Biographies

Dimanche 25 mars 2007 7 25 03 2007 21:24
William Carey
(1761-1834)
“ Père des Missions modernes ”
Attendez de grandes choses de Dieu ;
entreprenez de grandes choses pour Dieu

(Es 54.2-3)




INTRODUCTION

C’est motivée par le souci de titrer instruction de ceux qui nous ont précédé dans la foi et le service, que nous avons voulu présenter et analyser l’œuvre à laquelle le nom « William Carey » est attachée. Nous faisons précéder la présentation chronologique de la vie de Carey, d’un bref panorama de certains faits saillants qui ont marqué l’action missionnaire « moderne » avant lui, pour terminer sur une réflexion visant à tirer instruction des succès et des échecs que Carey a connus en son temps.
Soulignons dès à présent qu’en parlant ici de « Mission », nous entendons l’action d’apporter l’évangile auprès de populations qui ignorent tout de ce message libérateur. Bien conscient(e)s du rôle capital joué par les apôtres en ce domaine, les limites de notre sujet ne nous permettront pas d’aborder cela. Nous renvoyons ceux qui souhaiteraient approfondir cette période à d’autres travaux plus accès sur la genèse de la mission chrétienne.



Le titre de “ Père des Missions modernes ” qui est communément attribué à William Carey, est à replacer dans son contexte, celui où se créent les “ Sociétés Missionnaires Protestantes ”. William Carey est à l’origine de la première d’entre elles ; la “ Baptist Missionary Society ” (2 octobre 1792) suit la Mission de Londres (1795), puis la “ Société Néerlandaise des Missions ” (1797), la “ Mission de Bâle ” date de 1815, la “ Société des Missions Evangélique de Paris ” naît quant à elle en 1822.


Ces sociétés avaient toutes pour but d’évangéliser les païens en envoyant des missionnaires en terres lointaines, les soutenant et les encourageant par l’engagement de personnes bénévoles issues de différentes Eglises d’un pays. Toutes les couches sociales priaient et contribuaient financièrement à l’œuvre en mettant chaque semaine “ un sou de côté pour la Mission au loin. ”.
Dans notre approche nous n’oublions pas qu’aujourd’hui, deux siècles plus tard, le contexte a évolué. Au gré des échanges et des conflits, l’histoire a tissé des relations entre des peuples qui jadis ne se connaissaient pas. Les échanges internationaux sont maintenant facilités par les progrès technologiques et les progrès linguistiques. L’Eglise s’est implantée et se développe dans des pays où, il y a encore 100 ans, beaucoup de personnes ignoraient qui était Jésus et vivaient en suivant la tradition religieuse de leur ethnie.
Cependant tout ce qui relève de l’appel à transmettre l’évangile, qui touche aux relations humaines et qui décrit les diverses motivations moteur des initiatives engagées… restent des faits constants. L’histoire peut en ces domaines alimenter positivement notre réflexion mais aussi –peut-être parfois- nous aider à repérer voir à ne pas tomber dans les mêmes erreurs de nos pairs (1 Co 10).


CHAPITRE  I   Les Missions à l’Etranger avant Carey

1.1. Les Catholiques  au XVe & XVIe  : les premiers missionnaires “ modernes ”

1.1.1. Les grands navigateurs



Ce sont les grands navigateurs envoyés par les Rois catholiques qui, les premiers, apportèrent le christianisme aux peuples qu’ils découvraient. La motivation économique n’était pas absente de l’entreprise…

Christophe Colomb qui arrive aux Bahamas en 1492 écrit :
Réjouissons-nous dans le Christ du salut de tant d’âmes jusqu’ici perdues. Réjouissons-nous tous de l’exaltation de notre foi et de l’augmentation de nos biens… ces pays pourraient devenir un lieu de commerce pour toute la chrétienté et principalement pour l’Espagne, qui doit régner sans partage. Seuls des chrétiens bons catholiques doivent s’établir ici, car le but initial de l’entreprise a toujours été l’accroissement de la gloire de la religion chrétienne.




1.1.2. Les ordres religieux
Les ordres religieux seront ensuite le fer de lance du travail missionnaire catholique ; le Jésuite François-Xavier (1506-1552) travailla aux Indes, en Indonésie et au Japon. Les écoles étaient le champ d’action privilégié des Jésuites, des Franciscains , des Dominicains.




1.1.3. Les exceptions qui confirment la règle
Raymond Lulle  (1233-1316) est quant à lui une exception: à une époque où l’Eglise organise les Croisades violentes, il part en solitaire évangéliser les Musulmans par le dialogue, après une étude approfondie de la langue et des philosophes arabes.






1.2. Les Réformateurs : une théologie sans visée de mission auprès des “ païens ”

Il faut noter que les Réformateurs n’ont pas développé un grand élan missionnaire en terres lointaines. Plusieurs raisons expliquent  ce fait :

1.2.1. Les motifs “ géopolitiques ”
- Ces “ continentaux ” (Luther, Calvin, Bucer…) avaient d’autres priorités. Luther ne se considérait-il pas lui-même comme “ l’évangéliste des Allemands ” ?!… L’obscurantisme païen, l’illettrisme, l’agriculture archaïque, le manque d’hygiène… existaient alors aussi en Europe. Les 59 ans de ministère du pasteur Jean Frédéric Oberlin  (1740-1826), au Ban-de-la-Roche en Alsace, en sont une illustration parmi d’autres!
- Dans la tradition catholique, ce n’était pas tant l’Eglise locale que les ordres religieux qui “ partaient en Mission ”. Or, ces ordres n’existaient pas chez les Protestants.
- A cela s’ajoute des réalités géopolitiques : les grands explorateurs étaient à la solde des Rois Espagnols et Portugais : des Catholiques ! Ces derniers, qui avaient usé parfois de violences pour christianiser les peuples colonisés, laissaient une image très négative de “ la Mission ”.

1.2.2. Les motifs d’ordre “ théologique ” :
- La Réforme rejette le dogme catholique de la succession apostolique. Lorsque Jésus dit : “ d’aller et de faire de toutes les nations des disciples ”, il donne un ordre aux 12 apôtres, témoins du ministère de Jésus depuis son baptême jusqu’à son ascension. L’ordre ne s’adresse qu’à eux. Les ministres du culte qui leur ont succédé tout au long des siècles ont une fonction bien distincte dans l’histoire de l’Eglise. Ce n’est pas à eux que Jésus confie cette mission.
- Le monde a été évangélisé par les apôtres au premier siècle. Certains peuples avaient reçu l’Evangile à cette époque, mais d’autres l’avaient rejeté, s’excluant de façon irréversible de l’Alliance Nouvelle.
- Les Réformateurs pensaient vivre la fin des temps. L’Anti-Christ, c’était le pape, la bête de l’Apocalypse, les Turcs. L’Eglise véritable n’était alors plus qu’un petit troupeau méprisé, sans même la ressource de rêver voyager comme Christophe Colomb !
- A cela s’ajoute la théorie des “ deux règnes ” de Luther, ou encore la place que Calvin accorde aux autorités civiles dans sa théologie ; ils sont les tuteurs et gardiens de la foi. Ce n’était donc pas tant à l’Eglise qu’aux politiques de “ conquérir le monde ”.

1.3. Les Précurseurs Protestants des “ Missions modernes ”

1.3.1. John Eliot (1604-1690) apôtre des indiens algonquins, pionnier des Missions Evangéliques
 
John Eliot est né le 31 juillet 1604 à Nasing, d’une famille pieuse du comté d’Essex, troisième enfant d’une famille de sept. Après avoir étudié la théologie à Cambridge de 1618 à 1622, il est trop marqué par les convictions congrégationalistes-presbytériennes pour entrer dans l’Eglise Anglicane. Il accepte alors un poste d’enseignant dans une petite école à Baddow. Là, il est largement influencé par Thomas Hooker, ministre du culte puritain. Ce dernier, pour éviter les geôles du Roi, fuit en Hollande en 1630, d’où il se rendra au Massachusetts l’année suivante avec les Pères pèlerins du Mayflower.



A un carrefour important de sa vie, John Eliot décide à son tour d’embarquer pour la Nouvelle-Angleterre. C’est à la fin de l’été 1631 qu’il arrive à Boston. Il accepte un poste de pasteur remplaçant dans la ville puis s’installe à Roxbury, petit village près de Boston ou l’Eglise cherchait un pasteur. Là, il se marie avec Hanna Mumford en octobre 1632 et y passera toute sa vie.
En 1644, alors que l’on s’interroge pour savoir si les Indiens ont une âme, s’ils ne sont pas plutôt des animaux que des hommes, Eliot, lui, se laisse profondément toucher par les indiens algonquins. Il est alors dans sa quarantième année. Il décide d’apprendre leur langue et, deux ans plus tard, le 28 octobre 1646, maîtrisant remarquablement leur dialecte, il fait sa première tournée dans des villages indiens.

En 1675, on dénombrait 4 000 indiens chrétiens, vingt-quatre Indiens missionnaires, quatorze “ villes de prière ” avec toute une structure éducative, sociale et administrative, revisitée par une approche socio-politique puritaine. Eliot, comme les Jésuites mettait un accent particulier sur l’instruction de tous et des élites. Il envoya plusieurs Indiens se former à Harward. Mais la guerre ruina cette belle œuvre. Trop humiliés par des Colons, les Indiens prirent les armes contre eux. La situation des Indiens chrétiens devint dès lors critique: ceux qui ne furent pas exécutés se dispersèrent, leurs villages furent détruits ou saccagés.
Suite à un rapport connu sous le nom de Traité d’Eliot, un intérêt tout particulier pour ce travail naquit en Angleterre. Il en résulta la naissance de la “ Société pour la Propagation de l’Evangile en Nouvelle-Angleterre ” dont la vocation était de favoriser l’instruction en Angleterre comme au loin, et de produire de la littérature C’était en 1649.

1.3.2. Justinien von Weltz (1621-1668)
Le principe de ces Missions modernes est présenté par un noble Allemand d’origine Autrichienne: Justinien von WELTZ (1621-1668). Ce Luthérien, piétiste  avant l’heure, écrivit en 1664 un traité sur la Mission assez révolutionnaire pour son temps, traité au titre très complet comme il était de coutume à l’époque : Appel chrétien et loyal à tous les Chrétiens fidèles à la Confession d’Augsbourg en vue de la fondation d’une Société spéciale par laquelle, avec l’aide de Dieu, la religion évangélique pourrait être étendue à tous les cœurs aimant Jésus-Christ.
Dans cet ouvrage, il montre que la vocation de l’Eglise selon Dieu est de prêcher l’évangile sur toute la terre, à tous les hommes.
Jacques Blandenier  rapporte les 3 questions que von WELTZ adressait aux nobles, aux chefs, aux pasteurs, aux étudiants et à tous les cœurs aimant Jésus-Christ:

1° Est-il juste que nous, chrétiens évangéliques, gardions pour nous seuls l’Evangile sans jamais chercher à le faire connaître à d’autres peuples ?
2° Est-il juste d’avoir dans nos villes et villages tant de théologiens savants sans jamais leur donner l’occasion d’aller travailler ailleurs dans la vigne du Seigneur ?
3° Est-il juste que nous, évangéliques, dépensions tant d’argent pour nous vêtir luxueusement, nous nourrir copieusement et faire bien d’autres choses, alors que jusqu’à présent nous n’avons jamais eu les moyens de diffuser l’Evangile ?


Dans un autre traité, il présente son plan d’action :

Il faut créer une “ Société de ceux qui aiment Jésus ”, pour répandre le christianisme et convertir les païens. Il faudrait recruter des missionnaires, les former dans des collèges spécialisés, les envoyer et correspondre avec eux. Cette “ Société ” dont les membres appartiendraient à toutes les classes sociales et à toutes les professions, serait répartie en plusieurs catégories de membres : les promoteurs, qui donneraient l’argent et prieraient ; les conservateurs, qui administreraient et dirigeraient la société ; enfin les missionnaires qui seraient envoyés.

