Dimanche 25 mars 2007
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William Carey
(1761-1834)
“ Père des Missions modernes ”
Attendez de grandes choses de Dieu ;
entreprenez de grandes choses pour Dieu
(Es 54.2-3)
(1761-1834)
“ Père des Missions modernes ”
Attendez de grandes choses de Dieu ;entreprenez de grandes choses pour Dieu
(Es 54.2-3)
INTRODUCTION
C’est motivée par le souci de titrer instruction de ceux qui nous ont précédé dans la foi et le service, que nous avons voulu présenter et analyser l’œuvre à laquelle le nom « William Carey » est attachée. Nous faisons précéder la présentation chronologique de la vie de Carey, d’un bref panorama de certains faits saillants qui ont marqué l’action missionnaire « moderne » avant lui, pour terminer sur une réflexion visant à tirer instruction des succès et des échecs que Carey a connus en son temps.
Soulignons dès à présent qu’en parlant ici de « Mission », nous entendons l’action d’apporter l’évangile auprès de populations qui ignorent tout de ce message libérateur. Bien conscient(e)s du rôle capital joué par les apôtres en ce domaine, les limites de notre sujet ne nous permettront pas d’aborder cela. Nous renvoyons ceux qui souhaiteraient approfondir cette période à d’autres travaux plus accès sur la genèse de la mission chrétienne.
Le titre de “ Père des Missions modernes ” qui est communément attribué à William Carey, est à replacer dans son contexte, celui où se créent les “ Sociétés Missionnaires Protestantes ”. William Carey est à l’origine de la première d’entre elles ; la “ Baptist Missionary Society ” (2 octobre 1792) suit la Mission de Londres (1795), puis la “ Société Néerlandaise des Missions ” (1797), la “ Mission de Bâle ” date de 1815, la “ Société des Missions Evangélique de Paris ” naît quant à elle en 1822.
Ces sociétés avaient toutes pour but d’évangéliser les païens en envoyant des missionnaires en terres lointaines, les soutenant et les encourageant par l’engagement de personnes bénévoles issues de différentes Eglises d’un pays. Toutes les couches sociales priaient et contribuaient financièrement à l’œuvre en mettant chaque semaine “ un sou de côté pour la Mission au loin. ”.
Dans notre approche nous n’oublions pas qu’aujourd’hui, deux siècles plus tard, le contexte a évolué. Au gré des échanges et des conflits, l’histoire a tissé des relations entre des peuples qui jadis ne se connaissaient pas. Les échanges internationaux sont maintenant facilités par les progrès technologiques et les progrès linguistiques. L’Eglise s’est implantée et se développe dans des pays où, il y a encore 100 ans, beaucoup de personnes ignoraient qui était Jésus et vivaient en suivant la tradition religieuse de leur ethnie.
Cependant tout ce qui relève de l’appel à transmettre l’évangile, qui touche aux relations humaines et qui décrit les diverses motivations moteur des initiatives engagées… restent des faits constants. L’histoire peut en ces domaines alimenter positivement notre réflexion mais aussi –peut-être parfois- nous aider à repérer voir à ne pas tomber dans les mêmes erreurs de nos pairs (1 Co 10).
1.1. Les Catholiques au XVe & XVIe : les premiers missionnaires “ modernes ”
1.1.1. Les grands navigateurs
Ce sont les grands navigateurs envoyés par les Rois catholiques qui, les premiers, apportèrent le christianisme aux peuples qu’ils découvraient. La motivation économique n’était pas absente de l’entreprise…
Christophe Colomb qui arrive aux Bahamas en 1492 écrit :
Réjouissons-nous dans le Christ du salut de tant d’âmes jusqu’ici perdues. Réjouissons-nous tous de l’exaltation de notre foi et de l’augmentation de nos biens… ces pays pourraient devenir un lieu de commerce pour toute la chrétienté et principalement pour l’Espagne, qui doit régner sans partage. Seuls des chrétiens bons catholiques doivent s’établir ici, car le but initial de l’entreprise a toujours été l’accroissement de la gloire de la religion chrétienne.
1.2. Les Réformateurs : une théologie sans visée de mission auprès des “ païens ”
Il faut noter que les Réformateurs n’ont pas développé un grand élan missionnaire en terres lointaines. Plusieurs raisons expliquent ce fait :
- Dans la tradition catholique, ce n’était pas tant l’Eglise locale que les ordres religieux qui “ partaient en Mission ”. Or, ces ordres n’existaient pas chez les Protestants.
- A cela s’ajoute des réalités géopolitiques : les grands explorateurs étaient à la solde des Rois Espagnols et Portugais : des Catholiques ! Ces derniers, qui avaient usé parfois de violences pour christianiser les peuples colonisés, laissaient une image très négative de “ la Mission ”.
- Le monde a été évangélisé par les apôtres au premier siècle. Certains peuples avaient reçu l’Evangile à cette époque, mais d’autres l’avaient rejeté, s’excluant de façon irréversible de l’Alliance Nouvelle.
- Les Réformateurs pensaient vivre la fin des temps. L’Anti-Christ, c’était le pape, la bête de l’Apocalypse, les Turcs. L’Eglise véritable n’était alors plus qu’un petit troupeau méprisé, sans même la ressource de rêver voyager comme Christophe Colomb !
- A cela s’ajoute la théorie des “ deux règnes ” de Luther, ou encore la place que Calvin accorde aux autorités civiles dans sa théologie ; ils sont les tuteurs et gardiens de la foi. Ce n’était donc pas tant à l’Eglise qu’aux politiques de “ conquérir le monde ”.
1.3. Les Précurseurs Protestants des “ Missions modernes ”
A un carrefour important de sa vie, John Eliot décide à son tour d’embarquer pour la Nouvelle-Angleterre. C’est à la fin de l’été 1631 qu’il arrive à Boston. Il accepte un poste de pasteur remplaçant dans la ville puis s’installe à Roxbury, petit village près de Boston ou l’Eglise cherchait un pasteur. Là, il se marie avec Hanna Mumford en octobre 1632 et y passera toute sa vie.
En 1644, alors que l’on s’interroge pour savoir si les Indiens ont une âme, s’ils ne sont pas plutôt des animaux que des hommes, Eliot, lui, se laisse profondément toucher par les indiens algonquins. Il est alors dans sa quarantième année. Il décide d’apprendre leur langue et, deux ans plus tard, le 28 octobre 1646, maîtrisant remarquablement leur dialecte, il fait sa première tournée dans des villages indiens.
