La salle de Music-Hall devint une Eglise : l' «Église de la Mission Populaire», avec des diacres et des anciens ; Barnardo fut « élu » pasteur du troupeau à l'unanimité. Cette église comptait, à sa première réunion, deux cent cinquante membres et cinquante personnes désireuses de le devenir. Transformé en 1884, ce lieu pouvait contenir 3 200 personnes. Outre Joshna et Mary Poole les évangélistes de la première mission sous-tente, l’œuvre était aussi redevable aux prédications de Moody et de Sankey en 1874 et 1883, qui apportèrent eux aussi leur contribution à l’œuvre.
Autres œuvres
Village pour filles (première pierre posée le 9 juin 1876)
Le 9 juin 1975, la prière pierre de la maison myrte est posée, le 9 juillet 1876, les 14 premières maisons sont ouvertes. Chacune porte un nom de fleur, et a coûté 520 livres.
Le terrain d’une superficie de 15ha dont 10,50ha d’espaces verts
À la différence des internats pour garçons, les filles sont réparties dans des maisons par groupe d’une vingtaine. Elles vivent là avec une adulte, les repas sont pris dans chaque maison et non en commun dans une grande salle commune, comme c’est le cas pour les garçons.
Plan du « village » des filles à partir de 1876 photo © Barnardo archive
Accueil des enfants handicapés
Sa fille handicapée, rend Barnardo particulièrement sensible aux besoins ses enfants.
Accueil des bébés
L’exigence de personnels dûment qualifiés est une des marques de l’organisation de cette œuvre.

Formation professionnelle : école technique et école navale
L’école technique de William Baker (1922)
Un ancien manoir cédé à prix modique est transformé pour pouvoir loger 300 élèves.
Des ateliers permettaient d’enseigner une douzaine de métiers différents comme : cordonnier, menuiserie, forgeron, imprimeur…
Chaque semaine, 250 paires de chaussures étaient produites, 500 réparées. Les meubles des homes,les marmites etc… étaient fabriqués dans ces ateliers




L’école porte le nom d’un ami juriste de Barnardo, Irlandais comme lui, qui après la mort de Barnado quitta sa situation professionnelle lucrative pour diriger les homes.
L’école Navale Watts Naval School (1874)
La première pierre de l’Ecole est posée le lundi de Pâques 1873 en présence du Prince de Gales. L’Ecole ouvre en 1874. Elle fonctionne dans sa première mouture jusqu’en 1895 pour être restructurée par E.H. Watts, puis réouverte en 1901.

L’Ecole Navale est créé dans les locaux de l’école du conté de Norfolk que le Prebendary Joseph Lloyd Brereton avait fondé pour la formation des enfants d’agriculteurs. En 1884, l’école était directement reliée au réseau ferroviaire. La crise de l’agriculture ne permis pas à l’école agricole de tourner à son plein régime, elle fut alors réaménagée plus spécifiquement en école de préparation aux métiers de la marine : Watts Naval Training School.