Justinien alla jusqu’à frapper à la porte du surintendant de l’Eglise Luthérienne de Ratisbonne, Johann Heinrich Ursinus (1608-1667). Une réponse anonyme fut publiée en 1664, sous le titre de Réponse sincère, fidèle et sérieuse à Justinien… Tout en reconnaissant qu’il est du rôle de l’Eglise d’annoncer l’Evangile, Justinien y est dépeint comme un rêveur, un trompeur animé d’un esprit d’anabaptiste ou de quaker… Quand à la Société de ceux qui aiment Jésus, Dieu nous en préserve ! s’il existe encore des païens susceptibles de se convertir, il ne faut pas qu’ils soient des sauvages qui n’ont plus que la forme humaine, comme les cannibales, qu’ils ne soient pas cruels ou tyranniques comme les Tartares interdisant l’accès de leur pays aux étrangers, ou comme les Japonais ou les Indiens d’Amériques, qu’il ne faut pas jeter à ces pourceaux et à ces chiens les choses sacrées de Dieu .
Et le traité conclut sur cet argument décisif, tel la cerise sur le gâteau : Ce qui devrait te faire réfléchir, c’est qu’aucun théologien n’est avec toi…
Frédéric Breckling (1629-1711), pasteur luthérien néerlandais un peu en marge, et qui n’hésitait pas à traiter son collègue allemand Ursinus de “ grand-prêtre des pharisiens ”, accueillit Justinien, l’ordonna “ apôtre des païens ” puis, faute d’autres candidats, l’envoya seul au Surinam. On sait que Justinien s’embarqua en 1666, mais on ne sait plus rien de lui ensuite.

1.3.3. Les frères Moraves ;Compte Nicolas de Zinzendorf (1700-1760).
Le mouvement des frères Moraves est rattaché au nom du Comte Nicolas de Zinzendorf (1700-1760). Destiné par sa famille à exercer une carrière de diplomate, c’est au cours d’un voyage à Düsseldorf que le jeune Comte en formation est comme “ transpercé ” par cette inscription figurant sur une peinture de Fetti, représentant Jésus devant Pilate ; “ J’ai souffert cela pour toi, qu’as-tu fait pour moi ? ” Or, à cette époque, la persécution sévissait en Moravie contre les chrétiens Hussistes et les exilés Vaudois. En 1722 le Comte recueillit ainsi chez lui des Moraves rencontrés, semble-t-il, au cours de son voyage de noces ! Puis il fonda un village à leur intention : Herrnhüt que l’on peut se traduire par : “ A la garde de Dieu ”.

Entre 1732 et 1832, les Moraves ont envoyé 1 199 missionnaires et 44 757 personnes  ont été baptisées suite à leur témoignage. Le manque de stratégie et d’organisation du travail missionnaire au sein de la communauté Morave est cependant à déplorer: l’absence de formation dispensée aux envoyés courageux, souvent appelés à partir par tirage au sort, a ainsi freiné l’expansion de l’œuvre et a causé aux missionnaires bien des souffrances qui auraient pu leur être épargnées. Pourtant les membres de cette communauté, par leur grande mobilisation, en ont influencé bien d’autres qui, à leur tour, venant d’horizons divers et bravant les idées de leur temps, se sont levés pour partir évangéliser les peuples païens. William Carey en est un exemple.


CHAPITRE II William Carey savetier & missionnaire

    2.1. Première étape : de l’enfant au pasteur, 1761 - 1789

    2.1.1. William Carey ; terreau familial et contexte élargi

    

William Carey est né le 17 août 1761 à Paulerspury, dans le Northamptonshire (Grande Bretagne).

Son père Edmund Carey, et sa mère Elisabeth, sont des tisserands comme beaucoup d’habitants de la région.

Homme cultivé, son père assure aussi la fonction d’instituteur. Il est en outre sacristain et secrétaire de paroisse dans l’Eglise Anglicane.

Elevé surtout par sa grand-mère jusqu’à l’âge de 6 ans, c’est avec elle que William apprend à lire à l’aide de la Bible.
Les histoires bibliques lui deviennent vite familières, de même qu’ensuite le catéchisme. Après la mort de son aïeule, William va à l’école. Il lit tout ce qu’il trouve à lire et se passionne aussi pour les plantes, qu’il collectionne ainsi que les insectes.     
Sa sœur Polly écrit de William qu’il est un enfant à la mémoire prodigieuse, passionné par l’étude. Il lit tous les livres du village, tous ceux que l’on peut emprunter, et les histoires des grands marins le passionnent particulièrement: celle du Capitaine Cook et, plus encore, celle de Christophe Colomb qui le fascine à tel point qu’à force d’en parler, ses camarades le surnomment “ Christophe Colomb ” !

















     Christophe Colomb                                        Mort de Cook

A 14 ans, il atteint l’âge où l’on commence à travailler. Comme il aime les plantes et les champs, son père pense faire de lui un fermier. Mais après plusieurs mois d’apprentissage, sa santé fragile oblige William à un changement d’orientation: il deviendra cordonnier.
Il entre alors en apprentissage chez M. Nichols, homme peu religieux mais perfectionniste, à la morale rigide. On discute ferme et de tout dans cet atelier obscur. C’est là “ l’Université ” où se forme William. Habile, il sort souvent vainqueur des “ joutes oratoires ” qui l’opposent en particulier à l’un de ses camarades appartenant à une Eglise dissidente. Mais, à son insu, les arguments du “ perdant ” font leur chemin dans le cœur de William.

A 18 ans, il se rend un jour dans l’une de ces communautés. Là, il est touché par le texte du message d’Hb 13.13: “ Sortons hors du camp pour aller à Christ portant son opprobre… ” Qui sont donc les chrétiens qui portent l’opprobre du Christ en Angleterre, se demande-t-il, sinon ceux qui, par fidélité au Christ, sont humiliés parce qu’ils participent à des cultes hors de l’Eglise d’Etat ? Il fréquente dès lors l’Eglise dissidente et prend la défense de son camarade. Les discussions n’ont pas été vaines ! William s’instruit aussi des prédications de Wesley, mais sans pourtant devenir Méthodiste.

    2.1.2. William Carey jeune savetier –père de famille - instituteur 
Carey a 18 ans lorsque, en 1779, son patron meurt. Son apprentissage n’est pas terminé mais il trouve néanmoins une place comme ouvrier chez M. Thomas Old.

En juin 1781, à 20 ans , il épouse  Dorothy Blackett: belle-sœur de son patron, cette jeune femme de 25 ans est pieuse, mais illettrée et sans grande culture.
De cette union naîtront 5 enfants:
- l’aînée, Ann Eliza (1782/1784), meurt en bas âge des suites d’une fièvre maligne;
- Félix (1785/1822), aîné des garçons, deviendra diplomate en Birmanie après avec commencé sa carrière comme missionnaire à Serampore;
-William (1787/1853) et Jabez (1793/1879) seront prédicateurs et missionnaires;
- A l’âge de 5 ans, le 3è fils, Pierre (1789/1794), succombe en quelques heures à une dysenterie foudroyante. La famille est alors installée à Mundnabatti, à 450 km de Calcutta, où William Carey dirige l’usine d’indigo.
Seize petits-enfants viendront ensuite.     




Le fils de William Carey, Felix (1786-1822) était un orateur et un traducteur bengali accomplis qui est allé en Birmanie. Cette image illustre la perte de son épouse
Et de ses enfants dans un naufrage.
     Le jeune couple s’installe d’abord à Hackleton. Williams entre à cette époque dans une Eglise congrégationaliste qui, plus tard, deviendra baptiste. En 1783, Carey succède à son patron qui vient de décéder. Débute alors une vie assez routinière.
A quelques kilomètres de chez eux, à Olney, se réunissent chaque année des pasteurs baptistes avec lesquels Carey a beaucoup de plaisir à discuter.







    2.1.3. William Carey savetier – instituteur – prédicateur – étudiant autodidacte
Un jour, des chrétiens d’Earle Barton (à 10 km de chez lui) l’invitent à prêcher. L’essai est concluant et William Carey devient alors prédicateur laïc de cette communauté où il se rend tous les 15 jours pendant 2 ans et demi. Connaissant déjà le latin et le grec, sa nouvelle fonction le conduit à étudier l’hébreu avec un pasteur de la région. Plus tard, il apprendra encore le hollandais et le français, avant d’apprendre à maîtriser les langues des Indes…
Suite à une étude approfondie du Nouveau Testament, il en vient à la conclusion que le baptême de croyant est le seul baptême enseigné par la Bible.
Le 5 octobre 1785, le Dr John Ryland baptise William au gué d’une rivière, sans que pour autant il devienne membre d’une Eglise baptiste.


Il a 24 ans, lorsque cette même année 1785, il s’installe dans le village de Moulton alors sans maître d’école. Il devient ainsi instituteur le jour, savetier le soir, étudiant à la lueur de la bougie la nuit lorsque sa famille est au lit. Ce que William aime le plus enseigner, c’est la géographie. Il s’est fabriqué une mappemonde en cuir et collectionne tout ce que l’on sait à l’époque des différents pays, de leur population, de leurs coutumes, …

Farelly dit de William qu’il n’enseignait pas la géographie mais qu’il la prêchait  !

Un de ses amis théologien, Andew Fuller, publie une brochure où il prend le contre-pied du calvinisme de l’époque qui réservait le salut à un nombre restreint d’élus. La grâce est pour tous ! l’appel de Jésus est de prêcher l’Evangile à tout le monde ! Carey en déduit logiquement qu’il faut dès lors que ceux qui connaissent l’Evangile le leur apporte !   
 







    2.1.4. William Carey ; savetier – instituteur - pasteur baptiste – missionnaire “ en germe ” et toujours étudiant autodidacte
 
Chapelle de Moulton    

A Moulton, il y a une petite Eglise baptiste. Carey en devient membre, puis bientôt prédicateur.
Deux ans plus tard, en 1787, le prédicateur est consacré pasteur baptiste, mais il continue aussi d’exercer son métier de cordonnier et la fonction d’instituteur. Carey est alors âgé de 26 ans.

Lors d’une pastorale où il était de coutume de débattre de questions d’actualité sur proposition de l’un des pasteurs, le jeune William propose de débattre de cette question : “  le commandement du Seigneur aux apôtres d’évangéliser toutes les nations est-il valable pour toutes les générations successives des ministres de l’Evangile jusqu’à la fin des temps ? ”
 


Le doyen de la pastorale, John Ryland (1753-1825   ), père de celui qui avait baptisé Carey et calviniste particulièrement strict, le rabroue en des termes rendus célèbres :  “ jeune homme, asseyez-vous. Quand il plaira à Dieu de convertir les païens, il le fera sans votre aide et sans la mienne. Il faudrait d’abord qu’il se produise un nouveau don des langues, comme à la Pentecôte ”

Mais Carey n’en démord pas, même s’il s’assied poliment et se tait !




    2.2. Deuxième étape : du pasteur au départ du missionnaire Carey, 1789 – 1793

  
    2.2.1. Une démonstration scientifique : préliminaire à la naissance de la première société missionnaire :
En 1789 Carey s’installe avec sa famille à Leicester et là, rédige un ouvrage sur les différents pays et leur population à partir de toute la documentation qu’il a rassemblée. Il présente son Enquiry  à ses amis en mai 1791, puis l’ouvrage est édité en 1792.
La forme définitive, de 90 pages, prend pour titre complet:
“ Enquête sur les obligations des Chrétiens à s’employer à la conversion des païens et dans laquelle sont considérés l’état religieux des différentes nations du monde, le succès d’entreprises missionnaires dans le passé, et la possibilité de nouvelles tentatives de ce genre ”.
     
En cinq chapitres, Carey fait une “ démonstration scientifique ” de la pertinence de la mission d’évangéliser les païens de son temps
§1 Jésus appelle ses disciples à prier pour que le règne vienne (Mt 16.10) et leur dit d’aller par tout le monde pêcher l’évangile à toutes créatures (Mc 16.15).
§2 Carey dresse le tableau de l’expansion de l’Evangile après la Pentecôte.
§3 Puis il présente la situation du monde telle qu’elle est connue à l’époque.
§4 Carey dénonce ensuite les faux prétextes invoqués pour ne pas partir, rappelant que l’Angleterre a été évangélisée alors qu’elle n’était composée que d’indigènes barbares.
§5 La prière engendre l’action: conquérir le monde pour Jésus-Christ sera l’œuvre de l’Esprit, qui vient en aide à ceux qui l’appellent et se laissent conduire par lui. Pour les finances, il suffit que riches et pauvres donnent la dîme de leurs revenus.


 
  2.2.2. La prédication, second préliminaire à la naissance de la première société missionnaire :
C’est en Mai 1792, lors d’une assemblée générale de pasteurs à Nottingham, que Carey prêche sur Es 54.2-3 et lance ce célèbre appel: Attendez de grandes choses de Dieu ; entreprenez de grandes choses pour Dieu.
L’Enquiry était une démonstration scientifique, cette prédication remue les cœurs en profondeur. Le Dr Ryland, qui avait fermé la bouche de Carey, s’écrie: “ si l’auditoire entier avait élevé la voix et pleuré comme le firent les Israélites à Bokim, je n’en n’aurais pas été étonné. L’effet eût été à la mesure de la cause, tellement il venait de décrire à la perfection notre paresse criminelle. ”   












 



Chapelle de Nottingham ou le 21 mai 1792 Carey prononce son mémorable sermon sur Es 54


Mais le lendemain, une fois passée l‘émotion, les tergiversations, les craintes et les inquiétudes habituelles reprennent le dessus tant l’entreprise semble considérable ! Le bateau, qui semblait prendre enfin le large, se trouve immobilisé, voiles pendantes.

