin en 1977 assigne aux unités « - témoignent d'une recherche spirituelle, à la fois personnelle et communautaire et, au travers de lectures différentes de la Bible et de la vie, reconnaissent Jésus, le Christ, comme source de vie, interpellation de l'homme et transformation de ce monde, »

Dans les autres textes, si la foi au sein l’UCJG reste une notion présente, elle est moins la conséquence de convictions que le Créateur ne puisse être ignoré dans toute action qui touche à sa créature que parce que l’UCJG « estime que la spiritualité ne peut pas être ignorée dans un monde où plus de deux milliards de personnes pratiquent une religion. »  Dans sa présentation du protestantisme  et de ses différentes tendances, les responsables de l’UCJG  en définissant une secte comme étant : « un groupement religieux qui n'admet en son sein que les convaincus et qui prend ses distances par rapport à la société environnante »  par méconnaissance exclut toutes les Eglises dites de Professants, dont pourtant plusieurs sont membres de la Fédération Protestante de France.
Les Principes de Kampala en 1973, tout en réaffirmant la Base de Paris a tenu à marquer dans cette charte une référence explicite à toutes les religions « La Base de Paris reconnaît que Christ est le centre du mouvement, conçu comme une fraternité mondiale unissant les chrétiens de toutes confessions. Elle est compatible avec une attitude ouverte à l'égard de la question des membres qui permet d'accueillir chacun sans tenir compte de sa religion, de son âge, de son sexe, de sa race ou de ses convictions sociales. »

L’accent sur l’éducation populaire chez les Protestants
Si, avec les Jésuites au 16e siècle le catholicisme « démocratise » l’éducation jusque-là dispensée dans les monastères, il n’en reste pas moins un enseignement élitiste dirigé par des ecclésiastiques.

Martin Luther et Philippe Melanchthon
Avant eux déjà, les protestants  ont été très actifs dans la promotion de l’éducation visant l’ensemble du peuple déjà en traduisant la Bible dans les langues régionales.
En rendant accessible à tous à la Bible, Luther va favoriser l’apprentissage de la lecture et faire œuvre de linguiste en fixant la langue allemande. Mais le Protestantisme insiste plus sur l’importance de l’éducation « laïc » pour toute la population.
« Luther voulait voir se multiplier les maîtres d'école autant que les pasteurs, afin que les chrétiens, désormais alphabétisés, puissent accéder directement aux Saintes Écritures »
« La prospérité d’une cité, écrit Luther, réside surtout dans l’éducation de citoyens instruits, raisonnables, honnêtes »… ». Si on emploie tant d’argent pour acheter des machines de guerre… pourquoi n’en emploierait-on pas autant pour nourrir des maîtres d’écoles… capables d’élever et d’instruire notre jeunesse ?

Quand il n’y aurait ni âme, ni ciel, ni enfer, encore serait-il nécessaire d’avoir des écoles ici-bas… afin que l’homme devienne capable d’exercer convenablement sa profession et la femme de diriger son ménage et d’élever chrétiennement ses enfants. » Et Luther s’adresse aux politiques : « C’est à vous, Seigneurs, de prendre cette ouvre en main. »… Aidé de Mélanchton, Luther organisa les écoles de Saxe et de Thuringue…. »

Martin Bucer
En 1538 Martin Bucer appelle de ses vœux la création du Gymnase dont Jean Sturm sera le premier recteur.
Bucer rédige 2 catéchismes.

Jean Calvin
Dès son arrivée à Genève, Calvin rend obligatoire l’instruction publique, les garçons comme les filles sont au bénéfice de la gratuité de l’enseignement primaire.
En créant l’Académie de Genève en 1559, lieu de formation des pasteurs français aux XVIe siècle et XVIIe siècle et en nommant Théodore de Bèze comme son premier recteur, Calvin montre son souci de la formation académique des ministres du culte. En outre son catéchisme fera référence pendant plus d’un siècle.

Quelques figures protestantes  marquantes dans le monde de l’éducation

Jan Amos Comenius (1592-1670)
Jan Amos Comenius  Tchèque dans la ligne de Jean Huss et des frères Moraves, il étudie la théologie à Heidelberg, et est consacré au ministère pastoral en 1616.
On lui attribue souvent le titre de fondateur de la pédagogie  moderne et le surnom de Galilée de l’éducation.



Jean Sturm
(1597-1589)
Jean Sturm  est formé à l’université de Louvain et au Collège de France, il est appelé à Strasbourg ou il crée en 1538 le Gymnase Protestant, école élitiste à ses débuts.



J. G. Stuber (1722-1797)
Le pasteur Stuber avait composé un alphabet méthodique qu’Oberlin a repris et qui est un mélange des méthodes globale et syllabique, ce qui est très moderne. L’idée de Stuber comme d’Oberlin est que c’est l’instruction qui est à la base des progrès spirituels, intellectuels et matériels. Stuber organise une bibliothèque de prêt qu’Oberlin va développer. On a toujours le fichier des prêts.

J F Oberlin (1740-1826)
1767 J F Oberlin (1740-1826) ,  s’inspire de la pédagogie des frères moraves, connaît les écrits de Pestalozzi, de Comenius et l’Emile de Rousseau. Oberlin et sa servante Louise Scheppler comptent parmi les pionniers des écoles maternelles et des jardins d’enfants. Ils organisent les « poêles à tricoter » dirigés par des « conductrices de la tendre enfance » .




1769 Johann Heinrich Pestalozzi (1746-1827)
il s'est acquis une réputation européenne par ses travaux pour l'amélioration de l'éducation populaire . D’origine italienne, il est citoyen suisse. Son père médecin chirurgien meurt alors que Pestalozzi a 5 ans. Il est éduqué par sa mère dans des conditions difficiles. Il suit son grand-père pasteur dans ses tournées et sera interpelé par la misère du peuple.
Il s’est engagé dans des études de droit, de philosophie, de théologie, d’humanité et d’agriculture. Disciple de Comenius (1592–1670) et de Rousseau, il tentera de mettre en pratique L’Emile tout au long de sa vie. Il écrit : Léonard et Gertrude (1783), Christophe et Else (1782), la Gazette suisse pour le peuple (1782-1783), Sur la législation de l'infanticide (1783), Recherche sur la marche de la nature dans le développement du genre humain, Comment Gertrude instruit ses enfants (Berne, 1801), le Livre des mères (1803) traduit en français (1821), Méthode intuitive des rapports des nombres (1804),
Vue sur les objets auxquels la législation de l'Helvétie doit principalement avoir égard (Berne, 1802).

Ferdinand Buisson (1841-1932)
Issu d'un milieu revivaliste, il évolue vers le christianisme libéral.
Il est nommé en 1896 titulaire de la chaire de pédagogie de la Sorbonne.
Reçoit en 1927 le prix Nobel de la Paix, et distribue cette récompense à ses « fils adoptifs », les instituteurs de France, afin qu'ils puissent travailler au rapprochement des peuples par l'éducation des enfants.
Ce confident parmi les plus intimes de Jules Ferry a élaboré « tous les projets de lois, tous les règlements, toutes les circulaires » de cette réforme. Il fonde la Revue pédagogique, le Musée pédagogique et obtient la création des ENS de Saint Cloud et de Fontenay-aux-Roses, dont la mission à l'époque est de former les maîtres des Écoles normales d'instituteurs. Il dirige la publication d'un vaste Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire où l'on peut lire : « aujourd'hui la plupart des principes pédagogiques proclamés par les Protestants sont devenus comme la propriété générale des peuples civilisés »

Madame Jules Favre (1834-1896)
Madame Jules Favre, première directrice de l‘Ecole de Sèvres.
Fille d'un pasteur alsacien, Julie Velten (1834-1896) a d'abord oeuvré dans un pensionnat évangélique, à Paris puis Versailles. Cette pédagogue dans l'âme épouse en 1874 le grand républicain Jules Favre ; veuve en 1880, elle accepte la direction de l'Ecole normale de l'enseignement secondaire des jeunes filles, dite de Sèvres. Tout est à inventer dans cette institution dont la République attend beaucoup. Mme Jules Favre lui donne une organisation, un corps professoral d'excellence, mais aussi une âme. Elle exerce notamment son influence par les "Bonsoirs", rendez-vous quotidiens proposés aux sévriennes. Sa pensée s'est nourrie de la fréquentation des auteurs religieux et philosophiques. Elle a publié plusieurs "Morales" (de Montaigne, Socrate ou des Stoïciens) qui lui ont valu une réputation bien au-delà de l'Ecole de Sèvres

Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)
Jean-Jacques Rousseau a été élevé dans la tradition protestante influencée en particulier par son oncle Jacques Bernard, pasteur. Sa famille, d'origine française, s'était exilée à Genève en 1549 à cause de la persécution religieuse. Abandonné à 10 ans par son père, il connaît, livré à lui-même, une enfance, une éducation et des débuts difficiles.
Il passe deux années chez le pasteur Lambercier à Bossey (au pied du Salève au sud de Genève).

Jean-Jacques Rousseau quitte la Genève protestante à seize ans en 1728. C'est le curé de Confignon, Benoît de Pontverre, qui l'adresse à une catholique récemment convertie d'Annecy, Madame la baronne de Warens. Celle-ci l'envoie à Turin où il est contraint à se convertir au catholicisme le 23 avril pour pouvoir s’établir et étudier en France.


On attribue généralement à Robert Raikes le jeune, d’avoir été à l’initiative d’un grand mouvement d’éducation populaire parmi les enfants : les sociétés d’Ecole du dimanche créées en 1785 en Angleterre, et à William fox le baptiste d’en avoir été la principale cheville ouvrière.






Mouvements précurseurs
Cependant, ce mouvement ne vient pas de nulle part !... nous avons vu que déjà en 1767, Jn-F Oberlin avait créé l’ancêtre des écoles maternelles, développé une bibliothèque de prêt… au Ban de la Roche, mais les influences remontent plus loin.
Pour ce qui est des Ecoles du dimanche, elles ont été développées selon le modèle pratiqué dans la tradition juive, ou il existait des écoles du samedi .

Les Ecoles du shabbath
Écoles du Shabbath  préparaient le chemin pour le Messie. Il s’agissait à la fois d’école ou les jeunes Juifs apprenaient à lire l’hébreu, mais aussi de lieu d’apprentissage des fondements de la foi et des pratiques religieuses juives.

La distinction entre éducation laïque et religieuse n’est devenue chose courante qu’à partir du XIXe . Précédemment, l’enseignement des jeunes Juifs relevait de l’apprentissage de l’hébreu, de la torah, de la Mishna, du Talmud et autres écrits religieux.
C’est à la fin du XVIIIe que les choses commencent à changer. La première école libre est fondée à Berlin en 1778 par David Friedländer « Chevrat Chinuch Ne’arim » créant des livres scolaires et traduisant en Allemand les recueils de prières juives pour les jeunes gens Non-juifs.


David Friedländer (6dec 1750 à Königsberg en Prusse-25 dec 1834 à Berlin). Entrepreneur travaillant dans la soie et écrivain il a travaillé à l’émancipation des Juifs Berlinois

Précurseurs de l’Ecole du dimanche au sein de la chrétienté

En 1584, Charles Borromeo (1538-1584), Archiprêtre de Milan, participe au concile de Trente, rédige un catéchisme en 1566 et organise une première Ecole du Dimanche dans la Cathédrale de Milan, puis après dans tout le diocèse jusqu’à toucher une bonne partie de la Lombardy.