En 1675, on dénombrait 4 000 indiens chrétiens, vingt-quatre Indiens missionnaires, quatorze “ villes de prière ” avec toute une structure éducative, sociale et administrative, revisitée par une approche socio-politique puritaine. Eliot, comme les Jésuites mettait un accent particulier sur l’instruction de tous et des élites. Il envoya plusieurs Indiens se former à Harward. Mais la guerre ruina cette belle œuvre. Trop humiliés par des Colons, les Indiens prirent les armes contre eux. La situation des Indiens chrétiens devint dès lors critique: ceux qui ne furent pas exécutés se dispersèrent, leurs villages furent détruits ou saccagés.
Suite à un rapport connu sous le nom de Traité d’Eliot, un intérêt tout particulier pour ce travail naquit en Angleterre. Il en résulta la naissance de la “ Société pour la Propagation de l’Evangile en Nouvelle-Angleterre ” dont la vocation était de favoriser l’instruction en Angleterre comme au loin, et de produire de la littérature C’était en 1649.
Dans cet ouvrage, il montre que la vocation de l’Eglise selon Dieu est de prêcher l’évangile sur toute la terre, à tous les hommes.
Jacques Blandenier rapporte les 3 questions que von WELTZ adressait aux nobles, aux chefs, aux pasteurs, aux étudiants et à tous les cœurs aimant Jésus-Christ:
Dans un autre traité, il présente son plan d’action :
1.3.3. Les frères Moraves ;Compte Nicolas de Zinzendorf (1700-1760).
Le mouvement des frères Moraves est rattaché au nom du Comte Nicolas de Zinzendorf (1700-1760). Destiné par sa famille à exercer une carrière de diplomate, c’est au cours d’un voyage à Düsseldorf que le jeune Comte en formation est comme “ transpercé ” par cette inscription figurant sur une peinture de Fetti, représentant Jésus devant Pilate ; “ J’ai souffert cela pour toi, qu’as-tu fait pour moi ? ” Or, à cette époque, la persécution sévissait en Moravie contre les chrétiens Hussistes et les exilés Vaudois. En 1722 le Comte recueillit ainsi chez lui des Moraves rencontrés, semble-t-il, au cours de son voyage de noces ! Puis il fonda un village à leur intention : Herrnhüt que l’on peut se traduire par : “ A la garde de Dieu ”.
Entre 1732 et 1832, les Moraves ont envoyé 1 199 missionnaires et 44 757 personnes ont été baptisées suite à leur témoignage. Le manque de stratégie et d’organisation du travail missionnaire au sein de la communauté Morave est cependant à déplorer: l’absence de formation dispensée aux envoyés courageux, souvent appelés à partir par tirage au sort, a ainsi freiné l’expansion de l’œuvre et a causé aux missionnaires bien des souffrances qui auraient pu leur être épargnées. Pourtant les membres de cette communauté, par leur grande mobilisation, en ont influencé bien d’autres qui, à leur tour, venant d’horizons divers et bravant les idées de leur temps, se sont levés pour partir évangéliser les peuples païens. William Carey en est un exemple.
2.1. Première étape : de l’enfant au pasteur, 1761 - 1789
2.1.1. William Carey ; terreau familial et contexte élargi
William Carey est né le 17 août 1761 à Paulerspury, dans le Northamptonshire (Grande Bretagne).
Son père Edmund Carey, et sa mère Elisabeth, sont des tisserands comme beaucoup d’habitants de la région.
Homme cultivé, son père assure aussi la fonction d’instituteur. Il est en outre sacristain et secrétaire de paroisse dans l’Eglise Anglicane.
Elevé surtout par sa grand-mère jusqu’à l’âge de 6 ans, c’est avec elle que William apprend à lire à l’aide de la Bible.
Les histoires bibliques lui deviennent vite familières, de même qu’ensuite le catéchisme. Après la mort de son aïeule, William va à l’école. Il lit tout ce qu’il trouve à lire et se passionne aussi pour les plantes, qu’il collectionne ainsi que les insectes.
Sa sœur Polly écrit de William qu’il est un enfant à la mémoire prodigieuse, passionné par l’étude. Il lit tous les livres du village, tous ceux que l’on peut emprunter, et les histoires des grands marins le passionnent particulièrement: celle du Capitaine Cook et, plus encore, celle de Christophe Colomb qui le fascine à tel point qu’à force d’en parler, ses camarades le surnomment “ Christophe Colomb ” !
Christophe Colomb Mort de Cook
A 14 ans, il atteint l’âge où l’on commence à travailler. Comme il aime les plantes et les champs, son père pense faire de lui un fermier. Mais après plusieurs mois d’apprentissage, sa santé fragile oblige William à un changement d’orientation: il deviendra cordonnier.
Il entre alors en apprentissage chez M. Nichols, homme peu religieux mais perfectionniste, à la morale rigide. On discute ferme et de tout dans cet atelier obscur. C’est là “ l’Université ” où se forme William. Habile, il sort souvent vainqueur des “ joutes oratoires ” qui l’opposent en particulier à l’un de ses camarades appartenant à une Eglise dissidente. Mais, à son insu, les arguments du “ perdant ” font leur chemin dans le cœur de William.
A 18 ans, il se rend un jour dans l’une de ces communautés. Là, il est touché par le texte du message d’Hb 13.13: “ Sortons hors du camp pour aller à Christ portant son opprobre… ” Qui sont donc les chrétiens qui portent l’opprobre du Christ en Angleterre, se demande-t-il, sinon ceux qui, par fidélité au Christ, sont humiliés parce qu’ils participent à des cultes hors de l’Eglise d’Etat ? Il fréquente dès lors l’Eglise dissidente et prend la défense de son camarade. Les discussions n’ont pas été vaines ! William s’instruit aussi des prédications de Wesley, mais sans pourtant devenir Méthodiste.
2.1.2. William Carey jeune savetier –père de famille - instituteur
En juin 1781, à 20 ans , il épouse Dorothy Blackett: belle-sœur de son patron, cette jeune femme de 25 ans est pieuse, mais illettrée et sans grande culture.
De cette union naîtront 5 enfants:
- l’aînée, Ann Eliza (1782/1784), meurt en bas âge des suites d’une fièvre maligne;
- Félix (1785/1822), aîné des garçons, deviendra diplomate en Birmanie après avec commencé sa carrière comme missionnaire à Serampore;
-William (1787/1853) et Jabez (1793/1879) seront prédicateurs et missionnaires;
- A l’âge de 5 ans, le 3è fils, Pierre (1789/1794), succombe en quelques heures à une dysenterie foudroyante. La famille est alors installée à Mundnabatti, à 450 km de Calcutta, où William Carey dirige l’usine d’indigo.