Les uns et les autres sont sur le point de se séparer lorsque Carey, se tournant vers Fuller, lui demande : alors, va-t-on encore se séparer sans rien faire ? Le dialogue est alors renoué et on décide de mettre à l’ordre du jour de la conférence d’octobre la résolution de créer une société missionnaire.
 
Maison de la veuve Wallis ou est née la Mission Baptiste   
 

Andrew Fuller (1775-1782) fonde avec W Carey
« Particular Baptist Society for the propagation of the Gospel »
 
2 Octobre 1792, chez Marthe Wallis    Le 2 Octobre 1792, 14 hommes sont réunis dans le salon de la veuve Marthe Wallis : douze pasteurs de villages à la tête de congrégations pauvres. Une société missionnaire baptiste est constituée, une première liste de souscription circule. Elle récolte 13 livres, 2 shillings et 6 pence.

Le nom de chaque assistant s’y trouve, sauf celui de Carey, trop pauvre pour donner quelque argent… il donnera sa vie.


    2.2.3. Choix des Indes comme « champ » de Mission
    
CAREY désirait aller à Tahiti ou en Afrique occidentale. Mais les circonstances vont orienter sa carrière vers un autre continent. Suite au courrier d’un médecin de la Royal Navy, John Thomas, sa destination de service se précise. Ce médecin, membre d’une Eglise baptiste, est de retour du Bengale où il a travaillé et laissé sa famille ainsi que… de lourdes dettes.
Il parle la langue du Bengale et a même commencé à traduire dans cette langue certains livres bibliques. Dans sa lettre, il offre ses services comme missionnaire et demande à la société missionnaire de lui adjoindre un collaborateur de travail.
Le 9 janvier 1793,  le Dr John  Thomas est accepté par le comité de la mission qui décide de l’envoyer au Bengale avec William Carey, de quatre ans son cadet.
Carey rentre chez lui enthousiaste et annonce à sa femme la merveilleuse nouvelle. Celle-ci répond tout net qu’il est hors de question pour elle de partir avec 3 petits enfants. L’inconnu l’épouvante encore plus. Nul n’arrive à persuader Dorothy d’agir autrement et William doit s’en accommoder. Mais il décide d’emmener avec lui Félix, l’aîné de 8 ans, pour préparer le terrain avant de faire venir sa femme et ses autres fils.
Il entreprend alors de faire des tournées dans les Eglises pour trouver son soutien et assurer le quotidien de Dorothy et des deux enfants (6 ans & 4 ans) qui restent avec elle à Piddington, son village natal.   
 

    2.2.4. Départ en deux étapes

à suivre...















Par A R
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Lundi 16 avril 2007 1 16 04 2007 10:31

William Carey
(1761-1834)
“ Père des Missions modernes ”
et l'équipe à l'origine de la première mission baptiste

Attendez de grandes choses de Dieu ;
entreprenez de grandes choses pour Dieu

(Es 54.2-3)


 
    2.2.4. Départ en deux étapes
C’est le 4 avril 1793 que William Carey, son fils Félix et le docteur Thomas, embarquent pour les Indes. Le Earl of Oxford doit attendre 6 semaines au large pour former un convoi car l’on craint alors les corsaires français ! Entre temps, un créancier exige de Thomas 100 livres avec la menace de le faire arrêter. Puis arrive une lettre anonyme adressée au capitaine du navire, l’avertissant des risques qu’il encoure à emmener des passagers non agréés pas la Compagnie des Indes agrément que n’ont ni Carey ni Thomas ! Harassé, le capitaine fait débarquer les missionnaires.

Ce contre-temps permet à William de retrouver sa famille que la naissance d’un quatrième fils vient d’agrandir. Grâce à ses relations, Thomas trouve un autre bâteau qui bat pavillon Hollandais, le Kron Princessa Maria, et qui appareille le 13 juin 1793. A force de persuasion, la femme de William accepte d’embarquer avec sa famille pour “ suivre ” son mari, à la condition que sa sœur, Catherine Plackett, soit aussi du voyage. En une semaine, les bagages doivent être bouclés ! Les missionnaires arrivent dans la baie de Calcutta le 11 novembre 1793. Mais il est interdit de séjourner en Inde sans la licence de la Compagnie des Indes et les passagers non autorisés sont donc transbordés sur de petites embarcations indigènes.

    2.3. Troisième étape : vie laborieuse, labours et semailles, 1793–1800

    2.3.1. Carey planteur à Daharta pour subvenir aux besoins quotidiens



Les six premières années sont particulièrement éprouvantes. Les missionnaires, partis avec une réserve financière devant leur permettre de vivre un an, constatent que leur caisse est vide au bout de 10 semaines. Le Dr Thomas s’avère être un piètre gestionnaire qui s’enlise dans les dettes…
 




A Calcutta, il trouve assez vite du travail comme chirurgien, mais la situation est plus difficile pour William Carey: son espoir de travailler comme gardien du jardin botanique ne se concrétise pas, quelqu’un d’autre étant finalement embauché à sa place.
C’est alors que Carey entend parler de lopins de terre à cultiver. Il part donc s’installer en pleine jungle à Daharta, à 60 km de Calcutta. Il lui faut 3 jours de bateau pour y arriver et, en route, il apprend qu’une vingtaine d’hommes viennent de servir de festin aux tigres, nombreux dans cette région.
C’est là que Catherine Blackett, la sœur de Dorothy Carey, épouse M. Short et s’installe dans son foyer.

    2.3.2. Dorothy Carey tombe malade
Le changement, la disette, la vie difficile, l’angoissante crainte des dangers et l’isolement (le premier courrier d’Angleterre leur parvient après 14 mois)… rongent de plus en plus Dorothy. En réalité, elle ne s’adaptera jamais à ce pays. Très vite elle tombe malade : atteinte de folie grave , elle doit être internée à plusieurs reprises. Pour garder son équilibre et compenser sa souffrance, Carey s’adonne sans compter à sa grande passion: le travail de traduction de la Bible et la prédication de l’Evangile dans les langues locales. Certains ont dit de John Wesley  que son échec conjugal avait été l’une des raisons de son zèle inlassable de prédicateur de l’Evangile dans toute l’Angleterre… peut-être peut-on faire un rapprochement de ce genre pour William Carey…

    2.3.3. Carey gérant d’une usine d’Indigo à Mudbatty, décès du 3° fils, tensions avec Londres
Carey accepte finalement un poste de gérant d’une usine d’indigo à Mudbatty, ce qui rend la situation financière de la famille plus viable. Puisqu’il touche désormais un salaire, Carey demande à Londres l’envoi d’autres missionnaires financés grâce aux fonds prévus initialement pour lui. Mais à Londres, on s’indigne en apprenant que le missionnaire est devenu indigotier: a-t-on envoyé des missionnaires en Inde pour prêcher l’évangile ou pour faire du business ?! C’est à cette même époque qu’une dysenterie foudroyante emporte Pierre Carey, le 3ème fils de Carey alors âgé de 5 ans.

    2.3.4. Semailles et temps de préparation
Pourtant, à côté de son travail, Carey prêche et ouvre une école pour les enfants pauvres;  mais ceux-ci, devant travailler tôt, ne persévèrent pas dans les études… Il traduit aussi le Nouveau Testament en bengali…
Toutefois, au bout de 6 ans de présence en Inde, il n’y a toujours aucun converti. Seul un portugais est baptisé en 1796. Il y a bien eu un catéchumène Hindou, Fakeer, mais le 25 novembre 1800, il disparaît, sans doute séquestré par ses proches.
C’est à cette époque que l’usine d’indigo, “ battant de l’aile ”, doit fermer. Carey décide alors de se mettre à son compte et demande à Londres d’envoyer 7 ou 8 couples missionnaires auxquels il offre de travailler comme auxiliaires dans son entreprise. Mais les foudres de Londres ne manquent pas de l’atteindre à nouveau !

    2.4. Quatrième étape : vie d’équipe, enracinement et croissance de l’Eglise, 1800-1827

    2.4.1. L’arrivée de coéquipiers, formation du “ trio de Serampore ”

Quatre missionnaires arrivent enfin pour renforcer l’équipe. Mais une forte fièvre emporte rapidement l’un d’entre eux, Grant. Brunsdon, lui aussi, disparaît rapidement. Quant à Miss Tiffy venue pour épouser John Fountain (1767-1800) envoyé précédemment pour épauler Carey dans la prédication et travailler à la traduction de l’Ancien Testament en Bengali, elle se retrouve veuve après neuf mois de mariage ! A la même époque meurt également John Thomas, le chirurgien avec lequel la famille Carey avait embarqué.
 











W. Carey, le linguiste     W. Ward, l’imprimeur     J Marshmann, l’instituteur

Restent à Serampore, William Ward (1764-1823), imprimeur d’expérience de 36 ans, et Joshua Marshmann (1768-1837), instituteur autodidacte de 32 ans, un temps ouvrier dans une maison d’édition puis chez un tisserand, marié à Hannah et père de deux enfants. Ils vont former avec Carey le trio de Serampore. L’amitié profonde et sincère qui unit ces trois hommes, leur dévouement sans partage pour la même cause, la qualification de chacun et la judicieuse définition des tâches permettant à chacun des initiatives spécifiques, vont constituer les éléments stratégiques essentiels au démarrage et à l’expansion de l’œuvre.

    2.4.2. L’établissement à Serampore et les nouvelles institutions
      Pourtant, les choses semblent plutôt mal commencer lorsque débarquent les nouveaux missionnaires. En dépit des recommandations contraires de Carey, ils se déclarent à leur arrivée ouvertement “ missionnaires ” auprès des autorités Britanniques.
Les tracasseries administratives qui s’ensuivent les empêchent alors de rejoindre Carey pour travailler dans son entreprise.
Ce concours de circonstances amène Carey à accepter, non sans hésitations, de s’installer à Serampore, petite enclave danoise non loin de Calcutta, où il arrive le 10 janvier 1800 avec sa famille. C’est là que le travail va très rapidement prendre un grand essor.

Le savoir faire de Ward permet d’ouvrir une imprimerie où seront fondus les premiers caractères pour l’édition de Bibles, grammaires, dictionnaires, livres scolaires en langues vernaculaires. En 31 ans, l’imprimerie produira 212 000 volumes dans plus de quarante langues, et ce malgré les lourdes pertes consécutives à un incendie qui détruit l’imprimerie le 12 mars 1812 ! Felix Carey, qui connaît parfaitement le bengali, assiste Ward dans le lancement de cette entreprise à but lucratif. Le fils aîné de Carey a alors 15 ans.

     
Joshua et Hannah Marshman, quant à eux, vont ouvrir des écoles et des internats. Touchant d’abord les enfants des colons, ces écoles constituent une autre source de revenus pour la Mission. Mais l’instruction est également offerte aux Indous les plus pauvres, et, fait nouveau, aux filles, pour lesquelles des écoles sont spécialement créées. En 1837, on compte dans la région cent trente écoles de garçons et vingt-sept écoles de filles. La traduction de la Bible en Chinois, menée à bien par Marshman, n’est pas, hélas, une réussite linguistique.

Voici comment Robert Farelly décrit la journée type du “ trio de Serampore ”: “ Lever à 6 h du matin, de 7 h à 8 h travail pour l’un à l’imprimerie, l’autre à l’école et pour Carey au jardin ! A 8 h tous se rassemblent pour un culte un commun et un déjeuner, avant de reprendre le travail, pour Carey : la traduction. De 12 h à 15 h, repas, bain, lecture, sieste. A 15 h, reprise des travaux, études des langues… Le soir, prédication dans les rues, culte, prière… Carey prêchant cinq à six fois par semaine. ”

    2.4.3. Stratégie missionnaire

Ce sont les prédications en plein air et en langue locale qui sont les plus prisées, prédications où le public a la liberté de poser des questions auxquelles le prédicateur répond au fur et à mesure.
     
La traduction de la Bible dans les langues régionales est un autre axe important de la stratégie missionnaire de William Carey.

       
Sous sa responsabilité, l’Ecriture, en totalité ou en partie, est traduite “ en quarante-quatre langues et dialectes différents ” .