En 1688, le pasteur Joseph Alleine institue une école du dimanche en lien avec l’Eglise de Tauntou en Angleterre.
En 1767, c’est Jn-F Oberlin qui fait tout un travail d’éducation à Walderbach en France.
En 1769, Hannah Ball [selon méthodiste ou presbytérienne], établit une ED à Wycombe en Angleterre, cette école fut un instrument privilégié pour permettre à de nombreux enfants de connaître des Ecritures.
En 1773, un notable nommé Kindermaun, fonde une ED en Bohème (Tchécoslovaquie).
Dès 1781 on trouve des ED en Amérique du Nord. John Robinson organise une ED dans le Massachusetts en lien avec les Eglises.
En 1740, John Wesley institue à son tour des ED.
Autour des années 1740 les baptistes allemands dits du septième jour, sous la direction de Ludwig Strecker développent des ED à Ephrata, Lancaster, en Pennsylvanie.

Le Pasteur John Douglas écrit dans the United Presbyterian Quarterly Review, Pittsburg, Pa.Juin & Oct 1861, citant le Free Church Magazine (Scotland) de 1844, que déjà John Knox avait institué les ED.

Cependant, « l’ère » des sociétés d’ED commence avec Raikes, en 1781 ou 1782  à Gloucester en Angleterre.
C’est un mouvement beaucoup plus large ; géographiquement mais aussi de par l’interdénominationnalité du mouvement qui va se déployer pour rassembler des jeunes issus de familles de l’Eglise et des jeunes sans instruction religieuse et souvent sans grande instruction reçu au sein des familles.

L’initiative que va développer Raikes auprès des enfants ne part ni d’une vision mystique d’un appel qui le frappe soudainement comme un éclair, ni même d’un profond intérêt toujours nourri pour les enfants.
L’événement qui va déclencher en cascade différentes initiatives est autre, et c’est en prison qu’il faut aller la chercher !

Groupe de l'école du dimanche presbytérienne Hillhurst, à Calgary, vers 1912-1916
(avec la permission du Glenbow Museum/NA-1639-1).

à suivre...


Par A R
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Dimanche 15 avril 2007

Le début des sociétés
d’Ecole du Dimanche
œuvre d’éducation auprès des
«esclaves-blancs»

 


Reprères chronologiques

En Angleterre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 























 
Robert Raikes le jeune                              William Fox
(1736-1811)                                         (1736-1826)

On attribue au Britannique Robert Raikes le jeune (1736-1811) de Gloucester, éditeur-imprimeur de profession, anglican de tradition religieuse, d’avoir été l’inspirateur et l’initiateur d’un mouvement qui, l’appuie institutionnel du pasteur Thomas Cook (1828-1886) s’est répandu comme une traînée de poudre à partir de 1780 jusqu’à toucher hebdomadairement en 1831, soit quarante-six ans plus tard, 1,25 million d’enfants, un quart de la population anglaise d’alors. La première Société des Écoles du dimanche (London Sunday School Society) ,  est fondée le 7 septembre 1785 . William Fox (1736-1826), c’est le maître d’œuvre qui administre le travail éducatif avec tout ce que cela comportait de plus technique.

En Amérique du Nord
Benjamin Rush
(1744-1813)   
C’est en 1791  à Philadelphie que l’on trouve échos de la première Ecole du dimanche d’Amérique du Nord . A la même époque, dans la même ville le presbytérien Benjamin Rush  (1744-1813), médecin et père fondateur des Etats Unis, fondait « la Société des écoles du premier jour de la semaine » (The First Day Society). En 1817 « l’Union des écoles du dimanche de Philadelphie » (Sunday and Adult School Union) est fondée. En 1824 lui succède, « l’union américaine des écoles du dimanche » (American Sunday School Union ), dont le but était de créer des écoles dans toutes les parties des États Unis.


En France
  Jean Paul Cook
1828-1886   
En France, c’est en 1814 (Perrier ,1928 ; Zorn  1996), à Luneray en Normandie qu’est fondée la première École du Dimanche par le pasteur Laurent Coderet, suite au témoignage rapporté par un visiteur venu d’Angleterre. Un comité pour l’encouragement des Écoles du Dimanche est créé en 1826  un abécédaire publié en 1827 , et Jean-Paul Cook (fils du pasteur méthodiste Charles Cook ), parvient le 4 mars 1852 à constituer un comité  qui créa la Société des Écoles du Dimanche . En 1851, il publie le premier numéro Le Magasin des Écoles du Dimanche.
Ce journal est remplacé en 1867 par Les leçons bibliques intégrées en 1888 au Journal des Écoles du Dimanche dit « journal rose » (il existait un « journal vert » publié par la Société des Missions Évangéliques de Paris). Une maison d’édition est créé à Paris en 1857, en 1865, parait La feuille du dimanche, traité hebdomadaire destiné aux enfants.


En Allemagne
Johann Gerhard Oncken 
(1800-1884)   
En Allemagne, c’est en 1825, que Johann Gerhard Oncken (1800-1884), fonda les premières Écoles du Dimanche, en Allemagne. En 1826, il posa une demande auprès du Sénat de Brehm pour que l’état prenne part à ce travail d’éducation parmi les enfants pauvres « selon le modèle du pasteur de l’Église saint Georg d’Hambourg . Dans un premier temps, cette demande fut rejetée. Celui que l’on reconnaît être le premier pasteur Baptiste Allemand, était venu à la foi à Londres dans une Eglise Méthodiste.




Les Sociétés d’Ecole du dimanche en Angleterre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 






















Robert Raikes (le jeune)
1736 –1811                 William Fox 1736–1826


Robert Raikes (le jeune), 14 Sept 1736 – 5 Av 1811
L’anglican Robert Raikes (le jeune)
Journaliste/Imprimeur issue d’une famille aisée d’origine Danoise, promoteur des Sociétés d’ED
Robert est l’aîné de 6 enfants (Robert, Mary, William, Thomas, Richard and Charles), Thomas deviendra Gouverneur de la Banque d’Angletere

William Fox, 14 fev 1736 – 31 mars 1826
Le baptiste William Fox Commerçant, issue d’une famille d’agriculteur Le 7 septembre 1785 Structure la société des Ecoles du dimanche



C’est le journaliste-imprimeur Robert Raikes le jeune père de 10 enfants (3 garçons & 7 filles), qui a initié et financé le mouvement que Fox a structuré et qui fut animé par de nombreux laïcs, dont beaucoup de chrétiennes modestes.



L’Angleterre en 1785

L’Angleterre voit sa population doubler au XVIIIe siècle. L’industrialisation provoque un vaste exode rural. Beaucoup vont en ville espérant y trouver du travail ainsi qu’une vie plus confortable qu’à la campagne.
Avec 16h de travail par jour, 6 jours sur 7, et plus que 10h/ jour pour les enfants après la promulgation d’une loi en 1847, la vie n’était pas si idyllique que cela.
Faute d’infrastructures adaptées pour accueillir ce flux de nouveaux citadins, la ville devient pour beaucoup synonyme de misère, dans tous les sens du terme (matérielle, sociale, morale, religieuse…).
Les structures sociales et religieuses dans les villages maintenaient –peut-être artificiellement- mais maintenant un certain équilibre. En ville, la structure familiale est mise à mal, il n’y avait pas d’Eglise dans ces « villes nouvelles », les réformes sociales n’ont pas suivi à temps ou n’ont pas été efficaces. L’ère industrielle demandait aussi à légiférer quant à l’organisation du travail, pour fixer un cadre et régulier pour contrer les excès auquel l’homme centré sur lui-même est naturellement si prompt.

Occasion et but de la création des Ecoles du dimanche
En 1760 suite à une manifestation contre l’augmentation du prix du maïs, de nombreux manifestants sont jetés en prison. Raikes couvre cette actualité dans son journal, ce qui le conduit à découvrir les conditions déplorables dans lesquelles se trouvent les prisonniers. Son action le mènera à proposer des mesures concrètes d’amélioration dont ont pu bénéficier les prisonniers.
Cherchant à embaucher un jardinier, Raikes fut frappé du comportement d’enfants jouant dans le quartier populaire où il s’était rendu. La femme du jardinier de lui dire, alors qu’il s’étonnait du vocabulaire et de l’agressivité de ces jeunes livrés à eux-mêmes : « le dimanche c’est bien pire » le dimanche étant le jour ou les enfants ne travaillaient pas dans la fabrique d’aiguilles.
Il se souvient alors de ce que lui avait raconté bon nombre de prisonniers visités. Les prisons regorgeaient de personnes abandonnées à elles-mêmes très tôt, sans éducation scolaire mais aussi sans valeurs morales ni religieuses transmises par leurs parents ou la famille au sens plus large, la ville ayant distendu les liens.
Pour faire chuter le nombre de nouveau prisonniers, il valait mieux travailler en amont.
Le dimanche étant le seul jour de « libre » pour ces jeunes, c’était le jour tout trouvé pour essayer de les rassembler dans le but de leur donner un peu d’éducation.

Résultats constatés
Le taux de criminalité chuta radicalement dans la ville de Raikes et dans le comté après l’établissement de telles écoles. Un magistrat passa une note unanime de reconnaissance au bénéfice de l’école du dimanche pour la moralité de la jeunesse. En 1792, aucun accusé criminel ne se présenta devant le juge. Dix ans plus tôt, on aurait eu entre 10 et 100 cas. En 1795 on comptait 1 000 Ecoles du dimanche en Angleterre.
En l’espace de deux ans, plusieurs écoles virent le jour dans et autour de Gloucester. Le succès de ces écoles du dimanche fut rapporté dans le journal en 1783, et elles se répandirent à travers tout le pays. John Wesley remarqua : « je vois ces écoles pousser comme des champignons partout où je vais. » En 1788, écrivant  à un ami il dit : « Je pense sincèrement que ces écoles du dimanche sont l’une des démonstrations de charité les plus nobles ayant existé en Angleterre depuis Guillaume le Conquérant » .

Méthode et contenu des premières écoles du dimanche
 Enfants concernés : les 5-14 ans, au tout début seulement les garçons étaient concernés, mais très vite les demandes se faisant présentes, les filles furent aussi admises , mais au plus grand étonnement de plusieurs, les filles étaient beaucoup plus dures que les garçons.
Ils étaient admis, sans tenir compte de l’état de ses vêtements pour peu qu’ils aient un visage propre et qu’ils soient peignés

Encadrement : ce sont des dames de bonne volonté et de bonnes mœurs qui sont recrutées pour 1 shilling et 6 pence/semaines qui avaient charge d’éduquer ces jeunes, dames « recrutées » par le pasteur Thomas Stock, auprès de qui Raikes avait cherché conseil. C’est Raikes qui finance ces premières écoles du dimanche.
Mrs. Meredith a conduit la 1ère école du dimanche dans la cuisine de sa maison, en juillet 1780

Un jeune orphelin, Charles Cox, qui avait 5 ans lorsqu’il a commencé à venir à l’école du dimanche, rapporte à l’âge vénérable de 87 ans : «  je n’ai pas appris grand chose, si ce n’est peut-être de rester assis tranquillement, avec les autres garçons, c’était très difficile d’apprendre quelque chose. C’était une « terrible bande » qui se retrouvait chez mrs Meredith. La pauvre, elle a vraiment eut du fil à retordre avec nous, et a jeté l’éponge rapidement après juste quelques mois ».

Pour justifier le travail le dimanche, dans un contexte puritain et fermé à cela, l’article 4 des statuts  stipule bien l’importance du respect du shabbath, stipulant qu’il est respecté puisque la lecture se fait dans l’AT et le NT !

Raikes publiera cependant par la suite 4 opuscules favorisant l’apprentissage de la lecture, ouvrages qui étaient offerts aux élèves.
Dans le comité, il était prévu qu’il se trouve des membres de l’Eglise d’Angleterre et des membres des Eglises dissidentes. Certains pasteurs baptistes, tout en approuvant cette action exprime leur souhait de voir plus d’enseignement catéchétique et de chants inclus dans les activités.