Seize petits-enfants viendront ensuite.
Le fils de William Carey, Felix (1786-1822) était un orateur et un traducteur bengali accomplis qui est allé en Birmanie. Cette image illustre la perte de son épouse
Et de ses enfants dans un naufrage.
Le jeune couple s’installe d’abord à Hackleton. Williams entre à cette époque dans une Eglise congrégationaliste qui, plus tard, deviendra baptiste. En 1783, Carey succède à son patron qui vient de décéder. Débute alors une vie assez routinière.
A quelques kilomètres de chez eux, à Olney, se réunissent chaque année des pasteurs baptistes avec lesquels Carey a beaucoup de plaisir à discuter.
2.1.3. William Carey savetier – instituteur – prédicateur – étudiant autodidacte
Un jour, des chrétiens d’Earle Barton (à 10 km de chez lui) l’invitent à prêcher. L’essai est concluant et William Carey devient alors prédicateur laïc de cette communauté où il se rend tous les 15 jours pendant 2 ans et demi. Connaissant déjà le latin et le grec, sa nouvelle fonction le conduit à étudier l’hébreu avec un pasteur de la région. Plus tard, il apprendra encore le hollandais et le français, avant d’apprendre à maîtriser les langues des Indes…
Suite à une étude approfondie du Nouveau Testament, il en vient à la conclusion que le baptême de croyant est le seul baptême enseigné par la Bible.
Le 5 octobre 1785, le Dr John Ryland baptise William au gué d’une rivière, sans que pour autant il devienne membre d’une Eglise baptiste.
Il a 24 ans, lorsque cette même année 1785, il s’installe dans le village de Moulton alors sans maître d’école. Il devient ainsi instituteur le jour, savetier le soir, étudiant à la lueur de la bougie la nuit lorsque sa famille est au lit. Ce que William aime le plus enseigner, c’est la géographie. Il s’est fabriqué une mappemonde en cuir et collectionne tout ce que l’on sait à l’époque des différents pays, de leur population, de leurs coutumes, …
Farelly dit de William qu’il n’enseignait pas la géographie mais qu’il la prêchait !
Un de ses amis théologien, Andew Fuller, publie une brochure où il prend le contre-pied du calvinisme de l’époque qui réservait le salut à un nombre restreint d’élus. La grâce est pour tous ! l’appel de Jésus est de prêcher l’Evangile à tout le monde ! Carey en déduit logiquement qu’il faut dès lors que ceux qui connaissent l’Evangile le leur apporte !
2.1.4. William Carey ; savetier – instituteur - pasteur baptiste – missionnaire “ en germe ” et toujours étudiant autodidacte
Le doyen de la pastorale, John Ryland (1753-1825 ), père de celui qui avait baptisé Carey et calviniste particulièrement strict, le rabroue en des termes rendus célèbres : “ jeune homme, asseyez-vous. Quand il plaira à Dieu de convertir les païens, il le fera sans votre aide et sans la mienne. Il faudrait d’abord qu’il se produise un nouveau don des langues, comme à la Pentecôte ”
Mais Carey n’en démord pas, même s’il s’assied poliment et se tait !
2.2. Deuxième étape : du pasteur au départ du missionnaire Carey, 1789 – 1793
2.2.1. Une démonstration scientifique : préliminaire à la naissance de la première société missionnaire :
En 1789 Carey s’installe avec sa famille à Leicester et là, rédige un ouvrage sur les différents pays et leur population à partir de toute la documentation qu’il a rassemblée. Il présente son Enquiry à ses amis en mai 1791, puis l’ouvrage est édité en 1792.
La forme définitive, de 90 pages, prend pour titre complet:
“ Enquête sur les obligations des Chrétiens à s’employer à la conversion des païens et dans laquelle sont considérés l’état religieux des différentes nations du monde, le succès d’entreprises missionnaires dans le passé, et la possibilité de nouvelles tentatives de ce genre ”.
En cinq chapitres, Carey fait une “ démonstration scientifique ” de la pertinence de la mission d’évangéliser les païens de son temps
§1 Jésus appelle ses disciples à prier pour que le règne vienne (Mt 16.10) et leur dit d’aller par tout le monde pêcher l’évangile à toutes créatures (Mc 16.15).
§2 Carey dresse le tableau de l’expansion de l’Evangile après la Pentecôte.
§3 Puis il présente la situation du monde telle qu’elle est connue à l’époque.
§4 Carey dénonce ensuite les faux prétextes invoqués pour ne pas partir, rappelant que l’Angleterre a été évangélisée alors qu’elle n’était composée que d’indigènes barbares.
§5 La prière engendre l’action: conquérir le monde pour Jésus-Christ sera l’œuvre de l’Esprit, qui vient en aide à ceux qui l’appellent et se laissent conduire par lui. Pour les finances, il suffit que riches et pauvres donnent la dîme de leurs revenus.
2.2.2. La prédication, second préliminaire à la naissance de la première société missionnaire :
C’est en Mai 1792, lors d’une assemblée générale de pasteurs à Nottingham, que Carey prêche sur Es 54.2-3 et lance ce célèbre appel: Attendez de grandes choses de Dieu ; entreprenez de grandes choses pour Dieu.
L’Enquiry était une démonstration scientifique, cette prédication remue les cœurs en profondeur. Le Dr Ryland, qui avait fermé la bouche de Carey, s’écrie: “ si l’auditoire entier avait élevé la voix et pleuré comme le firent les Israélites à Bokim, je n’en n’aurais pas été étonné. L’effet eût été à la mesure de la cause, tellement il venait de décrire à la perfection notre paresse criminelle. ”
Chapelle de Nottingham ou le 21 mai 1792 Carey prononce son mémorable sermon sur Es 54
2 Octobre 1792, chez Marthe Wallis Le 2 Octobre 1792, 14 hommes sont réunis dans le salon de la veuve Marthe Wallis : douze pasteurs de villages à la tête de congrégations pauvres. Une société missionnaire baptiste est constituée, une première liste de souscription circule. Elle récolte 13 livres, 2 shillings et 6 pence.
Le nom de chaque assistant s’y trouve, sauf celui de Carey, trop pauvre pour donner quelque argent… il donnera sa vie.