Le développement agricole et, grâce à John Thomas, l’action médicale, n’ont pas été laissés à l’écart par les premiers missionnaires, même si ces actions découlent plus au départ de l’obligation de gagner le pain quotidien que d’une stratégie calculée pour gagner les populations à l’Evangile. Cela dit, Krishna Pal, le premier baptisé hindou, est entré en contact avec l’Evangile par l’intermédiaire de John Thomas, suite à une épaule démise…  
 




Le 3ème axe est représenté par L’instruction de la population, la scolarisation des enfants, la formation de pasteurs, avec un accent tout particulier sur l’étude des autres religions, afin d’en mieux démontrer les erreurs face à la foi chrétienne.


 




collège de Sérampore  
 
    2.4.4. Les premiers baptêmes, le développement de l’Eglise
 
Baptême de Krishna Pal   


C’est le 28 décembre 1800, que Krishna Pal, homme de la caste des charpentiers, est baptisé dans le Hoogli (affluent du Gange). Il est le premier hindou à passer par les eaux du baptême. Ce jour-là, Félix, le fils aîné de Carey, est aussi baptisé. En 1802 les premiers brahmanes se convertissent. En 1804, quarante-huit baptisés de différentes castes sont membres de l’Eglise En 1806 ils sont une centaine.
 


En 1812 l’œuvre déborde Serampore, douze stations se développent dans la région. Il y a près de six cents baptisés en 1818, et une trentaine de stations en 1834
          

        
prédicateur local                                                                         baptêmes

    2.4.5. Impact sur la société
Le travail missionnaire joue un rôle important dans au moins trois domaines de la vie sociale du pays :

            2.4.5.1. Le système des castes

       










Au sein de la communauté chrétienne, le cloisonnement imposé par le système des castes tombe. Lorsque Krishna meurt, il est porté en terre par Joshua Marshman, Félix Carey, Bhairub, un brahmane, et Peroo, un mahométan, tous deux convertis.
En 1802, la fille de Krishna Pal épouse l’un des premiers brahmanes chrétiens, union illégale pour la coutume traditionnelle !

            2.4.5.2. La coutume du sacrifice d’enfants & du “ sâti ”

A l’époque, la Compagnie des Indes interdit aux étrangers d’interférer dans les coutumes locales, aussi abominables soient-elles.

      La connaissance que possède Carey du sanscrit lui permet cependant de sonder les textes sacrés, et il découvre que le sacrifice d’enfants n’y est jamais ordonné. Cette pratique, courante, n’était en fait qu’une coutume populaire.
Elle peut donc être abolie par décret.
Le “ sâti ”, l’immolation des veuves sur le bûcher funéraire de leur défunt mari, n’est abolie par la loi qu’en 1829. L’approche est ici la même que pour la question des sacrifices d’enfants : l’étude des textes sacrés hindous permet de démontrer qu’ils n’imposent aucunement cette pratique.
 
            2.4.5.3. Le développement de la culture et des langues asiatiques
La traduction anglaise de textes anciens fait connaître la littérature ancienne et l’édition de grammaires et de dictionnaires permet la pérennisation de nombreuses langues.
Orientaliste reconnu, Carey est nommé “ professeur conférencier ” (seul un anglican pouvait être nommé professeur !) au collège de Fort-William, qui forme les jeunes fonctionnaires britanniques envoyés pour servir dans l’administration.
En 1818 Carey crée une “ Ecole d’enseignement supérieur de littérature orientale et de science européenne ” où il encourage l’étude comparative des religions
En 1990, 2 750 étudiants se formaient encore dans cette université.

    2.5. Cinquième étape : passage de relais difficiles, 1827-1834

    2.5.1. Le conflit au sein de l’équipe missionnaire
    
Depuis son départ d’Angleterre, Carey n’est jamais retourné cultiver des liens sur place.
Un tournant important va être pris lorsqu’en 1815 meurt son ami Andrew Fuller. Les nouveaux responsables qui dirigent la Mission ne l’ont jamais rencontré. En revanche, ils connaissent les jeunes missionnaires qui se plaignent des exigences démesurées que font peser sur eux les vétérans qui, peut-être, ont oublié qu’ils n’étaient pas aussi efficaces à leurs débuts qu’après trente ans de ministère !…
Du reste, faut-il nécessairement être “ un bourreau de travail ” comme se l’imposent Marsman et Carey ? Faut-il nécessairement vivre la communauté de biens même lorsque le nombre de familles missionnaires s’accroît ?
Les investissements dans lesquels s’engagent les missionnaires sans le consentement de Londres font germer les craintes. Des plaintes font peser des soupçons sur une comptabilité que les nouveaux administrateurs londoniens ne trouvent pas assez détaillée. Des enquêtes sont exigées... Ces tracasseries agacent Carey, qui n’a jamais gardé pour lui plus que le nécessaire, qui n’a jamais eu de quoi pouvoir s’acheter même un cheval !

En 1818, les jeunes missionnaires, n’en pouvant plus, décident de fonder une nouvelle Association et de s’installer à Calcutta.
Carey les accuse d’être schismatiques et de vouloir concurrencer le travail à Serampore. L’incompréhension et la jalousie larvée des vétérans face à la détermination des jeunes au caractère bien trempé comme leurs aînés va conduire... à la rupture institutionnelle.

      
 















   2.5.2. Rupture avec la société missionnaire en 1827
En 1823, Ward meurt subitement du choléra et Carey en est profondément affecté. En 1825, c’est Félix, son fils aîné, qui meurt, un an après Lady Charlotte Rhumohr, sa deuxième femme. En 1826, puis en 1829, Marshman se rend à Londres pour s’expliquer et trouver un terrain d’entente. C’est l’échec. Chacun campe sur ses positions. Londres doit trancher entre les “ vétérans ” et les “ jeunes ”.
En 1827, “ la mort dans l’âme, Marshman signe un accord de séparation. Carey et lui-même vont se retirer des immeubles de la mission ”  .Il peut garder le collège et y transférer l’imprimerie. Carey est alors âgé de 66 ans

    2.5.3. Réunification de l’œuvre en 1837
Avec le temps, les relations se détendront progressivement et en 1837, trois ans après le décès de Carey et un an après celui de Mardhman, le dernier du trio, l’œuvre sera pleinement réunifiée.

    2.5.4. Fin de la vie de William Carey
A soixante-dix ans, Carey prend sa retraite de professeur. Même s’il n’enseigne plus au Collège de Fort William, il continue de prêcher et de réviser les traductions de la Bible.
Lorsque Carey meurt  le 9 juin 1834, à soixante-treize ans, une trentaine de missionnaires sont à l’œuvre, une quarantaine d’enseignants locaux, quarante cinq « stations missionnaires » ont été établies et l’Eglise compte quelques six-cents membres.
Sur sa tombe est gravée l’épitaphe qu’il a lui-même rédigée, sans doute à l’évocation de douloureux souvenirs…
« un misérable, un pauvre et impuissant ver de terre.
En Tes bras miséricordieux, je m’abandonne. »
à suivre...
Par A R
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Lundi 16 avril 2007 1 16 04 2007 11:27
William Carey et après...
(1761-1834)



    Chapitre III  Jalons pour une Mission actuelle

     3.1. Les personnes : atout premier de la première société missionnaire
   
    3.1.1. Des personnes convaincues de la cause de leur vie
Dieu n’a pas choisi d’envoyer des anges pour évangéliser le monde, mais ses disciples ! Une des caractéristiques qui se dégage du développement des premières sociétés missionnaires, c’est la présence de figures particulièrement tenaces, convaincues contre-vents et marrés de leur mission, prêtes à y laisser leur vie s’il le fallait, acceptant l’incertitude de l’inconnue, l’absence de confort, pour eux-mêmes et leur famille. Leur engagement est entier et leur contrat un « CDI » pour la vie !

    3.1.2. Des Chrétiens d’Europe mobilisés
Nous remarquons qu’un autre maillon important du processus fut la mobilisation en Europe de chrétiens de toutes conditions afin de soutenir le travail « exotique » des missionnaires, s’intéressant à leurs progrès et découvertes au loin. Si l’on peut déplorer que Carey n’ait pas su renouveler ses relations sur sa vieille île natale, au départ il a cependant su s’entourer d’une poignée d’amis sûrs pour asseoir théologiquement la mission, administrer le projet en Europe et servir de relais auprès des « amis ». Pour cela il fallut travailler à un changement de mentalité, dépasser certains préjugés erronés, convaincre les pasteurs myopes d’une autre lecture de l’évangile sur un point au moins des Ecritures. L’attrait pour les découvertes des grands navigateurs et explorateurs ne faisait pas tout, l’esprit d’aventure ne suffit pas pour devenir missionnaire.

    3.1.3. Une équipe soudée sur place, aux compétences complémentaires
Après un temps de travail sous-terrain et solitaire, l’œuvre commencée par Carey s’est développée lorsqu’une équipe soudée, aux compétences complémentaires et non-rivales s’est mise en place. Ces compétences à la fois pratiques et intellectuelles se sont affinées au fil du temps et des situations. John Thomas ne conjuguait pas assez de qualités complémentaires à Carey, pour que « prenne » un projet de grande envergure. Cependant, sa présence fut déterminante quant au choix du premier champs de mission de la toute nouvelle Société missionnaire.
Mais la force de cette équipe très soudée fut aussi sa faiblesse lorsqu’il fallut passer le relais à la nouvelle génération !

    3.1.4. Des envoyés à l’école des langues et des coutumes locales
La maîtrise d’une ou de plusieurs langue(s) locale(s) est déterminant chez les pionniers, comme le regard plus anthropologique sur les populations du pays. Beaucoup de temps est consacré à ces taches d’apprentissage.

    3.1.5. Des envoyés sans compromissions avec les vérités fondamentales de l’Ecriture
Face aux coutumes païennes abominables, Carey a su marquer sa différence et su trouver les bons chemins pour convaincre de l’inutilité de ces pratiques s’appuyant sur des arguments internes aux coutumes plutôt que sur un enseignement biblique qui n’était pas reconnu par la société d’alors. S’il insistait sur l’étude respectueuse des religions des Indes dans son collège, c’était non pour en promouvoir les erreurs, mais bien au contraire, pour que l’étude sérieuse suffise à montrer la supériorité du christianisme !

    3.1.6. Des missionnaires ingénieux pour faire face à l’imprévu et aux difficultés
Pour pallier au manque de soutien, Carey a exercé plusieurs métiers dans le pays d’accueil, sans pour autant arrêter son travail de linguistique ou de prédicateur, et sans croire à l’échec de sa mission. Le zèle au travail a souvent servit de remède au découragement. Face aux tracasseries administratives, il lui fallut aussi faire preuve d’imagination.

    3.1.7. Des missionnaires cultivant de respectueuses relations auprès des autorités
Arrivés clandestins par nécessité, les premiers missionnaires ont ensuite cherché à cultiver des relations honorables avec plusieurs autorités en poste dans le pays.


    3.2. Les personnes : atout premier des missions et œuvres d’aujourd’hui

    3.2.1. Priorité de l’équipe sur l’institution
Aujourd’hui les missions ou œuvres ont une plus ou moins longue histoire. Le danger qui pourrait les guetter c’est celui de chercher à pérenniser l’institution en la dissociant des personnes qui en ont été les pionniers et de celles qui en sont les nouvelles forces vives. L’institution sans les personne est une coquille vide !
C’est la constitution de petites équipes de personnes consacrées ayant des personnalités et compétences complémentaires qui devrait retenir l’attention avant de parler et d’ajuster d'anciennes et de nouvelles « stratégies ». Notons cependant que Carey a accueilli ses collègues, sans les choisir. Le rôle des comités de missions est stratégique, d’autant plus délicat lorsque, comme aujourd’hui, les possibilités de choix sont plus restreints, le nombre de candidat moindre.

    3.2.2. Priorité d’entretenir les liens personnels avec le conseil d’administration
La technicité des exigences administratives aujourd’hui peut parfois prendre le pas sur les relations humaines. Il demeure cependant important qu’au sein de la mission ou de l’œuvre ; les différents acteurs sur le terrain, dans les commissions administratives et les Eglises, puissent apprendre à se connaître personnellement et s’estimer mutuellement. Trouver les lieux et les occasions permettant de régulièrement cultiver les liens personnels et échanger sur les projets à mettre en œuvre st une charge à ne pas négliger.

    3.2.3. Priorité d’entretenir et de renouveler les liens avec les amis
La « roue de la vie » tournant, il importe d’entretenir mais aussi de renouveler les liens avec les amis de la mission et de l’œuvre. Cela passe par la recherche de « personnes-clés » servant de relais, mais nécessite au tout premier chef les coéquipiers sur le champ ou dans l’œuvre.