Premières 3 années : Entre 1780-1783, fonctionnaient 7-8 Ecoles dans la ville de Raikes, chaque classe rassemblait une trentaine de jeunes, encadrées par Mrs. Meredith, Mrs. Critchley, Mr. and Mrs. James King, Mrs. James Bretherton, and Mrs. Lea.

Contenu des leçons :
Les enfants suivaient les cours de 10h à 14h, avec une heure de pause pour le repas qui était offert aux jeunes. Puis on les emmenait à l’église, où on leur enseignait le catéchisme jusqu’à 17h30. On donnait de petites récompenses à ceux qui maîtrisaient leur leçon ou dont le comportement dénotait une amélioration certaine.


En Angleterre, l’Eglise Méthodiste développe de son côté avec les Ecoles du dimanche, différents types de manuels. 

En Angleterre, l’Eglise Méthodiste développe de son côté avec les Ecoles du dimanche, différents types de manuels.
    
 Le caractère de beaucoup d’enfants fut transformé par leur fréquentation de l’école du dimanche. Leurs jurons et leur malhonnêteté furent remplacés par un sens du devoir et un désir de nourrir leur esprit. Le patron d’une manufacture de chanvre et de lin qui employait beaucoup d’enfants, un certain Mr. Church, commenta la transformation des enfants : « Le changement n’aurait pas pu être plus extraordinaire, à mon avis, comme s’ils étaient passés de l’état de loup et de tigres à l’état humain ! »Evaluation comparée à la France et à d’autres paysÀ l’occasion d’un comité de la Société, le 10 oct 1787, 2 ans et 1 mois après ses débuts, l’on comptait :
282 écoles, pour 16 000 enfants, ayant utilisé 20 295 livre d’alphabétisation, 6 217 testaments et 1 141 Bibles. (p.166)

 

Le Baron de Gérando  rapporte ces chiffres :
L’union des écoles du dimanche à Londres, compte pour l’Angleterre :
en 1733 : 11275 écoles du dimanches dirigées par 128 784 instituteurs et fréquentées par 1 158 345 élèves
une enquête parlementaire estime qu’en 1834 :  il y avait 16 828 écoles fréquentées par 1 548 890 élèves.

L’Union Américaine dans un rapport daté du 20 mai 1834 donne ces chiffres
en 1834 on comptait 1 100 sociétés auxiliaires, 10 019 écoles, dirigées par 88 202 instituteurs recevant 590 754 élèves sur une population de 14 897 374 habitants.

Et Gérando  d’ajouter :
« il y a donc proportionnellement deux fois plus d’adolescents qui fréquentent les écoles du dimanche dans ces deux pays, qu’il n’y a en France d’enfants qui suivent les écoles élémentaires….
La France, jusqu’à ce jour, s’est montrée moins disposée à adopter les écoles dominicales, peu empressées même à les connaître. Cependant les départements du Haut et Bas-Rhin et quelques-unes de nos villes, comme Lyon par exemple, les ont imitées, et ont eu lieu de s’en applaudir. D’heureux essais ont été tentés, dans la capitale, pour les adolescents des communions protestantes. On a remarqué que les lieux où il est le plus difficile d’établir des écoles du dimanche sont précisément ceux où leur présence serait le plus utile. L’habitude contractée par les enfants, et originairement encouragées par leurs parens[sic], de passer la journée entière du dimanche dans une dissipation, à laquelle il serait impossible d’arracher les adolescens[sic], ne permet pas, dit-on, de les renfermer dans l’enceinte d’une salle, et de les y occuper de sujets sérieux.
En quelques lieux, pour échapper à cette difficulté, on reçoit les adolescens[sic] pendant les soirées , particulièrement en hiver. On recours aussi aux écoles du soir, comme à une ressources pour procurer le bienfait de l’enseignement élémentaire à des enfans[sic] de 6 à 12 ans, qui, occupés à des travaux manuels, n’auraient pu suivre l’école du jour.
Le 26e Rapport de la Société pour les écoles britanniques et étrangères (Londres, 1834, p.101), chiffre pour les Bermudes à 8 le nombre d’écoles du dimanche, à 30 les instituteurs qui y enseignent les 529 élèves « blancs et noirs,libres et esclaves, adultes ou enfants. » Ce sont essentiellement les méthodistes qui ont développé ces premières écoles aux Bermudes.

Il s’agit donc à cette époque d’éducation populaire visant les jeunes « de la rue », déracinés, sans repères familiaux et religieux, ni grande instruction scolaire de base. A Paris ces écoles touchaient plutôt les adolescents souvent déjà en activité professionnelle, les adultes suivant plutôt les cours du soir à l’enseignement plus adapté aux adultes.
Le but était par l’instruction scolaire et la morale d’éviter à toute une génération de partir à la dérive entraînant avec elle la société où ils évoluaient.


Les Sociétés d’Ecole du dimanche outre Atlantique

Les débuts dès 1669
 
CATHERINE FERGUSON  (1749 (?)—1854)
Fonde en 1793 la première Ecole du Dimanche
à New York    Dès  1669 on trouve des références à une école du dimanche dans la colonie de Plymouth, en 1674 au Massachusetts.
En 1785 William Elliott accueille chez elle un groupe de garçons et de filles blanches pour les instruire dans la Bible. Les enfants des esclaves noirs étaient instruits eux aussi, mais à un autre moment.
La création le 11 janvier 1791 de société d’école du dimanche régionale (First Days School Societe)
Le développement plus large du mouvement date en Amérique du Nord de janvier 1791, où à Philadelphie est institutionnalisée une oeuvre destinée à l’éducation des jeunes filles pauvres de la ville, la "First Day School Society". Plusieurs villes suivent le mouvement.
 
William White    Parmi les fondateurs  de cette société d’Ecole du dimanche : l’évêque Williiam White, Dr Benjamin Rush, Willian Currie les Quaker Joseph Sharpless, Thomas Pym Cope et Thomas Mendenhall ainsi qu’un éditer catholique Matthew Carey.

Des salles ont été louées par société. En mars John Ely ouvrait la première Ecole dont il fut le premier enseignant.
En 9 ans 2 127 enfants ont fréquenté ces écoles. Des milliers de dollars ont été rassemblés pour soutenir l’œuvre.

Création de l’Union Américaine des écoles du dimanche en 1824
 
STEPHEN PAXSON
1837 - 1881    En mai 1824 est constituée  « l’American Sunday School Union ». Cette union souhaitait par son travail coopérer à construire une société différente.

Elle envoya des missionnaires dans les vallées du Mississipi, dont un certain Stephen Paxson, qui avait dénommé son cheval « Robert Raikes » !
Lorsqu’il meurt en 1881, il a fondé 1 314 écoles du dimanche, ou 83 000 élèves étaient rassemblés .
Plusieurs de ces écoles du dimanches ont ensuite mutés en Eglise locale, gardant dans leur organisation l’école du dimanche vue comme action évangélisatrice.

Les conventions nationales à partir de 1832, les internationales à partir de 1872
La première convention eu lieu en 1832 à Philadelphie. 220 délégués représentant 17 états ont eu l’occasion de parler du besoin d’organiser un programme d’enseignement adapté au enfants en bas âge et du besoin de former les moniteurs.
La deuxième s’est aussi tenue à Philadelphie, en 1833.
La troisième s’est tenue 26 ans plus tard, en 1859. Outre les 17 états représentés un visiteur Anglais fut aussi de l’assistance.
Il a fallut attendre 10 ans pour qu’en 1869 se tienne à Newark dans le New Jersey la quatrième convention. Au 526 délégués représentant 28 états, on comptait des visiteurs anglais, canadiens, irlandais, écossais et Sud Africain.
La cinquième convention s’est tenue à Indianapolis en 1872. C’est là qu’un programme d’enseignement commun a été adopté –non sans réticences- pour toutes les écoles du dimanche toutes dénominations confondues.
A compter de 1872, le nombre de délégués étrangers allant croissant, le nom des conventions est changé en « international Sunday School Convention » et la fréquence des rencontres fixée selon un rythme triénal.

A noter que dès 1830  une Association Baptiste de l’Illinois s’est élevée contre le travail des Ecoles du dimanche, (mais aussi les sociétés bibliques et missionnaires) voyant là des œuvres subtiles de l’adversaire venant semer l’ivraie dans l’Eglise.
Cette attitude est selon nous plutôt à interpréter comme une crainte de voir la souveraineté de l’autorité de l’Eglise locale mise à mal par des oeuvres missionnaires interdénominationnelles, qu’une remise en question fondamentale du travail d’éducation auprès des enfants

Il n’en va pas ainsi dans les communautés Darbystes (frères étroits), où les enfants assistent normalement au culte sans que celui-ci soit adapté à leur âge et leurs besoins. Aucune activité n’est généralement offerte en parallèle au culte pour les plus jeunes.
Sauf erreur de notre part, tel est aussi classiquement la tradition dans l’Eglise catholique, où la catéchèse et/où autres activités destinées aux enfants se déroulent à d’autres moments que ceux ou ont lieu les offices religieux.
 
Béthel Sunday Scuol in 1921 (Eglise Méthodiste, Caroline du Sud)    Les Ecoles du Dimanche comme on les désigne aujourd’hui dans les Eglises influencées par les traditions américaines, ED qui regroupent des adultes comme des jeunes par groupe d’âges, sont plus proches des « classes méthodistes » ou du concept de « formation continue» que Nicolas Condorcet  avait mis dans son rapport au sénat du 20/04/1792 lorsqu’il comptait demander la création d’école du dimanche en France pour lutter contre l’analphabétisatime de retour, par là il entendait que l’acquis de l’école primaire peut s’évaporer et replonger dans l’ignorance l’ouvrier accablé par des tâches répété…

L’expression Ecole du dimanche a rapidement traversé la manche, et les communautés chrétiennes pour désigner des activités éducatives pour tout âge et sans distinction de sexe !


Jean-Paul Cook et la société d’école du dimanche en France


Quelques chiffres

Nous relevons les statistiques suivantes de l’article de Gérard Vigner : « Depuis quand enseigne-t-on le français en France ? Du sermo vulgaris à l’enseignement du français langue maternelle »




Gérard Vigner d’ajouter aussi :Sans nous engager dans la restitution d’une évolution longue et complexe, il est bon de rappeler que les petites écoles, jusque dans le premier tiers du XIX e siècle, étaient d’abord des lieux d’instruction religieuse. Elles s’étaient développées à partir de la seconde moitié du XVIIe siècle, dans les suites de la Réforme, soit pour mieux l’asseoir, dans les écoles protestantes, soit pour mieux la combattre, dans les écoles catholiques. L’alphabétisation, dans cette double perspective, répondait à un objectif commun : donner aux enfants la possibilité de mieux ancrer leur foi, soit par la lecture de la Bible, soit par celle des instruments du catéchisme.
Jean-Paul Cook
 
Jean-Paul Cook (1828-1886)
Prédicateur méthodiste     En France , de nombreuses Écoles du Dimanche se développèrent en marge des Églises et des écoles, on en recense près de 130 lors de la fondation de la Société des Écoles du Dimanche (SED), en 1852, par Jean-Paul Cook. Ce jeune évangéliste formé en Suisse et en Grande-Bretagne avait publié dès 1848 une brochure L'histoire et l'organisation d'une École du Dimanche, où aussi bien la pédagogie que le contenu de leur enseignement étaient expliqués ; à partir de 1851, il lançait un journal Le Magasin des Écoles du Dimanche.