Accusations, comité d’arbitrage, verdict (1875-1877)
Cela fait 8 ans que Barnardo est à Londres et depuis 4 ans que la Mission a commencé. En 1874, les différentes branches de la mission sont opérationnelles : les « Ragged Schools » du jour et du soir, les Écoles du Dimanche, les Groupes de tempérance, le Palais du Café d' «Edinburgh Castle», les «Homes», les plans d'écoles professionnelles, les brigades de cireurs et de commissionnaires. Le revenu annuel de la Mission s’élève à présent à 23 500 livres sterling par an.
Qui étaient les calomniateurs ?
Parmi les diffamateurs se trouvait essentiellement deux groupes de personnes : un premier groupe était constitué d’anciens employés renvoyés que cherchaient ainsi à se venger. Un autre groupe était constitué de parents qui voyant leurs enfants en bonne forme et ayant à présent un métier cherchaient à les « récupérer » pour soutenir les «besoins» de la famille.
Après les lettres anonymes envoyées à M. comme à Mme Barnardo accusant leur conjoint de toutes sortes de calomnies, la goutte d’eau déborda en 1875, lorsque fut publiée une attaque impitoyable signée « un protestant dissident ».
Accusations et Réponses
De caractère entier, Barnardo n’écouta pas les conseils de prudence de certains de ses amis l’encourageant à laisser passer l’orage. Barnardo eu la mauvaise idée de confier à un de ses amis (un docteur en théologie Irlandais) encore plus « chaud » que lui de répondre, ce qu’il fit en signant « Clerical Junius » 2 lettres vives elles aussi.
Suite à cela les passions furent ravivées et le « protestant dissident » repris ses invectives de plus belles, accusant Barnardo d’être lui-même « Clerical Junius ».
Voyant comment le vent tournait, pour encore essayer de désamorcer la bombe, Barnardo fit publier le 2 octobre dans The East London Observer un article désavouant Clerical Junius.
Des conciliateurs firent leur œuvre et pendant deux ans le calme semblait être revenu lorsque fut publié un petit volume à un franc, intitulé : Les « Homes » du docteur Barnardo, Révélations surprenantes. Soixante-deux pages chargeant Barnardo et montrant qu’il n’était qu’un escroc, dénonçant :
1. Le type de direction de caractère autocratique de Barnardo.
2. Les appels fondés sur de fausses expositions de faits de Barnardo.
3. Les photographies trompeuses publiés par Barnardo.
4. Barnardo de détournement de fonds destinés à d'autres oeuvres.
5. Barnardo d’être l'auteur de lettres écrites sous un pseudonyme.
6. Barnardo de porter le titre de Docteur sans Diplôme ni autorisation. (Bready, p.142)
Barnardo du porter plainte pour diffamation, afin de mettre un terme à ces accusations ayant mis la Mission de Barnardo sur la Liste d'Avertissement, par la Société d'organisation de Charité : Barnardo était accusé devant le monde entier.
En juin 1877 les juges commencèrent d’instruire le dossier, les deux parties étant représentées par leur avocat. Le jugement fut prononcé le 15 octobre 1877, légitimant le travail et la personne de Barnardo.
Le Comité d'Arbitrage déclara :
« Les Institutions Barnardo sont des oeuvres de charité réelle et de grande valeur, dignes de la confiance et de l'appui du public ». L'accusation principale, de détournement de fonds fut trouvée sans fondement aucun. Les comptables agréés déclarèrent que les finances de la Mission étaient d'une entière loyauté, et le tribunal ne put trouver aucune trace de mauvais emploi des fonds. La direction générale fut proclamée « judicieuse, tout bien considéré », tandis que les accusations de cruauté, de surmenage et de nourriture tout à fait insuffisante, furent reconnues n'avoir aucun fondement. Quant à l'accusation d'élever les enfants comme des païens sans aucune éducation religieuse, elle fut trouvée totalement absurde. Les arbitres se déclarèrent « satisfaits » de l'instruction morale et religieuse donnée. De plus, les écoles en général, le système de discipline et d'éducation professionnelle fut jugé efficace, produisant de bons résultats ; tandis que les attaques contre le caractère moral de Barnardo furent qualifiées de bavardages de la pire espèce…
Au sujet des « photos trompeuses » Barnardo reconnut franchement qu'en de rares occasions il avait « déguisé » des enfants pour des photographies « arrangées » ; mais il affirmait que les résultats étaient parfaitement ressemblants au type véritable et n'exagéraient en rien les caractères en question. Presque toutes les photographies dont il se servait pour illustrer son oeuvre étaient celles des enfants tels qu'ils étaient à leur arrivée aux « Homes » ; mais il faut se rappeler qu'un grand nombre d'enfants pitoyables arrivaient de nuit et ne pouvaient donc pas être photographiés; et parfois dans certains cas désespérés, il fallait vêtir les enfants avant de les amener jusqu'au «Home». Les arbitres reconnurent pleinement ces faits ; mais ils déclarèrent que toute photographie « arrangée » laissait une porte ouverte à l'accusation de « fiction artistique » lancée contre Barnardo ; et ils recommandèrent de cesser, par la suite, de tels procédés…