2.2.3. Choix des Indes comme « champ » de Mission
CAREY désirait aller à Tahiti ou en Afrique occidentale. Mais les circonstances vont orienter sa carrière vers un autre continent. Suite au courrier d’un médecin de la Royal Navy, John Thomas, sa destination de service se précise. Ce médecin, membre d’une Eglise baptiste, est de retour du Bengale où il a travaillé et laissé sa famille ainsi que… de lourdes dettes.
Il parle la langue du Bengale et a même commencé à traduire dans cette langue certains livres bibliques. Dans sa lettre, il offre ses services comme missionnaire et demande à la société missionnaire de lui adjoindre un collaborateur de travail.
Le 9 janvier 1793, le Dr John Thomas est accepté par le comité de la mission qui décide de l’envoyer au Bengale avec William Carey, de quatre ans son cadet.
Carey rentre chez lui enthousiaste et annonce à sa femme la merveilleuse nouvelle. Celle-ci répond tout net qu’il est hors de question pour elle de partir avec 3 petits enfants. L’inconnu l’épouvante encore plus. Nul n’arrive à persuader Dorothy d’agir autrement et William doit s’en accommoder. Mais il décide d’emmener avec lui Félix, l’aîné de 8 ans, pour préparer le terrain avant de faire venir sa femme et ses autres fils.
Il entreprend alors de faire des tournées dans les Eglises pour trouver son soutien et assurer le quotidien de Dorothy et des deux enfants (6 ans & 4 ans) qui restent avec elle à Piddington, son village natal.
2.2.4. Départ en deux étapes
à suivre...
C’est motivée par le souci de titrer instruction de ceux qui nous ont précédé dans la foi et le service, que nous avons voulu présenter et analyser l’œuvre à laquelle le nom « William Carey » est attachée. Nous faisons précéder la présentation chronologique de la vie de Carey, d’un bref panorama de certains faits saillants qui ont marqué l’action missionnaire « moderne » avant lui, pour terminer sur une réflexion visant à tirer instruction des succès et des échecs que Carey a connus en son temps.
Soulignons dès à présent qu’en parlant ici de « Mission », nous entendons l’action d’apporter l’évangile auprès de populations qui ignorent tout de ce message libérateur. Bien conscient(e)s du rôle capital joué par les apôtres en ce domaine, les limites de notre sujet ne nous permettront pas d’aborder cela. Nous renvoyons ceux qui souhaiteraient approfondir cette période à d’autres travaux plus accès sur la genèse de la mission chrétienne.
Le titre de “ Père des Missions modernes ” qui est communément attribué à William Carey, est à replacer dans son contexte, celui où se créent les “ Sociétés Missionnaires Protestantes ”. William Carey est à l’origine de la première d’entre elles ; la “ Baptist Missionary Society ” (2 octobre 1792) suit la Mission de Londres (1795), puis la “ Société Néerlandaise des Missions ” (1797), la “ Mission de Bâle ” date de 1815, la “ Société des Missions Evangélique de Paris ” naît quant à elle en 1822.Ces sociétés avaient toutes pour but d’évangéliser les païens en envoyant des missionnaires en terres lointaines, les soutenant et les encourageant par l’engagement de personnes bénévoles issues de différentes Eglises d’un pays. Toutes les couches sociales priaient et contribuaient financièrement à l’œuvre en mettant chaque semaine “ un sou de côté pour la Mission au loin. ”.
Dans notre approche nous n’oublions pas qu’aujourd’hui, deux siècles plus tard, le contexte a évolué. Au gré des échanges et des conflits, l’histoire a tissé des relations entre des peuples qui jadis ne se connaissaient pas. Les échanges internationaux sont maintenant facilités par les progrès technologiques et les progrès linguistiques. L’Eglise s’est implantée et se développe dans des pays où, il y a encore 100 ans, beaucoup de personnes ignoraient qui était Jésus et vivaient en suivant la tradition religieuse de leur ethnie.
Cependant tout ce qui relève de l’appel à transmettre l’évangile, qui touche aux relations humaines et qui décrit les diverses motivations moteur des initiatives engagées… restent des faits constants. L’histoire peut en ces domaines alimenter positivement notre réflexion mais aussi –peut-être parfois- nous aider à repérer voir à ne pas tomber dans les mêmes erreurs de nos pairs (1 Co 10).
CHAPITRE I Les Missions à l’Etranger avant Carey
1.1. Les Catholiques au XVe & XVIe : les premiers missionnaires “ modernes ”
1.1.1. Les grands navigateurs
Ce sont les grands navigateurs envoyés par les Rois catholiques qui, les premiers, apportèrent le christianisme aux peuples qu’ils découvraient. La motivation économique n’était pas absente de l’entreprise…
Christophe Colomb qui arrive aux Bahamas en 1492 écrit :
Réjouissons-nous dans le Christ du salut de tant d’âmes jusqu’ici perdues. Réjouissons-nous tous de l’exaltation de notre foi et de l’augmentation de nos biens… ces pays pourraient devenir un lieu de commerce pour toute la chrétienté et principalement pour l’Espagne, qui doit régner sans partage. Seuls des chrétiens bons catholiques doivent s’établir ici, car le but initial de l’entreprise a toujours été l’accroissement de la gloire de la religion chrétienne.
1.1.2. Les ordres religieux
Les ordres religieux seront ensuite le fer de lance du travail missionnaire catholique ; le Jésuite François-Xavier (1506-1552) travailla aux Indes, en Indonésie et au Japon. Les écoles étaient le champ d’action privilégié des Jésuites, des Franciscains , des Dominicains.
1.1.3. Les exceptions qui confirment la règle
Raymond Lulle (1233-1316) est quant à lui une exception: à une époque où l’Eglise organise les Croisades violentes, il part en solitaire évangéliser les Musulmans par le dialogue, après une étude approfondie de la langue et des philosophes arabes.1.2. Les Réformateurs : une théologie sans visée de mission auprès des “ païens ”
Il faut noter que les Réformateurs n’ont pas développé un grand élan missionnaire en terres lointaines. Plusieurs raisons expliquent ce fait :1.2.1. Les motifs “ géopolitiques ”
- Ces “ continentaux ” (Luther, Calvin, Bucer…) avaient d’autres priorités. Luther ne se considérait-il pas lui-même comme “ l’évangéliste des Allemands ” ?!… L’obscurantisme païen, l’illettrisme, l’agriculture archaïque, le manque d’hygiène… existaient alors aussi en Europe. Les 59 ans de ministère du pasteur Jean Frédéric Oberlin (1740-1826), au Ban-de-la-Roche en Alsace, en sont une illustration parmi d’autres!- Dans la tradition catholique, ce n’était pas tant l’Eglise locale que les ordres religieux qui “ partaient en Mission ”. Or, ces ordres n’existaient pas chez les Protestants.