La SED (Société des Écoles du dimanche) définit ainsi son objectif : Propager les vérités évangéliques par le moyen des Écoles du Dimanche. Elle s'inscrit dans une perspective missionnaire. Toutes les Églises protestantes sont invitées à entrer dans le mouvement.
La formation repose sur la Bible exclusivement. Les pasteurs sont invités à participer au mouvement mais toujours accompagnés de laïcs.


Les Actes de la deuxième Conférence  de l’Eglise Méthodiste Française (Paris 7-15/09/1853), comptabilise 28 écoles du dimanche dirigées par 148 moniteurs, et contenant 1 462 élèves.

Développement de littérature mais avis partagés sur la SED
Dès ses débuts, la SED  a mis au point un matériel pédagogique  que publie une maison d'édition créée à Paris en 1857.En 1865, La feuille du dimanche pour les enfants est éditée chaque semaine avec un texte biblique, une histoire et parfois une illustration ; en 1888, le journal des Écoles du Dimanche a pris le relais . Les leçons bibliques de 1867 ; puis des images représentant des scènes bibliques des vues lumineuses ainsi qu'un calendrier ont contribué à la modernisation de la pédagogie...

« Néanmoins au synode national des Églises réformées du Havre en 1902, le pasteur Wilfred Monod mit en doute la pédagogie des Écoles du Dimanche, en soulignant qu'un même programme était imposé à toutes les classes d'âge et qu'il ne préparait les enfants, ni à la vie communautaire, ni au culte public. »

École du Dimanche au temple de l'Oratoire (1822), Paris.
Pasteur Frédéric Monod S.H.P.F.

 

 Pour prolonger

L’Ecole du dimanche chez nous : pour quels enfants, par quels enseignants, pourquoi, comment… ?

œuvre sociale de socialisation, d’apprentissage de la morale chrétienne, d’apprentissage ou de perfectionnement de la lecture et de l’explication de textes, d’apprentissage du chant et/ou de la musique, la pratique du sport ?….
œuvre d’instruction religieuse, pour fixer les bases culturelles de connaissances chronologiques des faits relatés dans la Bible
œuvre d’évangélisation pour conduire à la foi personnelle les jeunes et les préparer à assister au culte et à devenir membre de l’Eglise ?

Quels profils de moniteurs pour quels objectifs ?

Quels manuels pour quels objectifs ?

Quels liens avec les autres écoles du dimanche de l’union d’Eglise et/ou des Eglises Protestantes du pays ?

Quels liens ou différences avec le scoutisme, le mouvement des Flambeaux, les « club d’enfants », le catéchisme …

L’Ecole du dimanche est-elle une institution destinée à prévenir certaines formes d’indigences  ?
etc
Quels commentaires nous suggèrent les objectifs de l’Association suisse des Ecoles du dimanche  (ASED) ?
 * Encourager la solidarité entre les enfants d'ici et d'ailleurs.
 * Faire découvrir aux enfants de Suisse et à leurs responsables un peu de la réalité quotidienne des enfants des Eglises défavorisées.
 * Soutenir le travail parmi les enfants dans les Eglises défavorisées.
 * Favoriser les contacts et les échanges entre les organismes nationaux et/ou internationaux dont le but est l'annonce de l'Evangile aux enfants.
 * Développer, encourager, soutenir, financer et suivre des projets dans le cadre du travail parmi les enfants dans les Eglises défavorisées dans différents pays du monde.

Sous le slogan " Des enfants pour des enfants ", l'Association suisse des Ecoles

A suivre...





Par A R
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Vendredi 21 décembre 2007
Préambule

Témoignages

ruben-saillens-vers-1890-rittmeyer-1.jpg Ruben Saillens (1855-1942), témoignage de 1871
En 1871, dans le cadre de l’UCJG, le futur pasteur baptiste Ruben Saillens s’implique dans la création « d’École du Dimanche » dans la région Lyonnaise. Fin 1872, ces écoles touchaient plus de 600 enfants de 7 à 15 ans
« presque tous venant de familles de libres-penseurs  Aussi, nos écoles du dimanche étaient bien différentes de celles d’aujourd’hui. Les deux sexes avaient des locaux à part : nous, jeunes gens, donnions à nos garçons des leçons de lecture, d’écriture, de calcul, pendant une heure. Nous consacrions les heures suivantes à une instruction religieuse basée sur le Nouveau Testament […] les jeunes filles chrétiennes, stimulées par l’exemple de leurs frères fondèrent à leur tour des écoles semblables pour les filles. » (M. WARGENAU-SAILLENS, p.25)
Ruben Saillens a été formé à Londres de 1873 à 1874 à l’institut de Henry Grattan Guinness (1835-1910). C’est là qu’il entra en contact avec les enfants des rues de la capitale et avec le travail du Dr Barnardo (1845-1900), lui-même étudiant puis intendant chez Guinness.
« Le Dr Barnardo m’a donné dernièrement une place de moniteur dans ses Ecoles du Dimanche [rapporte-il]. Je croyais nos gamins bien mauvais et nos écoles bien mal organisées [à Lyon], mais ce n’est rien en comparaison de l’East End Juvenile Mission. Le docteur racontait l’autre jour qu’à ses débuts, les élèves l’avaient jeté par la fenêtre. Dimanche dernier, il s’en est fallu de peu que les gamins ne nous en fissent autant. » (M WARGENAU-SAILLENS, p.60)

Joseph-Marie, Baron de Gérando (1772-1842) témoignage de 1839
Ferdinand Buisson (Ferdinand, BUISSON, « Gérando (De)», Dictionnaire de Pédagogie, 1911, Lyon, INRP ) rapporte que la Société pour l’instruction élémentaire, fut constituée le 17 juin 1815, suite à la lecture du rapport du 29 mars 1815 (Journal d’éducation puis de l’éducation populaire 1817 Avr-sept (T. 4), p.54,) sur les Nouvelles Écoles pour les pauvres récemment fondées en Angleterre, fait par le Baron Joseph-Marie de Gérando (1772-1842). Dans son ouvrage De la Bienfaisance Publique  publié en 1839, Gérando présente la fonction des Ecoles du dimanche en France en ces termes :
"L’heureuse idée d’instituer les écoles du dimanche a été conçue dans la vue de continuer ainsi, pour l’enfance et l’adolescence, une protection sage et éclairée, aussi longtemps qu’elle est nécessaire, pour conserver, développer et faire fructifier les semences que les premiers enseignements de l’école ont déposé dans le cœur et l’esprit des enfants.
Le dimanche, les enfants au-dessus de douze ans, qui ont déjà quitté l’école ordinaire, se réunissent après l’office divin ; ils chantent en commun des hymnes, font des lectures dans les livres saints, répètent ou récitent certaines leçons ou certains traits d’histoire, exécutent quelques compositions écrites, quelques opérations de calcul. On leur remet quelques sujets ou problèmes qu’ils emportent chez eux, pour les étudier ou les résoudre : on saisit cette occasion pour étendre leurs connaissances sur des objets d’une utilité générale pour leur donner de sages conseils, pour avoir avec eux des entretiens paternels. On les détourne par là des plaisirs grossiers qui pourraient les entraîner et leur faire contracter de bonne heure des habitudes vicieuses. L’Instituteur préside à ces réunions et ne peut s’y faire suppléer. Quelquefois ces réunions sont suivies de promenades, d’exercices où l’instruction se réunit encore à l’amusement et se déguise sous les formes de la gaîté." (Joseph-Marie Baron De, GERANDO, De la Bienfaisance Publique : des institutions à prévenir l’Indigence, 1839, T2, p. 508)
Joseph-Marie De Gérando est reconnu comme philosophe, précurseur de l’anthropologie, sociologue, homme de lettres, baron d’empire... maître des requêtes et conseiller d’État sous l’Empire, sous la Restauration, mais aussi professeur à la faculté de droit. Il sort de l’ombre en 1799 (15 germinal, an VII), en remportant un concours lancé par L’Institut National sur le thème : « Déterminer quelle a été l’influence des signes sur la formation des idées ».

Joseph-Marie de Gérando fut aussi un des fondateurs de la Société de la morale chrétienne(créée en 1821), Société largement assise sur les piliers protestants comme le baptiste Jean-Casimir Rostan (1774-1833).
Avec Jean Frédéric Oberlin, il entretient une correspondance. Le pasteur du Ban de la Roche le charge de le représenter à Paris, à la Société royale d’agriculture, à la cérémonie ou devait lui être décerné une médaille d’or pour le récompenser de ses travaux agricoles au Ban de la Roche.( Noë, RICHTER, « Aux origines de la lecture publique Naissance des bibliothèques populaires », Bulletin des Bibliothèques de France, t.23, n°04, Paris, 1978, p.221-249.)

Bien qu’issu d’une famille catholique aisée de Lyon, renonçant à entrer dans les ordres en apprenant qu’un de ses camarades ainsi que le supérieur du séminaire qu’il comptait rejoindre venait de périr dans un des massacres des 2-5 septembre 1792 de la fin de la Législative, Joseph-Marie de Gérando a très souvent été en relation avec des protestants et leur influence (Pour un aperçu de l’influence que les protestants ont pu avoir en France à l’époque de la Révolution, voir GAUTHIER Jacques, Protestants  et Révolution, Genève, Labor et Fides, 1989, p.43-68.).
Il épouse Annette de Rathsamhausen (1774-1824), qu’il rencontre chez Gottfried Pfeffel (1736-1809) à Colmar. Pfeffel avait été à l’initiative de la création en 1773 d’une école française : l’Académie militaire destinée à donner aux jeunes alsaciens protestants une culture française. L’influence des idées de Rousseau et de Pestalozzi marquait l’école. Il est l’ami de : Camille Jordan, de Jacques Necker le financier de Genève, de la famille Fritz De Dietrich d’Alsace, de la Baronne de Stein,… Se rendant à Rome M. et Mme De Gérando laisse leur petit Gustave âgé de 6 ans dans la famille d’Étienne Gautier-Delessert à Passy, Banquier à Paris, Président Caisse d’Épargne, une famille protestante de Lyon, qui après s’être exilée de France après la révocation de l’édit de Nantes vers 1685 était revenus en France en 1735.

Trois dates clées des débuts du mouvement en France
1814 : première école ( ?) à Luneray (Seine-Maritime) (Laurent Cadoret)
1826-1828 : création du Comité d’encouragement des écoles du Dimanche (Baron de Stael)
1852-2002 : création de la Société des Écoles du Dimanche (Jean-Paul Cook)

Principales étapes de développement du mouvement en France, avant les lois de séparations de l'Église et de l'État (1905)
Henry Paumier (« Sociétés des Écoles du dimanche », in, Frank, PUAUX, Exposition Universelle de Chicago, Les œuvres du protestantisme Français au XIXe siècle, Paris Comité Protestant Français 1893), alors Président de la SED, présente l’histoire de ses débuts en quatre périodes auxquelles nous ajoutons une génèse et signalons une cinquière étape :

Genèse du mouvement français : à partir de 1814 avec Laurent Cadoret
Difficiles débuts en lien avec l’Angleterre, avec plusieurs initiatives régionales.
C'est aussi une période tendue, ou l'aile libéral prend l'ascendant sur les pasteurs issus de l'aile proche des mouvements de Réveil.
Encrevé situe dès 1830 le début des tensions entre théologiens adoptant la théologie libérale et l’aile évangélique soucieuse de maintenir ferme la doctrine de l’inérance biblique André, ENCREVE, « La vie religieuse 1815-1914 », in La France au XIXe siècle, 1814-1914, Paris, FUF, 2006 (1ère ed 1995), p. 291. Daniel Robert, situe le tournant à la Faculté de Théologie de Montauban en 1824-1825, bien que la théologie à sensibilité du « Réveil » soit encore restée vigoureuse, le remplacement du doyen Pradel et la nommination de Nazon à la chair de théologie systématique, marque un indéniable tournant. Daniel, Robert, Les Église Réformées en France (1800-1830), Paris, PUF, 1961, p. 394ss.