    3.2.4. Priorité d’apprendre une langue, l’histoire, les coutumes
L’apprentissage d’une des langues régionales, même si cela n’est pas essentiel au travail, reste une école utile à tout envoyé. L’histoire du pays, des coutumes mais aussi de la mission et/ou de l’œuvre mérite un minimum d’attentions.

    3.2.5. Priorité d’encourager la prise de risque calculée pour Dieu
Dans une société qui privilégie la recherche de « sécurités » toujours plus accrues, qui valorise le « confort de vie », qui préfère parler de « droits » plutôt que de « devoirs », l’Eglise doit rester un lieu qui valorise et encourage l’engagement de foi de disciples responsables et convaincus, consacrés à des services à « but non lucratif », ce qui ne va pas sans risques calculés ni formation parfois très pointue.

    3.2.6. Priorité à penser à la relève
Carey a eu beaucoup de mal à passer le flambeau à la nouvelle génération à laquelle il voulait imposer d’entrer dans « son » travail sans marge d’initiative suffisante, étouffant l’élan de ces jeunes, eux aussi au caractère bien décidé !
Outre ce qui peut être lié aux « conflits de génération », le pionnier oublie parfois facilement que l’entreprise « œuvre de sa vie » est appelée à évoluer avec d’autres, qui par définition sont des personnes autres que lui ! Savoir transmettre un patrimoine ne va pas forcément de soi !

    3.2.7. Priorité de relations au sein de la société
La surcharge de travail peut facilement isoler l’ouvrier, quelque soit le secteur de service. Il est à recommander qu’il veille à prendre le temps d’entretenir de bonnes relations avec les autorités civiles et le tissu social de la région où il œuvre, mais aussi avec les missions et œuvres sœurs !
 


    3.3. Le Christ : Maître de la Moisson, des Ouvriers, des temps…
   
   3.3.1. « Priez le Maître de la Moisson d’envoyer des ouvriers dans sa Moisson»
Tant que l’heure de rentrer la Moisson n’a pas sonné, il reste d’actualité de « prier que le maître de la moisson envoie des ouvriers dans sa moisson » et « d’aller » en acceptant d’en « payer le prix » à la suite Du Maître. Nombreuses sont les paraboles qui engagent le croyant à attendre de façon active et fidèle le retour du Seigneur, en faisant valoir ses biens ! Son retour sera pour tous ses ouvriers le signal de joies renouvelées. La certitude qu’Il ne change pas ne peut que donner « des ailes » aux siens, permettant de braver la morosité et le découragement parfois latent et de s’élancer selon l’appel du « Bon Maître », et pourquoi pas à l’autre bout du monde aujourd’hui encore, quelque soit son pays et sa tradition d’origine !?...

    3.3.2. Contrat « d’apprentissage » en CDI !
Nul ne saurait supporter seul, la grande responsabilité d’évangéliser, de parler comme il se doit du Christ à ceux qui ne le connaissent pas ou en ont une idée fausse ! La présence chaque jour du Maître avec ceux qui se sont laissé enrôler par lui, est une profonde source de réconfort et de sécurité. Du reste, tel un apprenti à vie, l’ouvrier dans la vigne du Seigneur sait que toute l’œuvre ne repose pas sur ses épaules ! Mais qui dit apprentissage, dit effort à fournir, réflexion à mener, problème à résoudre, erreur ou maladresses à corriger… La pédagogie du Maître n’est pas synonyme d’obéissance servile !

    3.3.3. Le Seigneur Maître des temps et des circonstances
Au temps apostolique, une langue commune, une infrastructure routière et maritime mais entretenue, la paix dans le vaste Empire ont contribué à l’expansion rapide de l’évangile.
Parfois les circonstances furent plus dramatiques comme en Abyssinie (Éthiopie, Somalie actuelles). Les historiens rapportent que tout a commencé par un massacre. « Deux jeunes gens originaires de Tyr en Phénicie, Froumentios et Aidesios, qui avaient accompagné leur précepteur dans un voyage d'exploration, survécurent seuls au massacre de leur équipage par les indigènes de la côte des Somalis ; réduits en esclavage, ils parvinrent à la cour du souverain de l'Éthiopie, où ils ne tardèrent pas à occuper des postes de confiances : le premier comme secrétaire, le second comme échanson. Leur faveur s'accrut encore après la mort du roi ; la reine leur confia l'éducation de son. Ils profitèrent de cette situation pour répandre autour d'eux la foi chrétienne. Ayant obtenu de leur élève, le roi Ezâna, la permission de rentrer dans leur pays, Froumentios alla mettre au courant l'évêque d'Alexandrie, alors saint Athanase, des perspectives d'évangélisation qu'offrait le royaume d'Axoum et le pressa d'envoyer un évêque : Athanase ne put trouver de meilleur candidat que Foumentios lui-même (vers 328-356?) » .

Les grandes découvertes avec l’amélioration des techniques de navigations, ont permis aux missionnaires comme Carey de se rendre dans des contrées nouvelles. Les explorateurs ont ouvert la voie vers l’intérieur des terres…
La démocratisation des transports aériens, le développement technologique & médical, les bourses d’études offertes à des jeunes du monde entier, les échanges commerciaux, culturels comme sportifs offrent aujourd’hui de nouveaux moyens de « faire des disciples » auprès de personnes d’autres cultures. Mais tous ces moyens à la disposition de tous nécessitent l’action et la présence de personnes convaincues qu’en tant que disciples du Christ, c’est à elles d’œuvrer, de façon régulière, fidèle et entière, pour la joie de leur « bon Maître » et la leur, à sa suite !

Certes parfois trop de possibilités de services nuisent à l’engagement ! Mais le chrétien n’est pas appelés à effectuer toutes les taches ! A chacun de commencer déjà par une qui est à la mesure de ses compétences à développer sans attendre de voir de grandes stratégies se mettre en place !

    CONCLUSION

La vie de William Carey est tout entière signe de la grâce de Dieu, grâce qui a suscité chez cet homme le souci d’apporter la Bonne Nouvelle de l’Evangile jusqu’aux extrémités de la terre. Carey l’a fait de deux façons : il s’est d’abord rendu aux Indes où il a vu l’Eglise naître et se développer mais surtout, suivant son exemple, d’autres sociétés missionnaires verront le jour et enverront à leur tour des missionnaires dans des régions du monde où l’Evangile demeure inconnu !
Ses erreurs et ses fragilités personnelles nous gardent cependant de l’idéaliser. Mais si au temps de la “ mondialisation ” et de l’Internet notre contexte de communication et de brassage des populations a évolué, si l’on ne peut pas simplement chercher à “ recopier ” les principes de Carey à l’époque où l’Eglise de Jésus-Christ est vivante dans de nombreux pays, l’impératif demeure d’annoncer clairement l’Evangile à un monde de plus en plus syncrétiste et sans repères à force d’en avoir parfois trop à portée de “ clic ” !

Nous avons évoqué l’importance de valoriser l’engagements et les compétences techniques et (inclusif !) humaines des différents membres des comités de missions comme l’œuvre accomplie sur le terrain par les envoyés faisant partie des « stratégies » à promouvoir. Ici nous nous souviendront combien les récits des grands navigateurs ont joué un rôle déterminent dans la jeunesse de Carey comme d’autres pionniers. En entendant comment les récits et visites de missionnaires auprès des enfants des écoles du dimanche ont par le passé disposé de cœur de plusieurs à se préparer à un travail de ce type, nous proposons que des actions plus convaincues et significatives soient aujourd’hui encore source de mobilisation auprès des moniteurs d’école du dimanche et animateur de camps de jeunes.

Mais au-delà, aujourd’hui comme au temps de Carey, c’est encore le retour à l’étude de la Bible qui sera le moteur de l’engagement renouvelé à « faire de toutes les nations des disciples ». Etude individuelle et communautaire bien sûr mais aussi en Pastorale comme à l’époque de Carey et en institution de formation biblique et théologique. C’est par l’étude sincère des Ecritures que l’Esprit corrige la myopie des membres du peuple de Dieu et fortifie sa volonté afin que soit pris le relais et à la suite de Carey et de bien d’autres, qu’à notre tour nous puissions « attendre de grandes choses de Dieu et entreprendre de grandes choses pour Dieu » !
Par A R
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Lundi 23 avril 2007 1 23 04 2007 17:46
Thomas John Barnardo
1845- 1905
« La Mission des Jeunes de l'East End »

œuvre parmi les enfants des rues de Londres





    Ressources principales

J. WESLEY BREADY, La Vie et l'œuvre du Docteur Barnardo (4 juillet 1845 - 19 Septembre 1905), (Traduit de l'Anglais), Dieulefit (Drôme), Nouvelle société d’éditions de Toulouse, 1939. (les réfenrences que nous précisons sont tiré de l'ouvrage en langue anglaise)

J. WESLEY BREADY, Doctor Barnardo, physician, Pioneer, Prophet, Londres, G Allen & Uniwin LTD, 1930/31, 271p.

Barnardo. - Jourdan, D , Le Dr Barnardo Et Son Œuvre, in-8°. brochure originale illustrée, Paris - Neuchâtel, Attinger, 1915, 189 p

Site retraçant l’histoire de l’œuvre de 1876 à 1986, dont plusieurs illustrations sont tirées

Thomas John Barnardo 1845 - 1905 Philanthropist,

Site de l’œuvre actuelle



Sommaire



1. Thomas Barnardo : sa personne
    1.1. Résumé
        Thomas Barnardo
        Mariage de Barnardo
        Famille
        Brève chronologie
    1.2. Le jeune Thomas Barnardo
        Ses « ancêtres »
        L’enfance de Thomas
        La foi de Thomas Barnardo : de l’agnosticisme à Christ
        Les débuts de la vie chrétienne

2. Thomas Barnardo : Appel, formation et ministère précisé (1886-1867)
    2.1. Appel et formation de Barnardo
        Rencontre avec Hudson Taylor à Dublin
        Formation missionnaire à Londres
            Arrivée à Londres et engagement auprès des enfants
            Engagement comme prédicateur de rue
            Engagement comme colporteur
            Formation médicale et l’épidémie de choléra en 1866
    2.2. La Découverte des enfants des rues à Londres
        L’époque victorienne
        Jim Jarvis à la « Donkey Shed Ragged School »
    2.3. Les éléments décisifs de la vocation de Barnardo
        Une « réunion missionnaire » improvisée
        Le repas chez Lord Shaftesbury

3. Thomas Barnardo et son œuvre auprès des enfants des rues (1867-1905)
    3.1. Les premiers pas de l’œuvre
        Présentation du projet de Mission parmi les jeunes des taudis de l’est londonien
            Moyens de communication avec les chrétiens de Londres
            Public cible
            Inauguration : grand thé offert
            Les dimanches après-midi : réunions régulières
            Premières initiatives
            Premières clarifications
        Ouverture des « Assembly Rooms »
            Le 5 novembre 1867 : le thé inaugural rassemble 2 347 convives
            Les réunions dominicales pendant 6 mois
        Évaluation
    3.2. La reprise plus modeste et l’affermissement de l’œuvre
        La période tampon
        La Mission des Jeunes de l’East End ; le 2 mars 1868
    3.3. Le développement de l’œuvre
        Mission à Hope Place, une « chrysalide » prette à éclater
        Premiers émigrés volontaires au Canada
        Premier « home » pour jeunes garçons
        Le principe de l’internat
        Le public cible
        L’aménagement des lieux
        Ouverture du home : septembre 1870
        Vie quotidienne au home
    Développement et organisation de l’œuvre
        Recettes
        Organisation
        Un principe : Ne pas refuser d’enfants
    Objectifs, moyens et principes de Barnardo :
        Les objectifs :
        Les moyens :
        Les principes
    Enquêtes sur les causes de la pauvreté
        L’alcoolisme cause principal de la pauvreté
        Réactions directes à l’enquête :
        Conséquences inattendues : achat et transformation du Gin Palace en Café Palace
    Village pour filles (première pierre posée le 9 juin 1876)
    Accueil des enfants handicapés
    Accueil des bébés
    Formation professionnelle : école technique et école navale
    L’école technique de William Baker (1922)
    L’école Navale Watts Naval School (1874)

4. Thomas Barnardo contesté, « loi Barnardo » (1875-1891)
    4.1. Accusations, comité d’arbitrage, verdict (1875-1877)
        Qui étaient les calomniateurs ?
        Accusations et Réponses
        Le travail de Barnardo et de ses collaborateurs
    4.2. La « loi Barnardo » en 1890

5. Les obsèques de Thomas Barnardo mort le 19 septembre 1905

6. L’œuvre après Barnardo
    6.1. Sources :
    6.2. Public cible :
    6.3. Objectifs :
    6.4. Actions actuelles

7. Webo-bibliographie
 





Brève présentation :

Thomas Barnardo
Irlandais d’origine, sans renom particulier dans la société et l’Eglise, c’est après avoir entendu H. Taylor à Dublin que Barnado se rend à Londres pour se former à l’Institut de H. Grattam Guinness, avec comme projet de partir comme missionnaire en Chine. Il est alors recommandé par une assemblée de frères (frères de Plymouth) et l’UCJG, « lieux » où il s’engage après être passé de l’agnosticisme à la foi.
L’épidémie de choléra qui sévit à Londres en 1866 le met en prise avec la misère du quartier est de Londres.
La dramatique situation des enfants des rues à Londres, et une rencontre avec Lord Shaftesbury, en octobre 1867 le pousse à réorienter ses projets de services vers ceux-ci.