- A cela s’ajoute des réalités géopolitiques : les grands explorateurs étaient à la solde des Rois Espagnols et Portugais : des Catholiques ! Ces derniers, qui avaient usé parfois de violences pour christianiser les peuples colonisés, laissaient une image très négative de “ la Mission ”.
1.2.2. Les motifs d’ordre “ théologique ” :
- La Réforme rejette le dogme catholique de la succession apostolique. Lorsque Jésus dit : “ d’aller et de faire de toutes les nations des disciples ”, il donne un ordre aux 12 apôtres, témoins du ministère de Jésus depuis son baptême jusqu’à son ascension. L’ordre ne s’adresse qu’à eux. Les ministres du culte qui leur ont succédé tout au long des siècles ont une fonction bien distincte dans l’histoire de l’Eglise. Ce n’est pas à eux que Jésus confie cette mission. - Le monde a été évangélisé par les apôtres au premier siècle. Certains peuples avaient reçu l’Evangile à cette époque, mais d’autres l’avaient rejeté, s’excluant de façon irréversible de l’Alliance Nouvelle.
- Les Réformateurs pensaient vivre la fin des temps. L’Anti-Christ, c’était le pape, la bête de l’Apocalypse, les Turcs. L’Eglise véritable n’était alors plus qu’un petit troupeau méprisé, sans même la ressource de rêver voyager comme Christophe Colomb !
- A cela s’ajoute la théorie des “ deux règnes ” de Luther, ou encore la place que Calvin accorde aux autorités civiles dans sa théologie ; ils sont les tuteurs et gardiens de la foi. Ce n’était donc pas tant à l’Eglise qu’aux politiques de “ conquérir le monde ”.
1.3. Les Précurseurs Protestants des “ Missions modernes ”
1.3.1. John Eliot (1604-1690) apôtre des indiens algonquins, pionnier des Missions Evangéliques
John Eliot est né le 31 juillet 1604 à Nasing, d’une famille pieuse du comté d’Essex, troisième enfant d’une famille de sept. Après avoir étudié la théologie à Cambridge de 1618 à 1622, il est trop marqué par les convictions congrégationalistes-presbytériennes pour entrer dans l’Eglise Anglicane. Il accepte alors un poste d’enseignant dans une petite école à Baddow. Là, il est largement influencé par Thomas Hooker, ministre du culte puritain. Ce dernier, pour éviter les geôles du Roi, fuit en Hollande en 1630, d’où il se rendra au Massachusetts l’année suivante avec les Pères pèlerins du Mayflower.
A un carrefour important de sa vie, John Eliot décide à son tour d’embarquer pour la Nouvelle-Angleterre. C’est à la fin de l’été 1631 qu’il arrive à Boston. Il accepte un poste de pasteur remplaçant dans la ville puis s’installe à Roxbury, petit village près de Boston ou l’Eglise cherchait un pasteur. Là, il se marie avec Hanna Mumford en octobre 1632 et y passera toute sa vie.En 1644, alors que l’on s’interroge pour savoir si les Indiens ont une âme, s’ils ne sont pas plutôt des animaux que des hommes, Eliot, lui, se laisse profondément toucher par les indiens algonquins. Il est alors dans sa quarantième année. Il décide d’apprendre leur langue et, deux ans plus tard, le 28 octobre 1646, maîtrisant remarquablement leur dialecte, il fait sa première tournée dans des villages indiens.
En 1675, on dénombrait 4 000 indiens chrétiens, vingt-quatre Indiens missionnaires, quatorze “ villes de prière ” avec toute une structure éducative, sociale et administrative, revisitée par une approche socio-politique puritaine. Eliot, comme les Jésuites mettait un accent particulier sur l’instruction de tous et des élites. Il envoya plusieurs Indiens se former à Harward. Mais la guerre ruina cette belle œuvre. Trop humiliés par des Colons, les Indiens prirent les armes contre eux. La situation des Indiens chrétiens devint dès lors critique: ceux qui ne furent pas exécutés se dispersèrent, leurs villages furent détruits ou saccagés.
Suite à un rapport connu sous le nom de Traité d’Eliot, un intérêt tout particulier pour ce travail naquit en Angleterre. Il en résulta la naissance de la “ Société pour la Propagation de l’Evangile en Nouvelle-Angleterre ” dont la vocation était de favoriser l’instruction en Angleterre comme au loin, et de produire de la littérature C’était en 1649.
1.3.2. Justinien von Weltz (1621-1668)
Le principe de ces Missions modernes est présenté par un noble Allemand d’origine Autrichienne: Justinien von WELTZ (1621-1668). Ce Luthérien, piétiste avant l’heure, écrivit en 1664 un traité sur la Mission assez révolutionnaire pour son temps, traité au titre très complet comme il était de coutume à l’époque : Appel chrétien et loyal à tous les Chrétiens fidèles à la Confession d’Augsbourg en vue de la fondation d’une Société spéciale par laquelle, avec l’aide de Dieu, la religion évangélique pourrait être étendue à tous les cœurs aimant Jésus-Christ. Dans cet ouvrage, il montre que la vocation de l’Eglise selon Dieu est de prêcher l’évangile sur toute la terre, à tous les hommes.
Jacques Blandenier rapporte les 3 questions que von WELTZ adressait aux nobles, aux chefs, aux pasteurs, aux étudiants et à tous les cœurs aimant Jésus-Christ:
1° Est-il juste que nous, chrétiens évangéliques, gardions pour nous seuls l’Evangile sans jamais chercher à le faire connaître à d’autres peuples ?
2° Est-il juste d’avoir dans nos villes et villages tant de théologiens savants sans jamais leur donner l’occasion d’aller travailler ailleurs dans la vigne du Seigneur ?
3° Est-il juste que nous, évangéliques, dépensions tant d’argent pour nous vêtir luxueusement, nous nourrir copieusement et faire bien d’autres choses, alors que jusqu’à présent nous n’avons jamais eu les moyens de diffuser l’Evangile ?
2° Est-il juste d’avoir dans nos villes et villages tant de théologiens savants sans jamais leur donner l’occasion d’aller travailler ailleurs dans la vigne du Seigneur ?