Première période de la SED 1852 à 1862 : Les débuts avec Jn-P. Cook, Moutandon et Paumier
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Cook début avec la sympathie mais peu de soutien :
« Je me vois encore arrivant à Paris [écrit Cook]. Dieu m’avait mis au cœur de publier un petit journal sous le titre de : Magasin des Écoles du Dimanche. Je fis une tournée chez tous les pasteurs pour avoir leur avis à ce sujet. Tous me dirent que mon idée était bonne, mais qu’elle ne pouvait être réalisée, en France. L’imprimeur même, comme je lui parlais d’un tirage de quatre cents numéros, me dit : « Consentez, monsieur, à n’en tirer que deux cents. ».
C’est le 23 avril 1853, qu’avait lieu la première assemblée publique, à l’lOratoire….
MM. Montandon, pasteur, président ; Henry Paumier, pasteur ; secrétaire ; Paul Cook, pasteur, trésorier ; trois assesseurs : MM Favey, Renckhoff, et Louis Vernes, pasteur, sont les premiers membre du Comité.

Outre Le Magasin des ED, fondé et dirigé par M. Cook de 1852 à 1857, puis repris par le comité jusqu’en 1863, est destinés aux instructeurs afin de les aider dans leur tâche d’enseignants.
En 1856, la SED fonde une Bibliothèque « pour fournir de bons livres à répandre dans les écoles de semaine ». De 1857 à 1863, 156 000 volumes sont venus.
Paumier évoque aussi la « fête essayée timidement à l’Oratoire, grâce à l’initiative d’un ami américain, M. Albert Woodruff, a si bien réussi, que l’on organise ces fêtes annuelles du Cirque, qui, pendant plusieurs années, on été l’une de nos réunions les plus intéressantes et les mieux suivies, et pour parler le langage du jour « le clou » de la semaine de nos Assemblées religieuses. »

1852    13 Écoles à Paris    130 Écoles en France    Budget : 1 216 fr
1862    34 Écoles à Paris    327 Écoles en France    Budget : 26 000 fr

Deuxième période de la SED de 1862 à 1872 : Malgré les difficultés l’œuvre progresse lentement
L’Œuvre passe un cap important en engageant un agent (M. Hutton), en étant présent 6 mois à l’Éxposition Universelle de 1867, la même année (les 27-29 juin 1867) la SED accueille le Congrès internationale des délégés des Écoles du Dimanche, mais essuie aussi des résistances.
Paumier exprime cele en ces terme : « Notre œuvre rencontre encore bien des préventions. Les uns la repousse comme une importation de l’étranger ; les autres redoutent l’influence de moniteurs laïques et préfèrent le catéchisme exclusivement dirigé par le pasteur. Cependant le progrès, bien que lent, s’accentue. » ? La période se termine avec la mort de l’agent missionnaire.

1872    50 Écoles à Paris :
5 419 enfants
et 494 instructeurs    913 ED, en France.     Dans 9 départements, il n’existe pas encore d’École de ce genre

Troisième prériode de la SED de 1872 à 1881 : Les Écoles du Dimanche populaires se développent
Durant cette période (à partir de 1873) la Mission Mac All développe les Écoles populaires.
Paumier  omet de parmer du Musée des Enfants, il n’évoque que : « deux journaux ; l’un mensuel, les Leçons bibliques, qui a remplacé le Magasin des Écoles du Dimanche, en est à sa quatrième année et continue d’être bien accueilli ; l’autre hebdomadaire ; la feuille du dimanche, qui est à sa huitième année, et compte environ 2 500 abonnés. Depuis 1857, nous avons publié 440 000 volumes, sue lesquels 300 411 ont été vendus. »

Fin 1882    101 Écoles à Paris :
7 384 enfants,
823 instructeurs    1 113 écoles ED, en France.     seuls 2 départements, la Corse et le Cantal, n’ont pas encore d’Écoles du Dimanche


Quatrième période de la SED de 1882 à 1892 ; consolidation et développement de l’œuvre avec Matthieu Lelièvre
C’est la période Lelièvre, qui édite Journal des Écoles du Dimanche
A partir de 1881, durant l’hiver, des Conférences était données, pour les moniteurs. En 1882 des appareils de projection font leur appiritions et peuvent être loué à la SED. C’est aussi l’année où sont crées les Écoles du Jeudi.
Le Cirque étant devenu trop petit, les fêtes se déroule la Salle des Fêtes du Trocadéro tous les deux ans. Elle rassemblent plus de 3 000 enfants, avec les adultes présents l’ensemble des iparticippants s’élève à plus de 5 000 personnes

En 40 ans
1 200 écoles sont fondées
100 Écoles populaires (Mac All) au lieu de 6 en 1873
182 Écoles du Jeudi ouvertes depuis 1882


Cinquièle étape de la SED de après 1902, Wilfred Monod au synode du Havre: l'École du dimanche comme prérequis ou  "passeport" pour entrer sans examen  d'admission au catéchisme.
Zorn affirme « On sent chez Monod l’influence de l’école publique et l’admiration qu’il portait aux instituteurs. C’est le modèle qu’il voulait voir appliquer aux moniteurs. »

Les vœux  qu’il parvient à faire adopter lors du synode officieux de Normandie, sont les suivants :
1.- Le Synode émet le vœu que sa Commission scolaire élabore, le plus tôt possible, le modèle d’un carnet de correspondance, un projet de bulletin trimestriel, et une liste des livres nécessaires à toute bibliothèque paroissiale pour faciliter l’instruction technique des moniteurs.
2.- Le Synode émet le vœu que des réunions régulières de préparation pour moniteur soient établies dans toutes les églises où les circonstances le permettent, et qu’on adjoigne aux écoles du dimanche une classe normale, pépinière des futurs instructeurs de la jeunesse.
3.- Le Synode émet le vœu que la Commission scolaire élabore, de concert avec les églises de la région, un programme gradué d’instruction religieuse élémentaire, qui sera envoyé aux familles dont les enfants ne fréquentent pas l’école du dimanche, et qui servira de base à l’examen d’admission au catéchuménat.
4. Le synode émet le vœu qu’un rapport lui soit présenté, l’année prochaine, sur l’adoption d’un manuel d’histoire sainte.
5.- Le Synode inscrit au budget une somme de 100 francs pour couvrir les frais d’impression ; de correspondance, d’achats divers, etc. qui incomberont à la Commission scolaire
Monod  cherche bien à calquer les Écodes du Dimanche sur les pratiques de l’École primaire, avec : des programmes distincts par groupe d’âge ; des manuels plutôt que des listes, l’utilisation des carnets de correspondance, des bulletins trimestriel.
Il souhaite une formation de moniteurs certifiés ai sein de classe normale.
Et il voit l’Institution résoluement comme une étape pé-catéchuménale nécessaire à l’admission au catéchisme.
La formation religieuse induit une pratique formelle de la religion sans nécessaire liens avec une foi vivante. Comme l'école tendait à former de "bons citoyens" sans visée nécessairement pratique liée au monde du travail, de même l'école du dimanche et le catéchisme deviennent les voies de passage obligatoires pour "faire de nouveaux paroissiens".