En 1878, donc 10 ans après ses débuts l’œuvre représente 50 orphelinats à Londres, une maison pour filles à Ilford, une communauté de 70 maisons, ayant sa propre école, une blanchisserie une Eglise, pour une population dépassant les 1 000 enfants.

Avant que Barnardo ne meurt d’une angine de poitrine à l’âge de 60 ans le 19 septembre 1905, on comptait :
8 000 enfants résidant dans les maisons, 4 000 enfants externes, et 18 000 au Canada et en Australie.

Mariage de Barnardo
En 1871, Bernardo fut invité à parler aux enfants pauvres rassemblés pour un goûter par mlle Syrie-Louise Elmslie, fille unique de William Elmslie, un riche industriel de la ville, résidant à Richmond.
Barnardo revoit cette noble personne au printemps 1873, lors des funérailles du pasteur William Pennefather.
Quelques jours plus tard, ils se fiancèrent, Barnardo alla jusqu'à Richmond pour demander le consentement de M. Elmslie
Quatre semaines plus tard, ils se mariaient au «Metropolitan Tabernacle». En l'absence du pasteur Ch. H. Spurgeon, trois amis intimes officièrent : le Docteur Grattam Guinness, Lord Radstock et Henry Varley, un évangéliste.


Famille
Des 7 enfants, 3 sont morts en bas âge. William Stuart, l’aîné est né en janvier 1874. Marjorie était atteinte d’une maladie génétique proche de la trisomie 21, ce qui a stimulé Thomas Barnardo à créer une structure d’accueil pour enfants handicapés. Une de ses filles Maud Gwendolen Syrie Barnardo (10-07-1879/25-07-1955) a épousé un homme de 26 ans son aîné dont elle divorce plus tard pour épouser quelqu’un d’autre. Elle est surtout connue pour sa vie privée quelque peut tumultueuse.

Sur l’esprit logique et les loisirs de Thomas Barnardo il est rapporté ceci :

Barnardo avait un esprit logique, scientifique et bien meublé. Sa bibliothèque privée contenait plus de 4.000 volumes ; il savait « quelque chose de chacun d'eux » et « en connaissait parfaitement quelques-uns ». Ceci n'a rien d'étonnant, car entre minuit et trois heures du matin, il passait en général une heure ou deux parmi ses livres, la seule récréation qu'il se permit pendant toute sa vie. Et il savait si bien ordonner ses connaissances, qu'il put être son propre avocat à la cour.



Brève chronologie

Le 4 juillet 1845, naissance de Thomas Barnardo, le commerce de son père périclite, sa mère tombe malade

En 1847, suite à une diphtérie Thomas est finalement déclaré mort puis réanimé

Le 26 mai 1862, Thomas Barnardo a presque 17 ans lorsqu’il se convertit en priant avec ses 2 frères
En 1862 il devient membre d’une assemblée de frères larges (Plymouth Brethren) en Irlande
Le 19 octobre 1862 il est baptisé comme croyant à la chapelle baptiste

En 1866, Barnardo vient se former à Londres pour partir en Chine comme missionnaire
Le 1er octobre 1866, Barnardo commence une formation de médecine. Il obtient une Licence en mars 1876, mais ne poursuit pas jusqu’au Doctorat en médecine.
En 1866 une épidémie de Choléra déferle sur Londres, on déplore 5 548 décès.

Le 2 mars 1867, avec 2 amis étudiants il ouvre la « Donkey Shed Ragged School »
En 1867, Barnardo témoigne en public de sa rencontre avec Jim Jarvet et ses amis
En octobre 1867, Lord Shaftesbury invite Barnardo à dîner
le 5 novembre 1867, inauguration de l’ « Assembly Rooms » (6 mois d’activités)
Le 2 mars 1868, est fondée la « Mission des Jeunes de L’east End » The East End Juvenile Mission

Le 8 décembre 1870 est inauguré le premier home de garçon au n° 18 Causeway Stepney
De 1870 à 1930 immigration vers le Canada

Le 14 février 1873, l’Edinburgh Castle est acquis, le café-palace ouvert à Rhodeswell Road, Limehouse
Le 17 juin 1873, Barnardo épouse Syrie-Louise Elmslie au Métropolitain Tabernacle de Londres.

En janvier 1874 William Stuart Barnardo né, aîné des 7 enfants de la famille.
En 1874 est ouvert un département photographique, et des cartes postales des enfants sont vendues
En 1874 ouverture de l’Ecole Navale de Watts (fermée en 1895 et ré-ouverte en 1901 jusqu’en 1953)

Le 9 juin 1875, pose de la première pierre du village de jeunes-filles
Le 9 juillet 1876 est ouvert le village pour 1 000 jeunes filles à Barkingside,
devient un établissement mixte en 1945 et est fermé depuis 1991.

Le 15 octobre 1877, jugement rendu par la commission d’arbitrage, suite aux accusations dont Barnardo avait été l’objet depuis 1874.

Le 15 novembre 1877 un comité de gestion de 16 membres est nommé pour administrer la Mission.
Le 16 octobre 1883 une chapelle est consacrée à l’école navale

En 1887, Barnardo se rend pour la première fois au Canada pour tisser des liens.

En 1888, ouverture d'un hopital à Londres (fermé en 1922)

En 1891, la « loi Barnardo » ou « Loi sur la Garde de l'Enfance de 1891 ».

Le 9 septembre 1905, Thomas Barnardo meurt d’une angine de poitrine à 60 ans



Le jeune Thomas Barnardo

Ses « ancêtres »

Le nom Barnardo, est d’origine sémitique ; Bar Mitzvah en araméen signifie fils du commandement, Bar Sabas = fils de Sabas, Bar Timée = fils de Timée etc…
Au XVe siècle, on trouve des Barnardo à Alexandrie, ils fuient l’Egypte pour l’Espagne, lors de persécution des Turcs. La vigueur des tribunaux d’inquisition fera émigrer la famille en Italie ou une branche est anoblie. Le goût du commerce fait ensuite émigrer la famille en Hollande. C’est à Hambourg, en 1800, que naquit John Micharlis Barnardo, le père de Thomas. John créé une affaire prospère à Dublin ou il s’établit.
Micharlis, semble être un patronyme Yiddish. Il exerçait le métier de fourreur.



















Il y a un certain flou  sur l’identité de la mère de Thomas : Bready qui écrit une biographie dans un style très flatteur, peut-être pour renforcer l’idée d’une lignée protestante, désigne semble-t-il  à tort, Mary Drinkwater, fille d’un quaker anglais résidant depuis longtemps en Irlande, comme la mère de Thomas.

Norman Wymer , dans Father of Nobody's Children, révèle seulement après la mort de Mme Barnardo, ce qui toucherait à la vraie identité de la mère de Thomas Barnardo qu’on avait jusque-là présentée comme Drinkwater d’Irlande et de famille Quakers. Mais on ne trouve pas trace de Drinkwater dans les archives Irlandaises. En fait sa mère était Anglaise de famille catholique.

M. Barnardo aurait épousé en premières noces Elizabeth O'Brien. Par recoupements, ils semblent avoir eut 7 enfants en 8 ans, Elizabeth décédant lors du dernier accouchement : William, Sophie, Theodore, Abigail, Augustus, Bernard, Elizabeth meurt à un mois sa mère. M. Barnado veut alors épouser en secondes  noces Abigail Matilda O'Brien , une sœur de sa première femme, mais la loi anglaise l’interdisait. Pour contourner la loi, le mariage a lieu à Londres dans une Eglise allemande sous juridiction Prusse… Mme O’Brien était d’origine catholique. Avec deux des frères de Thomas, elle est devenue membre d’une assemblée de frères larges.
Dublin, Dame Street en 1842, Barnardo est né au n°4 (côté droit) ou son père tenait sa boutique

Thomas vint au monde le 4 juillet 1845. Il est le neuvième enfant de la famille. À peine né, sa mère attend un nouveau bébé qui naît en mai mais meurt quelques heures après sa naissance. L’année suivante naquit Henry Lionel. Deux frères George et Frédéric sont encore à compter dans la famille.
Lorsqu’en 1860, John Michaelis demande à être naturalisé Britannique, il déclare avoir 10 enfants vivants.

Thomas s’avère un enfant fragile. À 2 ans, il est entre la vie et la mort des suites d’une diphtérie. Puis les choses empirent, deux médecins constatent son décès. C’est en habillant le « cadavre » de l’enfant que l’employé des pompes funèbres se redit compte que le cœur de l’enfant battait… le « cadavre était vivant ». Les pompes funèbres repartir avec le cercueil vide et les médecins firent leur travail de réanimation…

Le biographe ne dépeint pas Thomas comme un enfant particulièrement « angélique »…
Tom n'était ni un ange, ni un saint : coléreux, entêté, très autoritaire, il ne ressemblait pas à son frère Harris, plus jeune que lui et dont les cheveux frisés, les traits fins et la voix quasi céleste contrastaient avec les cheveux raides, les traits communs et la grosse voix beaucoup mieux faite pour hurler que pour chanter, de Tom.

Plus tard son frère le Dr Frédéric Barnado le décrit ainsi :
Ce ne fut jamais ce qu'on appelle un bon élève. Il était étourdi, peu soigneux, toujours prêt à s'amuser et à mal faire. N'allez pas vous imaginer qu'il était né sanctifié et qu'il le restait. Au contraire, il donnait beaucoup de peine à la maison, car il avait une volonté très forte et très têtue... Dans sa première école, il ne donna que du souci et plus tard, à celle du Rever. J. Dundas, ce ne fut pas mieux .

À part la natation, il n’aimait pas le sport. Il aimait en revanche beaucoup lire avec un faible pour les contes.Bien  vite lu tout ce qui lui tombait sous la main, hormis ses livres d’écoles.

À 14 ans, il avait pour auteurs favoris : Voltaire et Paine. Il était plutôt sceptique envers les doctrines chrétiennes et se proclamait agnostique.

À 16 ans, il quitte l’école non sans potentiel, mais sans y avoir rien appris et surtout sans avoir accepté de passer de diplôme. Il entre alors en apprentissage chez Robert Anderson, un négociant de vin

Plus tard Thomas Barnardo dira avoir été profondément marqué par la personnalité d’un maître tyrannique, qui a largement contribué à nourrir en lui une aversion profonde pour l’école et les examens, et ce au-delà de son dégoût pour la routine scolaire étouffant selon lui la personnalité des élèves plutôt que ne les aidant à s’épanouir.


La foi de Thomas Barnardo : de l’agnosticisme à Christ

Thomas est baptisé nourrisson dans l’Eglise Anglicane Saint-André de Dublin. En 1860, il a alors 15 ans, Thomas est confirmé, pour suivre la tradition familiale, mais cette cérémonie n’a pas d’autre sens pour lui. Voltaire, Rousseau et Paine sont ses maîtres à penser, fortifiant en lui scepticisme et orgueil face au christianisme.



Dès 1859 l’Irlande connaît un Réveil religieux .
Plusieurs membres de la famille de Thomas Barnardo, dont deux de ses frères (l’un médecin et l’autre fonctionnaire civile aux Indes), se convertissent. Lorsque Thomas accepte d’aller avec eux à une réunion d’Evangélisation publique, c’est pour juger par lui-même de ces « manifestations ». Il en revient toujours aussi sceptique, ne votant que des manifestations psychologiques a ce que vivaient ceux qui disaient vivre une expérience religieuse profonde.
Ensuite il ne se rend qu’occasionnellement avec ses frères dans des réunions de maison.
C’est à l’occasion d’une de ces réunions, chez M. William Fry, que le doute commença à envahir Thomas, mettant à l’épreuve sa foi d’agnostique.
Thomas Barnardo rapporte en ces termes, dans une lettre adressée bien plus tard à W Fry, ce qui l’avait marqué ce soir-là :
« Je n'avais pas la moindre envie d'aller à cette réunion, mais j'y allai néanmoins, et au cours de celle-ci, Rocheford Hunt prit la parole ainsi que vous. Je me conduisis très mal ; j'étais aussi vaniteux qu'un jeune garçon peut l'être, il me semblait que vous me regardiez en pensant : « Si je pouvais avoir un entretien pendant cinq minutes avec ce jeune homme, je saurais bien rabattre son orgueil jusqu'à terre ». Et pourtant vos paroles étaient pleines de bienveillance et de douceur et pas du tout en rapport avec ce que semblait dire votre regard. Ce fut le début ».