3° Est-il juste que nous, évangéliques, dépensions tant d’argent pour nous vêtir luxueusement, nous nourrir copieusement et faire bien d’autres choses, alors que jusqu’à présent nous n’avons jamais eu les moyens de diffuser l’Evangile ?
Dans un autre traité, il présente son plan d’action :
Il faut créer une “ Société de ceux qui aiment Jésus ”, pour répandre le christianisme et convertir les païens. Il faudrait recruter des missionnaires, les former dans des collèges spécialisés, les envoyer et correspondre avec eux. Cette “ Société ” dont les membres appartiendraient à toutes les classes sociales et à toutes les professions, serait répartie en plusieurs catégories de membres : les promoteurs, qui donneraient l’argent et prieraient ; les conservateurs, qui administreraient et dirigeraient la société ; enfin les missionnaires qui seraient envoyés.
Justinien alla jusqu’à frapper à la porte du surintendant de l’Eglise Luthérienne de Ratisbonne, Johann Heinrich Ursinus (1608-1667). Une réponse anonyme fut publiée en 1664, sous le titre de Réponse sincère, fidèle et sérieuse à Justinien… Tout en reconnaissant qu’il est du rôle de l’Eglise d’annoncer l’Evangile, Justinien y est dépeint comme un rêveur, un trompeur animé d’un esprit d’anabaptiste ou de quaker… Quand à la Société de ceux qui aiment Jésus, Dieu nous en préserve ! s’il existe encore des païens susceptibles de se convertir, il ne faut pas qu’ils soient des sauvages qui n’ont plus que la forme humaine, comme les cannibales, qu’ils ne soient pas cruels ou tyranniques comme les Tartares interdisant l’accès de leur pays aux étrangers, ou comme les Japonais ou les Indiens d’Amériques, qu’il ne faut pas jeter à ces pourceaux et à ces chiens les choses sacrées de Dieu .
Et le traité conclut sur cet argument décisif, tel la cerise sur le gâteau : Ce qui devrait te faire réfléchir, c’est qu’aucun théologien n’est avec toi…
Frédéric Breckling (1629-1711), pasteur luthérien néerlandais un peu en marge, et qui n’hésitait pas à traiter son collègue allemand Ursinus de “ grand-prêtre des pharisiens ”, accueillit Justinien, l’ordonna “ apôtre des païens ” puis, faute d’autres candidats, l’envoya seul au Surinam. On sait que Justinien s’embarqua en 1666, mais on ne sait plus rien de lui ensuite.
Et le traité conclut sur cet argument décisif, tel la cerise sur le gâteau : Ce qui devrait te faire réfléchir, c’est qu’aucun théologien n’est avec toi…
Frédéric Breckling (1629-1711), pasteur luthérien néerlandais un peu en marge, et qui n’hésitait pas à traiter son collègue allemand Ursinus de “ grand-prêtre des pharisiens ”, accueillit Justinien, l’ordonna “ apôtre des païens ” puis, faute d’autres candidats, l’envoya seul au Surinam. On sait que Justinien s’embarqua en 1666, mais on ne sait plus rien de lui ensuite.
1.3.3. Les frères Moraves ;Compte Nicolas de Zinzendorf (1700-1760).
Le mouvement des frères Moraves est rattaché au nom du Comte Nicolas de Zinzendorf (1700-1760). Destiné par sa famille à exercer une carrière de diplomate, c’est au cours d’un voyage à Düsseldorf que le jeune Comte en formation est comme “ transpercé ” par cette inscription figurant sur une peinture de Fetti, représentant Jésus devant Pilate ; “ J’ai souffert cela pour toi, qu’as-tu fait pour moi ? ” Or, à cette époque, la persécution sévissait en Moravie contre les chrétiens Hussistes et les exilés Vaudois. En 1722 le Comte recueillit ainsi chez lui des Moraves rencontrés, semble-t-il, au cours de son voyage de noces ! Puis il fonda un village à leur intention : Herrnhüt que l’on peut se traduire par : “ A la garde de Dieu ”. Entre 1732 et 1832, les Moraves ont envoyé 1 199 missionnaires et 44 757 personnes ont été baptisées suite à leur témoignage. Le manque de stratégie et d’organisation du travail missionnaire au sein de la communauté Morave est cependant à déplorer: l’absence de formation dispensée aux envoyés courageux, souvent appelés à partir par tirage au sort, a ainsi freiné l’expansion de l’œuvre et a causé aux missionnaires bien des souffrances qui auraient pu leur être épargnées. Pourtant les membres de cette communauté, par leur grande mobilisation, en ont influencé bien d’autres qui, à leur tour, venant d’horizons divers et bravant les idées de leur temps, se sont levés pour partir évangéliser les peuples païens. William Carey en est un exemple.
CHAPITRE II William Carey savetier & missionnaire
2.1. Première étape : de l’enfant au pasteur, 1761 - 1789
2.1.1. William Carey ; terreau familial et contexte élargi
William Carey est né le 17 août 1761 à Paulerspury, dans le Northamptonshire (Grande Bretagne).
Son père Edmund Carey, et sa mère Elisabeth, sont des tisserands comme beaucoup d’habitants de la région.
Homme cultivé, son père assure aussi la fonction d’instituteur. Il est en outre sacristain et secrétaire de paroisse dans l’Eglise Anglicane.
Elevé surtout par sa grand-mère jusqu’à l’âge de 6 ans, c’est avec elle que William apprend à lire à l’aide de la Bible.
Les histoires bibliques lui deviennent vite familières, de même qu’ensuite le catéchisme. Après la mort de son aïeule, William va à l’école. Il lit tout ce qu’il trouve à lire et se passionne aussi pour les plantes, qu’il collectionne ainsi que les insectes.
Sa sœur Polly écrit de William qu’il est un enfant à la mémoire prodigieuse, passionné par l’étude. Il lit tous les livres du village, tous ceux que l’on peut emprunter, et les histoires des grands marins le passionnent particulièrement: celle du Capitaine Cook et, plus encore, celle de Christophe Colomb qui le fascine à tel point qu’à force d’en parler, ses camarades le surnomment “ Christophe Colomb ” !
Christophe Colomb Mort de Cook
A 14 ans, il atteint l’âge où l’on commence à travailler. Comme il aime les plantes et les champs, son père pense faire de lui un fermier. Mais après plusieurs mois d’apprentissage, sa santé fragile oblige William à un changement d’orientation: il deviendra cordonnier.