1. Qui a créé la première école du Dimanche en France ?
undefined 1.1. Premières tentatives en France à partir de 1787 et figure fondatrice discutée.
Déterminer avec précision « le » nom du père fondateur des Écoles du Dimanche en France n’est pas chose aisée. La configuration géographique de la France rurale, les tensions politiques internes mais aussi avec l’Angleterre voisin, le petit nombre de Protestants, le manque d’organisation des Églises Réformées après la Révolution… peuvent expliquer qu’aucune figure ne se détache très nettement. A la suite de Luther et des pré-réformateurs (John Wycliff (1320-1384), Jean Huss (1369-1373) etc), nombreux étaient à l’époque les pasteurs soucieux d’éduquer leurs ouailles dans l’apprentissage de la lecture de la Bible dans la langue du peuple, et ce, qu’ils aient été ou non touchés par les Réveils de Genève ou anglais.
D’après une lettre de Raikes datée de 1787 rapportée par Pray, nous avons une première attestation d’un projet de développement d’écoles du dimanche en France.
Quelques gentlemen français, membres de l’Académie royale, étaient avec moi la semaine dernière. Ils ont été fortement impressionnés les conséquences sociales prometteuses du dispositif ; qu’ils m’ont pris toutes les brochures imprimé à ce sujet, afin de proposer la fondation de telles écoles dans certaines de leurs paroisses de province. Mais ils connurent beaucoup de difficultés dans leur tentative. (PRAY, p. 178)
L’enquête menée plus tard par le comité de la SED et publiée en 1863 dans le Magasin des Écoles du Dimanche (MagED, 1863, p. 9-10.), situe vers 1790 cette initiative de Raikes
Le contexte socio-politique troublé en France n’a pas permis que cette visite soit l’occasion de l’amorce réelle du mouvement en France. Pray ne fait ensuite pas mention de Cadoret, il signale directement l’existence d’une école du Dimanche à Paris en 1825, rassemblant 200 enfants (PRAY, p. 178). Jean-Paul Cook, parle quant à lui, d’une première école du dimanche ouverte à Paris en 1818(MagED, Paris, SED, 1851, p. 259), cependant les Archives du Christianisme au XIXe siècle (Archives du Christianisme au Dix-Neuvième siècle, 1822, p. 499-500), parlent d’ouverture d’une première école à l’Oratoire en 1822, la désignant comme de la première fondée à Paris, sous la direction de M. le pasteur Frédéric Monod, alors pasteur-adjoint de l’Église réformée de Paris.
C’est à une lettre datée du 3 avril 1851 du pasteur Auguste Laurent Montandon (1803-1876) et publiée par le Magasin des Écoles du dimanche (MagED, 1851, p. 97-105 et 129-133) que l’on doit plus de précision sur l’histoire et le fonctionnement des premières Écoles du Dimanche à Paris. Il situe l’acte fondateur de la première École du Dimanche Réformée de Paris en 1820, et l’ouverture de la première en 1822.
Ce fut le 21 avril 1820 […], que dans la séance du consistoire où fut lue la confirmation, par ordonnance royale, de la nomination de M. Frédéric Monod, comme pasteur-adjoint, une motion fut faite tout aussitôt d’utiliser les services du nouveau pasteur pour l’établissement et la direction d’une école du dimanche. Mais ce ne fut qu’en septembre 1822 que l’école fut ouverte, dans la salle supérieure du temple de l’Oratoire. Bientôt celle salle fut trop petite. Après avoir épuisé tous les moyens de l’agrandir, on dût prendre le parti de transférer l’école du dimanche dans le temple même ; où elle occupera d’abord tout le chœur, momentanément séparé de la nef par un vaste rideau tendu dans toute la largueur du temple […] Enfin, il y a quelques annes seulement, la salle supérieure du temple fut reprise pour l’instruction des plus jeunes enfants de l’école du dimanche ; il y eut donc et il y a maintenant au temple de l’Oratoire deux écoles tenues aux mêmes heures et exigeant un double personnel de maîtres enseignants, et de surveillants et auxiliaires bénévoles, dont le nombre doit être toujours assez considérable pour la bonne tenue de l’école, et pour les travaux et les soins divers qu’elle exige. […]
L’école du dimanche, au temple de Sainte Marie (rue Saint-Antoine) fut ouverte en 1823, moins d’un an après celle de l’Oratoire. Le consistoire, dérogeant au principe qu’il avait adopté précédemment, d’exiger que l’école du dimanche fût toujours faite par un pasteur ou un ministre du saint Évangile, permit qu’un instituteur se chargeât de cette nouvelle école.[…]
Plus récemment, une école du dimanche a été ouverte par le consistoire de l’Église réformée au quartier des Champs-Elysés, (rue de la Réforme n°3). […] Ce nouveau service religieux pour la jeunesse n’a pu d’abord subsister que d’emprunt faits aux autres écoles du dimanche ; c’était les directeurs de ces deux autres écoles qui, successivement, pourvoyaient par eux-mêmes à l’enseignement et à la direction de l’école des Champs-Elysées. Un autre ministre du saint Évangile, M. Amphoux, libre provisoirement de consacrer ses soins à cette bonne œuvre, a consenti à en devenir le conducteur bénévole, mais non moins assidu que s’il remplissait cette tâche à titre obligatoire.
Ce soulagement donné aux pasteurs leur a permis de songer à ouvrir une nouvelle école du dimanche dans le troisième temple, Pentemont, (rue de Grenelles-saint-Germain).
Dans la présentation « revue et augmentée »( JED, 1890, p. 364-367 et p. 405-409) du discours prononcé par Matthieu Lelièvre à Londres à l’occasion de l’anniversaire de la France-School Union de Londres, nous trouvons un rapport nuancé des débuts qui souligne bien les questions qui restent ouvertes. Ce large extrait en témoigne de façon lucide :
L’école du dimanche proprement dite, ce fruit excellent du réveil anglais du siècle dernier, fut en France un article d’importation britannique ; mais ce ne fut que tardivement que le contre-coup de ce réveil se fit sentir sur le continent. L’affaiblissement de la vie religieuse au sein des Églises huguenotes sépara la France et l’Angleterre au commencement du XIXe, expliquent suffisamment ce fait étrange, que le Réveil mit infiniment plus de temps à franchir la Manche qu’à traverser l’Atlantique et qu’il avait presque fait le tour du monde avant d’avoir atteint la France. Deux ou trois timides tentatives d’évangélisation par des chrétiens anglais en France, pendant la seconde moitié du dernier siècle, doivent être mentionnées : l’une par les Moraves anglais et l’autre par les Quakers , dans le midi, et une troisième par les Wesleyens en Normandie, durant la Révolution. Mais je ne sache pas qu’aucun essai d’école du dimanche ait alors été tenté.
Il faut arriver jusqu’aux dernières années du premier empire, pour assister à un effort sérieux tenté dans cette direction par des pasteurs qui avaient subi l’influence de chrétiens anglais. En 1813, deux étudiants en théologie, Guers et Empeytaz, qui devinrent plus tard d’éminents ministres de l’Évangile, ouvrirent une école du dimanche à Genève, qui faisait alors partie de l’Empire français. L’année suivante, un pieux pasteur de l’Église réformée de France, Laurent Cadoret, inaugurait à son tour l’une de ces écoles dans sa paroisse de Luneray en Normandie (Voir sa lettre au consistoire de Rouen ci-après ). […]
Il serait intéressant de connaître le nom de l’ami, probablement un chrétien anglais, qui aida Laurent Cadoret à fonder l’école du dimanche de Luneray et de savoir s’il réussit à en fonder d’autres. Cet inconnu fut peut-être l’importateur des écoles du dimanche en France. Le réveil religieux qui se propagea dans les Églises de France, au commencement de la Restauration et dont les premiers symptômes était déjà sensibles pendant les dernières années de l’Empire, donna naissance à de nombreuse écoles du dimanche. […]
Les Archives du christianisme dès leur première année, parlent de « ces écoles religieuses et gratuites, autrement appelées écoles du dimanche, qui se multiplient dans les Églises réformées de France avec une édifiante rapidité (Archives du Christianisme au Dix-Neuvième siècle, 1818, p. 210)
Quelques mois plus tard, ce même journal annonçait la mort d’un jeune pasteur, M. Fleury Petzi, décédé en novembre 1817, pasteur à Lagarde, près de Montauban, « le premier, d’après ce recueil, qui ait établi en France une école du dimanche. » Les Archives ajoutaient les intéressants détails qui suivent : « M. Chabrand, pasteur Toulouse, a publié une notice intéressante sur l’importance de ces écoles et sur la manière de les diriger. Bientôt on en a vu s’élever dans la plupart des Églises réformées du midi de la France. La petite Église des Vans, département de l’Ardèche, en doit une depuis quelque temps au zèle de son pasteur, M. Pascal, dans laquelle on compte environ vingt-cinq jeunes garçons et autant de jeunes-filles, divisés en deux classes, et qui par leurs heureux progrès dans l’instruction élémentaire et dans la religion, répondent aux soins assidus et aux pieuses espérances de leur pasteur. Cette école est une source d’instruction et d’édification pour les fidèles de tout âge et de tout sexe qui en suivent les leçons avec un vif intérêt »( Archives du Christianisme au Dix-Neuvième siècle, 1818, p. 360)
L’école du dimanche de Bordeaux, fondé par le pasteur F. Martin, fut aussi l’une des plus anciennes, et remonterait à 1815, d’après un renseignement fourni à M. J.-P. Cook par son fondateur, devenu pasteur français à Londres. Cette école reçut à l’origine une allocation de 250 francs de la part de la France-School Union de Londres.


Mlle Marie Colombier (1812),  Guers et Empeytaz (1813), un inconnu et Cadoret (1814), Fleury Petzi (1817), F. Martin (1815) initiateurs du mouvement en France ?

Guers et Empeytaz à Genève en 1813
La mention de Guers et Empeytaz, par Matthieu Lelièvre est selon nous plus significative pour la Suisse, bien que ces deux étudiants ouvrirent une École du Dimanche à Genève, ville qui fut française après le Traité de Réunion du 15 avril 1798. Mais la défaite de l’armée Napoléonienne rend à la ville son indépendance et le 30 décembre 1813 la garnison française quitte la ville cédant la place à Ferdinand von Bubna, général de l’armée autrichienne.

Fleury Petzi à l’origine des Écoles du Dimanche dans le Midi avant 1817
En 1818, le premier tome de ces mêmes Archives ( Archives du Christianisme au Dix-Neuvième siècle, 1818, p. 360, repris par Louis, BERNARD, « Correspondance : A quelle époque et par qui a été fondée en France la première école du dimanche ? », in MagED, 1863, p. 46) attribuent à M. Fleury Petzi, pasteur à la Garde, près de Montauban, d’avoir été le fondateur de la première École du Dimanche en France. Mais, mort jeune en 1817, ce sont d’autres (MagED, 1851, p. 258) qui reprirent le flambeau et développèrent ces Écoles du Dimanche dans les Églises Réformée du Midi. Cette indication ne permet pas de fixer la date de fondation de la première école, tout au juste peut-on dire que Petzi est à l’origine d’un déploiement régional d’Écoles dans le Midi, avant 1817.
Cependant, Jean-Paul Cook récuse formellement la paternité de la première École à Petzi dans son mémoire présenté à l’Alliance Évangélique le 27 août 1851 :
D’après les Archives du Christianisme (année 1818, p. 360), la première école du dimanche établit en France serait celle que fonda, en 1717, M. Petzi, pasteur de l’église réformée, à la Garde, près de Montauban. Mais j’ai appris de M. F. Martin, aujourd’hui de l’église française de Londres, que deux ans auparavant, c’est-à-dire en 1815, il en fonda une à, Bordeaux, à la demande de l’Union des écoles de Londres, qui lui envoya 250 francs pour la maintenir. Madame Martin s’en occupa, et elle est la première personne en France qui ait tenu une classe dans une école du dimanche. (MagED, 1851, p. 258.).
Louis Bernard (MagED, 1863, p. 47.) en 1863 France « qu’à cette époque là on s’occupait beaucoup, dans le midi de la France, des écoles du dimanche » n’excluant pas qu’il puissent en avoir eu d’autres ailleurs bien qu’affirmant que ses recherches ne lui permirent pas d’en découvrir dans le nord de la France.
François Martin fondateur de la première École à Bordeaux en 1815  ou 1817
En 1853 Jean-Paul Cook reprend cette thèse dans son article « À propos de nos Écoles du Dimanche, Origine, but et point de départ » (MagED, 1852, p. 103.). Il situe de nouveau à Bordeaux et en 1815, la fondation de la première École du Dimanche en France, référence que reprend à son compte Matthieu Lelièvre désignant François Martin comme père fondateur (1757-1838).
En introduction à cet article nous relevons les excuses que présente Cook aux directeurs d’Écoles du Dimanche, Cook ne se présente pas comme l’historien le plus scrupuleux dans la précision et la vérification de ses sources :
comme les détails que je possède sont généralement fort courts, il est possible que je me trompe quelquefois dans mes conclusions, soit en généralisant trop, soit en affirmant lorsque je devrais hasarder qu’une supposition . [Plus loin il ajoute :] « j’espère plutôt qu’il y a beaucoup plus d’écoles du dimanche dans ce pays qu’on ne se le figure généralement ; mais qu’on en ignore l’existence, parce que, dans plusieurs cas, leurs directeurs sont trop modestes pour nous dire ce qu’ils ont essayé, comment ils ont réussi, et par quels moyens ils ont surmonté les difficultés. » (MagED, 1852, p. 104)
Dans la suite de l’article, Cook affirme sans nuances qu’à l’époque de Raikes  personne en Angleterre ne s’était occupé activement de l’éducation des pauvres. Cela nous semble faire preuve de jugement un peu à l’emporte pièces. Nous avons eu l’occasion plus haut de faire d’autres remarques dans ce sens à propos de cet article, l’époque Victorienne mettant l’enfant plus en vue dans les familles. Ce manque de fiabilité avouée, associée au poids des autres témoins, n’exclue pourtant pas de considérer Laurent Cadoret comme le fondateur de la première école du dimanche, avant François Martin.
Mlle Marie Colombier à Aulas en 1812 ?
En 1892, dans ses notes de voyages, Auguste Schaffner (JED, 1892, p. 451), évoque son passage à Aulas comme nécessaire pour ne pas manquer « d’égards pour une vieille aïeule […] visiter cette paroisse et cette école était donc pour nous comme un devoir historique » et d’ajouter « Voici : la première école du dimanche qui fut crée en France, le fut à Aulas en 1812, par Mlle Marie Colombier. »
M. Paul Bianquis résidant au Vigan, écrivait cette même année à la rédaction du Journal des Écoles du dimanche, pour revendiquer cette antériorité, contre l’attribution à Martin d’avoir fondé la première école du dimanche à Bordeaux
Citant un rapport de Mlle Fanny Colombier, écrit en 1867, s’il confirme bien l’initiative de Martin, il la situe plutôt en 1817, et situe l’origine de la première école du dimanche non à Bordeaux mais à Aulas et au Vigan.
« En 1817 [écrit Mlle Colombier], M. Martin, de Bordeaux, vint passer quelques jours à Aulas ; il revenait d’Angleterre, et était vivement désireux d’établir des écoles du dimanche dans nos localités. on y prêta attention ; toutes les dames d’Aulas voulurent y prendre part. Une école se créa dans ce village ; nous nous y rendions souvent ; les demoiselles d’Aulas et de Bréau étant élève de mon père, nous y allions toutes les semaines. En 1818, une école du dimanche fut ouverte au Vigan ; on y apprenait à lire ; c’était un enseignement mutuel ; cercles, tableaux, baguettes furent fournis par le Consistoire ». (Paul, BIANQUIS, « Les Écoles du Vigan et d’Aulas, à propos de la fondation de l’école de Bordeaux » Le Vigan, 17 juin 1892, in Matthieu LELIEVRE, JED, Paris, SED, 1892, p. 298.)
Bien qu’ensuite Paul Bianquis  hésite à qualifier d’école du dimanche ce que Martin a du aussi fonder à cette époque à Bordeaux ou son père était pasteur, (la description faite par Mlle Colombier, il s’agirait plus d’une école primaire qu’une école du dimanche selon lui, preuve en étant selon lui qu’en 1825 cette école fut remise à l’école consistoriale), il n’hésite pas à remonter au père de Mlle Colombier qui, voyant en lui le fondateur de la première école du dimanche, en 1812 !
« déjà en 1812, M. Colombier père établit une instruction le dimanche après-midi, chez lui, pour les catéchumènes d’élite, accompagnées de leurs parents et de leurs amies ; le salon était souvent trop petit ; on chantait des cantiques ; le pasteur exhortait et priait » et Mlle Colombier n’hésite pas à donner à cette instruction le nom d’école du dimanche.(JED, Paris, 1892, p 299-300.)
Nous comprenons que M. Bianquis ait eut à cœur de revendiquer pour sa partie un héritage d’une institution qui lui était chère. Cependant, nous ne pouvons le suivre dans l’analyse qu’il nous propose des faits qu’il décrit. D’un côté, l’école mutuelle est bien associée à l’école du dimanche, il n’y a pas lieu d’associer ce modèle d’enseignement à l’instruction de semaine. L’exemple de ce que Woodruff propose pour les Écoles du dimanche en est une illustration patente. Aussi, nous ne saurions associer les réunions du dimanche après-midi chez M. Colombier aux écoles du dimanche. Selon nous, elles relèvent plus des réunions d’édifications piétistes, telles qu’elles se sont développées au sein de ce mouvement de Réveil que d’une « classe » d’école du dimanche. Ces dernières n’ont pas cherché premièrement à rassembler les élites protestantes pour les former. Il n’y a pas lieu de forcer l’héritage historique.