Quelques semaines plus tard, Thomas entend le témoignage de conversion du tragédien John Hambleton. Bien après midi travaillé profondément Thomas entra en larmes dans la chambre de ses deux frères, qui se mirent à genoux pour prier avec Thomas, qui se convertit le 26 mai 1862, juste avant ses 17 ans.

Les débuts de la vie chrétienne
La Bible devient son livre de chevet à la place des textes de Rousseau, Paine et Voltaire, très vite il s’engage comme moniteur dans une « Ragged Schooll »  à Dublin. Ruben Saillens nommait ces écoles les « Ecoles déguenillées ». Leur initiateur était un cordonnier de Portsmouth : John Pounds (1766-1839) qui en 1818 commence la première dans son échoppe.























John Pounds et sa cordonnerie

John Pounds est né le 17 juin 1766 à Portsmouth, ou son père travaillait comme scieur sur les chantiers. À 12 ans, il entre en apprentissage comme « charpentier naval ». Estropié, 3 ans plus tard, qui à une chute dans une cale sèche, il devient cordonnier et s’installe à son compte. Une quarantaine de jeunes pupilles se rassemble dans son échoppe pour apprendre à lire, à compter, à faire de la cuisine, de la menuiserie et de la cordonnerie auprès de lui.
































Traditionnellement le programme de ces premières « écoles libres » comprenait 4 matières : lecture, écriture, arithmétique et religion, les "4 R's" (Reading, writing, arithmetique et religion). Les salles de classes étaient souvent d’anciennes écuries, des porches sous des ponds etc… On estime qu’entre 1840 et 1881, 300 000 enfants ont fréquenté ces écoles à Londres. Elles étaient généralement soutenues par des bienfaiteurs de la ville  mais une contribution venait aussi des parents.

Le PV d’un conseil d’administration du 6-02-1850 de la Ragged School de Maybole (en Ecosse), fait état de discussion pour accorder des réductions à une mère qui ne pouvait momentanément pas payer les 4pennies/ semaine par exemple. Certains enfants bénéficiaient du soutien  de leur paroisse. L’admission des enfants se faisait dans cette école par décision du comité, les tarifs fixés en fonction des familles .

La classe, ouvrière était presque partout totalement ignorante et illettrée. Dans un rapport d'une commission médicale de l'époque, on voit qu'au début du XVIIIe siècle 74,5 % des enfants de Londres mourait avant cinq ans.


Brook Street Ragged School, Hampstead Road, founded 1843 . Illustrated London News (1853), from The London Doré Saw, Eric de Maré (1973)
Avec des classes allant jusqu’à 200 élèves, l’enseignement mutuel sera prisé, le maître confiant à des moniteurs des groupes moins savant qu’eux. À la différence des écoles paroissiales, pour être admis dans une Ragged School, le port de l’uniforme n’était pas requis



L’union des « Ragged School » est créée en 1844 par Lord Shaftesbury, qui en 1870 avait été à créer 350 de ces écoles.

À la différence des Ecoles du dimanche, ces écoles sont ouvertes aussi en semaine, offrant en cours du soir outre des cours d’alphabétisation et de mathématiques, des classes de coutures, des salles de lectures etc… pour des jeunes mais aussi des adultes.
Cliquez sur la photo de la facade du musée pour accéder au site






















Mais malgré ces Ecoles comme les Ecoles du dimanche, il restait toujours une frange de la population qui passait entre les mailles du filet : les enfants abandonnés à eux-mêmes. Wesley Bready (ch1) décrit ces « enfants-vagabonds de Londres » ainsi :

Il existait dans les grandes villes tout un peuple de jeunes vauriens, sans domicile, et dormant n'importe où - aujourd'hui ici, demain là - ils formaient un monde fermé, une fraternité bizarre de jeunes êtres ignorant la grammaire, mais sachant fort bien communiquer par signes ; dont la seule école était l'école du crime et de la débauche ; qui ne connaissaient pas les premiers mots de la moralité et n'avaient jamais entendu parler d'un seul principe chrétien. Sans moyens d'existence, ils « chipaient » leur nourriture du mieux qu'ils pouvaient. Ils haïssaient les agents de police et avaient en horreur le nom de la Loi ; devinant par un instinct tout animal, que la Société était en guerre avec eux et sachant bien qu'ils étaient, eux, en guerre avec elle, ce peuple de jeunes sauvages formait une véritable franc-maçonnerie de la misère : furtive, fiévreuse, rongée de vermine. Faisant partie de la race humaine, mais vivant une vie de chien errant, ils apparaissaient soudain en un endroit, l'instant d'après ils semblaient s'être dissous dans l'air. Faisant mille détours dans les ruelles et dans les marchés le jour, rôdant la nuit en liberté pour chercher leur subsistance, et alors, ayant satisfait leur appétit ou mis de côté, par hasard, dans leur poche, quelque provision pour le lendemain, ils se glissaient dans leur coin pour dormir, se mettant à l'abri dans des écuries ou des péniches, sous des bâches, des caisses ou des voitures, partout où ils trouvaient un refuge contre le froid, hors des atteintes de la police et loin de la vue des hommes.

Mais ce n’est que plus tard que Barnardo va découvrir cette « population » de Londres et la fera découvrir à Lord Shaftesbury qui aura même de la peine à croire à leur existence dans une ville industrielle riche et aussi touchée par les Réveils que ne l’était Londres à cette époque.

Outre l’action auprès des enfants des taudis de Dublin, les visites dans les familles, l’instruction biblique auprès d’enfants de familles aisées, Barnardo va devenir un boulimique des réunions : le dimanche, il prend part à quatre ou cinq services, assiste à cinq réunions en soirée chaque semaine, jusque tard dans la nuit étudie la Bible.
Ses deux frères louèrent deux pièces dans un quartier où il se met à prêcher régulièrement. Il décrit les habitants du quartier de la sorte : « Il y a là quelques protestants : mais la majorité de la population est profondément enfoncée dans la superstition, l'ignorance et le whisky ».
Il devient membre actif de l’UCJG, rejoint la « Swift Alley Mission », puis à 20 ans collabora avec les « frères larges ».

Il est baptisé comme croyant, le 19 octobre 1862 à la chapelle baptiste, en étant venu à cette conviction sur le baptême suite à sa propre étude de la Bible




Appel et formation de Barnardo

Rencontre avec Hudson Taylor à Dublin

Depuis quatre ans Thomas Barnardo travaillait dans les affaires, mais il aspirait à autre chose.

Il fréquentait les jeunes du cercle de Henry Grattan Guinness  –Irlandais comme lui-, fondateur d’un Institut de formation missionnaire à Londres (East London Institute) ou a été formé Ruben Saillens 1873 à1874.

À cette époque, Guinness invita Hudson Taylor, à parler à Merrion Hall, à Dublin. Suite à cette réunion, quatre jeunes se consacrèrent au service de Dieu : trois embrassèrent une carrière missionnaire en Chine, l’autre allait travailler auprès des enfants des rues à Londres, mais pour l’heure nourrit le projet de à partir en Chine..


Henry Grattan Guinness
né à Dublin (11-08)1835- (21-06)1910




Formation missionnaire à Londres

Arrivée à Londres et engagement auprès des enfants

Deux mois après l’appel lancé par H. Taylor, Thomas Barnardo s’installe dans le « East End » à Londres (à l’est de la ville, au Nord de la Tamise, quartier aujourd’hui toujours des plus défavorisés) et se prépare à partir comme missionnaire en Chine. Il est recommandé par une assemblée de frères larges, l’UCJG et quelques chrétiens respectés

















Nous ne savons pas grand-chose sur ses études, il deviendra l’intendant de l’Institut de Guinness (à l’époque de Ruben Saillens, puis directeur adjoint) en revanche l’on sait qu’il s’est tout de suite engagée dans les « Ragged Schools » du lieu. Il manifesta d’emblée avoir une autorité accepté des enfants les plus difficiles, et très vite il lui fut demandé de prendre la direction d’une de ces écoles.  Mais ses idées novatrices dans le domaine pédagogique ne plurent pas à tout le monde et très vite il repris sa liberté afin de faire ses expériences dans un autre cadre.

Engagement comme prédicateur de rue
Il témoigne aussi et parfois de façon assez hardie. Bready rapporte, qu’un jour voyant un attroupement de jeunes gens et de jeunes filles attendant d’entrer dans un cabaret, il se joint à eux pour voir le genre de spectacle qui les attirait. Bouillonnant tout au long de la première partie, à l’entracte, il demanda au propriétaire de pouvoir s’adresser aux spectateurs. Il monta sur l’estrade et lorsque le rideau se leva de nouveau il s’adressait toujours à son auditoire. S’en suivi diverses réactions… furieux le propriétaire des lieux s’exclama : « Même pour cinquante livres sterling je ne permettrai pas un tel discours ». Sans perdre le Nord Barnardo de répondre « marcher conclus ». Tout en empochant la somme, il donna rendez-vous dehors à ceux qui voulaient continuer de l’écouter… et toute la foule le suivi, l’écoutant prêcher avec enthousiasme !

Engagement comme colporteur
Mais sa témérité de colporteur lui valu un jour d’être ramené chez lui après avoir été roué de coups. Vendant des Bibles dans les cafés, le propriétaire d’un de ceux-ci lui avait interdit de pénétrer dans une salle annexe où se trouvaient les clients les plus éméchés… se revenant à lui, un policier lui demanda s’il ne voulait pas porter plainte. Sa réponse fut catégorique : « J'ai commencé avec l'Évangile et je suis décidé à ne pas terminer avec la Loi ».
Plusieurs clients coupables entendant cela décidèrent de respecter Barnardo et de s’enquérir régulièrement de ses nouvelles pendant sa convalescence jusqu’à agacer le convalescent… Il écrira plus tard, se souvenant de cet épisode : « Je crois que cet incident... me donna une plus grande influence sur les jeunes gens et les jeunes filles de ce quartier, que n'aurait pu le faire une prédication ou un enseignement de plusieurs années parmi eux ».

Formation médicale et l’épidémie de choléra en 1866
À 21 ans, sur la demande d’Hudson Taylor, il entre à l’hôpital de Londres le 1er octobre 1866 pour suivre une formation abrégée de médecine, pour partir en Chine comme médecin missionnaire. C’est dix ans plus tard, en mars 1876, qu’il achève ces études en obtenant le grade de licence en Médecine.
En 1866 éclate une épidémie de choléra à Londres et « l’East-End » est particulièrement touché. 65% des décès sont déclarés dans ce quartier. Barnardo est profondément marqué par ce qu’il vit alors dans ce quartier comme étudiant en médecine.

La Découverte des enfants des rues à Londres

L’époque victorienne
Par A R
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Lundi 23 avril 2007 1 23 04 2007 20:04
Thomas John Barnardo
1845- 1905
« La Mission des Jeunes de l'East End »



Les premiers pas de l’œuvre

Présentation du projet de Mission parmi les jeunes des taudis de l’est londonien


Moyens de communication avec les chrétiens de Londres
Il publie dans the Revival du 25 juillet 1867, les projets tel qu’ils les imagine réalisables. Il s’agissait là d’un journal répandu et lu des chrétiens d’alors.
Cela fait juste 15 mois que Barnardo est à Londres. A part Lord Shaftesbury, personne ne le connaît dans les quartiers riches de la capitale.

Public cible
1° Barnardo s’oriente résolument vers les personnes qui n’auraient pas idée d’entrer dans une chapelle ou de s’inscrire dans une école déguenillée.
Inauguration : grand thé offert

2° Il imagine l’amorce de l’œuvre par le moyen d’un grand thé, où seraient uniquement invitées les personnes que l’on cherche à atteindre. Pour cela, il faudrait un bâtiment pouvant contenir 600 places, et obtenir l’aide volontaire d’une cinquantaine de frères et sœurs des différentes Eglises ou chapelles évangéliques des environs.
Les dimanches après-midi : réunions régulières

3° Ensuite ouvrir à heure fixe le dimanche cette salle pour des cultes d’évangélisation destinés aux jeunes. Pour inviter ces jeunes, il suffit d’envoyer les élèves des « Ragged School » dans la rue avec des calicots, chantant des cantiques et conduisant à l’heure prévue ceux qui le souhaitent à ces réunions, ou l’on veille à ce que se relayent des prédicateurs intéressés par ce type de réunions.