Quant aux écoles de la Mission, les arbitres conseillèrent de les placer sous le contrôle du Gouvernement et de recevoir ainsi une subvention. Ils trouvèrent l'accusation des châtiments brutaux si exagérée et imprégnée de méchanceté, qu'elle en perdait tout rapport avec la réalité. Pendant un certain temps les « Homes » avaient eu recours à un système de réclusion pour punir les fautes les plus graves ; mais ce système n'avait aucun rapport avec les accusations lancées par le demandeur. Le cas unique où une porte avait été clouée sur un garçon enfermé avait eu lieu pendant une demi-heure, au cours de la réparation de la serrure, et toutes les autres accusations de « châtiments brutaux » furent trouvées également fausses. Mais les arbitres, comprenant combien les « Homes » étaient sujets à la critique du public, conseillèrent d'avoir, à l'avenir, des punitions moins sévères…
L'histoire du titre de « docteur » fut jugée semblable à un orage dans une tasse de thé. Barnardo, comme la plupart des étudiants en médecine, était connu sous le nom de « Docteur » bien avant qu'il eût obtenu ses diplômes et naturellement, le souci de sa Mission retarda considérablement la date de ses derniers examens. Pourtant. il avait obtenu son diplôme de médecine à l'Université d'Edimbourg plus d'un an avant l'établissement du tribunal d'arbitrage ; il avait été enregistré comme médecin de Londres et avait obtenu auparavant un diplôme allemand. Cette accusation n'avait donc aucun fondement. (Bready, p. 147ss)
Le travail de Barnardo et de ses collaborateurs
S’il a administré de façon autocratique l’œuvre à ses débuts, Barnardo dû par la suite s’entourer de collaborateurs ayant toutes sortes de compétences. Pour sa correspondance, 120 secrétaires et auteurs l’aide à remercier les donateurs et à faire la correspondance courante soit… jusqu’à 150 lettres par jour. En 1895 on a compté 158 030 lettres et colis arrivés à Stepney.
Suite à l’achat du Edinburgh Caste et de la création du village des filles, la gestion est remise entre les mains d’une équipe d’administrateurs.
Un mois après les délibérations du comité d’arbitrage rendues le 15 octobre 1877, un comité de gestion de 16 membres est nommé pour administrer la Mission. Les 16 étaient des notables engagés dans la foi évangélique et d’anciens membres de comités locaux s’étant mis en place après la première mission de Moody et Sankey en Angleterre.
En 1888 Barnardo résume ainsi l’action d’assistance et d’éducation qu’il mène avec sa mission :
J
e me destine tout d'abord au sauvetage de l'enfance et, grâce à Dieu, les « Homes » ont, par mes soins travaillé sur une base plus vaste que tout autre institution dans le monde... Mais, en outre, notre Mission de l' « East-End » a, dès le début, entrepris la tâche d'évangéliser les adultes pauvres. Elle comprend des agences pour les visites aux malades, aux personnes âgées et aux déchus ; des sections pour soulager et soigner les malades, à la fois à la mission médicale et chez eux ; pour enseigner la Bible aux enfants des ouvriers pauvres, pour distribuer des repas gratuits ou de la nourriture à un prix très bas pour les affamés (enfants et adultes) ; pour distribuer des vêtements de toutes sortes, chaussures, etc... Pour fournir aux mères nécessiteuses le berceau et la layette à la naissance ; pour envoyer les convalescents indigents à la mer ou à la campagne ; pour payer une rente aux vieillards et aux infirmes ; pour retirer du Mont-de-piété les outils et instruments nécessaires à l'ouvrier qui cherche une place ; pour permettre aux personnes sans travail, en particulier aux jeunes filles, d'obtenir une situation ; pour aider les femmes pauvres par des prêts de machines à coudre et à repasser, etc... En un mot, tout un système méthodique de secours appliqué avec soin, dont le but est de relever les tombés, de réjouir les abattus, de redonner du courage aux découragés de la lutte pour la vie ». (Bready, p. à préciser)
L’œuvre pris encore plus d’envergure et dès 1877, Barnardo se trouva devant un dilemme : revenir sur son engagement de ne jamais refuser d’enfant, ou accepter dans certaines conditions de faire un prêt. Il opta pour la deuxième solution mais limita cette possibilité aux seuls frais de constructions de bâtiments.