Laurent Cadoret à l’initiative d’une École du Dimanche en Normandie en 1814


La thèse « Cadoréenne » et se que montrent ses difficultés


Les tenants de cette thèse et leurs sources
Les historiens récents (Encrevé, Fath ; Wemyss, Robert)  attribuent sans conteste au pasteur Laurent Cadoret (1770-1861), d’avoir initié le mouvement des écoles du Dimanche français, en 1814,  à Luneray en Seine-Martime. Alfred GREGORY, dont s’inspire Matthieu Lelièvre dans le Journal des Écoles du Dimanche sans le citer, fixe aussi à l’année 1814, les débuts du développement du mouvement français, avec comme figure de proue le pasteur Laurent Cadoret instituant une école du Dimanche à Luneray, sous l’influence d’un frère anglais.
Le texte attestant la paternité du mouvement à Cadoret, est une lettre qu’il avait écrite  le 23 août 1814 au pasteur Mordant, alors président du Consistoire de Rouen. C’est Frank Puaux (JED, Juillet à Décembre 1888, p. 209), ancien élève de l’École du Dimanche de Luneray, qui fait part de cette lettre à Matthieu Lelièvre, en 1888.
L’institution d’une École du Dimanche pour l’instruction chrétienne des enfants a commencé à se former, mais son organisation n’est pas encore achevée. Le succès même n’est pas certain, quoique le pasteur et les enfants surtout montrent la meilleure volonté. L’École est divisée par classe. Il faudra un comité dont le président sera pris dans le consistoire, des maîtres en proportion du nombre des enfants, des règlements simples et uniformes. Cela n’est pas encore fait. L’ami qui  a été ici deux dimanches, le seul temps qu’il avait à nous donner, s’est principalement employé, les enfants réunis, à nous faire connaître une marche à suivre pour la prospérité d’une telle institution et des procédés d’enseignement à mettre en usage éprouvés depuis dix ans et qui ont obtenu le plus grand succès parmi nos frères en Angleterre. Devant naturellement lui donner notre attention nous n’avons pas encore eu le temps de choisir des maîtres et de former des règlements. Il faudra du zèle et du dévouement de la part de mon consistoire et des personnes les plus capables de mon Église pour que cette entreprise puisse réussir.
N’ayant qu’un petit nombre d’exemplaires de chaque catéchisme, nous nous sommes cependant avancés jusqu’à faire imprimer à Dieppe 200 exemplaires du premier, avec de petites cartes contenant un passage de l’Écriture ou des sentences morales qui seront données pour récompenses, que les enfants devront apprendre et dont la rentrée obtiendra de ceux qui les possèderont le don d’un livre religieux de plus ou moins de valeur selon leur nombre
Selon Daniel Robert, cette lettre a été précédée d’autres lettres datées du 9 au16 août 1814 adressée par Cadoret à la LMS (Société Missionnaire de Londres) dont il a été toute sa vie durant secrètement  l’agent (la LMS le soutiendra financièrement) (Daniel, ROBERT, PUF, 1961, p. 244, note n° 4).
Ces courriers attestent l’antériorité de l’initiative du pasteur de Luneray.
Comment comprendre l’absence de Cadoret lors de la fondation de la SED ?

Première curiosité
Cependant, il est étonnant de ne pas trouver le nom de Cadoret associé en 1852, à ceux des membres fondateurs de la Société des Écoles du Dimanche. Jean-Paul Cook, fer de lance de la SED ne cite jamais Cadoret. Il donne bien l’impression d’ignorer son existence. En effet, dans un premier essai de statistique, daté 1854, Cook ne cite pas d’école en Seine-Maritime, Luneray lui est inconnue, alors que le Gard, la Drôme et Paris remportent la palme des régions au plus grand nombre d’écoles du dimanche. Cela dit, Cook  omet au moins les Vosges, alors qu’un article sur l’école du dimanche de Rothau était publié en 1852 !
Mais là encore Cook  est conscient de ne pas publier un catalogue exhaustif des écoles. Par la publication de ces statistiques il lance plutôt un appel au peuple pour compléter et corriger cette première liste :
Nous allons publier les noms des localités où elles se trouvent, dans l’espérance que nos lecteurs voudront bien nous faire connaître les erreurs ou les omissions qui se trouvent dans ce catalogue, et nous espérons pouvoir ainsi arriver peu à peu à une estimation approximative, sinon tout à fait exacte, du nombre des écoles du dimanche en France, et de leur répartition sur tout le territoire. (Jean-Paul, COOK, « Nos Écoles du Dimanche, premier essai de statistique », in MagED, Paris, Meyrueis, 1854, p. 148)
Les silences de Cook ne sont pas nécessairement des indices sûrs.

Deuxième curiosité
Une autre curiosité est à signaler : le fils du pasteur Louis Daniel Paumier (1789-1865), Louis Henry (1820-1899) n’évoque pas la figure de Cadoret. Louis-Henry né à Rouen ou son père Louis-Daniel était pasteur à Saint-Antoine dès 1813, à Rouen. Dès 1816 il assurait la présidence du consistoire. Louis Henry fut secrétaire du Comité de la Société des Écoles du Dimanche française qu’il représente en 1862 à la Conférence de Londres. Il a été pasteur à Mantes (1847-1850) et à Plaisance (1850-1899) et il est cité en référence par Laurent Samuel Cadoret dans sa thèse soutenue à la Faculté de théologie de Montauban. Nous n’avons jusque-là par exemple pas même trouvé d’article de nécrologique dans les publications de la SED concernant le décès de Cadoret dans les publications de la Société des Écoles du Dimanche ou Louis Henry Paumier était engagé.

Troisième curiosité
Une autre curiosité est à relever : lorsque Cook fonde la Société des Écoles du Dimanche, il a pour soutien le pasteur Auguste Laurent MONTANDON (1803-1876). La carrière pastoral de celui-ci l’a conduit en 1828 à exercer le ministère à Luneray. N’y avait-il alors plus de trâce du travail de Cadoret ? D’après le répertoire statistique des activités des Églises Réformées en France, édité en 1828 par le pasteur Alexandre SOULIER, si l’on dénombrait deux Écoles du Dimanche à cette époque à Rouen, il n’y en à pas à Luneray, ou est en revanche signalée « une école primaire, ancienne méthode »( Alexandre, SOULIER Statistique des Églises réformées de France, Paris, Servier, 1828, p. 138).

Quatrième curiosité
Le pasteur Daniel Lardans dans « La Réforme à Luneray : 1557-1957 Conférence prononcée au Temple de Luneray le 15 Juin 1957, lors du IVe Centenaire de la fondation de l’Église » (SHPF n° 24320, p. 24) ne cite Cadoret qu’en épilogue, pour lui emprunter un paragraphe de son discours prononcé à l’occasion de l’inauguration du temple le 6 Septembre 1812. Pas un mot des écoles du dimanche, pas un mot signalant l’Église de Luneray comme pionnière en ce domaine. L’accent porte en revanche sur les persécutions les actes héroïques des premiers Réformés.

Tentatives d’explications
• La mémoire de Cadoret a-t-elle été oubliée, pour cause de tensions théologiques ?
Selon Daniel Robert, Cadoret quitte Luneray en 1819 laissant la charge pastoral « avec regret » au fils d’un ancien pasteur de Luneray : Jean Réville qui « avait acquis à Genève des idées différentes des siennes ». MONTANDON est qualifié de pasteur libéral , par Roland Gennerat, sur son site consacré aux pasteurs de l’église réformée de France. Or Cadoret est qualifié de pasteur à la tendance whitefieldienne (Daniel, ROBERT, PUF, 1961, p. 41, note n° 3). Il va être un ami très proche du missionnaire méthodiste, puis pasteur Réformé à Bolbec Pierre du Pontavice  (1770-1806).
Les tensions (c’est en 1818, lors de la nommination du successeur de D. Encontre à la chaire de dogmatique à la faculté de théologue Protestante de Montauban, qu’un premier conflit sérieux éclata où les partisans de la « théologie du Réveil » essuyèrent un « sérieux échec ». Daniel, ROBERT, Les Églises Réformées en France (1800-1830), Paris, PUF, 1961, p. 387ss.) entre pasteurs du Réveil et pasteurs libéraux ont-elles pu contribuer à faire oublier Cadoret voir réduire les premiers débuts de son travail à néant ? Déjà en son temps, Cadoret dût essuyer l’opposition de protestants de sa communauté, peu favorable à une prédication trop directe.
Cependant, Jean-Paul Cook (1828-1886) qui initie la première revue des Écoles du dimanche en France, surnommé par Surnomé par Henry Paumier « l’ami le plus dévoué, le plus infatigable de notre œuvre, celui qui n’a cessé jusqu ‘à sa mort de la servir, par sa plume, par sa parole, par ses visites aux Églises comme agent missionnaire » (JED, Paris, SED, 1893, p. 467.), était pasteur Méthodiste, formé en Angleterre et à Lausanne. En outre il était le fils aîné du missionnaire anglais Charles Cook (1787-1858), venu en France en 1818 à Caen (Charles, BOST, Histoire des Protestants de France, Carrières-sous-Poissy, 1996, p.213ss), d’une part pour évaluer les progrès du Réveil en France et en Suisse (Alice, WEMYSS, Histoire du Réveil 1790-1849, Paris/Lausanne, Les Bergers et les Mages/Ale, 1977, p. 130.), d’autre part non pas pour implanter le méthodisme wesleyiens dans le Midi de la France comme l’affirme Alice Wemyss, mais pour comme l’atteste Bost, pour « vivifier » l’Eglise Réformée.