Il entre alors en apprentissage chez M. Nichols, homme peu religieux mais perfectionniste, à la morale rigide. On discute ferme et de tout dans cet atelier obscur. C’est là “ l’Université ” où se forme William. Habile, il sort souvent vainqueur des “ joutes oratoires ” qui l’opposent en particulier à l’un de ses camarades appartenant à une Eglise dissidente. Mais, à son insu, les arguments du “ perdant ” font leur chemin dans le cœur de William.
A 18 ans, il se rend un jour dans l’une de ces communautés. Là, il est touché par le texte du message d’Hb 13.13: “ Sortons hors du camp pour aller à Christ portant son opprobre… ” Qui sont donc les chrétiens qui portent l’opprobre du Christ en Angleterre, se demande-t-il, sinon ceux qui, par fidélité au Christ, sont humiliés parce qu’ils participent à des cultes hors de l’Eglise d’Etat ? Il fréquente dès lors l’Eglise dissidente et prend la défense de son camarade. Les discussions n’ont pas été vaines ! William s’instruit aussi des prédications de Wesley, mais sans pourtant devenir Méthodiste.
2.1.2. William Carey jeune savetier –père de famille - instituteur
Carey a 18 ans lorsque, en 1779, son patron meurt. Son apprentissage n’est pas terminé mais il trouve néanmoins une place comme ouvrier chez M. Thomas Old.
En juin 1781, à 20 ans , il épouse Dorothy Blackett: belle-sœur de son patron, cette jeune femme de 25 ans est pieuse, mais illettrée et sans grande culture.
De cette union naîtront 5 enfants:
- l’aînée, Ann Eliza (1782/1784), meurt en bas âge des suites d’une fièvre maligne;
- Félix (1785/1822), aîné des garçons, deviendra diplomate en Birmanie après avec commencé sa carrière comme missionnaire à Serampore;
-William (1787/1853) et Jabez (1793/1879) seront prédicateurs et missionnaires;
- A l’âge de 5 ans, le 3è fils, Pierre (1789/1794), succombe en quelques heures à une dysenterie foudroyante. La famille est alors installée à Mundnabatti, à 450 km de Calcutta, où William Carey dirige l’usine d’indigo.
Seize petits-enfants viendront ensuite.
Le fils de William Carey, Felix (1786-1822) était un orateur et un traducteur bengali accomplis qui est allé en Birmanie. Cette image illustre la perte de son épouse
Et de ses enfants dans un naufrage.
Le jeune couple s’installe d’abord à Hackleton. Williams entre à cette époque dans une Eglise congrégationaliste qui, plus tard, deviendra baptiste. En 1783, Carey succède à son patron qui vient de décéder. Débute alors une vie assez routinière.
A quelques kilomètres de chez eux, à Olney, se réunissent chaque année des pasteurs baptistes avec lesquels Carey a beaucoup de plaisir à discuter.
2.1.3. William Carey savetier – instituteur – prédicateur – étudiant autodidacte
Un jour, des chrétiens d’Earle Barton (à 10 km de chez lui) l’invitent à prêcher. L’essai est concluant et William Carey devient alors prédicateur laïc de cette communauté où il se rend tous les 15 jours pendant 2 ans et demi. Connaissant déjà le latin et le grec, sa nouvelle fonction le conduit à étudier l’hébreu avec un pasteur de la région. Plus tard, il apprendra encore le hollandais et le français, avant d’apprendre à maîtriser les langues des Indes…
Suite à une étude approfondie du Nouveau Testament, il en vient à la conclusion que le baptême de croyant est le seul baptême enseigné par la Bible.
Le 5 octobre 1785, le Dr John Ryland baptise William au gué d’une rivière, sans que pour autant il devienne membre d’une Eglise baptiste.
Il a 24 ans, lorsque cette même année 1785, il s’installe dans le village de Moulton alors sans maître d’école. Il devient ainsi instituteur le jour, savetier le soir, étudiant à la lueur de la bougie la nuit lorsque sa famille est au lit. Ce que William aime le plus enseigner, c’est la géographie. Il s’est fabriqué une mappemonde en cuir et collectionne tout ce que l’on sait à l’époque des différents pays, de leur population, de leurs coutumes, …
Farelly dit de William qu’il n’enseignait pas la géographie mais qu’il la prêchait !
Un de ses amis théologien, Andew Fuller, publie une brochure où il prend le contre-pied du calvinisme de l’époque qui réservait le salut à un nombre restreint d’élus. La grâce est pour tous ! l’appel de Jésus est de prêcher l’Evangile à tout le monde ! Carey en déduit logiquement qu’il faut dès lors que ceux qui connaissent l’Evangile le leur apporte !
2.1.4. William Carey ; savetier – instituteur - pasteur baptiste – missionnaire “ en germe ” et toujours étudiant autodidacte
Chapelle de Moulton
A Moulton, il y a une petite Eglise baptiste. Carey en devient membre, puis bientôt prédicateur.
Deux ans plus tard, en 1787, le prédicateur est consacré pasteur baptiste, mais il continue aussi d’exercer son métier de cordonnier et la fonction d’instituteur. Carey est alors âgé de 26 ans.
Lors d’une pastorale où il était de coutume de débattre de questions d’actualité sur proposition de l’un des pasteurs, le jeune William propose de débattre de cette question : “ le commandement du Seigneur aux apôtres d’évangéliser toutes les nations est-il valable pour toutes les générations successives des ministres de l’Evangile jusqu’à la fin des temps ? ”
Deux ans plus tard, en 1787, le prédicateur est consacré pasteur baptiste, mais il continue aussi d’exercer son métier de cordonnier et la fonction d’instituteur. Carey est alors âgé de 26 ans.
Lors d’une pastorale où il était de coutume de débattre de questions d’actualité sur proposition de l’un des pasteurs, le jeune William propose de débattre de cette question : “ le commandement du Seigneur aux apôtres d’évangéliser toutes les nations est-il valable pour toutes les générations successives des ministres de l’Evangile jusqu’à la fin des temps ? ”
Le doyen de la pastorale, John Ryland (1753-1825 ), père de celui qui avait baptisé Carey et calviniste particulièrement strict, le rabroue en des termes rendus célèbres : “ jeune homme, asseyez-vous. Quand il plaira à Dieu de convertir les païens, il le fera sans votre aide et sans la mienne. Il faudrait d’abord qu’il se produise un nouveau don des langues, comme à la Pentecôte ”
Mais Carey n’en démord pas, même s’il s’assied poliment et se tait !