Premières initiatives
Suite à cette parution, on offre à Barnardo de louer « The Assembly Rooms » des locaux pouvant contenir un millier de personnes, pour commencer l’œuvre. Ces locaux étaient situés au-dessus d’un bar le « King's Arms ».
À la différence de George Muller (1805-1898), Barnardo fait connaître les besoins financiers :
« Serons-nous arrêtés, dès le début, par le manque d'aide financière, parce que de nombreux enfants de Dieu, qui liront cet article et « ont de quoi épargner », refuseraient à des milliers d'âmes, qui ne sont ni en Afrique ni aux Indes, la Parole de Vie, et ces âmes de l' « East-End » périraient maintenant faute de connaissance ? »
Mais il développe l’œuvre en fonction des ressources qui lui parviennent.

Premières clarifications
Une incompréhension quant au lien de cette nouvelle mission avec l’école de l’ « Ernest Street » et l’affectation des dons destinés à l’une et à l’autre des œuvres conduit Barnardo à démissionner de la direction de l’école pour ne se consacrer qu’à sa mission.

La « Donkey Shed Ragged School » l’école déguenillée du hangar d’âne, ne vit pas très longtemps.


Ouverture des « Assembly Rooms »
Le 5 novembre 1867 : le thé inaugural rassemble 2 347 convives

1° Le Thé à lieu le 5 novembre 1867,
il est offert à 2 347 jeunes gens et jeunes filles, hommes, femmes, enfants, pour les plus grands souvent des voleurs ou des jeunes filles de mauvaise vie. Il fallut plusieurs services pour satisfaire tout ce peuple !
L’ensemble du thé revint à 27 livres, 3 shillings et 11 pences, soit 3 pences / personne.
Le goûter avait été préparé par une main d’œuvre bénévole, les provisions acquises aux prix les plus bas.

Cela dit, Barnardo ne garde pas un souvenir très positif de cette première expérience :
Ce goûter était «peu satisfaisant ». Jamais pareille cohue, disait-il, ne s'était vue à Stepney. «Le bruit et le tumulte étaient terribles» ; aussi n'eut-il pas le loisir de dire tout ce qu'il voulait». Cependant, « il n'était pas découragé » ; « après le départ du plus grand nombre, plusieurs des plus âgés restèrent, cherchant le salut ».

Les réunions dominicales pendant 6 mois

2° les réunions du dimanche après-midi
Pendant six semaines le défilé dans les rues produit l’effet escompté, malgré bien sûr quelques projectiles et propos peu aimables…
Au bout de six mois, c’est le propriétaire du bar qui refusa l’accès à la salle… les réunions commençaient à produire de l’effet auprès des jeunes « clients » du bar… c’était une trop redoutable concurrence à tolérer…

Évaluation
Rétrospectivement Barnardo estime positif que l’oeuvre ait été stoppée à ce stade, et permette de avec des projets plus modestes, croissant progressivement sur des fondements éprouvés.
Par exemple, le coût de la salle ne permettait pas d’envisager des réunions en semaine, ce qu’il projetait. Aussi ce coup d’arrêt montrait à tous la fragilité de l’œuvre, et ôtait mettait aussi un frein au sentiment d’orgueil qui aurait pu rapidement se développer.
De plus, suite à cette fin brutale, mais sans liens de cause à effet avec elle, Barnardo tombait malade et personne n’aurait selon lui accepté de prendre la direction de l’œuvre telle qu’elle était lancée.

Cela dit le plus proche collaborateur de Barnardo se convertit suite à ce thé et ces premières réunions. Aussi l’œuvre et son but furent connus dans les quartiers.

Comme « l'école Donkey Shed » l'entreprise des « Assembly Rooms », a eu une courte vie, mais les deux ont servi de pont pour l’œuvre qui allait se développer.


La reprise plus modeste et l’affermissement de l’œuvre

La période tampon
Cependant durant cette période de malade, il eut la sagesse de louer une petite salle dans une rue pauvre : outre les cours du soir, la salle de lecture, la couture… différentes activités s’y déroulaient chaque soir pour éviter que l’œuvre ne cesse complètement, il aurait ensuite été plus difficile de redémarrer.
La santé recouvrée, en janvier 1868 un local plus important est loué.

La Mission des Jeunes de l’East End ; le 2 mars 1868
Suite à la croissance de l’œuvre, le 2 mars 1868 des locaux plus vastes sont loués et la mission baptisée de « Mission des Jeunes de L’east End » The East End Juvenile Mission.
Après 5 mois d’activités, le premier rapport de l’œuvre date du 15 juillet 1868, il occupe 56 pages de dense contenu, témoignage de la dynamique de l’œuvre :
Barnardo baptisa 30 nouveaux convertit
Une école du dimanche rassemble 300 enfants
Des réunions d’études bibliques pour jeunes étaient organisées, selon certaines tranches d’âges en séparant les garçons des filles.
Cours du soir, bibliothèque, cercle de lecture, réunion de couture
une « brigade » de cireurs, une des tracts,
de fréquentes et régulières réunions de prières

La Mission tout en se revendiquant des « Ragged school » s’en distingue sur quelques points :
- l’éducation y était moins scolaire, plus marquée par une dynamique « organique » que disciplinaire
- la mission n’était pas ouverte que certains soirs et le dimanche comme les « Ragged School »
- le rêve de Barnardo étant de pouvoir former ces jeunes en leur donnant accès à un métier pour les insérer dans la société comme dans l’Eglise comme d’honnêtes gens.
Intégrer les enfants vagabonds dans les familles posait beaucoup de problèmes, il imagine une autre forme d’encadrement pour ces jeunes très déstructurés par ce qu’ils avaient vécu.

Les cultes dominicaux, célébrés dans cette communauté étaient présidés selon par des frères, des Quakers, des Baptistes comme des Méthodistes. Bien que n’étant pas ministre ordonné, Thomas Barnardo y apportait aussi des messages, mais ils se sentaient plus évangéliste que pasteur.
Le banquier Robert Barclay accorde son soutien à Barnardo en 1868.
Barnardo, a alors 24 ans, il dirige cette œuvre tout en continuant ses études de médecine en parallèle.

La carte postale ci-dessous, montre que Barnardo n’a pas cherché à imposer une marque « frères larges »  à l’éducation religieuse qui était donnée aux jeunes.
 

Un jour écrivant à George Muller , il lui demande des conseils au sujet de la façon de retenir des personnes qui sont au bord du gouffre. La réponse de Müller le déçu beaucoup. Celui-ci lui répondit : « il suffit d’étudier la Bible en profondeur. »


Le développement de l’œuvre

Mission à Hope Place, une « chrysalide » prette à éclater
Les deux premières maisons du début furent vite trop petites. Début 1869, la mission ressemblait à une chrysalide, ou à un enfant qui a trop grandi dans ses vêtements (Bready, p.100) !
Les bâtiments que l’on ajoutait, ne suffisaient toujours pas pour permettre à tout ce « petit monde » d’être un peu à l’aise… au bout de 4 mois la salle pouvant accueillir 70 personnes était déjà surpeuplée. Un toit disposé entre les cours fut monté, 300 personnes pouvaient y être accueillies. Mais l’espace s’avéra vite trop petit.
Au printemps 1870, ce sont les voisins qui commencèrent à se plaindre… « de ne pouvoir rentrer chez eux, sans escalader des tables, des bancs, des chaises et des escabeaux. »(Bready, p.102)

Premiers émigrés volontaires au Canada
 
Photo of Norman Clark,
a boy from Dr. Barnardo's homes, ca. 1899.
National Archives of Canada, C-144541   



Jim Javis avec quelques amis fut un des premiers jeunes que Barnardo aida à émigrer au Canada.



La demande croissante de main d’œuvre dans les colonies avait condui la Quaker Annie Macpherson et d’autres, à organiser l’émigration de jeunes des orphelinats vers le Canada.

Barnardo dès 1868 considérait l’émigration de personnes qualifiées en particulier au Canada comme « le principal remède contre le chômage ». De 1882 à 1939, 30 000 enfants de la Mission s’installèrent au Canada.




Certains abus envers une jeune main d’œuvre émut l’opinion public canadienne. En 1925  une loi interdira l’émigration de jeunes de mois de 14 ans.

En 1939, suite à la crise économique et à un mouvement syndical, mais aussi par ce que les mentalités changèrent autant au Canada qu’en Angleterre. L’idée que des œuvres charitables séparent les enfants de leur pays où ils pouvaient avoir de la famille devint intolérable. Ce programme fut donc arrêté. 

L’encadrement des jeunes de Barnardo sur les paquebot était bien organisé. Une personne pour au plus 50 jeunes les empêchait d’être oisif pendant la traversée. En outre, une enquête canadienne de 1894, montre que sur 10 ans d’immigration 1,36/1000 des protégés de Barnardo avait été condamné pour délits au Canada contre 7,55/1000 parmi la population canadienne.

Le règlement mis en place par Barnardo en matière immigration peut expliquer sa réussite.
« a) L'élite seule du « troupeau » pourra émigrer au Canada
1° Ceux qui sont en pleine santé physique et mentale
2° Ceux qui sont parfaitement droits, honnêtes et vertueux ;
3° Ceux qui, jeunes gens, ont été instruits dans nos ateliers, ou jeunes filles ont reçu une bonne éducation ménagère.

« b) Une surveillance continuelle sera exercée sur tous ces émigrants, après qu'ils auront été placés dans des fermes canadiennes ; premièrement par des visites systématiques, secondement par une correspondance régulière...

« c) Dans le cas d'échec total de certains émigrants, les colonies n'auront pas à en souffrir car ils reviendront, à nos frais, dans la métropole, toutes les fois qu'il sera possible de le faire. »
 
Jeunes garçons des orphelinats du Dr. Barnardo en Angleterre
à leur arrivée à Belleville (Ontario), vers 1922.

 
Départ de filles au Canada


 

Cette affiche à été publiée dans le magazine Canada West, vers 1900-1920 : Construisez votre nid dans l'Ouest canadien.
Archives nationales du Canada (C 126302)    
Cette affiche a paru dans le magazine Canada West, vers 1900-1914. « L'Ouest canadien : le nouvel Eldorado. C'est votre chance, pourquoi ne pas en profiter? »
Archives nationales du Canada (C 85854)

Premier « home » pour jeunes garçons
  18 Causeway Stepney, ouvert en 1870, loué à 57 livres/an
Cette maison a été fermée en 1923    

Le principe de l’internat
Le placement de jeunes de la rue dans des familles n’allait pas sans poser de problèmes : les jeunes souvent très déstructurés nécessitaient un encadrement particulier pour lequel la bonne volonté de famille non préparées ne suffisait pas.
Barnardo pu louer une grande maison pour servir d’internat à des jeunes garçons. Il estimait que le meilleur pour eux était de les réunir pour être éduqué ensemble. Seulement comment financer un tel projet ?

Le public cible

1° les « véritables indigents ».
qu’il faut: « nourrir, loger et vêtir et à qui il faudrait apprendre un métier »
Ceux-ci ne peuvent pas contribuer financièrement à leurs besoins

2° les jeunes cherchant du travail
Chômeur temporaire, ils ont besoin d’aide jusqu’à trouver du travail
S’ils ne peuvent immédiatement contribuer aux frais de pension, ce seront des « donateurs potentiels »

3° des jeunes sérieux, bons et honorables qui travaillent, qui ont besoin d’un cadre chrétien
Eux pourraient contribuer aux frais de pension

L’aménagement des lieux
Ne voulant pas contracter de dettes, les travaux prirent plus de temps que prévu.
Il fallait aménager : 50 dortoirs pouvant contenir 60 enfants. Lavabos, salles de bains, cuisine, buanderie, appartement pour le « père et la mère » de famille… avec souhait d’un terrain de sport.

Ouverture du home : septembre 1870
L’inauguration de la maison fut plus que sobre, sans invités extérieurs, faute de moyens.

Vie quotidienne au home
Les activités : coupe du bois, cordonnerie, fabrication de brosses
Emploi du temps : levé 6h, extinction des feux 22h
prière matin et soir, 2h de classe, travail technique, 3 repas, exercices physiques, lecture, méditation et ménage (on apprenait aux garçons à faire leur lit, à balayer et à frotter les parquets, à laver leurs vêtements etc…)

Ce home devint rapidement le cœur de l’œuvre, et la première maison considérée comme une annexe.





Le développement de l'œuvre

à suivre...
texte pdf  18,5MB

Par A R
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