L’extension de l’œuvre allant croissant, en 1894 les administrateurs durent prendre des mesures draconienne contre l’avis de Barnardo, pour résober progressivement d’une dette importante :
1. N'admettre aucun cas nouveau si ce n'est ceux d'extrême urgence.
2. Réduire les mises en pension jusqu'à ce qu'elles soient inférieures à 500. Elles ne seront pas augmentées sans une autorisation spéciale des administrateurs.
3. Une somme moyenne de 1.000 livres sera payée chaque mois pour éteindre les anciennes dettes.
4. Les commerçants et autres personnes qui acceptent des billets doivent signer un papier indiquant que les fonds seuls de l'Institution sont responsables et les créanciers n'ont aucune réclamation à faire à quelque personne présente que ce soit, en dehors du docteur Barnardo.
5. Une assurance de 20.000 livres sera prise aussitôt que possible sur la vie du docteur Barnardo.
Au jour de la mort de Barnardo le montant de la dette à éponger s'élevait encore à un total de 250.000 livres
La « loi Barnardo » en 1890
L’œuvre de Barnardo a toujours été vue comme une œuvre missionnaire protestante.
« Aucun enfant indigent ne sera refusé » signifiait qu'aucune distinction ne serait faite quant à la couleur, la race ou la foi. Si personne n’était prêt à prendre en charge l’enfant, il serait éduqué dans la foi protestante dans les maisons d’accueil de Barnardo.
En 1887, lorsque le chanoine St-John est nommé par l’Eglise catholique « pour s'occuper des vagabonds et des perdus du quartier sud de Londres », il déclara la guerre aux maisons d’accueil de Barnardo.
Barnardo au tempérament chaud, publie en décembre 1889, « La conscience du Cardinal », ou « la preuve donnée de la négligence systématique par le clergé catholique romain de leurs propres vagabonds jusqu'à ce que ceux-ci aient été sauvés du péril de la rue par des agences chrétiennes ».
Les correspondances qui suivirent entre Barnardo et le Cardinal Manning furent vives.
Une série de procès intentés par des mères peu recommandables soutenues semble-t-il par le clerger catholique essayèrent de récupérer leurs enfants sous prétexte de vouloir les élever dans la foi catholique, alors qu’elles avaient livré à l’abandon, l’enfant qui parfois avait été adopté ou avait emmigré. Légalement la volonté des parents, fussent-ils indigne était décisif.
Deux lois furent édictées en 1890 suite à ces procès :
1° l’une sur la protection de l'enfance et la prévention de la cruauté contre l'enfance, en certains cas, transférait tous les droits paternels des parents vicieux à des tuteurs dignes de cette charge.
2° l'autre était l'acte de l'Assistance publique, qui, dans le cas des enfants abandonnés, transférait aux « tuteurs de la paroisse qui avaient entretenus de tels enfants, les droits et l'autorité normale des parents ».
La « la loi Barnardo » ou plus formellement « Loi sur la Garde de l'Enfance de 1891 ». disait ceci :
I. - Les pouvoirs de la Cour pour refuser une assignation d'habeas corpus étaient renforcés et augmentés.
Il. - La Cour était autorisée, à sa discrétion, à ordonner le remboursement soit en entier, soit en partie, des frais nécessités par l'éducation de l'enfant.
III. - Dans le cas de parents qui abandonnaient, délaissaient ou négligeaient un enfant d'une manière flagrante, il était établi qu'un ordre d'habeas corpus pouvait être refusé, « la Cour, en rendant cet arrêt, devait s'inquiéter de la conduite des parents ».
IV. - Dans chaque cas, la Cour devait « consulter les désirs de l'enfant ».
V. - Dans la loi, le terme « parent » s'appliquait à quiconque était, devant la loi, susceptible d'entretenir un enfant.
VI. - Cette loi serait intitulée : « Loi sur la Garde de l'Enfance de 1891 ».
Les obsèques de Thomas Barnardo mort le 19 septembre 1905
Barnardo meurt à l'âge de 60 ans, d'une angine de poitrine, après une journée de travail. Une foule nombreuse assistera à ses obsèques, le 27 septembre 1905. Il faudra attendre un siècle plus tard, les obsèques de Winston Churchill, pour voir autant de monde dans les rues pour des funerailles.


L’œuvre après Barnardo
Sources :

voir site de l'œuvre
voir le site de l’œuvre actuelle : http://www.barnardos.org.uk/
Public cible :
Les enfants, les jeunes et leurs familles, mais aussi les jeunes adultes ayant charge de parents malades ou handicapés.
Objectifs :
Venir en aide aux enfants les plus vulnérables afin de contribuer à leur accorder:
- une famille qui puisse faire face à leurs besoins
- les protéger du mal
- coopérer à une saine santé émotive, physique et mentale
- leur donner le sens d’appartenance à la communauté
- leur donner l’occasion de s’instruire
Actions actuelles
Ce ne sont plus les orphelinats les pièces centrales de l’œuvre, mais le soutien direct à 110 000 enfants vulnérables ou jeunes en difficulté et leur famille. 383 projets visent :
- l’accompagnement des familles en difficulté
- aide à l’obtention de logements provisoires
- services d’adoption
- appuie aux enfants handicapés et leur famille et aux enfants ayant des parents handicapés
- soutien face aux mal-traitance et abus

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