2.2. Deuxième étape : du pasteur au départ du missionnaire Carey, 1789 – 1793
2.2.1. Une démonstration scientifique : préliminaire à la naissance de la première société missionnaire :
En 1789 Carey s’installe avec sa famille à Leicester et là, rédige un ouvrage sur les différents pays et leur population à partir de toute la documentation qu’il a rassemblée. Il présente son Enquiry à ses amis en mai 1791, puis l’ouvrage est édité en 1792. La forme définitive, de 90 pages, prend pour titre complet:
“ Enquête sur les obligations des Chrétiens à s’employer à la conversion des païens et dans laquelle sont considérés l’état religieux des différentes nations du monde, le succès d’entreprises missionnaires dans le passé, et la possibilité de nouvelles tentatives de ce genre ”.
En cinq chapitres, Carey fait une “ démonstration scientifique ” de la pertinence de la mission d’évangéliser les païens de son temps
§1 Jésus appelle ses disciples à prier pour que le règne vienne (Mt 16.10) et leur dit d’aller par tout le monde pêcher l’évangile à toutes créatures (Mc 16.15).
§2 Carey dresse le tableau de l’expansion de l’Evangile après la Pentecôte.
§3 Puis il présente la situation du monde telle qu’elle est connue à l’époque.
§4 Carey dénonce ensuite les faux prétextes invoqués pour ne pas partir, rappelant que l’Angleterre a été évangélisée alors qu’elle n’était composée que d’indigènes barbares.
§5 La prière engendre l’action: conquérir le monde pour Jésus-Christ sera l’œuvre de l’Esprit, qui vient en aide à ceux qui l’appellent et se laissent conduire par lui. Pour les finances, il suffit que riches et pauvres donnent la dîme de leurs revenus.
2.2.2. La prédication, second préliminaire à la naissance de la première société missionnaire :
C’est en Mai 1792, lors d’une assemblée générale de pasteurs à Nottingham, que Carey prêche sur Es 54.2-3 et lance ce célèbre appel: Attendez de grandes choses de Dieu ; entreprenez de grandes choses pour Dieu.
L’Enquiry était une démonstration scientifique, cette prédication remue les cœurs en profondeur. Le Dr Ryland, qui avait fermé la bouche de Carey, s’écrie: “ si l’auditoire entier avait élevé la voix et pleuré comme le firent les Israélites à Bokim, je n’en n’aurais pas été étonné. L’effet eût été à la mesure de la cause, tellement il venait de décrire à la perfection notre paresse criminelle. ”
Chapelle de Nottingham ou le 21 mai 1792 Carey prononce son mémorable sermon sur Es 54
Mais le lendemain, une fois passée l‘émotion, les tergiversations, les craintes et les inquiétudes habituelles reprennent le dessus tant l’entreprise semble considérable ! Le bateau, qui semblait prendre enfin le large, se trouve immobilisé, voiles pendantes.
Les uns et les autres sont sur le point de se séparer lorsque Carey, se tournant vers Fuller, lui demande : alors, va-t-on encore se séparer sans rien faire ? Le dialogue est alors renoué et on décide de mettre à l’ordre du jour de la conférence d’octobre la résolution de créer une société missionnaire.
Les uns et les autres sont sur le point de se séparer lorsque Carey, se tournant vers Fuller, lui demande : alors, va-t-on encore se séparer sans rien faire ? Le dialogue est alors renoué et on décide de mettre à l’ordre du jour de la conférence d’octobre la résolution de créer une société missionnaire.
Maison de la veuve Wallis ou est née la Mission Baptiste
Andrew Fuller (1775-1782) fonde avec W Carey
« Particular Baptist Society for the propagation of the Gospel »
« Particular Baptist Society for the propagation of the Gospel »
2 Octobre 1792, chez Marthe Wallis Le 2 Octobre 1792, 14 hommes sont réunis dans le salon de la veuve Marthe Wallis : douze pasteurs de villages à la tête de congrégations pauvres. Une société missionnaire baptiste est constituée, une première liste de souscription circule. Elle récolte 13 livres, 2 shillings et 6 pence. Le nom de chaque assistant s’y trouve, sauf celui de Carey, trop pauvre pour donner quelque argent… il donnera sa vie.
2.2.3. Choix des Indes comme « champ » de Mission
CAREY désirait aller à Tahiti ou en Afrique occidentale. Mais les circonstances vont orienter sa carrière vers un autre continent. Suite au courrier d’un médecin de la Royal Navy, John Thomas, sa destination de service se précise. Ce médecin, membre d’une Eglise baptiste, est de retour du Bengale où il a travaillé et laissé sa famille ainsi que… de lourdes dettes.
Il parle la langue du Bengale et a même commencé à traduire dans cette langue certains livres bibliques. Dans sa lettre, il offre ses services comme missionnaire et demande à la société missionnaire de lui adjoindre un collaborateur de travail.
Le 9 janvier 1793, le Dr John Thomas est accepté par le comité de la mission qui décide de l’envoyer au Bengale avec William Carey, de quatre ans son cadet.
Carey rentre chez lui enthousiaste et annonce à sa femme la merveilleuse nouvelle. Celle-ci répond tout net qu’il est hors de question pour elle de partir avec 3 petits enfants. L’inconnu l’épouvante encore plus. Nul n’arrive à persuader Dorothy d’agir autrement et William doit s’en accommoder. Mais il décide d’emmener avec lui Félix, l’aîné de 8 ans, pour préparer le terrain avant de faire venir sa femme et ses autres fils.
Il entreprend alors de faire des tournées dans les Eglises pour trouver son soutien et assurer le quotidien de Dorothy et des deux enfants (6 ans & 4 ans) qui restent avec elle à Piddington, son village natal.
2.2.4. Départ en deux étapes
à suivre...
Depuis son départ d’Angleterre, Carey n’est jamais retourné cultiver des liens sur place.
J. WESLEY BREADY,
L’union des « Ragged School » est créée
Arrivée à Londres et engagement auprès des enfants
Une incompréhension quant au lien de cette nouvelle mission avec l’école de l’ « Ernest Street » et l’affectation des dons destinés à l’une et à l’autre des œuvres conduit Barnardo à démissionner de la direction de l’école pour ne se consacrer qu’à sa mission.
Jeunes garçons des orphelinats du Dr. Barnardo en Angleterre
Départ de filles au Canada