• Faut-il pencher vers une prééminence des pasteurs parisiens sur les provinciaux ?
Remarquons que les pasteurs engagés dans le comité qui dirige la Société des Écoles du Dimanche sont essentiellement parisiens, les pasteurs de provinces sont moins en point de mire, or, il faut rappeler qu’après la rurale Luneray, Cadoret accepte un poste dans la Somme en 1820, puis rejoint l’Isère ou son fils est pasteur. C’est là qu’il passe ses dernières années après avoir démissionné en 1854 de ses fonctions pastorales.
Il est nécessaire de rappeler ici qu’à l’époque ou se développent les Écoles du dimanche en France, après 1814, les articles organiques promulgués en 1802 par Napoléon Bonaparte, contraignent les Églises Réformées à s’organiser au niveau régional. Leur champ de compétence est limité à la zone géographique du consistoire, c’est-à-dire une région ou l’on dénombre jusqu’à 6 000 protestants. Les rapports des Assemblées Générales de la SED font essentiellement mention de représentant pariens. Si Cook ne manque pas de préciser que l’organe reliant les Écoles entre elles n’était pas les Églises locales mais la Société des Écoles du Dimanche, tout en affirmant l’attachement aux Églises protestantes, c’est entre autre de pouvoir justifuer d’une organisation de coordination nationales qui ne soient pas soumises aux prérogatives des articles organiques qui aussi ne reconnaissaient que les Églises Réformées et Luthériennes de la Confession d’Augsbourg.

• Le facteur de l’âge entre-t-il en compte ?
Lorsque Jean-Paul Cook vint au monde en 1828, Cadoret a déjà 58 ans (âge auquel meurt Cook 1828-1886 !), cela fait 14 ans qu’il a fondé une première École du dimanche à Luneray.
Lorque la Société des Écoles du Dimanche est créée en 1852, Cadoret né en 1770 est un vénérable octogénaire. Il a alors 82 ans et est à deux ans de démissionner de son poste à Amiens. Il décède neuf ans plus tard à l’âge de 91 ans.
Si ce facteur est à considérer, il est cependant légitime de s’interroger, pourquoi Laurent Cadoret n’a-t-il pas fait de grands efforts pour cultiver les liens et encourager la SED par ses écrits ?
Une pièce utile au dossier est versée par Jean-François Zorn. Celui-ci en évoque aux débuts du mouvement la méfiance qui a été nourie vis-à-vis des influences étrangères, le styles de cantiques anglosaxon en particulier, mais aussi l’engagement des femmes dans ce dispositif. Il discerne là les raisons principales qui ont pu contribuer à presque faire avorter le jeune mouvement en 1828 (Jean-François, ZORN, « Un mouvement catéchétique contemporain : les Écoles du Dimanche », ETR, 71e année, 1996/3, p. 384), et considère l’action de Cook presque comme une renaissance du mouvement qui allait s’éteindre.

• Le contexte social difficile en France.
La révolution de 1830, « les trois glorieuses », n’a pas contribué à faciliter les relations !

Conclusion
Ces constats nous permettent de conclure que si Cadoret a probablement été le premier à chercher à fonder une École du Dimanche en France, son initiative à Luneray a été de courte durée et n’a pas été l’origine d’un large déploiement du mouvement en France.
Tout en affirmant que Cadoret était convaincu d’ouvrir la première école du Dimanche de France, Daniel Robert propose à partir de la source méridionale, la création d’écoles du dimanche dans le midi, de façon parallèle et sans liens directes avec celle fondée en Seine-Maritime. Le contexte géographique et communicationnel bien différent du notre aujourd’hui dans cette grande France rurale (et la communauté de Lunarey était rurale ) ou les protestants étaient fort disséminés, rend cela crédible. Quant aux liens avec l’Angleterre (Martin et Cadoret en avaient), pour des raisons politiques , la discrétion s’imposait
Par contre [dit Robert], une tradition méridionale (Arch. du Christ., t.I, (1818), p.360, ignorant Cadoret, cite comme la première école du dimanche celle de Petzi aux environs de Montoban (Petzi mourut à la fin de 1817), puis celle de Pascal aux Vans, Ardèche. Dès 1818, il existait une notice donnant des conseils, due au pasteur Chabrand (Toulouse) (Daniel, ROBERT, PUF, 1961,p. 436, note n° 3).
Cook  plus familier du Midi, aurait donc pu ignorer ce que vivaient les Église du pays de Caux. Les incessants appels aux lecteurs des publications de la SED, montrent à la fois un souhait d’unifier les informations les plus exhaustives possibles et la difficulté que cela représentait à l’époque. Mais à l’époque ou Cook cherche à donner un nouvel élan au mouvement, que restait-il des toutes premières initiatives ?
Qu’il y ait eu une fondation d’Écoles quasi simultanément dans le midi et en Normandie, sans stratégie d’implantation très structurée, paraît fort vraisemblable. Cependant parmi ces précurseurs : ni François Martin fils (le père est déjà mort lors de la création de la SED), ni Cadoret ne sont engagés dans les débuts de la Société des Écoles du Dimanche, qui furent plutôt Coocksienne puis Parisienne avec Auguste Laurent Montandon, Louis Henry Paumier, Matthieu Lelièvre, Monod…
La fondation et le développement des premières Écoles du Dimanche en France n’a sans doute pas suivi un itinéraire aussi « linéaire » et structuré, que ce que l’Angleterre a pu connaître à la suite de Raikes et de ces coéquipiers. Les pasteurs français ont peut-être trop travaillé en solitaire, imprégnés de leur culture individualiste, de psychologie de groupe minoritaire et persécuté mais surtout évoluant sur un territoire très vaste et rural, aux communications difficiles, et aux méfiances nourries vis-à-vis de l’Angleterre. Au-delà des conflits personnels régionaux, les tensions théologiques aussi pu générer des difficultés relationnelles ne facilitant pas, les communications déjà techniquement complexes, bien qu’au tout début, l’aile « orthodoxe » ait été majoritaire jusqu’à la Faculté de Montauban, ou Haldane s’était rendu.

Par A R
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Lundi 24 décembre 2007
1849-Caricature-mauvais-garnements.jpg
"Die unartigen Kinder"
Différents types de châtiments pour mauvais garnements (1848)

-Philippe, dis-moi, je te prie,
Où tu vas d’un air si joyeux ?
Vas-tu sauter dans la prairie
Avec nos compagnons de jeux ?
- Non, Charles, je vais à l’école

- Le Dimanche !... Plaisantes-tu ?
- Nullement ; crois-m’en sur parole ;
Viens-y plutôt !

- Est-on battu ?
- Oh ! jamais.

- Ah ! pour quel usage ce livre que ta main soutient ?
- J’apprends, pour devenir bien sage,
Les bonnes leçons qu’il contient.

- Que dit-il ?
- Il dit qu’il faut vivre
Pour aimer Dieu d’un pur amour ;
Il trace le chemin à suivre
Pour arriver au ciel un jour.

- Vraiment ?
- Vraiment !

- Ah ! pour quel usage ce livre que ta main soutient ?
- J’apprends, pour devenir bien sage,
Les bonnes leçons qu’il contient

- Que dit-il ?
- Il dit qu’il faut vivre
Pour aimer Dieu d’un pur amour ;
Il trace le chemin à suivre
Pour arriver au ciel un jour.

- Vraiment ?
- Vraiment !

- Mais à l’école, A quoi donc vous occupez-vous ?
- Nous lisons la sainte Parole,
Et le maître prie avec nous ;
Après, nous chantons un cantique
Si tu savais qu’on est content !

- Cela me plait ! Eh bien, Philippe,
Partons, je te suis à l’instant !


Enfants, imitez cet exemple !
Quand vient le saint jour du Seigneur,
Joyeux, rendez-vous dans son temple,
Pour l’adorer avec ferveur,
Jésus, votre ami, voire maître,
Vous tend les bras du haut des cieux ;
Allez à le connaître !
Allez, et vous serez heureux !

P.T., GONTARD, Poésie « l’École du Dimanche », in MagED, Paris, Meyrueis, 1856, p. 159-160


mise en ligne A Ruolt
Par A R
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Dimanche 6 janvier 2008
ED-Lane.jpg
DOWLING, Robert (1827 - 1886), 
Origine des Écoles du Dimanche, Quartier Hare LANE, Gloucester 1780,
National Gallery of Australia

La gravure dépeint une scène de rue, d’un quartier populaire de Gloucester à l’époque victorienne. Thomas Stock  y avait établi des écoles du dimanche. Ce quartier, jouxtait celui d’une des premières écoles fondée par Raikes.

Deux groupes de personnes se distinguent : sur toile de fond d’enfants, l’image met en scène des adultes vivants dans « un autre monde », que celui des enfants livrés à eux-mêmes.

Les enfants en toile de fond ; ils font la loi ou désespèrent !
Les uns sont déguenillés : l’un, esseulé à l’extrême gauche du cadre, incarne par son regard vide et son repliement sur lui-même, un profond désespoir, alors que d’autres assis presqu’aux pieds des deux gentlemen suivent leurs échanges, sans sembler les importuner. A droite, à l’écart du premier groupe d’enfants, deux d’entre eux sont assis paisiblement à même le sol, sans activité particulière.
Deux autres gamins parlementent, fomentent-ils un mauvais coup ?
Au centre plus insouciants, un trio joue aux osselets. Derrière eux d’autres jouent à saute-mouton, alors qu’au-dessus d’eux, deux s’affrontent, un pot de fleur vol en éclat.
A l’extrême droite peut-être la seule fille du tableau, se dirige vers le couple de bonne famille, et fait l’aumône.

Les adultes : dans un monde ou les enfants font la loi
Le couple importuné par la petite mendiante fuit : Monsieur regarde droit devant feignant d’ignorer le spectacle. A sa gauche, Madame jette un regard terrorisé vers la jeune fille. Pour apaiser ses craintes, elle s’agrippe au bras de son mari.
Dans l’entrebâillement de la porte, une femme plus âgée regarde impuissante, d’un air résigné l’agitation à laquelle elle a bien du s’habituer, tant ce spectacle lui est devenu quotidien…
La jeune femme seule, simplement vêtue, sans couvre-chef, passant derrière les deux messieurs, était-elle une jeune veuve, ou une femme dont le mari irresponsable dépense son maigre salaire d’ouvrier à la taverne, ou une femme « légère » ? Son regard se dirige vers les deux gentlemen. Que pense-t-elle d’eux ? Vis-à-vis des enfants, aucune expression n’émane de sa personne.

Qui représentent les deux gentlemen centraux ?
S’agit-il de deux hommes au-dessus de la mêlée, comme dans un autre monde, étant tout à leurs affaires, figés au milieu de la place, sans croiser les regards des enfants ?
Si telle est la juste interprétation, le tableau met l’accent sur la fuite des adultes, et en particulier des hommes, qui ne se sentent aucune responsabilité vis-à-vis des enfants. Seul les enfants cherchent la présence des adultes, et plus particulièrement des hommes.

Ou est-ce que ces deux gentlemen nr représenteraient-il pas Raikes et Stock, discutant, sur le terrain des écoles du dimanche comme moyen de mettre ces enfants livrés à eux-mêmes en relation avec des adultes pour un apprentissage de base... De la même façon que Raikes est placé sur la gravure du centenaire avec en toile de fond des enfants se battant dans la rue, l’artiste aurait-il cherché à mettre les figures de Stock et de Raikes en surimpression à une scène typique de la vie de ces quartiers ?


stock-thomas-HARRIS.jpg centenaire-Raikes-suppl--ment-Londres.jpg raikes-gravure1.jpg















Portrait de Stock: Raikes illustration du Centenaire; portrait Raikes



A Ruolt

Par A R
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